Journal d’un jeune écrivain

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Écrivain : (nom masculin) Personne qui compose, écrit des ouvrages littéraires. On peut être qualifié de la sorte lorsque nos pairs nous reconnaissant et que le public nous lit mais également s’il on écrit pour soi, par passion, par vocation. Telle est la liberté donnée à ce statut.

Morceaux cassé d'une chose, Oscar Coop-Phane

Éclectique. C’est ce qui me qualifie le mieux dans mon rapport à l’Art, dans sa globalité. Que ce soit en musique ou en littérature, je me plais à essayer tous les genres avec un plaisir non feint. Malgré tout, certain style me ravissent plus que d’autre. Le Rock reste ma musique de prédilection, un peu doudou, dans laquelle j’aime à me réfugier, en mal d’inspiration. Une sorte de facilité.

En ce qui concerne la littérature, j’ai une préférence pour les romans contemporains, qui parlent d’illusions perdus et de la vie vraie, la vraie vie. Celle qui fait mal et qui laisse des séquelles. Ponctuée de virées dans les paradis artificiels, au goût prononcé d’enfer. Brett Easton Ellis et Frederic Beigbeder sont entre autre mes références du genre. Je peux désormais y ajoute Oscar Coop-Phane que je viens de découvrir avec Morceaux Cassés d’une chose, ses mémoires fragmentés, de son enfance à maintenant. C’est à dire à sa trentaine à peine entamée. « J’ai voulu choisir ici quelques morceaux de ma mémoire, les assembler, les réunir, les envoyer en fabrication comme on le dit dans les métiers du livre. Les éditeurs, souvent, parlent de matière romanesque. J’étais sous mes yeux; je me suis saisie comme matière« .

L’exercice est aussi périlleux que culotté. Il faut être soit génial soit fou pour se lancer. Ces deux aspects n’allant souvent pas l’un sans l’autre. On touche au sublime dans cette autobiographie parcellaire, au morceaux de vie choisie, et distillée avec soin, de manière quasi chirurgicale.On peut avoir trente-deux ans et avoir vécu mille vies. On peut être un auteur reconnu sans en vivre et avoir un métier qui se côtoie à cette passion. Une passion qui s’est inscrite très vite comme une évidence. Celle là seule qui souffrait la rigueur. Trente deux ans vie fragmentés, qui dresse un portrait d’un jeune homme touchant et battant. Talentueux et humble. Père et Homme.

Oscar Coop-Phane revient ainsi sur son enfance solitaire, sa jeunesse en marge, sa vie qui lui est propre, toute en nuance et en bataille personnelle. Morceaux cassés d’une chose a été pour moi une révélation, un coup de cœur, un coup de foudre littéraire

Belle lecture à vous !Morceaux cassés d’une chose d’Oscar Coop-Phane est disponible aux éditons Grasset

Sur les balcons du ciel

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Solitude : (nom féminin) situation d’une personne qui est seule mais également lieu solitaire. Et quoi de mieux qu’un toit anonyme d’immeuble parisien pour se faire ? Se créer cette bulle propre à soi, d’évasion et d’introspection.

Sur les balcons du ciel, Sophie Henrionnet

Deux lieux symbolisent parfaitement la liberté à mes yeux . La mer, qui s’étend à perte de vue, et qui nous enserre, nous terriens, et son fidèle allié, le ciel, que l’on rêve de toucher du bout des doigts. Couplé l’un à l’autre, ils font littéralement la pluie et le beau temps. Ils offrent des perspectives d’évasion hors du commun. Leur contemplation calme les cœurs embrumés.

Dans ma Bretagne chérie, j’aime m’asseoir sur la plage et regarder la mer se fracasser sur les rochers, se déchaîner au loin et prendre les couleurs noirs d’un ciel en furie. Ce spectacle m’apaise. Pour palier à ce cela à Paris, j’aimais contempler les toits et m’imaginer les arpenter, toute en légèreté et retrouver ce sentiment de vide et d’apaisement.

C’est ce que Sophie Henrionnet offre à ses deux héros, Vadim et Alma, une vue imprenable sur un ciel étoilé et une possibilité de survivre à sa vie, avec Sur les balcons du ciel : « Vadim, adolescent intuitif et caustique, cherche encore à faire le deuil de son père lorsqu’il perd son amie Valentine. Jour après jour, sous les regards impuissants de ses proches, il s’isole. Incapable de retourner au collège, cloîtré chez lui, Vadim s’échappe sur les toits de son immeuble pour trouver une issue à sa mélancolie. Une rencontre va le sauver : par le hasard d’une chute, Vadim tombe sur Alma… Le roman poignant de deux solitudes, qui vont s’amadouer, s’épauler, se heurter parfois. Une très belle histoire d’amitié. »

L’adolescence, cet âge ingrat où nous cessons d’être un enfant pour devenir un adulte. Cet être aux préoccupations autres. Cet âge où nos repères ne cessent d’être chamboulés et où nous avons le plus besoin de nos parents. Cet âge où Vadim a perdu son père, repère dans sa construction en tant qu’homme,  et ainsi même le sens de sa vie. Une vie sans goût si ce n’est celle de la 8.6 qui lui permet de surmonter ses angoisses et d’essayer de tuer le temps. Une vie sans avenir.

À travers ses mots, Vadim nous parle de cette quête de sens inutile et du poids de ce fardeau qu’est sa vie. Jusqu’à ce que tel un ange déchu il tombe sur Alma, sa voisine à la mise parfaite, au quotidien parfaitement rôdé mais à l’âme explosée en un puzzle de tristesse, de colère, d’incertitudes et de doutes. La rencontre de deux âmes perdus, qui vont apprendre à avancer l’un avec l’autre pour panser leurs maux et essayer d’entrevoir ne serait ce qu’une bribe d’avenir. Sur les balcons du ciel.

L’espace de quelques heures, je me suis trouvée assise sur ce toit parisien au côté d’Alma et Vadim. J’ai traversé avec eux ces moments charnières qui peuvent déconstruire une vie mais qui nous rendent plus forts, malgré tout. Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est toit simplement un bijou d’optimisme, et de résilience. Un vrai coup de cœur que ce roman.

Belle lecture à vous !

Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est disponible aux éditions du Rocher

On est pas sérieux quand on a dix-neuf ans

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Passion : (nom féminin) amour intense. Irraisonnée, irrationnelle, une histoire à cent à l’heure dans laquelle on finit souvent par se brûler les ailes. Mais quand la passion pour une même femme s’empare de deux hommes, a fortiori de la même famille, l’issue fatale nous semble d’autant plus inéluctable. D’autant plus quand la femme est jeune et aspire au bonheur 

Est-ce que tu danses la nuit ..., Christine Orban

Comme Rimbaud l’a écrit, « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Pas certaine qu’on le soit réellement plus à l’aube de la vingtaine. On aspire à une liberté qui est celle des adultes, « des grandes personnes » tout en restant encore un peu un enfant. C’est l’âge des expériences diverses, des nuits blanches et mondes refaits entres amis, entre amants. C’est l’âge où tous les futurs sont possibles et la jeunesse éternelle. C’est l’âge des effronteries, de la rébellion, du choix de ce que sa vie sera ou non.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », et c’est ce que Simon a trouvé d’irrésistible chez Tina. Ce que cette dernière a reproché à Marco. Ce que ce dernier aurait voulu que Tina ne soit pas. Libre et Irrévérencieuse, dans Est- ce que tu danses la nuit… de Christine Orban. « Je voulais raconter l’histoire d’une attirance irrésistible. Raconter l’échec de la morale confrontée au désir. Raconter un amour déplacé. »

Deux hommes. Le Père et le Fils. Aux antipodes l’un de l’autre. L’un veuf, très bel homme, achetant son fils en rattrapage d’une éducation inexistante. L’autre jeune, impétueux, rebelle. Qui remise ses études au second plan, pour vivre sa vie à cent à l’heure, sachant que son père couvrira toujours ses arrières par culpabilité. La culpabilité de l’absence, du manque d’éducation, de repère paternel. Une culpabilité grandissante, sur fond d’amour interdit.

Une femme en devenir. Tina. La fiancée du fils. La maîtresse du père. Une passion naissante sur un amour enfant mourant. Une jeune femme perdue quant à sa volonté propre, quant à ses sentiments. Je l’ai perçue comme spectatrice de sa vie. Qui subit les assauts violents d’un amoureux éconduits. Qui vit terrée chez elle par peur. Peur du scandale, de la honte, de l’opprobre. Par peur de vivre sa vie de jeune femme étudiante à Paris.

Deux villes. Athènes, celle de l’enfance, des promesses estudiantines, des premiers ébats adolescents. Paris, celle de la liberté, d’une vie nouvelle. Celle de la passion clandestine rythmée aux heures des palaces parisiens et des grands restaurants.

Avec Est-ce que tu danses la nuit…, Christine Orban nous comte une jeune femme prise en étau entre deux hommes qu’elle aime – a aimé – croit aimer – et qui ne se soucient que d’eux, au détriment d’elle. Elle qui devient un objet, une vulgaire poupée qu’on ne veut pas partager. Une sorte d’image d’Épinal, d’une jeunesse et d’un corps qui devraient être scellés dans l’éternité de deux hommes égoïstes, et destructeurs par la même. Aucun jugement de la part de l’auteure, juste un simple constat quant à ces passions avortées.

Belle lecture à vous !

Est-ce que tu danses la nuit… de Christine Orban est disponible aux éditions Albin Michel