Une petite éternité

Feel Good

Solitaire : (adj) Que l’on accomplit seul. Qui se vit dans la solitude. Cet adjectif est le parfait antonyme à l’amour. Et pourtant, il lui sied à ravir dans de nombreux cas. Une éternité de solitude pourrait ainsi résumé les plus belles passions. 

Amours solitaires, Morgan Ortin

Je me définis souvent, à qui veut l’entendre, comme un cœur de pierre. Cela peut paraître crédible, jusqu’à ce que vous me voyiez pleurer toutes les larmes de mon corps à partir de la dixième minute du film Neverland, de Marc Forster. Ce que j’essaie d’exprimer par cette brutale formule, c’est que je suis loin d’être fleur bleue, et absolument pas romantique. Au grand désespoir de mon entourage proche. 

Pourtant, j’aime lire des passions, des histoires d’amour qui me transportent. Si tant est qu’elles soient atypiques. Ce n’est pas pour rien si mon roman ultime est – et restera encore bien longtemps – Les Liaisons Dangereuses. Le Vicomte de Valmont et Mme de Tourvel. La passion apocalyptique par essence. Des tourments avoués et couchés sur papier avec l’incertitude qu’ils arriveront à bon port, ou que la réponse sera à la hauteur des attentes.

L’épistolaire est ainsi un magnifique outil pour coucher ses sentiments et ses pensées les plus intimes, sans peur. Avec cette protection mêlée d’inconfort que peuvent apporter la distance et l’attente. Les lettres sous sceaux ne sont plus en ce vingt-et-unième siècle mais les outils digitaux ne sont pas en reste. Même si les mails restent le plus proches, ce sont les sms qui tirent leur épingle du jeux avec cette instantanéité qui leur est propre. Et c’est là que la magie de Morgane Ortin opère. De ces échanges fugaces, parfois longs, parfois sans réponses, elle a su révéler une rencontre, un coup de foudre, une romance.

Ce second volet d‘Amours Solitaires s’ouvre sur la séparation. Ce champs miné où il est difficile d’avancer sans ce brûler les ailes. Le pardon demande du temps. La confiance en soi, en l’autre, est en veille. Nous reprenons l’histoire deux ans plus tard, qui telle le phénix, renaît majestueuse des ses cendres. Elle a toutefois laissé quelques profondes séquelles. La peur se se livrer, d’être à nouveau abandonné. 

Avec le second volet d’Amours Solitaires , une petite éternité, Morgane Ortin nous offre les tréfonds des cœurs et âmes de ses protagonistes, aux proies à de terribles doutes, à de superbes déclarations, à une passion dévorante et transcendante. A nous lecteurs de savoir quelle fin nous souhaitons offrir à nos amoureux solitaires. Pour ma part, je laisse planer encore quelques temps le mystère sur l’issue donnée.

Belle lecture à vous !

Amours Solitaires – une petite éternité (tome 2) de Morgane Ortin est disponible aux Éditions Albin Michel. Vous pouvez également consulter son compte Instagram, Amours Solitaires.

Digital Analyst

Thriller

Persona : (du latin) signifie masque. D’un point de vue marketing, un persona est une personne fictive dotée d’attributs et de caractéristiques sociales et psychologiques et qui représente un groupe cible. Du point de vue de psychiatrie, la personnalité que l’on affiche aux autres et à soi même. 

Persona, Maxime Girardeau

La littérature et la data sont deux de mes principaux centres d’intérêt. Le premier par passion depuis que je suis en capacité de lire seule. Au point de pousser le vice jusqu’au bout et d’embrasser des études littéraires en partie. Le second par un heureux coup du hasard il y a plus de dix ans. J’ai mis le doigt dans le marketing digital par un heureux coup du sort, et n’ai pas quitté ce secteur depuis.

En dix ans, j’ai pu comprendre ce qu’était la data. L’importance qu’elle revêt aux yeux des annonceurs, son traitement par les partenaires à la perf’ ainsi que par les différents moteurs de recherches. Les abus également. Et la législation relative dans l’anonymisation de cette donnée.  Par mon travail, je suis plongée au quotidien dans ces problématiques ô combien intéressantes.

C’est alors avec une curiosité toute naturelle que je me suis intéressée au premier roman de Maxime Girardeau, Persona, qui fait la part belle à la Data, comme outil d’aide à la traque criminelle. La rapidité du Machine Learning confrontée aux techniques empiriques. La jeune génération ultra connectée contre les réfractaires aux réseaux sociaux. La promesse est belle. C’est avait une certaine hâte que je me suis lancée dans cette lecture d’un autre genre. Un thriller 2.0. « Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Somerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière. Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes. Singulière, car pour comprendre, Franck Somerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles. C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir … »

Franchir les portes parisiennes de Google, c’est quelque chose que j’aurai souhaité faire dans ma vie parisienne.  A défaut, j’ai pu le faire virtuellement depuis mon salon nantais. J’ai souri devant le name droping des agences publicitaires digitales, avec qui j’ai pu travaillé. J’ai esquissé quelques rictus quant à l’inhumanité prenante d’un monde qui se veut plus humain, pointé du doigt au fil des pages par l’auteur.

Plusieurs thèmes chers au marketing digital sont abordés, comme une litanie, un fil d’Ariane qui façonne l’intrigue du roman. La création de personas tout d’abord, comme catégorisation d’une population. Découpée en grandes typologie sociales et sociétales, qui nous définie en grande famille de consommateur. La mise à disposition de la donnée personnelle, notamment par le biais des Réseaux Sociaux. Quelles sont nos données privées ? Quelles sont celle qui peuvent être exploitées, à notre su et à notre insu.*

Une équipe de policiers du 36 quais des Orfèvres férus de techniques de profilage confrontés à la visualisation de la donnée, comme vecteur entre anonymes. Du Data Lake comme nouvelle base de connaissance, sans limites et sans frontières.

La promesse était belle. Mais je reste sur ma faim. Maxime Girardeau signe avec Persona un triller captivant, d’un nouveau genre. Toutefois, l’exploitation de la data m’a semblé artificielle par rapport à l’intrigue réelle. J’aurai aimé qu’elle soient plus liée dans au nœuds et à l’enquête, et donc au dénouement. Je suis très exigeante en ce qui concerne le genre, je le concède. J’ai passé malgré tout un agréable moment. Et c’est volontiers que je retrouverai la plume de Maxime Girardeau.

Bonne lecture à vous !

Persona de Maxime Girardeau est disponible aux Editions Mazarine.

*Si cette question vous intéresse, je vous recommande les articles RGPD et Eprivacy disponible sur le site de la CNIL.

Journal d’un jeune écrivain

Non classé

Écrivain : (nom masculin) Personne qui compose, écrit des ouvrages littéraires. On peut être qualifié de la sorte lorsque nos pairs nous reconnaissant et que le public nous lit mais également s’il on écrit pour soi, par passion, par vocation. Telle est la liberté donnée à ce statut.

Morceaux cassé d'une chose, Oscar Coop-Phane

Éclectique. C’est ce qui me qualifie le mieux dans mon rapport à l’Art, dans sa globalité. Que ce soit en musique ou en littérature, je me plais à essayer tous les genres avec un plaisir non feint. Malgré tout, certain style me ravissent plus que d’autre. Le Rock reste ma musique de prédilection, un peu doudou, dans laquelle j’aime à me réfugier, en mal d’inspiration. Une sorte de facilité.

En ce qui concerne la littérature, j’ai une préférence pour les romans contemporains, qui parlent d’illusions perdus et de la vie vraie, la vraie vie. Celle qui fait mal et qui laisse des séquelles. Ponctuée de virées dans les paradis artificiels, au goût prononcé d’enfer. Brett Easton Ellis et Frederic Beigbeder sont entre autre mes références du genre. Je peux désormais y ajoute Oscar Coop-Phane que je viens de découvrir avec Morceaux Cassés d’une chose, ses mémoires fragmentés, de son enfance à maintenant. C’est à dire à sa trentaine à peine entamée. « J’ai voulu choisir ici quelques morceaux de ma mémoire, les assembler, les réunir, les envoyer en fabrication comme on le dit dans les métiers du livre. Les éditeurs, souvent, parlent de matière romanesque. J’étais sous mes yeux; je me suis saisie comme matière« .

L’exercice est aussi périlleux que culotté. Il faut être soit génial soit fou pour se lancer. Ces deux aspects n’allant souvent pas l’un sans l’autre. On touche au sublime dans cette autobiographie parcellaire, au morceaux de vie choisie, et distillée avec soin, de manière quasi chirurgicale.On peut avoir trente-deux ans et avoir vécu mille vies. On peut être un auteur reconnu sans en vivre et avoir un métier qui se côtoie à cette passion. Une passion qui s’est inscrite très vite comme une évidence. Celle là seule qui souffrait la rigueur. Trente deux ans vie fragmentés, qui dresse un portrait d’un jeune homme touchant et battant. Talentueux et humble. Père et Homme.

Oscar Coop-Phane revient ainsi sur son enfance solitaire, sa jeunesse en marge, sa vie qui lui est propre, toute en nuance et en bataille personnelle. Morceaux cassés d’une chose a été pour moi une révélation, un coup de cœur, un coup de foudre littéraire

Belle lecture à vous !Morceaux cassés d’une chose d’Oscar Coop-Phane est disponible aux éditons Grasset