La sublime absence

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Sublime : (adjectif) Qui fait preuve de génie ou d’une vertu exceptionnelle. Je pense qu’il faut effectivement en être doué pour subir une absence physique et émotionnelle contrainte, et pour trouver la force de pardonner peu importe ce qui a pu se passer. L’amour peut prendre différents visage, certains sont ainsi plus ardus à appréhender. Mais il s’avère parfois que l’égoïsme triomphe, s’il permet de se préserver un tant soit peu.

Un mariage anglais, Claire Fuller

La couverture n’a pas été sans me rappeler Les Garçons de l’été, gros coup de cœur de l’été dernier pour ma part. L’on retrouve quelques thème comme la place des absents, et la vision de la famille, sous le prisme de l’infidélité, et du regard déformés des enfants sur leurs parents. L’eau est également omniprésente comme vecteur de liberté, salvatrice des péchés.

Les points communs s’arrêteront ici avec Un Mariage Anglais de Claire Fuller, drame familial, centré l’histoire d’Ingrid et Gil, joué en huis clos, dans un pavillon de nage insulaire : « Roman épistolaire construit à rebours, ce récit relate le mariage d’Ingrid et de Gil Coleman, son professeur de littérature, de vingt ans son aîné. Quinze ans plus tard, Ingrid, lassée des absences répétées de son mari, disparaît, laissant une série de lettres dans lesquelles elle revient sur l’histoire de son mariage. »

Cliché s’il en est l’étudiante de littérature qui tombe amoureuse de son professeur de vingt ans son aîné, au charme fou mais au talent incertain. Plus inhabituel le fait que ce dernier soit puritain de façade au point de se marier à sa dulcinée, sitôt cette derniere enceinte.

L’histoire nous est comptée sous plusieurs point de vue, celui d’une Ingrid évanescente, d’un coté. Par des lettres écrites à son mari, semé une à une dans des romans, au titre faisant sens pour elle. Pour eux. Et celui plus actuels, dix ans après, de ses filles et son mari.

La porosité entre réel et romancé est ténu tout au long de ce roman, et c’est ce qui le rend aussi plaisant que perturbant. J’ai aimé me perdre dans les secrets de la famille Coleman. Le tout raconté avec beaucoup de pudeur, même si vécu avec beaucoup d’intensités.

Un mariage anglais de Claire Fuller est un beau roman d’amour et l’abnégation, d’égoïsme et d’abandon. Cerise sur le gâteau, il est bourré de références littéraires qui vous donne envie de vous plonger dans les classiques de la littérature.

Belle lecture à vous !

Un Mariage Anglais de Claire Fuller est disponible aux éditions Le Livre de Poche.

Comme l’a si bien dit Appollinaire

Feel Good

Guillaume Appollinaire : (nom propre) Poète de son état et père du surréalisme, tout du moins en littérature. Bien qu’adepte de ce mouvement, notamment en peinture avec les œuvres de Dali, je dois vous confesser que je ne connais que peu son œuvre. Que de lacunes à combler si on s’approche de trop près.

Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi

S’il y a bien un thème récurrent en littérature, c’est la famille. Elle peut être parfaite en façade, et pourrie en intérieur. Complètement morcelée mais fonctionnelle. En panne d’affect par manque d’intérêt ou à cause de noirs secrets. En bref, elle a été brossée et le sera encore de mille et une manières et par tant d’auteur.  Ce qui ne m’empêche pas de rester appétente face à ce sujet vaste et sans fin. Et il est vrai que mes dernières lectures tournent autour de la dissection de schémas familiaux divers et variés.

Une fois n’est pas coutume, je me suis fait violence avant de me décider à lire Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi. J’aime pourtant beaucoup la plume cette auteure, mais par je ne sais quelle raison, j’ai été prise d’un blocage. Pour au final l’acheter impulsivement entre deux rames de métros, et le lire en une journée. Tellement j’ai été subjuguée par cette famille hors norme mais si normale à la fois. « Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers. Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée. À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’amour. Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’il a quitté le navire. Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin. »

J’avais oublié je crois l’amour qui unit les personnages de chacun de ses romans. Celui si beau qu’il vous tire les larmes des yeux, vous créent des boules d’émotion dans la gorge et vous fait papillonner le ventre. Oui, lire Virginie Grimaldi est bon pour la santé et vous donne votre dose d’optimisme et de beauté du monde journalière.

Et à l’instar des personnages récurrents que l’on retrouve d’une intrigue à une autre, liant ainsi l’œuvre dans son intégralité, j’ai noté d’autres récurrences. Le personnage de la grand-mère bienveillante, extra lucide et attachante. Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec le recueil 2.0 Chère Mamie. Le couple de personnes âgées bravant les interdits pour vivre pleinement une vie qu’ils savent sur le déclin, et par la même jouir pleinement de chaque instant. Les adolescents torturés mais plein d’amour, qui ne savent pas dire je t’aime, dans un monde où ils ont peur d’être rejetés. Et enfin, l’héroïne qui traverse l’adversité la tête haute, dans une quête effrénée de bonheur et de plénitude, malgré les facéties jouées par la vie.

J’espère qu‘Il est grand temps d’allumer les étoiles de Virginie Grimaldi illuminera votre weekend comme il a illuminé cette trop courte journée passée en sa compagnie. Je le quitte avec quelques regrets, notamment celui de l’avoir lu trop vite, mais sans remords car j’ai mes propres étoiles à porter au firmament.

Belle lecture à vous !

Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi est disponible aux éditions Le Livre de Poche.

Vies volées

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Amertume : (nom féminin) Sentiment durable de tristesse mêlée de rancœur, lié à une humiliation, une déception, une injustice du sort. Ou le gout que peut laisser un gin tonic sur les papilles. Cela dépend. Les deux couplés donnent un mélange détonnant, de tristesse enfouie et d’euphorie fugace.

Orange Amère, Ann Patchett

Il n’y a rien de plus triste, à mes yeux, que deux êtres qui se séparent, surtout s’ils furent fusionnels et passionnels auparavant. Pis, qu’ils se haïssent désormais tellement forts qu’ils en viennent à traiter au rebus le fruit de leur amour défunt. C’est quelque chose pour moi qui me semble totalement incongru voire inhumain, dans une vue déjà peu à même à la compassion et aux bons sentiments.

Toutefois, une histoire d’adultère sur fond de drame lattant, est un canevas idéal et parfait pour un romancier, qui peut ainsi tracer les pires desseins ainsi que de funestes destins. Et je dois avouer, qu’en littérature, c’est assez ma tasse de thé, ce côté sombre et non policé. J’ai ainsi été gâtée avec Orange Amère d’Ann Patchett, qui dissèque une famille recomposée et décomposée sur une cinquantaine d’année. »Pour échapper, le temps d’un dimanche, à sa propre famille, Albert s’incruste au baptême de Franny, la fille d’un vague collègue, et succombe à la beauté renversante de Beverly, qui n’est autre que la mère de Franny. Quelques années plus tard, Albert et Beverly se marient. Chaque été, leurs enfants se retrouvent tous chez eux, en Virginie, formant une petite tribu avide de liberté, prête à tout pour tromper l’ennui. Mais un drame fait voler en éclats le rythme et les liens de cette fratrie recomposée. Un roman somptueux qui accompagne sur cinq décennies des personnages lumineux, extraordinairement attachants. »

Ce sont les enfants devenus adultes les personnages principaux de cette fable moderne, sur fond de déchéance patriarcale. Ils deviennent le bras armé malgré eux des vengeances et souffrances parentales. Au point d’être livrés à eux mêmes à des âges où ils n’auraient dû se soucier que de jouer. Au point de toucher la mort des doigts. Au point de se construire bancalement sur des fondations branlantes, ne sachant pas vraiment ce qu’est le réconfort d’un foyer.

Une fois n’est pas coutume, il m’aura presque fallu trois semaines pour venir à bout d’Orange Amère. Les vacances sont passées par là et j’ai littéralement fait le vide dans mon esprit. J’ai ainsi pris plaisir à picorer ça et là ce roman prenant, et envoutant s’il en ait, sur les vies volées de ses protagonistes, que le traumatisme d’un drame liera à tout jamais. C’est étrangement beau, cette cohabitation des êtres voués à se détester par le simple fait d’être et de subir ainsi malgré eux, le choix de deux parents irresponsables.

C’est la première fois que je m’essaie à la plume d’Ann Patchett et je dois dire qu’elle m’a totalement conquise. Elle maitrise sa narration d’une main de maître malgré les points de vues changeants et la temporalité complexe, se déroulant sur cinquante ans. Bien que son propos soit dur,  ce roman se dévorera, ou se dégustera, c’est selon,  à merveille en ce mois d’aout accompagné d’un Gin tonic bien frappé.

Belle lecture à vous !

Orange Amère d’Ann Patchett est disponible aux éditions Actes Sud.