L’homme est un algorithme comme les autres

Feel Good

Application : (nom féminin) en informatique, programme conçu pour répondre à un ensemble de besoins précis. C’est bien simple, il existe approximativement une application pour toi, ce qui en devient aliénant et légèrement flippant. Comme si nous n’étions plus capables d’assumer quelques contraintes ou de réfléchir par nous même. Cela s’applique bien évidemment pour moi également, qui scrute béatement toutes ces petites icones pour la plupart d’aucune utilité encore connue sur mon téléphone.

Avoir une application qui donne le parfait temps de cuisson pour qu’un moelleux au chocolat embrasse pleinement son nom et ne devienne pas une pierre carbonisée, cela peut être utile quand on débute en cuisine depuis quinze ans comme moi. Avoir une application qui optimise son temps de trajet pour éviter d’être en retard, retard, toujours en retard, et donc les inconvénients liés, cela peut être utile quant on ne souhaite pas que la crèche appelle les services sociaux pour abandon d’enfant. Avoir une application pour trouver l’âme sœur, il y en a pléthore qui se propose de jouer à Cupidon et en ces temps sans troquets, cela peut être une bonne occupation.

Mais une application qui conditionnerait votre vie amoureuse, et par la même sociale, en vous annonçant quand votre relation prendra fin, est-ce réellement une bonne idée ? En théorie, cela peut éviter des complications inutiles. Mais en pratique, les sentiments peuvent ils être réellement rationnalisés ? C’est ce que propose pourtant le Time Wise, programme informatique imaginaire, au cœur du roman de Salomé Baudino, Le syndrome des cœurs brisés. « De nos jours, un logiciel bouleverse les mœurs du monde moderne : le programme informatique TimeWise propose à ses utilisateurs de connaître la date exacte de la fin de leur histoire d’amour. Victor et Lola forment un jeune couple idéaliste, fous amoureux l’un de l’autre. Par envie pour l’un, par moquerie pour l’autre, ils y ont recours. Avant de découvrir, stupéfaits, qu’il ne leur reste que deux mois avant de se séparer. Quelle est la meilleure façon de vivre les derniers jours d’une histoire d’amour ? « 

Certain souhaite éperdument savoir ce que la vie leur réserve et s’en rende malheureux quand d’autre laisse faire le destin, et puise dans cette innocence leur bonheur au quotidien. Se jeter corps et âme dans une relation, c’est prendre le risque de se brûler les ailes. Mais c’est surtout embrasser pleinement sa vie et savourer chaque instant, comme si c’était les derniers. Profiter de chaque petit moment, car on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Et si dans dans la Time Wize, l’algorithme le puissant était l’humain, qui mit face à une échéance se décide malgré ce qu’elle coute de la respecter. Et si pour vivre heureux, on profitait de nos vies par notre propre prisme plutôt que celui d’une intelligence artificielle.

Belle découverte que le Syndrome des cœurs brisés de Salomé Baudino, que je vous invite à lire, que vous soyez technophile… ou technophobe !

Belle lecture à vous !

Le syndrome des cœurs brisés de Salomé Baudino est disponible aux éditions de l’Observatoire.

Martine au pays des adultes

Feel Good

Arnaque (nom féminin) : une escroquerie ou un vol, c’est-à-dire le fait d’obtenir quelque chose par une manœuvre frauduleuse. C’est également le nom d’un des Podcasts format court de Pénélope Bœuf, qui au fil de ses pastilles nous narre les arnaques de son quotidien, au sein de cette arnaque plus grande encore que peut parfois être la vie.

Les aventures de Pénélope Boeuf

Petite – certains préfèreront me voir écrire dire enfant car je ne suis guère plus grande – je lisais les aventures de Caroline et de ses amis , déclinées en plein de lieux et d’activités différentes. J’adorais vivre ses aventures par procuration, ou alors me projeter dans celles similaires que j’avais vécues par moi même, comme la sortie au Zoo ou à la ferme. Elle incarnait mon héroïne du quotidien, au quotidien passionnant.

Puis j’ai grandi – d’aucuns préféreront me voir écrire mûrir pour les raisons précédemment nommées – et je me suis mis à avoir une sorte de fanatisme pour les frères Bateman – Patrick et Sean – et tout autres personnages sous psychotropes qui peuplaient l’univers de Bret Easton Ellis. Autant dire que la projection était moins facile au risque de perdre quelques points de vie et un ou deux reins.

Puis vinrent les aventures de Penelope Bœuf, sorte de Martine au pays des adultes, qui existe dans la vraie vie et dont on se délecte de lire les aventures, les questionnements, en bref la vie, sa vie. « Pénélope Bœuf (ce n’est pas un pseudonyme), c’est cette fille un peu originale, qui n’a pas peur de grand-chose. Elle nous livre avec humour sa vision du monde au travers de courts chapitres qui se dévorent comme les épisodes d’une série télé. Bordélique et un peu trop curieuse, mais aussi énergique et volontaire, Pénélope est une fille de son temps, indépendante, qui sait ce qu’elle veut et surtout ce qu’elle ne veut pas ! « 

Amatrice de podcast, j’écoute depuis quelques jours L’arnaque, et je passe de bons moments, partant souvent d’un fou rire toute seule, ce qui me vaut de passer pour une folle pendant mes séances de running. La bonne nouvelle avec ce nouveau confinement c’est que vous n’aurez pas l’air fou à rire à gorge déployée ou à vous exclamer à haute voix pendant votre lecture car vous le ferez depuis chez vous et non dans le métro. Quelle chances ! Le métro commencerait presque à me manquer tiens… Les aventures de Pénélope Bœuf donc, à lire sans modération !

Bonne lecture à vous !

Les aventures de Pénélope BœufL’audacieuse effrontée (tome 1) et la travailleuse acharnée (tome 2) sont disponibles aux éditions Flammarion et éditions Versilio

Queen’s Gambit

Feel Good

Echec : (adjectif) Situation du roi ou de la reine qui se trouve sur une case battue par une pièce de l’adversaire. Ce jeu demande patience, rigueur et réflexion. Comme à peu près tout au final. Mais parfois certain sont doué et talentueux de naissance. Les Echecs s’érigent alors au rang d’art.

Le jeu de la dame, Walter Tevis

J’ai un problème de concentration quand il s’agit de regarder un film chez moi. Je suis incapable de rester sagement assise dans mon canapé, subjuguée par l’action. Je suis sans cesse titiller par l’idée de faire autre chose – manger, boire, regarder mon téléphone, lancer une lessive, j’en passe et des meilleurs – sont d’autant d’occasion pour moi de mettre pause et de passer à côté de l’intrigue. En l’état, constat navrant de l’année écoulée, je n’ai pas dû voir un film que je ne connaissais pas déjà. Alors que j’étais sans cesse fourrée au cinéma. Chercher l’erreur.

Je ne connais toutefois pas ce soucis avec les séries. Leur format court de plusieurs épisodes permet de m’évaporer de tout mon soûl entre deux. Les scénarios sont de plus en plus travaillé, l’image de plus en plus léchée et les acteurs, plus confidentiels ou cantonnés aux rôles de l’ombre au cinéma, détrônent parfois par leur talent ceux du grand écran. Ma préférence va pour des formats courts, de quelques saisons seulement ou sous forme d’anthologie, afin de ne pas connaître la lassitude.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois déjà je me suis laissée happée par l’énigmatique et charismatique Beth Harmon, avec la mini série Le jeu de la dame. Ne voulant pas que la magie s’arrête, je me suis réfugiée il y a quelques jours dans l’ouvrage de Walter Tevis. « Petite fille, Beth Harmon a appris les échecs à l’orphelinat. Prodigieusement douée, elle devient rapidement une joueuse exceptionnelle. Mais le milieu des échecs est féroce, les intrigues les plus sournoises sont permises, et les Etats vont jusqu’à s’affronter à travers leurs champions respectifs. Sa rencontre avec le champion soviétique sera l’occasion d’une confrontation impitoyable.« 

J’ai pu l’espace de quelques jours retrouver des personnages connus que j’ai appris à aimer ou détester – à quoi peu bien servir la demi mesure -, dans cet univers feutré et très normé que sont les échecs. A ma grande surprise, l’adaptation a rendu plus que justice à l’œuvre originale, en arrivant même à la sublimer, fait assez rare à mes yeux pour être noté. Là où Walter Tevis s’axe sur la complexité du jeu et des ces divers manière tacticienne de l’aborder, la série explore plus amont le psyché des personnages. Ce premier ne m’a pas dérangé car les échecs sont un jeu que j’affectionne, même si mon niveau relève du pur amateurisme à côté des grands maitres côtoyés.

En ces temps incertains, où notre humeur est sujette à faire la girouette, il est bon de se complaire dans ce que nous connaissons et nous rassure. En tout cas, cela vaut pour moi. Alors si vous avez aimé Beth Harmon et son roux flamboyant, je vous invite à la découvrir brune nous la plume de Walter Tevis, dans la version originale du Jeu de la Dame.

Bonne lecture à vous !

Le Jeu de la Dame de Walter Tevis est disponible aux éditions Gallmeister