Un nouvel espoir

2021, Rentree Litteraire

Espoir : (nom masculin) fait d’espérer, d’attendre quelque chose avec confiance. Quand notre avenir repose uniquement sur un espoir infondé, celui que rien de pire ne peut arriver. Car rien ne peut être pire que l’Enfer sur Terre. A moins que ce ne soit les prémices annonciateurs d’une apocalypse latente, au chaos imminent.

L'enfant de la prochaine aurore, Louise Erdrich

Depuis que je suis enfant, je n’ai eu de cesse d’entendre que c’était mieux avant. Discours convenu des anciens et patriarches. Mais concrètement, qu’en était il ? Etait-ce de pouvoir fumer à poumons engorgés à sa place dans le train ou dans son amphithéâtre en assistant à un cours magistral ? Est ce la peur du progrès qui nous pousse à porter des œillères et à devenir passéiste ? Ou est ce une sagesse acquise avec l’âge et l’expérience qui a façonné notre perception du monde, nous donnant assez de recul et de clairvoyance pour être juge de son évolution ?

« C’était mieux avant ». Je n’en ai jamais été convaincue. Mais l’année 2020 a été en cela particulière que mon avis sur la question a quelque peu évolué A défaut de poser ce constat quelque peu défaitiste, tachons de faire en sorte que cela ne soit pas pire après. Bon, c’est mal barré. Mais c’était bien le cas pour la Rébellion et ils ont réussi malgré tout à faire chuter l’Empire.

Point d’invasions de Stormtroopers dans le roman dystopique de Louise Erdrich, L’enfant de la prochaine aurore, mais une chute de l’Evolution – ainsi que de l’Humanité – telle que nous la connaissons. « Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte. »

A travers un journal qu’elle tient pour son enfant à venir, Cedar Songmaker, la narratrice, retrace quasiment au jour le jour la chute d’un système où vivre et donner la vie étaient des activités triviales et sont devenus du jour au lendemain passible de mort.

La quête de soi, la religion et les croyances, la chute du capitalisme et de son système de valeurs, la chute des repères sociétaux et sociaux, la mise en place d’un système totalitaire sont autant de sujet qui son abordés au fil des pages. Ce qui inquiète, c’est que cela ait pris moins d’un an à être viable et qu’aucune constestation n’ait été opposée. Ce qui glace, c’est le sort des femmes en âge de procréer, devenus de simples utérus, utilisables à souhait jusqu’à ce que mort s’en suive. Ce qui a été fort, c’est que l’espoir est resté permis tout du long.

Ma lecture m’a plongée dans un demain apocalyptique effrayant, à l’opposé d’une série Z, et c’est cela qui le rend plus vraisemblable. L’histoire n’est pas sans nous rappeler la Servante Ecarlate de Margaret Atwood, parsemé du gothique du Rosemary’s Baby d’Ira Levin , mais adopte un point de vue et un prisme de narration intéressants, qui en font un livre captivant. Mordante dystopie que L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich que je ne saurai que trop vous conseiller.

Belle lecture à vous !

L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich est disponible aux éditions Albin Michel – Collection Terre d’Amérique

The Big Bang Theory

2020, Rentree Litteraire

Anomalie : (nom féminin) Écart par rapport à la normale ou à la valeur théorique, exception à la règle. Dans mon métier, on l’appelle plus aisément bug, voire parfois même problème se situant entre la chaise et l’écran. Dans tous les cas, quand cette anomalie advient, c’est un grain de sable perturbateur qui bloque l’engrenage savamment huilé. Et si la raison n’a pas de fondement précis, tangible, cela à le don de nous agacer, de nous questionner, de nous effrayer.

Je ne suis pas friande des Prix, j’ai parfois même tendance à m’en méfier. Je mets d’instinct une barrière psychologique en me disant que le pompeux et l’intelligent normé – si je puis m’exprimer ainsi- prennent le pas sur ce qui plait réellement, à la masse, et non à un petit groupe élitiste. Ainsi, en fonction des membres du Jury, je vais bouder les films primés au festival de Cannes. Et les rares fois où je me suis fais violence, je l’ai regretté – Melancholia de Lars Van Trier fut une longue agonie de plus de deux heures.

Ce qui s’applique au cinéma, s’applique à la littérature. J’évite autant que faire se peut les livres primés, non pas par esprit de contradiction, mais par peur aussi de passer à côté, de ne pas comprendre, de m’ennuyer. La lecture, bien qu’une passion, reste avant tout à mes yeux un moyen de divertissement et d’évasion. Et il m’est pénible qu’un livre le soit, car il va brider mon plaisir de fin de journée ou de cette heure octroyée à la volée, qui se résumera en céphalée.

Ce n’est bien sur pas une généralité. Certains romans ont été lus avant la postérité, et m’ont conquis. D’autre après, par un engouement populaire qui ne peut mentir et qui pique ma curiosité. Et voilà comment, je me suis retrouvée à lire le Goncourt 2020 dans mon canapé en cette fin d’année de merde 2020, j’ai nommé L’Anomalie d’Hervé le Tellier. « Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. » En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe. »

L’Anomalie est un roman aux milles genres. Roman chorale par les protagonistes qui se croisent sans se voir, qui n’ont pas de véritables liens entre eux, si ce n’est d’avoir vécu une situation commune, à leur insu. Mise en abime, par cet écrivain mué de cette inspiration divine qui lui inspire un chef d’œuvre, l’Anomalie. Par ces portraits croisés de personnages, aux vies banales de façade, cachant des secrets des secrets, des failles comme tout un chacun. La SF s’invite quant à elle. On pense aux idées farfelues que Sheldon Cooper et ses comparses ont pu avoir ou vouloir mettre en œuvre ou encore à la matrice.

La plume est fluide et le sujet abordé n’est tant nouveau que traité avec fraicheur. J’ai passé un bon moment au côté d’Hervé le Tellier et de son Anomalie. Je suis finalement contente d’avoir cédé aux sirènes du Goncourt.

Belle lecture à vous !

L’Anomalie d’Hervé le Tellier est disponible aux éditions Gallimard

La vie n’est pas une comédie musicale

2020, Feel Good

Broadway : (nom propre) Cette avenue est mondialement connue comme la capitale du théâtre et des comédies musicales. Sa renommée est en grande partie due aux spectacles musicaux qui y sont créés et qui y tiennent le haut de l’affiche. Dans mes rêves les plus fous, je m’imagine passer le casting pour Flashdance, tout en pointes tirées et en port de tête altier. La réalité n’a qu’a bien se tenir.

La vie n’est pas une comédie musicale. Que celles qui n’aient pas rêvé de faire partie de faire partie des Pink Lady et de conter fleurette au T-Birds, sur fond de chorégraphie endiablée me jettent la première pierre. La vie parait tout de suite plus agréable et facile à gérer, en la chantant, comme si un voile rose et optimiste couvrait notre regard poser sur le monde. Ce serait chouette quand même.

Ce serait chouette de n’avoir qu’à chanter sous la pluie pour conjurer les mauvais sorts et sortir de toute sorte de crise existentielle. Ginger Rogers et Fred Astaire des temps modernes en quelques sortes. Mais la vie n’est pas une comédie musciale et la fameuse crise de quarantaine existe bel et bien. Période durant laquelle certain fantasme sur les blondes amies de leur fille dans un bain de pétales de roses rouges, quand d’autres rêvent de grosses cylindrées. Mais cette crise ne s’arrête pas tant à un âge, qu’un à un constat sur sa vie, une prise de hauteur dénuée de contextes, qui amène à un gentil pétage de plombs de la part des concernés.

Et c’est ainsi que la CPAM et ses préventions en toutes sortes de maux peuvent déclencher la moins connue mais non moins terrible crise de la cinquantaine, qui vous font gagner quatre ans en l’espace de quelques lignes. Bienvenue dans la vie d’Axel, quarante-six ans en proie à sa vie et les doutes qui l’assaillent, dans Broadway de Fabrice Caro : « La vie n’est pas une comédie musicale.
Une femme et deux enfants, un emploi, une maison dans un lotissement où s’organisent des barbecues sympas comme tout et des amis qui vous emmènent faire du paddle à Biarritz… Axel pourrait être heureux, mais fait le constat, à 46 ans, que rien ne ressemble jamais à ce qu’on avait espéré. Quand il reçoit un courrier suspect de l’Assurance maladie, le désenchantement tourne à l’angoisse. Et s’il était temps pour lui de tout quitter? De vivre enfin dans une comédie musicale de Broadway? »

Des nuances de bleu, il y a à pléthore. Du bleu Klein au bleu Juan les Pins, de la mode à l’espoir, il y a la couleur du doute, des craintes, du bilan voire même de la crise, j’ai nommé le bleu colorectal. A l’aube de la cinquantaine, Axel dresse un bilan doux amers de sa vie. De Père et de son impossibilité de communiquer avec ce fils à l’adolescence débordante d’hormones. De Père et des sacrifices qu’il est prêt à faire pour sa fille, la prunelle de ses yeux. D’Homme et de mari, de ce besoin de séduire et de balais ronronnant et rassurant qu’est sa vie de couple. De cette envie de tout envoyer balader, pour le plaisir fugace d’une liberté factice. Factice oui, car les aventures qu’Axel souhaite vivre tiennent plus de l’imaginaire fantasmé d’un adolescent biberonné aux Comédies Musicales.

Avec Broadway, Fabrice Caro signe un roman tendre, qui pose un regard caustique sur cette vie de famille qui se meut et qui se mue, cette vie dont on ne voit rien passer et qu’on se plait à regretter. Joli moment passé que cette comédie musicale avortée.

Bonne lecture à vous !

Broadway de Fabrice Caro est disponible aux éditions Gallimard.