Nos résiliences

Feel Good

Résilience : (nom féminin) Capacité à surmonter les chocs traumatiques. L’appréhension en est différente en fonction des personnes, et des caractères. Cette force nous fait progresser,  le plus souvent pour le meilleur, même si le pire a été vécu et traversé.

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Il y a de rendez-vous qu’on ne peut manquer. Cette année encore, j’oscillais entre excitation et fébrilité. Entre plaisir et déception. Plaisir de me procurer le dernier roman de cette auteure qui me tire les larmes, j’ai nommé Agnès Martin-Lugand. Déception de me délecter bien trop rapidement de ses mots si justes, de cette nouvelle histoire si vraie. Si vraie, qu’elle pourrait être la notre.

Une famille heureuse, aux parents amoureux et libres, aux enfants insouciants et légers. Des métiers passions qui font vibrer rien qu’à leur évocation. Une vie de famille, apaisée et apaisante. Une vie d’amour et de passions. Un équilibre parfait. Jusqu’au jour où, le diable vient frapper au carreau et tente de semer le chaos. Tout drame peut il être surmonté ? La vie peut elle coûte que coûte continuer ? Un seul instant suffit-il à faire basculer toute une vie ? « Notre vie avait-elle irrémédiablement basculé ? Ne serait-elle plus jamais comme avant ? Étrange, cette notion d’avant et d’après. Je sentais que nous venions de perdre quelque chose d’essentiel. Aucune projection dans l’avenir. Aucun espoir. Rien. Le vide. Une ombre planait désormais sur notre vie. Et j’avais peur. Mais cette peur, je devais la canaliser, l’étouffer, l’éloigner, je ne pouvais me permettre de me laisser engloutir.« 

Nos résiliences. Titre fort, court. Pleins de promesses envers son personnage principale, Ava. Une femme qui apprend à sa battre pour la survie de l’homme qu’elle aime. Tout en restant la louve attentive aux besoin de ses petits. Une femme qui souffre pour tenter de lui offrir une planche de salut. Une femme qui a besoin de se sentit vivante, au point de se perdre pour mieux retrouver ses raisons d’apprécier sa vie. La vie.

Le rejet de l’autre. Pour se protéger, pour les protéger. La colère muette, la plus terrible, celle qui laisse des séquelles irréversibles. L’abandon de ses valeurs que l’on croyait acquises, immuables. La passion, celle nécessaire même si interdite, celle qui fait se sentir vivant et coupable à la fois. La rédemption telle un chemin de croix, pour arriver à l’absolu : le pardon. Pardonner, se pardonner. Pour avancer côte à côté et plus unis que jamais.

Commencer la lecture d’un roman d’Agnès Martin-Lugand, c’est entrer tout de go dans l’intimité d’une femme, dans sa vie de famille, sa vie professionnelle et appréhender avec elle ses guets-apens que la vie peut parfois tendre. Lire un roman d’Agnès Martin-Lugand c’est apprendre à lâcher prise devant ses émotions qui nous submergent et qui sont parfois indomptables ; accepter de se mettre à nu malgré nous. Refermer un roman d’Agnès Martin-Lugand, c’est clore une histoire de vie qui restera en nous, par la beauté des émotions vécues, si proches de notre vie. Nos Résiliences ne fait pas exception à cette règle.

Belle lecture à vous !

Nos Résiliences d’Agnes Martin-Lugand est disponible aux éditions Michel Lafon

Vers l’infini et au-delà

Feel Good

Selfisme (néologisme) : Le selfie est le langage nouveau d’un époque narcissique. Il remplace le cogito cartésien: « je pense donc je suis »  devient « Je pose donc je suis ». (extrait). C’est ainsi que va être étudié à la loupe le nombrilisme accru de notre société, basée sur le paraître, en quête d’une seconde d’éternité figée sur les réseaux sociaux. Seconde de gloire approximative,  et bien évidemment laissée à discrétion, avant de retomber platement dans l’anonymat le plus complet.

Une vie sans fin, Frédéric Beigbeder

La vie peut elle être éternelle ? Vous avez quatre heures. Ce n’est pas le prochain du sujet du bac de Philo. Mais une question qui a été maintes fois posées dans la littérature, ainsi que dans l’art, d’une manière plus générale. Sont ainsi nés vampires et autres âmes damnées, voués à la solitude de leur condition. Qu’ils se mettent inexorablement à détester.

C’est intéressant de voir que les œuvres survivent au temps, portant ainsi leurs créateurs au panthéon de l’immortalité : ils ne seront jamais qu’un simple souvenir. Et ceux souvent malgré eux.

Vint le vingt et unième siècle et ma révolution des réseaux sociaux. La photographie n’a jamais autant été utilisée pour immortaliser d’insignifiants instants. L’argentique avait ce luxe de sublimer les instants suspendus. Les téléphones, de suspendre aux vues et sus de tous, l’affligeante banalité, vendue comme exceptionnelle. C’est alors que Frédéric Beigbeder a choisi de s’attaquer à la vie éternelle, en écornant son image par sa plume mordante dans Une vie sans fin : « La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus  naturel ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes. Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. « 

Cette quête de la vie éternelle est partie d’un mensonge à sa fille, celui de ne jamais la quitter, pour ne jamais la blesser. S’ensuit un voyage initiatique vers cette poursuite fantasque de la jouvence perpétuelle. C’est flanqué de sa fille et de leur robot japonais ultra sophistiqué que l’auteur déambule au fil des pays, au gré des pages. L’évolution de son monde le révulse par bien des manières, mais il veut lui survivre, coûte que coûte. Etre anonyme, le mal du siècle nouveau. Etre inoubliable, le graal 2.0.

Le noctambule trentenaire a fait place au père quinquagénaire, responsable et dévoué à une seule et unique chose : le bien de sa famille et de ses filles. Car cette vie sans fin ne vaudrait d’être vécue qu’en compagnie des femmes de sa vie. N’est pas Faust qui veut.

J’ai pris beaucoup de plaisir au travers de ma lecture d‘une Vie sans fin, à me délecter de ces phrases travaillées, au double sens latent. De cette plume impertinente et incisive qui croque délicieusement les travers de notre société contemporaine. Chapeau bas l’artiste, j’ai nommé Frédéric Beigbeder.

Belle lecture à vous !

Une vie sans fin de Frédéric Beigbederest disponible aux éditions Le Livre de Poche

L’absent magnifique

Feel Good

Poste : (nom masculin) Administration chargée de l’acheminement du courrier. Impersonnelle dans les grandes villes, la remise du courrier peut devenir un cérémonial dans les villes à taille humaines , les villages. Les facteurs sont annonciateurs de nouvelles, bonnes ou mauvaises, et se voient par moment offrir le rôle de confidents ou d’amis de fortune. 

Poste restante à Locmaria, Lorraine Fouchet

J’aime cette idée qu’une région, une ville, un lieu puisse guérir les maux, panser les bleus de l’âme. Qu’un endroit puisse devenir notre planche de salut, la raison pour laquelle nous battre, car il a réveillé en nous des émotions, des sentiments ou encore des instincts. J’aime cette idée que la Bretagne puisse être cette région doudou, propre à la reconstruction. D’autant plus quand je connais les lieux évoqués.

C’est ironique quand on y pense qu’une île puisse être le symbole de liberté absolue. Une enclave terrestre dans la mer. Des horizons bleus à perte de vue, dont on dépend cruellement.

De Rome ou de Paris, tous les chemins semblent mener à Groix, cette île « aux sorcières » du Morbihan, horizon tant admiré et visité même,  de mon enfance et de mon adolescence. C’est avec plaisir que j’ai foulé le sol de mes souvenirs avec Poste restante à Locmaria de Lorraine Fouchet : « Élevée dans le culte d’un père mort avant sa naissance, Chiara découvre, à l’âge de vingt-cinq ans, qu’elle est peut-être la fille d’un marin breton. Sous le choc de cette révélation, elle embarque pour l’île de Groix et fait la connaissance de Gabin, prête-plume d’écrivains célèbres, qui devient son compagnon de fortune. Mais ce séduisant jeune homme, arrivé comme elle de la « grande terre », est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Et Chiara reviendra-t-elle indemne de son enquête insulaire ?« 

Rome. Paris. Groix. Trois villes qui n’ont en apparence rien en commun, si ce n’est la quête de liberté. Les deux capitales ont été fuis pour cette île, isolée. On excusera cet euphémisme. Comment grandir, se construire – en un mot, vivre – sans père, ce sublime absent si présent tout au long du roman ? Cette à cette question que les protagonistes vont tâcher de répondre au long de cette quête initiatique, qui va les réconcilier avec le monde. Les réconcilier avec eux mêmes.

Aux travers de rencontres haute en couleurs, les masques vont tomber et les certitudes se fissurer. Le passé laisse place peu à peu à un présent plus radieux et à un futur de tous les possibles. De tous les bonheurs.

Lorraine Fouchet nous offre une jolie ode à la vie au travers de Poste restante à Locmaria, à travers un roman plaisant et moins léger qu’il n’en a l’air, truffés d’expression groisillones réservées aux initiés.

Bonne lecture à vous !

Poste restante à Locmaria de Lorraine Fouchet est disponible aux éditions le livre de poche