Mangoustan

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Mangoustan : ( nom masculin) Arbre des régions tropicales donnant un fruit très estimé, au nom éponyme. Nom donné au plus fort typhon tropical mondial en 2018 – Mangkhut – qui a ravagé les Philipines, Hong Kong ainsi que le sud de la Chine.

Mangoustan, Rocco Giudice

« On dit que le battement d’ailes d’un papillon peut engendrer un typhon à l’autre bout du monde.  » Cette citation est extraite du film L’effet Papillon, datant de 2004. Tout allant de mal en pis pour les protagonistes, à chaque fois qu’un infime détail de leur passé était modifié. J’en garde un très bon souvenir, tant de l’intrigue que du jeu des acteurs, mais surtout cette idée, ténue, qu’un grain de sable dans un rouage peut tout modifier. Pour le meilleur comme pour le pire.

Deux ans plus tard, le génial Alejandro Gonzalez Inarritu prenait cette idée pour nous proposer le génial Babel. Quand un coup de feu dans le désert marocain impacte par ricochet plusieurs personnes, en proies à leurs démons et que ne rien ne prédestinaient à être liées.

C’est cette même idée, de trois destins sellés, liés malgré eux, par un lieu, par le fait d’être une femme, qui nage dans le paraître pour tout simplement être. Etre plus que le faire valoir des hommes puissants qu’elles côtoient. Etre plus qu’une femme objet, mise en avant pour sa plastique, ses talents culinaires ou l’éducation des enfants. Mais parfois faut il vivre l’inconcevable pour avancer. Bienvenue dans l’oeil du cyclone, bienvenue dans Mangoustan de Rocco Giudice : « Avis de gros temps sur Hong Kong. Alors que Mangoustan, le super-typhon le plus puissant jamais observé depuis 1946, s’apprête à balayer la colonie, trois femmes affrontent leur tempête intérieure. Planquée derrière ses lunettes de soleil, Melania dissimule de plus en plus mal le mépris qu’elle ressent pour son butor de mari. Fût-il orange et président des États-Unis. Plaquée sans cérémonie après trente-cinq ans de mariage, Laure traîne son spleen entre Genève et Bali. Femme-trophée pétrie d’ambition, Irina l’Ukrainienne peine à percer le plafond de verre. Trois femmes au bord de la crise conjugale. Trois femmes dans l’œil du cyclone. »

Trois femmes, trois destins distants mais si semblables. En proie à leurs démons intérieurs, leur essence même. Qui sont elle si on soustrait le regard posé sur leur moitié ? Trois femmes, un lieu. La ville de Hong Kong, portraitisée ici comme une ancienne maîtresse désabusée, qui ne tisserait que des liens superficiels. Trois femmes, un lieu, une tempête. Que dis je un typhon. Nous sommes loin de mes chères tempêtes bretonnes. Un typhon donc, qui trouve une résonnance particulière, un écho, en chacune des protagonistes. Qui se voudra métaphore d’une lutte féministe, qui s’annonce telle une bataille sans merci, une lutte sans pitié.

Je reste tout de même perplexe face à cette lecture, notamment par le rôle engagée donnée à la Première Dame américaine et par l’appât du gain plus que des valeurs, qui est ici prôné. Très certainement au second degré.

Mangoustan de Rocco Giudice c’est la mise en abime du destin de trois femmes, antagonistes mais si proches, dans ce marasme qu’est leur vie, dans ce marasme qu’est une vie à reconstruire, pour espérons-le, allez de l’avant.

Bonne lecture à vous !

Mangoustan de Rocco Giudice est disponible aux éditions Pocket.

Appelle moi par ton nom

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Souvenir : (nom masculin) Ce qui revient ou peut revenir à l’esprit des expériences passées ; image que garde et fournit la mémoire. La première vraie histoire d’amour, le premier coup de foudre, la première rupture, celle qui fait si mal qu’on pense ne jamais s’en relever, son autant de souvenirs qui font ceux que nous sommes. Il n’est pas bon de vivre dans le passé, mais il est bon de chérir ses souvenirs, aux gouts de douce madeleine proustienne.

Call me by your name, Andre Aciman

L’été. Pas ma saison préférée, ce serait même l’opposé. Né en février enneigée, je préfère de loin les courtes après midi d’hiver, et les lumières qui tirent de sa torpeur la nuit profonde et sombre. Pourtant l’été. Cette période de vacances, de vies hors du temps qui se rythment au gré des envies, des opportunités. L’été. Cette saison propice à la torpeur, aux rencontres éphémères, de celles qui sont vite oubliées, de celles qui vous accompagnent pendant votre vie.

17 ans. L’âge de tous les possibles, de toutes les envies. L’entrée dans l’âge adulte en arborant toujours un visage poupin, que l’on croit pourtant effacé mais que l’on se plait à retrouver sur les photos, moments figés d’instants volés. L’âge de tous les émois, de toutes les séductions. L’âge auquel nos idées, notre éducation, choses que l’on prenaient pour acquises peuvent parfois voler en éclat. Pour le meilleur.

Une passion estivale se voulant tour à tour partie de cache cache, de je t’aime moi non plus, de séduction et de plaisir, bienvenue dans ce doux roman qu’est Call me by your name d’André Aciman : « 1983. Pour Elio, c’est l’été de ses 17 ans. Ses parents hébergent Oliver, un jeune universitaire, dans leur villa en Italie. Entre les longs repas, les baignades et les après-midi sous la chaleur écrasante, commence une partie de cache-cache avec cet Américain brillant et séduisant. Un temps fait d’attente, d’espoirs, de doutes et de rejet. Avant que tous deux cèdent à ce sentiment plus grand qu’eux. »

Ce sont les pensées d’Elio qui guident l’intrigue, sous forme d’un long monologue, de longues introspections. sur ce sentiment nouveau qu’est le sentiment amoureux. Sur ce sentiment nouveau qu’est l’attirance pour un homme, qui lui plait et qui le trouble, à qui il veut plaire et par qu’il veut être compris.

Sa passion naissante va se heurter à des principes, sorte de muraille qu’il érige entre lui et ce bonheur qu’il touche du bout des doigts. Ce bonheur qui le torture au plus profond de ces entrailles et dont il apprend à jouir au fil des jours.

Call me by your name se lit d’un souffle. L’intimité d’Elio nous ai livré nue, sans ambages ni fioritures. André Aciman nous livre la confession d’un jeune homme aux proies au sentiment amoureux et aux diverses tortures et joie que cela apporte. Aux marques indélébiles que cette histoire a laissé en son âme et en son cœur.

Belle lecture à vous !

Call me by your name est disponible aux éditions Grasset ainsi qu’aux éditions Le livre de poche

La part des femmes

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Bazar : (nom masculin) Etat de ma chambre. Mais également, lieu, magasin où l’on vend toutes sortes d’objets, d’ustensiles. En 1885 voit le jour le Bazar de la Charité, vente de bienfaisance au profit des plus pauvres. Il deviendra tristement célèbre, douze ans plus tard, en proie à un incendie meurtrier.

Des quatre éléments de la matière, j’ai toujours eu une préférence, voire une fascination pour le feu. Je suis de ceux qui pourraient rester des heures durant contempler l’âtre d’une cheminée, lorsque les bûches craquent et que les flammes valsent, dans un nuancier de rouge orangé. Le feu et sa fonction réconfortante. Le feu et son pouvoir salvateur. Mais destructeur également. Une étincelle jaillit et le paysage se retrouve dévisagé.

Fin du dix-neuvième siècle à Paris, la royauté et l’empire ont fait place à la République, supprimant par la même l’autorité de l’Eglise sur l’Etat. Nous sommes en pleines mutations, la Révolution a laissé son empreinte et la Noblesse a perdu de sa superbe et de son emprise. La Bourgeoisie occupe le devant de la scène et l’échiquier social est plus que branlant.

C’est dans ce contexte inédit, qu’en 1897, alors que le Bazar de la Charité bat son plein le feu va s’embraser, devenant pour certains un ultime piège funeste. Ce drame fit définitivement basculer Paris dans le vingtième siècle. Ce décor sert à merveille le roman de Gaëlle Nohant, la Part des Flammes. « Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité. »

C’est l’histoire de Paris, défiguré en son sein par un incendie motel, mais c’est avant tout l’histoire de trois femmes, que rien ne liaient mais qui muent par ce sentiment troublant de se comprendre malgré tout vont voir leur destin inexorablement lié.

C’est l’histoire de trois femmes qui font fi des conventions et du qu’en dira -t-on. Des femmes blessées dans leurs chaires et leurs sentiments les plus nobles, qui ont vécu mille tourments mais marchent la tête haute. C’est l’histoire d’une société patriarcale mise à mal et qui pointe du doigt, étiquette d’hystérique celles qui osent faire preuve de livre arbitre. Cette part des flammes est avant tout la part des femmes.

La plume de Gaëlle Nohant, gracieuse et documentée, nous plonge avec délectation dans ce Paris d’entre deux siècles, en recherche de son identité, qui fait la part belle aux femmes frondeuses et indépendantes, avec son roman La Part des Flammes.

Belle lecture à vous !

La Part des Flammes de Gaëlle Nohant est disponible aux éditions Le livre de Poche