Coupable victime

Non classé

Coupable : (nom masculin) qui a commis une faute. Blamable, condamnable. Il arrive que ce soit la victime qui endosse ce statut, par un quiproquo, par un jugement de valeur trop hâtif de la part de ses pairs ou par un syndrome de Stockholm développé a posteriori.

De mon plein gré, Mathilde Forget

La culpabilité peut prendre différent visage. Le pire qui soit est d’endosser une responsabilité, une faute qui n’est pas la notre. De se faire blâmer pour un tort que nous avons subit et non commis. Comme quand votre petit frère vous accuse des pires maux parce que vous avez eu le toupet de lui tirer la langue. Enfant, ca n’est qu’un jeu sans grande incidence, même si ce sentiment d’injustice est déjà bien présent. Adulte, c’est votre vie, votre avenir, votre santé qui se joue insidieusement.

« Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer. Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là  ? »

Un texte court et morcelé. Décousu même parfois. Alternant le point de vue de la narratrice, qui laisse entrevoir certaines de ses faiblesses et fêlures. Choquée de l’agression subie. Traumatisée par la série de questions et d’examens qui s’en suivent. Des bribes d’interrogatoires retranscrites. Le point de vue de la victime qui se sent coupable confronté au coupable qui se joue en victime.

L’auteur brouille sciemment les pistes en se posant telle une coupable d’emblée. Coupable de quoi ? Sera la question qu’on aura cesse de se poser tout au long de cette lecture. Si c’est de vivre et d’exister, nous le sommes toutes alors.

De mon plein gré de Mathilde Forget est un texte court, fort et perturbant, qui se lit d’une traite et laisse dans son sillage un sentiment nauséeux, poisseux.

Bonne lecture à vous !

De mon plein gré, de Mathilde Forget est disponible aux éditions Grasset

Destins violés

Non classé

Deuil : (nom masculin) Douleur, affliction que l’on éprouve à la mort de quelqu’un. Mais pas que, cela veut également signifier se résigner à être privé de quelque chose de capital pour soi. De sa liberté de choisir, d’une amitié ourlée de sororité, de ses désirs les plus chers nourris en son sein. Les nouvelles les plus belles peuvent ainsi être entachées des pires maux.

Un jour de plus de ton absence, Mélusine Huguet

« Quand je serai grande, j’adopterai mon enfant. Je ne veux pas avoir de bébé dans le ventre. Tu me diras où est le magasin des bébés et j’irai en acheter un. » Ce que j’aime chez les enfants, c’est leur vision de la vie pure et sans encombres. A chaque problème, sa solution. Cette phrase d’accroche peu commune qui m’a value d’éclater de rire vous est gracieusement offerte pour aborder ce thème à la fois beau, mais tabou qu’est la maternité.

La maternité. Le fait de devenir une Maman, cet état de grâce, de neuf mois de gestation, n’est pas vécu par toute de la même manière. N’est tout simplement pas vécue par toute. Par choix, par problèmes de santé ou pour pléthores raisons intimes, qui ne regarde personne, sinon celle qui est concernée. Certaine font exulter à l’apparition des deux traits sur leur tests de grossesse, d’autres vont redouter ce moment. Certaines vont vivre le traumatisme d’une fausse couche, d’autres provoqueront le traumatisme de l’avortement. Certaines vivront neuf mois de plénitudes, quand d’autres vivront un véritable calvaire voire seront dans le déni le plus absolu.

La maternité. Une perception personnelle et propre à chacune, à son passé, ses envies. En bref, sa vie. Et ce n’est pas Jade, l’héroïne d’Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet qui me contredira :  » Félicitations, madame Loiseau. Vous allez être maman ! » Fonder une famille avec Antoine, c’est le rêve de Jade depuis le tout premier jour de leur amour. Elle devrait nager en plein conte de fées : Antoine est fou de joie, ils ont la trentaine, des situations professionnelles stables, un appartement avec une chambre supplémentaire et des familles aimantes, toutes prêtes à accueillir cette nouvelle vie. Une seule ombre plane sur ce tableau idyllique : celle du mensonge qui dévore progressivement Jade… »

Etre une femme au vingt et unième siècle, qu’est ce que cela implique ? Au regard des thèmes abordées par l’auteure, le deuil et la résilience. La violence prédominante de la vie à notre encontre. Des autres – des hommes – par ces maux qu’ils peuvent nous infliger, de leurs poings, de leurs mots, de leurs chairs. Des autres – des femmes – qui se jugent sans se comprendre, telle une compétition au long court. Des injonctions de la société – tu seras mère ma fille -, des maladies inhérentes à notre sexe qui atteignent notre féminité et notre être. Ce danger permanent qui nous étreint. Le parcours de Jade est effrayant. Parce qu’il semble trop vrai, parce qu’il doit exister malheureusement trop souvent.

Par ma personnalité – constructrice de fortins protecteurs autour de ma personne (je suis un oignon) – je me protège de cette violence au quotidien et tend vers un espoir que la vie n’est pas une épreuve pour tout un chacune. Tout un chacun. De fait, je suis passée en partie à côté du roman.

Bien qu’il soit une belle découverte Un jour de plus de ton absence, de Mélusine Huguet qui aborde les problématiques fortes et par la même absurdes de notre société. A mes yeux, la vie devrait primer sur la survie.

Belle lecture à vous !

Un jour de plus de ton absence, de Mélusine Huguet est disponible aux éditions Charleston

Paname Underground

Non classé

Underground : (anglicisme) Se dit d’un mouvement artistique d’avant-garde indépendant des circuits traditionnels commerciaux. Se dit également de tour ce qui est sous terrain, dans l’ombre. Paris revêt ainsi ces deux visages. Celui policé des grandes avenues aux cafés prisés dans le monde entier pour leur élégance, dans lesquels déambulent des gravures de mode. Et l’autre, glauque, sombre et sale, mais plus intéressant. Un entre deux existe bien évidemment, mais la vraie vie peut se révéler être d’un ennui.

La drogue c’est mal. Cela rend dépendant, te détruit la santé ou pire encore. Qui n’a jamais entendu ce discours (vrai de surcroit) me jette la première pierre. La drogue c’est mal. La preuve en est Vincent Vega est quand même bien à côté de ses pompes quand Mia Wallace manque de mourir d’une overdose. La preuve en est quand Harry Goldfarb se voit amputer d’un bras suite à une septicémie et que Marion Silver doive se prostituer pour subvenir à sa consommation. La preuve en est Mark Renton voit un bébé mort marché sur son plafond en pleine désintoxication. Passons sur le côté inquiétant que je connaisse les plus grands dépendants et amochés du septième art.

La drogue c’est mal. Le cinéma pullule d’exemples de contre indication, tout comme la littérature. Comme tout ce qui est mal et illégal, donc interdit, cela crée l’effet inverse chez certain, cette envie d’essayer malgré tout. Les interdits lèvent des questions, comme tout tabou, qui méritent parfois de se pencher sur la réponse. Cette envie de se dire que toutes ses histoires sont des légendes urbaines et que rien ne lui arriver, car lui/elle sait. Certes. C’est ainsi que la dépendance peut faire voler des certitudes en éclat. C’est ainsi que Zède voit sa vie partir en fumer dans Chems, le dernier opus de Johann Zarca : « Quand Zède, le narrateur, journaliste connu pour ses papiers sur le milieu underground parisien, décide d’écrire un article sur Jérôme Dumont, artiste homosexuel ayant connu son heure de gloire dans les années 80, il n’imagine pas que ce portrait risque de lui coûter la vie. Il sort plus et plus tard, multiplie les plans et rentre chez lui à l’aube sous le regard ahuri de sa copine, enceinte de leur deuxième enfant et celui, apeuré, de son fils. Ses parents s’inquiètent de le voir maigre et gris lors des repas dominicaux. Ses amis s’écartent quand ils le voient rôder, drogué, dans les fêtes parisiennes, pour proposer des plans douteux à des femmes qu’il connait à peine. Isolement, manque, rechute, dégoût, reprise, plans à trois, quatre et plus, bienvenue dans l’enfer du chemsex. »

« Who is Zed? – Zed is dead, baby Zed is dead« * est la réplique qui m’est venue en tête lorsque j’ai fait connaissance avec le narrateur, ce dénommé Zède. Par contre la scène associée, La Crampe qui sort de sa boite tout de latex vêtu. La fin des Z sera inéluctablement la même. Maccabre à souhait, dans une quête de plaisir de plus en plus ardue, de plus en plus malsaine, de plus en plus déconnectée de la réalité. On sombre peu à peu dans une nuit qui vous happe et qui ne vous recrachera pas indemne.

De Johann Zarca je n’avais lu que Success Story écrit à quatre mains avec Romain Ternaux. J’avais aimé cette pensée acerbe, ce contre pied des romans feel-good, cette irresponsabilité qu’il en émanait. J’ai retrouvé ce parlé cru qui m’avait plu, avec Chemsex. J’ai une appétence pour l’irrévérence et ce depuis toujours. La littérature me le rend bien. Ames sensibles s’abstenir.

Bonne lecture à vous !

Chems de Johann Zarca est disponible aux éditions Grasset

*Je connais les répliques de Pulp Fiction sur le bout des doigts.