le Diable (regarde la télé) en Prada

Feel Good

Rocambolesque : (adjectif) Extravagant, plein de péripéties extraordinaires. A peu de choses prêts, Ce que représente les aventures de Martine aux yeux des enfants.

La vie commence à 20h10 de Thomas Raphaël

Quand j’étais petite fille, j’adorai le Magnifique avec Jean-Paul Belmondo. Il était à mes yeux la quintessence du rocambolesque. Puis vint la Chik-lit et il se fit détrôner, au profit des aventures d’une accroc au Shopping. Deux salles, deux ambiances mais ce thème commun qu’est une intrigue échevelée.

J’ai découvert Thomas Raphaël l’été dernier avec Pour un soir seulement. Ce que j’avais le plus aimé je crois dans ce roman c’est la manière dont un homme, en l’occurrence l’auteur, écrit aussi justement une femme, avec ses questions existentielles et ses réactions qui pourraient parfois être qualifiées de farfelues.

C’est donc avec une certaine délectation que je me suis plongée dans La vie commence à 20h10, qui va nous faire suivre l’année abracadabrantesque d’une charmante mais un peu paumée, trentenaire bordelaise, j’ai nommé Sophie. Jugez en par vous même : « Si, si, tout va bien, je vous assure. Après, à trente ans, j’avoue, j’imaginais ma vie un peu différemment. J’aurais bien aimé avoir terminé ma thèse. Avoir un job, un salaire, tout ça. Et si un éditeur avait pu accepter le roman que j’ai écrit en secret…
Quand une productrice propose à Sophie tout à la fois (un job et la promesse que son roman sera publié), ça sort du cœur : oui! Malheureusement pour elle, le job en question consiste à fabriquer un feuilleton télé. Un feuilleton télé ? Quelle horreur ! En même temps, une double vie, ça n’est pas si compliqué… »

Attendez vous à un choc des cultures assez clivant, et distrayant, dont l’agent double est Sophie. Cette dernière, la petite trentaine, évolue dans un univers très ‘intello’, d’universitaires surdiplômés pour qui regarder la télé est un crime de lèse majesté. J.ai retrouvé le pédantisme dont pouvaient faire preuve certains de mes professeurs d’hypokhâgne. Avec le recul, cela me fait désormais bien sourire.

Ajouter à cela son envie dévorante de voir son premier roman publié, malgré les nombreux échecs essuyés, ainsi qu’une thèse impossible à terminer. La cerise sur le gâteau de cette vie déjà bien remplie est sa responsabilité de parent par intérim d’un jeune bachelier et d’une petite fille têtue.

Comment une postulante à une chair universitaire se retrouve-t-elle à travailler pour la série la plus regardée du moment ? Comment se confronter aux regards de ses proches aux antipodes des passe-temps populaires, surtout quand au final elle commence à s’épanouir dans cette nouvelle vie ? Ce sont toutes les questions auxquelles s’efforcent de répondre Thomas Raphaël avec beaucoup d’humour et de second degré. Il brosse ici deux univers du paraître tout aussi impitoyable l’un que l’autre, j’ai nommée l’audiovisuelle et l’université.

Plus Belle la Vie a été pendant ma lecture. N’ayant pas résisté à la tentation de ce jeu de mot pourri, je vous remercie de faire preuve envers moi de la plus grande indulgence possible. Et je vous conseille de lire instamment La vie commence à 20h10, notre Diable s’habille en Prada à la sauce française !

Belle lecture à vous !

La vie commence à 20h10 de Thomas Raphaël est disponible aux éditions Jai Lu

Des vies volées

Non classé

Dépendance : (non féminin) asservissement à une drogue. Dans mon cas, elle est totalement légale, et je l’aimerais revendu à tous les coins de rue, j’ai nommé la lecture. Voilà pour la version sans conséquences. Celle qui est plus néfaste est basée sur une accoutumance, devenue une habitude et dont on ne sait comment s’extirper.

Chanson Douce de Leila Slimani

Depuis quelques années, j’ai un soucis avec la représentation de l’art français. Cette phrase n’ayant à proprement aucun sens, je vais détailler mes griefs. Pour le septième art, nous savons rarement (et non pas jamais, je sais être impartiale quand il le faut) faire de bons films. Soit nous passons de longues minutes à regarder des chuchotis dans des pièces où le temps c’est arrêté, où vivre est un calvaire un plein temps, et surtout, où l’intellectualisme est poussée à son paroxysme, soit nous basculons directement dans le grivois, où nulle activité cérébrale n’est demandée. Certes je force le trait et sombre dans la caricature. Mais que celui qui n’a jamais dit « c’est un bon film, enfin pour un film français s’entend », me jette la première pierre.

Ce soucis, je l’ai eu également avec la littérature. Mais je me suis fait violence, étant persuadée que je loupais de fait des pépites. Et il est vrai que de sortir de ma zone de confort, m’a permis de découvrir des plumes, des auteurs, aux talents certains. Certes l’évasion est moins certaine, l’impression de rester dans le quotidien est assez forte, mais je passe malgré tout de bon moment. Malgré tout oui. Car c’est une certaine pudeur aussi qui m’a longtemps fait bouder ces livres. Et si je ne comprenais pas, et si je passais à côté de la substantifique moelle de l’œuvre. Cela m’arrive avec la peinture ou la photo, et ne m’empêche pas d’apprécier l’œuvre pour autant.

C’est ainsi que je me décidais à lire Chanson de Douce de Leila Slimani, deux après l’obtention de son prix Goncourt.  Deux ans après tout le monde. Le temps de passer l’effet de mode et d’être prête à ma lecture. Je vous donne ici un aperçu avec le quatrième de couverture : « Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. »

L’auteure a une vraie plume, celle qui nous fait finir un livre même si l’histoire nous fait horreur. Celle qui nous fait nous poser des questions sur notre condition humaine, et décortiquer les gestes anodins du quotidien.

Ainsi, elle passe au crible de le drame psychologique qu’est Chanson Douce les mœurs modernes. La carrière avant la famille. La famille comme apparat de société. La Nounou comme accessoire, déshumanisée et désincarnée. La pauvreté aussi, intellectuelle, la pauvreté de cœur, amenant à l’absence d’âme. Une société de paraître, au détriment de l’être, guidée par un égoïsme à son paroxysme.

Je crois que je ne me suis prise d’affection pour aucun des protagonistes. Ils subissent leurs vies, leurs choix plus qu’ils n’en sont acteurs. Et se complaisent dans ce cercle vicieux, même s’ils savent intimement qu’il est de leur devoir de le briser. Car dans le jeu malsain des adultes c’est l’innocence propre à l’enfance qui en pâti.

Ainsi j’ai aimé la plume, mais n’ai pas adhéré à l’histoire. S’il y a bien quelque chose que je ne comprendrai jamais c’est qu’on puisse se servir des enfants comme instrument de vengeance, comme dernier recours face à un désespoir devenu trop grand, même si cela les empêcherai de grandir et donc de souffrir. J’ai refermé Chanson Douce de Leila Slimani non sans un certain malaise,combiné à du soulagement. Un sentiment double que m’aura inspiré cette lecture, que je ne saurai ni vous préconiser ni vous déconseiller.

Belle lecture à vous !

Chanson Douce de Leila Slimani est disponibles aux Editions Folio.

Another Love

Thriller psychologique

Obsession : (non féminin) Représentation, accompagnée d’états émotifs pénibles, qui tend à accaparer le champ de la conscience. Typiquement, moi et cette petite veste en cuir qui me fait de l’œil depuis le début des soldes. Je suis sûre qu’elle m’irait bien.

Parfaite de Caroline Kepnes

Je suis une victime de la mode, littéralement. Aussi quand tout le monde s’est enflammé au sujet de la série Netflix You, j’ai foncé tête baissée, tel le mouton moyen. Et grand bien m’a pris. Je bêle désormais d’allégresse. D’autant plus quand j’ai découvert que le plaisir allait être prolongé par la lecture. J’allais pouvoir rentrer un peu plus dans le psyché des personnages, me façonner une image plus fine.

Cette expérience de double lecture aurait pu être à double tranchant. Car il est souvent décevant de faire revivre des caractères et des personnages, que l’on a vu animé par l’esprit et le jeux d’autres personnes, par la perception qu’il avait de leur personnage. Par les partis pris de leur réalisateur.  Pourtant étonnamment, cela à fonctionner. Grâce à la musique. Non pas la bande son imposée, mais celle qui m’est propre.

Je crois bien que la musique tient une place tout aussi importante dans ma vie que la lecture. Bien que je tienne ici à préciser que je ne joue pas d’instruments et que j’ai la voix d’un chanteur punk. Aussi, il n’est pas rare que j’associe un morceau à une lecture, inconsciemment. Je le fredonne jusqu’à ce que je coupe les ponts avec ces personnages qui m’auront accompagnée de quelques heures à quelques jours. La bande son de Parfait de Caroline Kepnes a été Another Love de Tom Odell. Curieux choix n’est ce pas, mais la perception de l’amour et de sa désillusion y est la même à mon sens. Ce qui m’a inspiré le titre de l’article. Ne parlons pas d’odieux plagiat, restons courtois le voulez vous.

Pour que vous compreniez ce qui m’a séduite dans l’intrigue, je vous laisse prendre connaissance du quatrième de couverture : »Je sais tout de toi. Tu es parfaite. Je t’aimerai à la vie, à la mort. Tu es à moi pour toujours. Lorsque Beck pousse la porte de sa librairie, Joe est immédiatement sous le charme. Ravissante, effrontée, sexy, elle est tout simplement tout ce qu’il cherche chez une femme. Et quand Joe aime, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins… Quelques semaines plus tard, la vie de Beck n’a plus de secrets pour Joe. Il a trouvé son nom, son adresse, s’est procuré accès à ses emails, il la suit virtuellement sur les réseaux sociaux et physiquement dans les rues de New York. Avec un peu d’organisation, une  » vraie  » rencontre est vite provoquée, et comment résister à un garçon qui devance vos moindres désirs, semble deviner vos pensées les plus intimes ? Et lorsque des personnes de l’entourage de Beck sont victimes d’accidents macabres, c’est tout naturellement dans les bras de Joe que se réfugie la jeune femme. Mais si Beck ignore l’ampleur de l’obsession de son nouveau petit ami, Joe ne connaît pas non plus toutes les facettes de sa bien-aimée. »

Avec le personnage de Joe, qui est aussi le narrateur, nous avons clairement à faire à un psychopathe, qui ne recule devant rien pour vivre l’histoire d’amour dont il rêve. Malgré tout, à l’instar de Dexter, nous ne pouvons malheureusement pas toujours contredire ses raisonnements. Sa pathologie le pousse, pour se protéger, à analyser finement les comportements d’autrui. Dans lesquels il sait voir le plus souvent la partie la plus sombre.

Beck évolue dans un univers où le paraître est important. Sa vie étalée sur les réseaux sociaux sans filtres. Sa volonté d’être écrivain, d’embrasser ce mode de vie, sans se donner la peine de réellement écrire. Ses secrets pour se donner un air plus torturé qu’il n’y parait. Tout cela est faux, sonne faux. A contrario, son preu chevalier est à la recherche de la vérité. Enfin de sa vérité, biaisé par le prisme de son comportement, selon lui, rationnel.

Il y est d’ailleurs fait référence au film Closer, que je vous conseille fortement, dès la première page où Nathalie Portman (Alice) ment éhontément sur qui elle est, pour rester libre de toute entrave. Cette dernière préfère partir que d’avouer la vérité.  Cette comparaison au film est filée dans tout le roman.

J’ai aimé partager la vie et les points de vue de ces êtres torturés, esquintés par leurs vies antérieures. J’ai aimé être surprise par leurs frasques en tout genre. Et par dessus tout, j’ai aimé lire le livre après la série, car il rend ses lettres de noblesse à Joe. On a tendance à lui pardonner ses actes dans la série, alors qu’on va l’abhorrer dans la lecture.

Belle découverte à vous ! 🎈

Parfaite de Caroline Kepnes est disponible aux Editions Pockets. La saison 1 série You est disponible sur Netflix.