Des vies volées

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Dépendance : (non féminin) asservissement à une drogue. Dans mon cas, elle est totalement légale, et je l’aimerais revendu à tous les coins de rue, j’ai nommé la lecture. Voilà pour la version sans conséquences. Celle qui est plus néfaste est basée sur une accoutumance, devenue une habitude et dont on ne sait comment s’extirper.

Chanson Douce de Leila Slimani

Depuis quelques années, j’ai un soucis avec la représentation de l’art français. Cette phrase n’ayant à proprement aucun sens, je vais détailler mes griefs. Pour le septième art, nous savons rarement (et non pas jamais, je sais être impartiale quand il le faut) faire de bons films. Soit nous passons de longues minutes à regarder des chuchotis dans des pièces où le temps c’est arrêté, où vivre est un calvaire un plein temps, et surtout, où l’intellectualisme est poussée à son paroxysme, soit nous basculons directement dans le grivois, où nulle activité cérébrale n’est demandée. Certes je force le trait et sombre dans la caricature. Mais que celui qui n’a jamais dit « c’est un bon film, enfin pour un film français s’entend », me jette la première pierre.

Ce soucis, je l’ai eu également avec la littérature. Mais je me suis fait violence, étant persuadée que je loupais de fait des pépites. Et il est vrai que de sortir de ma zone de confort, m’a permis de découvrir des plumes, des auteurs, aux talents certains. Certes l’évasion est moins certaine, l’impression de rester dans le quotidien est assez forte, mais je passe malgré tout de bon moment. Malgré tout oui. Car c’est une certaine pudeur aussi qui m’a longtemps fait bouder ces livres. Et si je ne comprenais pas, et si je passais à côté de la substantifique moelle de l’œuvre. Cela m’arrive avec la peinture ou la photo, et ne m’empêche pas d’apprécier l’œuvre pour autant.

C’est ainsi que je me décidais à lire Chanson de Douce de Leila Slimani, deux après l’obtention de son prix Goncourt.  Deux ans après tout le monde. Le temps de passer l’effet de mode et d’être prête à ma lecture. Je vous donne ici un aperçu avec le quatrième de couverture : « Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. »

L’auteure a une vraie plume, celle qui nous fait finir un livre même si l’histoire nous fait horreur. Celle qui nous fait nous poser des questions sur notre condition humaine, et décortiquer les gestes anodins du quotidien.

Ainsi, elle passe au crible de le drame psychologique qu’est Chanson Douce les mœurs modernes. La carrière avant la famille. La famille comme apparat de société. La Nounou comme accessoire, déshumanisée et désincarnée. La pauvreté aussi, intellectuelle, la pauvreté de cœur, amenant à l’absence d’âme. Une société de paraître, au détriment de l’être, guidée par un égoïsme à son paroxysme.

Je crois que je ne me suis prise d’affection pour aucun des protagonistes. Ils subissent leurs vies, leurs choix plus qu’ils n’en sont acteurs. Et se complaisent dans ce cercle vicieux, même s’ils savent intimement qu’il est de leur devoir de le briser. Car dans le jeu malsain des adultes c’est l’innocence propre à l’enfance qui en pâti.

Ainsi j’ai aimé la plume, mais n’ai pas adhéré à l’histoire. S’il y a bien quelque chose que je ne comprendrai jamais c’est qu’on puisse se servir des enfants comme instrument de vengeance, comme dernier recours face à un désespoir devenu trop grand, même si cela les empêcherai de grandir et donc de souffrir. J’ai refermé Chanson Douce de Leila Slimani non sans un certain malaise,combiné à du soulagement. Un sentiment double que m’aura inspiré cette lecture, que je ne saurai ni vous préconiser ni vous déconseiller.

Belle lecture à vous !

Chanson Douce de Leila Slimani est disponibles aux Editions Folio.