Il nous restera ça – Virginie Grimaldi

Feel Good

« Il ne faut pas avoir peur du bonheur, c’est un juste un bon moment à passer. » Romain Gary. Il n’est pas toujours simple de savourer ces instants, aussi fugaces puissent ils être, qui nous rendent légers, heureux. Il est parfois plus facile de se complaire dans son malheur. Par facilité, si on a touché le fond, il n’est décemment pas envisageable de continuer à creuser. Mais le bonheur, fragile quant à lui, peut nous être enlevé aisément.

Il nous restera ça, Virginie Grimaldi

J’ai longtemps été une pessimiste patentée. Une rechute arrive de temps à autre, mais c’est un vice dont je me suis défait. Il m’était plus facile de voir le verre à moitié vide, disant à qui voulait l’entendre que cette posture évitait la déception. Je pense que j’essayais surtout de me convaincre moi-même, de me protéger d’une certaine manière. Une humeur maussade en guise de carapace. Mes amis sont vraiment des personnes merveilleuses.

Apprendre à ne plus avoir peur de profiter de chaque moment de joie, de bonheur, sans craintes aucunes n’est pas une mince affaire pour tout le monde. On s’entête à se croire inapte à la vie en société. Indigne de ses amis, de sa famille. Blessé par un deuil, une perte lourde à porter, qui définit nos vies fragiles pour un instant qui restera gravé. C’est le cas d’Iris, Jeanne et Théo. Trois âmes blessées, en quête de leur salut. Le but et le moyen sera le même, mais leur rédemption leur appartient à chacun, dans ce qu’ils ont et qu’ils sont de plus intime.

Bienvenue dans le dernier roman de Virginie Grimaldi, il nous restera ça : « À 33 ans, Iris trimballe sa vie dans une valise. Théo, 18 ans, a peu de rêves, car ils en foutent partout quand ils se brisent.  À 74 ans, Jeanne regarde son existence dans le rétroviseur. 
Rien ne les destinait à se rencontrer.  Quand le hasard les réunit sous le même toit, ces trois êtres abîmés vont devoir apprendre à vivre ensemble. La jeune femme mystérieuse, le garçon gouailleur et la dame discrète se retrouvent malgré eux dans une colocation qui leur réserve bien des surprises. C’est l’histoire de trois solitudes qui se percutent, de ces rencontres inattendues qui sonnent comme des évidences. »

L’intrigue se déroule dans un quartier qui m’est familier, le dix-septième arrondissement de Paris, où j’aimais à flâner le weekend et le soir lorsque j’étais encore parisienne. Même si l’imagination aide à se construire des décors, le fait de connaître certain lieux permet d’avoir une lecture qui se rapproche d’un visionnage de film. Ne me manquait que le popcorn et je me serai réellement cru en salle obscure.

Trois personnages aux antipodes. Par leur âge, leur histoire, leur essence. Trois personnages attachants parce qu’abimés, sauvages parce qu’habitué à une solitude qui les protège. Trois personnages qui vont apprendre à cohabiter, à s’écouter, à s’apprivoiser, à s’ouvrir aux autres. Et surtout à se faire confiance et à aimer, sans avoir peur.

La force de Virginie Grimaldi est de rendre belle toute situation. De rendre plus léger les drames par un maniement de la langue et de l’humour que j’affectionne particulièrement. Parce qu’on peut rire de tout et parce que la lumière se succédera inexorablement à la nuit.

J’avais eu un coup de cœur il y a quelques années pour Il est grand temps de rallumer les étoiles, et d’une certaine façon je retrouve les ingrédients qui m’avaient plu, à commencer par Jeanne – même si j’avais oublié son prénom, je dois bien vous le concéder. Il nous restera ça est un roman solaire, une ode à l’entraide et à la bienveillance. Un roman doudou qui fait l’effet d’un baume tout doux.

Belle lecture à vous !

Il nous restera ça de Virgnie Grimaldi est disponibles aux éditions Fayard

L’étrange traversée du Saardam – Stuart Turton

Thriller

 » Nul conseil n’est plus loyal que celui qui se donne sur un navire en péril.  » Léonard de Vinci. Quand le navire prend eau de toutes parts, que le diable est à ses trousses et qu’une mutinerie est en cours, le péril ne peut être plus grand. Bienvenue à bord du Saardam, vaisseau à la traversée épique.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les films de pirates. De ces somptueux vaisseaux fondant les eaux en deux, de cette liberté bercée par les flot, défendue férocement parce qu’éphémère et interdite. Que ce soit la vie de dangers et de débauche, la garde robe faite de chapeaux, de plumes et de bottes ou les somptueux bâtiments, l’esthétique des pirates m’a toujours fascinée. L’île aux pirates avec Gina Davies a longtemps été un de mes classiques. Puis il y a eu ma rencontre avec Thelma et Louise, mais c’est une tout autre histoire.

Ce qui me plait le plus dans ces histoires de pirates – quelles soient réelles ou fantasmées , ce sont les croyances qu’on leur prêtaient, des mythes des mers, des autres sirènes et superstition qui pouvaient faire flancher dans leur soif insatiable de conquêtes sanguinaires, les meilleurs marins qui soient.

Certes, l’équipage qui quitte Batavia pour Amsterdam n’a rien de frondeur ou de belliqueux. De prime abord tout du moins. Mais il n’en reste pas moins des marins, des passagers non initiés et quelque peu craintifs, des Hommes dans leur peur les plus primales. Bienvenue à bord, pour vivre cette Etrange traversée du Saardam, Stuart Turton. « 1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.
Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements. Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit…
« 

Prenez un lépreux annonciateur de l’apocalypse. Couplez-le à une traversée éprouvante de plusieurs mois pour rejoindre le vieux continents. Ajoutez-y un équipage hétéroclites, dont chaque membre est animé par ses propres desseins, des plus vertueux au plus sombres. Mélangez le tout avec une dose d’obscurantisme et de croyances profanes. Saupoudrez le tout d’odieux secrets et d’identités floues. Vous obtenez un roman hautement addictif.

J’avais eu un coup de cœur pour les Sept morts d’Evelyn Hardcastle, ayant cauchemardé de médecin de peste et de valet de pieds durant quelques nuits, le temps de ma lecture. Je n’étais pas prête à être happée de la sorte par une intrigue, aux mille et un rebondissements, faux-semblants et étranges vérités. J’étais mieux armée pour cette nouvelle lecture. La magie a d’autant mieux opéré. J’ai littéralement vécu le temps d’une semaine sur le Saardam, avec ses passagers, ses odeurs, ses tragédies et autres secrets bien gardés. J’ai frissonné d’effroi aux portes de l’Enfer tout en menant l’enquête. Et c’est là que tient le génie de Stuart Turton, à savoir ouvrir plusieurs intrigues, donner la part belle à plusieurs personnages et ce sans perdre son lecteur, et en prenant le soin de refermer toute porte qui avait pu être que ne serait-ce entrouverte.

Vous l’aurez compris, c’est un nouveau un coup de maître de l’auteur. C’est à nouveau un coup de cœur pour moi. N’hésitez pas et plongez tout entier dans L’étrange traversée du Saardam.

Belle lecture à vous !

L’étrange traversersée du Saardam de Stuart Turton est disponible aux éditions Sonatine

Des matins heureux – Sophie Tal Men

Feel Good

« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière. » Les Contemplations, Victor Hugo. S’il ne devait y avoir qu’un poète, ce serait lui. S’il ne devait exister un seul et unique recueil se serait celui-ci. Dans chaque vers une résonance à un sentiment, une sensation, une situation. La perfection est Romantique.

Des matins heureux, Sophie Tal Men

J’ai longtemps connu un rapport complexe à la nuit. Elle me fascine tant qu’elle m’effraie. Petite, elle me donnait des terreurs irrationnelles et des angoisses assez marquées. Adolescente, je la vivais à demi éveillée, à demi consciente, dans un état hébétée propre aux insomnies. Jeune adulte, elle était mon terrain de jeu et de cernes marquées au petit matin, mais également le théâtre de mes crises d’angoisse et autres névroses. La tempête s’est calmée, et quand j’ai finalement su apprécier mon sommeil, c’est la maternité qui m’en a tiré, pour le meilleur.

Pourtant, la nuit je l’aime et la guette. Préférant l’hiver à l’été, j’aime quand elle nous enveloppe en fin de journée, avec ses frimas, qu’il soit seize heures ou vingt-deux heures. Je n’ai plus peur de l’affronter, je la vis sereine désormais. Le dernier roman de Sophie Tal Men, Des matins heureux a ainsi trouvé quelque écho en moi. « Dans le quartier du Montparnasse à Paris, Elsa, Marie et Guillaume se croisent sans le savoir. Si le jour, leur quotidien les éloigne, le soir, tous trois affrontent une même peur de la nuit. Elsa se réfugie dans le bus pour éviter la violence de la rue, Marie, qui vient de quitter Brest, multiplie les gardes à l’hôpital pour combler son vide sentimental, et Guillaume retarde la fermeture de son bar afin de fuir la solitude.
C’est au détour d’un Lavomatic, d’un irish pub ou par le biais d’une annonce sur Leboncoin qu’ils finiront par se trouver. Mais parviendront-ils, ensemble, à aller jusqu’au bout de leur nuit ? A se reconstruire ? Des matins heureux est le roman des nouveaux départs, la rencontre de trois personnages blessés, touchants dans leur fragilité, inspirants dans leur force de résilience.
« 

Une fois n’est pas coutume, l’auteure nous fait quitter la Bretagne et son Finistère, et plante son intrigue dans la bouillante et bouillonnante Paris. Mais, notre héroïne bretonne Marie ne s’aventure pas plus loin du XIVe arrondissement, la petite bretagne parisienne somme toute. J’ai reconnu les lieux : les sons, les images, les odeurs de la rue ont imprégnés ma lecture de souvenirs pas si lointains.

Trois personnes aux antipodes que rien ne prédisposaient à se rencontrer. Trois âmes blessées en quête d’une nouvelle chance, d’une nouvelle vie. Et c’est la chance qui va les mettre sur le chemin des uns des autres, qui va faire leur destin se croiser. Et se mêler, pour se tourner autour farouche et craintif, s’apprivoiser et finalement se trouver. Et commencer à appréhender ce qui leur fait peur. Leurs angoisses, leurs passés, leurs sentiments. Et finalement affronter cette nuit tant honnie ensemble.

Ce que j’aime dans les romans de Sophie Tal Men, c’est la familiarité des lieux et des personnages, qu’on retrouve d’un roman à un autre. Prenant un à un la parole pour nous livrer leurs doutes et leurs sentiments. Et Des matins heureux ne fait pas exception à la règle.

Bonne lecture à vous !

Des matins heureux de Sophie Tal Men est disponible aux éditions Albin Michel