Surprise !

Feel Good

Surprise : (nom féminin) Cadeau ou plaisir inattendu fait à quelqu’un. Mais également état de quelqu’un qui est frappé par quelque chose d’inattendu. Dans les deux cas, c’est l’absence de préméditation qui prime. C’est parfois bon de se laisser porter, mais cela peut également mettre nos nerfs à rudes épreuves.

Surprends moi, Sophie Kinsella

Si je devais résumer ce que j’aime de la Grande Bretagne ? L’Ecosse et ses pubs. Erasmus oblige. Ses landes tempétueuses et capricieuses, qui me rappelle ma Bretagne chérie. Sa musique – Punk, Rock, The Beatles. Ses accents – cockney, snob, incompréhensible. Ses auteurs – Marie Shelley, Oscar Wilde, Jane Austen si je devais résumer mes préférences. Son humour noir et son cynisme. Et pour finir, le personnage de Becky Bloomwood, accro au shopping devant l’Eternel.

En effet, s’il y a bien une auteure qui me fait rire au rythme échevelé des vie pour le moins farfelues et hautes en couleur de ses héroïnes, c’est Sophie Kinsella. Pionnière et reine de la chick-litt, en quelque sorte. Que j’affectionne également sous le pseudonyme de Madeleine Wickham où elle se révèle plus caustique et grinçante. Alors, même je suis moins friande de ce genre littéraire ces derniers temps, ça aurait été un crime de lèse majesté que de passer à côté du petit dernier, Surprends-moi. « À Londres, de nos jours. Après dix ans de vie à deux, Sylvie et Dan vivent dans une maison confortable, ont des jobs épanouissants, deux jumelles absolument parfaites, et s’entendent tellement bien que dès que l’un commence une phrase, l’autre la termine. Jusqu’à ce fatal rendez-vous médical, où ils apprennent qu’ils vivront certainement centenaires et qu’ils ont encore soixante-huit ans de vie commune devant eux… Sept décennies côte à côte ? Une éternité ! La panique s’installe. Pour préserver la flamme, le couple lance le projet « Surprise me » avec, au rendez-vous, des cadeaux inattendus, des restaurants par milliers, des photo shoots sexy… Et autant d’occasions de malentendus, aussi drôles que désastreux. Mais les fous rires laissent rapidement place à d’étonnantes révélations. Et quand un scandale du passé resurgit, Sylvie et Dan finissent par se demander s’ils se connaissent réellement… »

Déçue à nom ce que je suis. Vraiment. Je cache mon désarroi dans des figures stylistiques désuètes. La déception donc. Et ce pour plusieurs raisons. A contrario du titre, l’auteure ne m’a pas surprise, et loin de là même. Elle reprend quelques mécanismes éculés de ses précédents romans, et cela m’a laissée pantoise. Les personnages ensuite, téléphonés mais en même temps déroutants. Un couple de trente deux ans, parents d’adorables enfants, mais qui ne sont pas vraiment attachants, plutôt chiants. Je deviens trivial, je m’en excuse platement. Je vais finir mon procès par l’intrigue, que j’ai eu l’impression d’avoir mainte fois lue. N’en jetez plus, la coupe est pleine. En cette période estivale, j’ai habillé ce roman pour la prochaine saison.

Peut être cela vient-il de moi également. Il s’est tout de même passer douze ans depuis ma première rencontre avec la plume de l’auteure. J’ai certainement un peu mûri – tout du moins je l’espère – et mes goûts se sont sans conteste affinés. Il faut dire également que je sors de la lecture de La vie rêvée des chaussettes orphelines, de Marie Vareille, véritable coup de cœur, qui a révolutionné le genre à mes yeux  et qui affadi un peu le style de ses consœurs.

Je suis donc passée à côté de Surprends-moi de Sophie Kinsella. Si tant est que vous soyez têtue et ne prenez jamais rien en compte de ce que je vous dis, ce roman pourra toujours être un allié agréable pour vos vacances estivales.

Belle lecture à vous ! 🎈

Surprends-moi de Sophie Kinsella est disponible aux Editions Belfond

Miroir aux alouettes

Non classé

Satire : (nom féminin) Discours écrit ou oral, que nous devons aux latins et qui se moque de quelque chose, souvent de façon ironique. La satire sociale est à mes yeux un objet de liberté absolue, et mon esprit cynique s’en délecte à chaque fois. 

Licorne, Nora Sandor
Lorient. Toute mon enfance et toute ma jeunesse. A l’instar de Brest, cette ville reconstruite à la va-vite post seconde guerre mondial brille par son architecture soviétique sans charme. Mais à mes yeux, elle est bien plus belle que sa jumelle pluvieuse. Mes souvenirs sont gravés entre Lomener et Larmor Plage, où les vagues tempétueuses peuvent être parfois amenées à se briser sur la route, en un mois de Novembre par essence tout gris. Ce paysage apocalyptique est ce qui me manque le plus je crois dans ma vie parisienne. 

Mes souvenirs de cette période de vie sont gravés en moi, et sont certainement embellis et patinés, avec le temps qui est depuis passé. Mes ressentis me sont propres, car vécus par le prisme de mes yeux et de mon corps, en pleine conscience, dans la mesure de celle que des enfants et adolescents sont en mesure de développer.

Licorne. Créature fantastique, chérie des enfants, mais pas que. La promesse d’une vie en arc en ciel, par définition meilleure. C’est aussi le titre du premier roman de Nora Sandor, critique acerbe d’une société accroc au réseaux sociaux. « La vie de Maëla, vingt ans, s’écoule au rythme des réseaux sociaux. Quand elle ne s’ennuie pas sur les bancs de l’université ou à la caisse du supermarché qui l’emploie, elle passe l’essentiel de son temps dans un monde rêvé. Elle est fascinée en particulier par un rappeur qui joue de son succès pour créer une mystérieuse identité virtuelle, et se met en scène accompagné de son ours des Carpates, Baloo. À son tour, Maëla commence à espérer une existence offerte à la curiosité des autres, qui la tirerait de l’anonymat. Tout s’accélère le jour où, à sa grande surprise, elle remporte un concours sur les réseaux pour participer au prochain clip du rappeur. Alors que des milliers de nouveaux followers assaillent le compte de la jeune inconnue, sa vie bascule enfin. »

Joli miroir aux alouettes que sont instagram et consorts. Des reflets fantasmés d’une réalité plus doré chez les autres, et qui peut même conduire à une popularité soudaine. C’est ainsi que nous suivons Maëla, étudiante de lettre lambda, dans les dédales lorientais, essayer de poursuivre une existence fantasmé de ceux qui ont réussi. Ce personnage mou et sans réelle perspective d’avenir, si ce n’est devenir une Influenceuse, est une critique au vitriol d’une société assistée, « du j’ai vu, je veux, j’achète ». Quitte à vendre son âme au diable, et quitter sa Bretagne chérie à laquelle elle est attachée, pour un Paris sans âme et sans amis, un Paris de parias.

Maëla est aberrante en ce fait qu’elle se complet dans une médiocrité, de laquelle elle pourrait sortir, si elle tendait à faire un effort. Car là où la littérature la laisse de marbre et circonspecte, la poésie urbaine qu’est le Rap la transcende. Elle n’a de cesse à se comparer à un fameux ours Baloo, d’une non moins célèbre rappeur Mowgli, qu’elle met tout du long de son périple initiatique sur un piédestal. Mais si l’on se réfère à la version originale du Livre de la Jungle, « il en faut peu pour être heureux ». Or son malheur se joue dans le fait qu’elle ait voulu toucher des étoiles inaccessibles.

Avec Licorne, Nora Sandor signe un premier roman à la plume prometteuse, et au ton sarcastique et caustique. Il n’en fallait pas plu pour faire battre mon petit cœur de cynique.

Belle lecture à vous !

Licorne de Nora Sandor est disponible aux Editions Gallimard

Âmes sœurs

Feel Good

Culpabilité : (nom féminin) Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire. Sentiment qui me submerge à chaque fois que je mange un tiramisu après une pizza quatre fromages alors que les vacances s’approchent dangereusement. Et si on parlait un peu de la géniale théorie « du foutu pour foutu », qui est bien trop éphémère à mon goût. 

Si je devais choisir un style musical, ce serait le rock. Un courant, le punk. Suis-je « née trop tard dans un monde trop vieux » en grande partie parce que j’ai loupé les années soixante-dix (et que je ne suis pas anglaise), indéniablement oui. Les bracelets de force et la lourde frange rousse auraient été ma marque de fabrique. Et surtout, j’aurais eu une chance de faire carrière, étant donné que je chante plus faux que faux. 

De Scarlett Smith-Rivière j’aurais été une fan de la première heure. Je l’imagine ressembler à Taylor Momsen des Pretty Reckless, et rien qu’à l’idée d’entendre les premiers riffs, je suis déjà en train de sautiller. Une vraie rock star, qui fait partie du malheureusement fameux club des 27. D’Alice Smith-Rivière c’est sa douce folie, cachée sous une façade formatée, qui m’aurait plu. D’autant plus que son journal s’appelle Bruce Willis et qu’il ne peut malgré tout la sauver de ses tourments. Tout cela est doucement ironique. De ses deux sœurs j’auraient aimé partager l’amour qu’elles ont l’une pour l’autre. L’unicité et la complicité, le manque et l’amour, la jalousie un peu aussi, que seuls deux être proches comme les deux chaussettes d’une même paire peuvent vivre et ressentir. Qu’adviendrait-il alors si l’une d’elle venait à devenir orpheline. Le chaos, inélictablement : « En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface. Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ? »

Ce chaos est donc arrivé. Il est rendu plus fort par la construction narrative sur deux temporalités, qui est soit dit en passant un procédé littéraire que j’affectionne vraiment. Surtout quand se mêle la voix figée d’un journal intime à celle mouvante d’une jeune femme quelque peu perturbée. Et ce, chacune sur une année, nous livre des pans de sa vie, de ces préoccupations du moment, et surtout de son passé qui l’a construite. C’est de cette manière que se forment sous nos yeux le portrait des deux sœurs Smith-Rivière. Deux femmes soutenant respectivement les fêlures et les espoirs de l’autre, espérant que leurs rêvent antagonistes se concrétisent. 

Le projet de réunir les chaussettes esseulées est une idée de génie. Ne serait-ce que d’un point de vue pragmatique, car dans la vraie vie, en tous cas la mienne, elle me permettrait au moins d’en avoir une vraie paire. Je dois être maudite. Mais également car elle panse les âmes perdues et les cœurs brisés, de ceux qui ont perdu un être cher et qui souhaitent continuer de vivre malgré tout. Et cela fonctionne, pour notre plus grand plaisir, et mon petit cœur de romantique.

Chaque roman de Marie Vareille a pour moi la douceur d’une crêpe au caramel au beurre salé, et éveille toujours ce sentiment de bonheur – même si fugace. Elle a un petit quelque chose de complètement barré dans ses écrits, qui fait qu’on s’attache immédiatement aux personnages, et qu’on leur souhaite une seule chose, de trouver le bonheur. J’ai ainsi littéralement dévoré La vie rêvée des chaussettes orphelines, grignotant quelque peu sur mon capital sommeil (Vous savez bien, foutu pour foutu), pour vivre une belle histoire d’amour, de d’acceptation et surtout de pardon.

Belle lecture à vous ! 🎈

La vie rêvée des chaussettes orphelines de Marie Vareille est disponible aux Editions Charleston.