La liberté tient à un embrayage pété

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Vice : (nom masculin) (d’après le roman) « Pas au sens d’activité criminelle liée à l’industrie du sexe. Ou de tendance malsaine induisant des pratiques dégradantes […]. « Vice » au sens de défaut, de trucs qu’on fait mais qu’on ne devrait pas parce qu’ils ne sont pas forcément excellentissimes pour soi. »

Vice, Laurent Chalumeau

Boulevard de la Mort. Un Tarantino sous forme de road movie déjantée, donnant la part belle à des héroïnes de caractères, sans peur et avec un fort désir de vengeance à quiconque viendra les déranger. D’autant plus que ce quiconque se trouve être un psychopathe de la pire espèce.

Thelma et Louise. L’un de mes Ridley Scott préféré. Deux femmes en weekend pour fuir le quotidien d’un homme abusif, qui se transforme en une cavale mémorable. Cher prix à payer que la défense de leur liberté et de leur vertu.

Vice. Mon premier roman de Laurent Chalumeau. Esperanza Running-Wolf son héroïne qui se met en danger par le simple fait d’être libre, sans entraves et d’embrasser ses désirs, quels qu’ils soient. Ces femmes ont cela en commun de ne croiser que des sociopathes, qui semblent s’octroyer le droit de vie et de mort sur elles. « Une femme libre, ça ne paraît pas grand-chose. Mais pour certains, c’est déjà trop. Comme un vice à corriger.
 C’est ce que va découvrir Esperanza Running-Wolf, 45 ans, directrice de musée vivant sur la côte Ouest des Etats-Unis, femme indépendante, fraîchement séparée du père de sa fille, lequel s’apprête à devenir procureur général de son Etat. Quand le roman s’ouvre, elle profite de sa liberté retrouvée, sort et couche avec qui elle veut, notamment ce chanteur aux airs de bad boy dont le physique compense le manque de subtilité. Elle vient aussi de rencontrer Nick, un photographe avec qui elle entretient une relation épistolaire et numérique a priori sans ambiguïtés (il est marié et vit à l’autre bout du pays) mais pas moins intense. Seulement les choses vont s’emballer et celle qui pensait tout contrôler va se retrouver en danger  : le flirt virtuel devient une histoire d’amour impossible et Nick une obsession pénible ; le bad boy tombe amoureux et se fait menaçant. Et si ce type sympa qui la courtise était finalement le meilleur choix ? L’un d’eux finira par vouloir la faire payer. Mais lequel  ? Et pourquoi déjà ?
« 

Un roman comme un scénario de film. L’histoire d’une vie racontée à son esthéticienne et amie durant les soins prodigués, sous forme de flashback. Mêlant pêle mêle sentiments, actions et réflexion. Celui de la protagoniste mais également celui du narrateur.

Une lecture en un seul bloc, pour ne pas perdre le film, de ses échanges en franglais, ponctués de musique de Country. Et cette sensation lancinante de lire un scénario, que l’on va entendre à tout moment un « Action ! » et que la caméra va s’amuser à nous perdre, à zoomer sur un détail insignifiant ou passer la scène en traveling à une vitesse folle.

Vice ou une lecture atypique. Il m’aura fallu une trentaine de pages pour me prendre au jeu de l’intrigue et de l’écriture incisive et à vif de Laurent Chalumeau, qui manie habilement le verbe et nous subjugue. Si vous commencez Vice, soyez certains de ne pas être en mesure de le poser avant la fin.

Bonne lecture à vous !

Vice de Laurent Chalumeau est disponible aux éditions Grasset

Coupable victime

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Coupable : (nom masculin) qui a commis une faute. Blamable, condamnable. Il arrive que ce soit la victime qui endosse ce statut, par un quiproquo, par un jugement de valeur trop hâtif de la part de ses pairs ou par un syndrome de Stockholm développé a posteriori.

De mon plein gré, Mathilde Forget

La culpabilité peut prendre différent visage. Le pire qui soit est d’endosser une responsabilité, une faute qui n’est pas la notre. De se faire blâmer pour un tort que nous avons subit et non commis. Comme quand votre petit frère vous accuse des pires maux parce que vous avez eu le toupet de lui tirer la langue. Enfant, ca n’est qu’un jeu sans grande incidence, même si ce sentiment d’injustice est déjà bien présent. Adulte, c’est votre vie, votre avenir, votre santé qui se joue insidieusement.

« Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer. Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là  ? »

Un texte court et morcelé. Décousu même parfois. Alternant le point de vue de la narratrice, qui laisse entrevoir certaines de ses faiblesses et fêlures. Choquée de l’agression subie. Traumatisée par la série de questions et d’examens qui s’en suivent. Des bribes d’interrogatoires retranscrites. Le point de vue de la victime qui se sent coupable confronté au coupable qui se joue en victime.

L’auteur brouille sciemment les pistes en se posant telle une coupable d’emblée. Coupable de quoi ? Sera la question qu’on aura cesse de se poser tout au long de cette lecture. Si c’est de vivre et d’exister, nous le sommes toutes alors.

De mon plein gré de Mathilde Forget est un texte court, fort et perturbant, qui se lit d’une traite et laisse dans son sillage un sentiment nauséeux, poisseux.

Bonne lecture à vous !

De mon plein gré, de Mathilde Forget est disponible aux éditions Grasset

Destins violés

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Deuil : (nom masculin) Douleur, affliction que l’on éprouve à la mort de quelqu’un. Mais pas que, cela veut également signifier se résigner à être privé de quelque chose de capital pour soi. De sa liberté de choisir, d’une amitié ourlée de sororité, de ses désirs les plus chers nourris en son sein. Les nouvelles les plus belles peuvent ainsi être entachées des pires maux.

Un jour de plus de ton absence, Mélusine Huguet

« Quand je serai grande, j’adopterai mon enfant. Je ne veux pas avoir de bébé dans le ventre. Tu me diras où est le magasin des bébés et j’irai en acheter un. » Ce que j’aime chez les enfants, c’est leur vision de la vie pure et sans encombres. A chaque problème, sa solution. Cette phrase d’accroche peu commune qui m’a value d’éclater de rire vous est gracieusement offerte pour aborder ce thème à la fois beau, mais tabou qu’est la maternité.

La maternité. Le fait de devenir une Maman, cet état de grâce, de neuf mois de gestation, n’est pas vécu par toute de la même manière. N’est tout simplement pas vécue par toute. Par choix, par problèmes de santé ou pour pléthores raisons intimes, qui ne regarde personne, sinon celle qui est concernée. Certaine font exulter à l’apparition des deux traits sur leur tests de grossesse, d’autres vont redouter ce moment. Certaines vont vivre le traumatisme d’une fausse couche, d’autres provoqueront le traumatisme de l’avortement. Certaines vivront neuf mois de plénitudes, quand d’autres vivront un véritable calvaire voire seront dans le déni le plus absolu.

La maternité. Une perception personnelle et propre à chacune, à son passé, ses envies. En bref, sa vie. Et ce n’est pas Jade, l’héroïne d’Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet qui me contredira :  » Félicitations, madame Loiseau. Vous allez être maman ! » Fonder une famille avec Antoine, c’est le rêve de Jade depuis le tout premier jour de leur amour. Elle devrait nager en plein conte de fées : Antoine est fou de joie, ils ont la trentaine, des situations professionnelles stables, un appartement avec une chambre supplémentaire et des familles aimantes, toutes prêtes à accueillir cette nouvelle vie. Une seule ombre plane sur ce tableau idyllique : celle du mensonge qui dévore progressivement Jade… »

Etre une femme au vingt et unième siècle, qu’est ce que cela implique ? Au regard des thèmes abordées par l’auteure, le deuil et la résilience. La violence prédominante de la vie à notre encontre. Des autres – des hommes – par ces maux qu’ils peuvent nous infliger, de leurs poings, de leurs mots, de leurs chairs. Des autres – des femmes – qui se jugent sans se comprendre, telle une compétition au long court. Des injonctions de la société – tu seras mère ma fille -, des maladies inhérentes à notre sexe qui atteignent notre féminité et notre être. Ce danger permanent qui nous étreint. Le parcours de Jade est effrayant. Parce qu’il semble trop vrai, parce qu’il doit exister malheureusement trop souvent.

Par ma personnalité – constructrice de fortins protecteurs autour de ma personne (je suis un oignon) – je me protège de cette violence au quotidien et tend vers un espoir que la vie n’est pas une épreuve pour tout un chacune. Tout un chacun. De fait, je suis passée en partie à côté du roman.

Bien qu’il soit une belle découverte Un jour de plus de ton absence, de Mélusine Huguet qui aborde les problématiques fortes et par la même absurdes de notre société. A mes yeux, la vie devrait primer sur la survie.

Belle lecture à vous !

Un jour de plus de ton absence, de Mélusine Huguet est disponible aux éditions Charleston