Amicalement vôtre

Thriller

Détective : (nom masculin) Personne qui mène des enquêtes pour des particuliers. N’est toutefois pas Sherlock Holmes qui veut. Mais quand Scotland Yard s’enfonce dans un non-sens, et qu’un innocent risque sa tête sur le billot, la chasse aux indices est ouverte. Il peut être parfois plus épineux de rassembler des âmes sœurs, que de résoudre un meurtre. Et quand les deux sont inextricablement liés, cela nous donne une truculente affaire à suivre.

Amicalement vôtre. Tony Curtis et Roger Moore. Danny Wild et Lord Brett Sinclair. La rencontre du nouveau et de l’ancien continent. Entre la fougue américaine et le flegme britannique. Duo haut en couleur, apprécié par plusieurs générations. Le nombre d’olive dans le Créole Crème restera à jamais sujet à débat. Il faudrait d’ailleurs à l’occasion que je goute ce cocktail, point d’orgue d’une histoire d’amitié fortes d’adrénalines et d’humour so british.

Amicalement vôtre. C’est la relation qui unie nos détectives en herbe, Iris Sparks et Gwendolyn Bainbridge, fraichement associée pour le meilleur, et pour le pire. A l’heure où les rencontres se font désormais virtuels sur fond de swipe et de match, sur des critères pour le moins subjectifs, les agences matrimoniales nous semblent bien désuètes. Pourtant les applications de rencontre n’en sont que l’extension 2.0, au même titre qu’elles se sont suppléées aux petites annonces. Que l’on soit post seconde guerre mondiale dans un Londres ou dans son canapé confiné, trouver un partenaire, son âme sœur reste une problématique universelle. C’est le fondement même du Bureau du mariage idéal. Mis à mal lorsqu’une des candidates à l’amour est retrouvé sauvagement assassiné. La première enquête du tandem prend alors vie sous la plume d’Allison Montclair : « Alors que Londres se remet lentement de la Seconde Guerre mondiale, deux femmes que tout oppose s’associent pour monter une société au cœur du quartier de Mayfair, le Bureau du Mariage Idéal. L’impulsive Miss Iris Sparks à l’esprit vif et Mrs Gwendolyn Bainbridge, veuve pragmatique et mère d’un jeune garçon, sont résolues à s’imposer dans un monde qui change à toute vitesse.
Mais les débuts prometteurs de leur agence matrimoniale sont menacés quand leur nouvelle cliente, Tillie La Salle, est retrouvée morte et que l’homme arrêté pour le meurtre se trouve être le mari potentiel qu’elles lui avaient trouvé. La police est convaincue de tenir le coupable mais Miss Sparks et Mrs Bainbridge ne sont pas du même avis. Afin de laver le nom du suspect – et rétablir la fragile réputation de leur agence – Sparks et Bainbridge décident de mener leur propre enquête. Elles ne savent pas encore qu’elles vont mettre leur vie en danger…
« 

Londres d’après guerre. Les tickets de rationnement qui empêchent les coquettes de se faire belles, au risque de se mêler au marché noirs. La volonté de jour meilleur et d’un avenir plus clair. L’une est une femme d’action, d’éducation scolaire et de relation. Sparks. L’autre, une femme du monde, veuve éplorée, mise à mal par sa belle famille protocolaire. Bainbridge. Deux tempéraments aux antipodes, pour une amitié sans faille, et une volonté d’obtenir justice coute que coute. Des bas fond londonien, aux bureaux du Yard, leurs petites cellules grises n’ont rien à envier aux célèbres Poirot et Holmes. Une enquête sur fond sociétale. D’une société en reconstruction corsetée par ses bonnes manières. Deux femmes, aspirantes à l’amour, qui a défaut d’elle même être heureuse, essaie de faire le bonheur de leur pair. En assurant un service après vente plus que raisonnable.

Le Bureau du mariage idéal a vu naître des idylles mais également un duo de chocs d’enquêtrices amateures, complémentaires à tout point de vue. Bainbridge me faisant penser à sa Majesté, Sparks à un Wilde survolté. Allison Montclair signe une intrigue chiadée et plaisante, qui nous entraîne dans un Londres en reconstruction, dans une société en mutation, où les malfrats et la bourgeoisie se côtoient. Coup de cœur que cette lecture pour ma part !

Bonne lecture à vous !

Le bureau du mariage idéal – Une enquête de Sparks & Bainbridge – d’Allison Montclair est disponible aux éditions 10/18 Grands Détectives.

La fille au fer à repasser

Feel Good

Voyage : (nom masculin) Action de se rendre dans un lieu relativement lointain ou étranger ; séjour ou périple ainsi fait. L’est tout autant une exploration, découverte, description de quelque chose qu’on suit comme un parcours . Les deux ne sont pas incompatibles, et c’est ainsi qu’un séjour anodin peut se transformer en périple d’une vie, celui qui créé des liens indéfectibles et permet de dénouer ceux qui nous rongent, nous blessent, nous usent.

Eugène et moi, Katherine Pancol

Un voyage comme initiation. Quitter ses habitudes confortables et sa langue maternelle pour sillonner seul un pays inconnu est la plus belle manière de faire de nouvelle rencontre, mais aussi de se retrouver, se trouver soi même. Profiter de cette opportunité comme d’une aventure qui nous change en bien et nous fait murir, pour se recentrer sur l’essentiel et rétablir un sens des priorités, un équilibre qui pouvait être inexistant.

Un voyage comme fuite. Quand les problèmes s’amassent, qui n’a jamais de claquer la porte, partir loin et ne jamais revenir ? « Si c’est comme cela, je m’en vais.  » J’ai tenté ce genre de rébellion à l’âge de 3 ans, doudou en main et sac à dos éléphant, la porte à peine ouverte, je suis retournée me cacher sous ma couette. Parfois, cette fuite est nécessaire pour mieux rebondir et affronter ces problèmes de front.

Un voyage comme une expérience unique. Cette richesse des cultures, des lieux, des rencontres. Qui commence parfois dès les portes d’embarquement. A l’instar de celles de Katherine et Eugène, leur jeunesse en bandoulière, leur beauté en insolence. Bienvenue dans le dernier roman de Katherine Pancol, Eugène et moi. »Elles n’ont rien en commun, si ce n’est une féroce envie d’indépendance. Elles vont pourtant se lancer ensemble dans une aventure qui les mènera de Paris au Mexique puis à Saint-Tropez. De chaos en cahots, elles vont apprendre à devenir celles qu’elles ont envie d’être. Katherine, la blonde et Eugène, la rousse n’ont rien en commun sauf leur vingt ans et un mot d’ordre : « sans risque la vie est trop triste ». À l’affût des moindres surprises de la vie, Eugène initie Katherine à la liberté la plus radicale. On tremble, on rit, on court derrière elles de Mexico à Paris et de Paris à Saint-Tropez en plein coeur des années 70.« 

La plume unique de l’auteure nous offre une belle histoire, celle d’une amitié entre deux femmes, à l’instar de celle qui s’est construite -brève mais intense – entre Thelma et Louise. Point de road movie ou de meurtre ici, mais la volonté d’être respectée et aimée en tant que femme. De ne pas être des trophées exhibés à la merci des hommes, mais d’exister pour elle même et par elle même. Et c’est à cet exercice que Katherine Pancol excelle. Traiter des sujets lourds, tristes voire sordides avec cette plume chantante et virevoltante qu’est la sienne. Qui nous offre ainsi toujours l’espoir de jours meilleurs, quoiqu’il puisse advenir.

Lire c’est avant tout voyager, votre destination est ici toute trouvée. Eugène et moi est le parfait roman à dévorer en cette période de morosité exacerbée – le mois de novembre et sa déprime en prime – qui vous fera voir du pays d’Acapulco à Saint Tropez, au rythme des pérégrinations des nos héroïnes.

Belle lecture à vous !

Eugène et moi de Katherine Pancol, illustré par Anne Boudart, est disponible aux éditions Albin Michel

Le Diable en héritage

Thriller

Le Diable : (Nom Propre) le princes des Ténèbres, qui règnent sur les âmes damnées et dont le but ultime est de créer un ordre nouveau basé sur le chaos. Dans les années 1980, Richard Ramirez s’est pris pour l’un de ses soldats sur Terre – comme bien d’autres et s’est ainsi rendu tristement célèbre, en tant qu’un de pires tueur en série qui fut.

L’heure du diable, Patrick Bauwen

Dans Seven, le crime était présenté sous un jour rédempteur. Celui qui périra par son péché, pourrait ainsi espérer en être lavé. La religion comme prisme du crime. Le châtiment ultime s’abat par une main qui se veut divine. Mais quand le Diable sans mêle, la cruauté n’a plus de limite. Prenez Usual Suspect, l’un de mes thrillers cinématographiques préféré. Le mal frappe masqué, à couvert. Tout le monde devient suspect, le coupable a toujours un coup d’avance, et l’on ne soupçonne pas les bonnes personnes. Qui est donc Kaiser Soze, le diable incarné, qui officie dans l’ombre et terrorise les plus sanguins truands et autres petites frappes. Légende ou Réalité ?

Le Chien se veut comme un envoyé divin, présent sur Terre pour honorer cette mission : envoyer ad patres tous les margoulins qu’il n’estime pas digne de lui survivre. La liste est longue et à discrétion. Après avoir eu maille à partir avec un Ogre sanguinaire, il se retrouve face à un prince des ténèbres, le Roi Lépreux. Contre lequel il va disputer une longue partie partie d’échec, par pions interposés. Bienvenue à la fin de cette trilogie épique de Patrick Bauwen qu’est Evangile, avec le dernier volet L’heure du Diable : « Le lieutenant Audrey Valenti enquête sur le meurtre d’une jeune femme dont le corps a été retrouvé la nuit d’Halloween, encastré à l’avant d’un train. Le docteur Chris Kovak, quant à lui, est toujours la proie de ses addictions et pratique la médecine en téléconsultation. Il est contacté par le Chien, un tueur impitoyable à qui il a déjà eu affaire par le passé. »

Plus le temps passe, et plus la nuit se fait obscure et dense, enveloppant les lourds secrets et autres addictions de Christian Kovak, qui s’enfoncent encore un peu plus dans ces ténèbres personnelles. L’ambiance est sombre à souhait. Le jour aux abonnés absents, comme si tout espoir était perdu. Comme si le monde n’était plus que violence déraisonnée. Une sorte de chevalier noir de fortune qui se bat pour trouver une vérité qui lui échappe de plus en plus, au fil des ans. En parallèle, la brigade Evangile se fragilise, pourrie de l’intérieur par les doutes et les questions, par cette idée qu’un vers est entré dans la pomme et que le fruit est désormais pourri.

L’Heure du Diable signe en apothéose la fin des aventures du médecin le plus névrosé de Paris, qui n’aurait rien a envié à Dr House, en termes de consommation d’opiacés. Les intrigues tissées dans les trois romans trouvent leurs réponses dans une fin cohérente. Après nous avoir tenu en haleine un millier de page durant, Patrick Bauwen offre une belle conclusion à sa trilogie sous terraine.

Bonne lecture à vous !

L’heure du Diable, de Patrick Bauwen est disponible aux éditions Albin Michel

Le jour du chien et La nuit de l’Ogre sont disponibles aux éditions Le Livre de Poche