Les dix petits donuts

Feel Good

Cellule grise : (nom féminin) Cellule cérébrale responsable des influx nerveux. Les cellules grises sont symboliques de la réflexion et leur agitation représente une activité cérébrale saine. Et dieu sait si Hercule Poirot aime en faire usage et le mentionner à propos lors de ces célèbres enquêtes.

Tout un été sans Facebook, Romain Puertolas

Les premières lectures qui m’ont laissées un souvenir impérissable sont celles d’Agatha Christie. S’en sont suivi Charles Exbrayat, Sir Arthur Conan Doyle ou encore Maurice Leblanc.  Les enquêtes policières ont été mon quotidien pendant mes années collèges, je vivais au rythme des vols de bijoux, des meurtres ignominieux et des résolutions toute en jeux de manches. Mais ma préférence est toujours allée au flegme british du plus français des Belges, j’ai nommé Hercule Poirot.

Quel rapport me direz vous entre les réseaux sociaux, tout du moins son absence, et l’oeuvre d’Agatha Christie ? Pas grand chose de prime abord, si ce n’est une héroïne à l’homonyme croustillant, Agatha Crispies, accro aux donuts et à la littérature sous toutes ses coutures, qui doit son patronyme à la célèbre romancière. Mais qui n’a malheureusement pas hérité de l’esprit de déduction aiguisée de ses personnages fétiches : « Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. »

Les réseaux sociaux et l’hyper-connectivité rendent fous. Leur absence aussi semble-t-il. Une série de trois meurtres tous plus farfelus que les autres se succèdent près du patelin de New York, qui n’a de sa grande pomme d’homonyme que le nom. Coupé du monde et hors du temps, cette ville est le théâtre de faits divers tout aussi étranges que loufoques. On rencontre ainsi des personnages timbrés, dont les noms font penser à des placements de produits bon marché, ouvertement racistes, dans une Amérique des plus rurales et peu cultivée.  Le tout décrit par une plume française aux références littéraires diverses et variées, qui nous donne un détonant mélange des genres . Les donuts au chocolat avalés tout au long du livre peuvent être considérés à eux mêmes comme un personnage récurrent. A vous en donner la nausée pour ma part.

Ce joyeux bordel donne une comédie décalée, sur fond d’intrigue policière loufoque. Avec comme fil d’Ariane une haine fournie à l’encontre de James Joyce et des éléments d’intrigues empruntés à des grands classiques de la littérature, tel que Le Mystère de la Chambre Jaune de Gaston Leroux. Hélas, toutes ces références m’ont quelque peu perdue et noyaient à mon sens une absence d’intrigue. Quant aux personnages, leur absence de profondeur m’a laissée de marbre. Pas que j’ai passé un mauvais moment, mais il demeurera éphémère.

Ce qui est certain, c’est qu’au terme de cette lecture je n’ai aucune envie de me plonger dans le Ulysse de James Joyce, et encore moins manger des donuts ! Je n’ai pas été emballée outre mesure par Tout un été sans Facebook,  mais je vous laisse vous faire votre propre avis sur l’ouvrage déjantée de Romain Puertolas.

Belle lecture à vous !

Tout un été sans Facebook, de Romain Puertolas et disponible aux éditions Le Livre de Poche

New York I love you

Non classé

Odyssée : (nom féminin) Longue période pleine de péripéties, d’aventures extraordinaires. On pense au Ulysse d’Homère et à son incroyables épopée, mais également à Pénélope et son métier à tisser.

New York Odyssée de Kristopher Janma

Je mets un point d’orgue à ne lire, ou regarder dans le cas de films, que ce qui me permet de m’évader. Et non pas ce qui me ramène implacablement, voire cruellement, à une réalité triste et froide. Pas que je fasse l’autruche quant aux personnes ou au monde qui m’entourent, loin de là. Mais pour protéger ma sensibilité, j’ai besoin de cette évasion factice, ne serait ce que quelques heures. D’aucun me traiteront d’être superficiel. Peut être bien, mais dans ce cas précis j’assume totalement.

Je me suis fait violence une fois. Pour le film la Guerre est Déclarée. Le visionnage du film m’a fait l’effet d’un mauvais retour de manivelle, durant lequel j’ai pleuré.  Non pas ces larmes polies que l’on réserve pour les salles obscures, mais de rage, de mal être, de chagrin. Tant est si bien que l’amie qui m’accompagnait s’est excusée de m’avoir proposée cette séance de cinéma. Ce n’était pas de sa faute, bien évidemment. Depuis ce jour, je me suis promis de ne plus faire entorse à cette règle « loin du réel » dans mes moments d’évasion.

C’était sans compter la fortune, dont il m’arrive d’être le jouet. Comme tout à chacun me direz vous. Elle s’est présentée sous forme de choix restreint d’ouvrage sur un quai de gare. Avant un voyage dont je cherchai à meubler les trois longues heures de passivité qui m’attendaient. Grand mal m’a pris car j’ai jeté mon dévolu sur New York Odyssée de Kristopher Jansma. Dont voici le quatrième de couverture quelque peu mensonger : « Irene, Jacob, William, George et Sara, inséparables depuis l’université, viennent de s’installer à New York. Ils ont vingt-cinq ans, sillonnent la ville, naviguent entre fêtes et premiers jobs. Mais la maladie d’Irene bouleverse tout et donne une direction nouvelle à leur existence.
Avec New York Odyssée, Kristopher Jansma signe un magistral portrait de groupe avant de basculer vers le drame intime de chacun. Un roman ironique, juste et sensible sur le deuil et l’amitié. »

LCD Sound System a ce titre New York I love You, but you breaking me down.  Belle chanson au demeurant, pour regarder la pluie couler sur les carreaux. Il ne respire clairement pas la joie. Et c’est ce titre que j’ai eu en tête tout au long de la première partie de lecture.

Nous assistons effectivement à une lecture en deux parties distinctes. La première, quatre amis qui se font leur place à New York, pas comme ils le souhaiteraient mais peu leur chaut tant qu’ils sont ensemble.  Le groupe est un, tous pour un. Et ce même dans l’adversité. Le cancer est l’invité surprise de ce quadrille, qui vient le gangréner.  Au sens propre, autant qu’au sens figuré. Les descriptions en sont trop réalistes, pour ceux qui ont l’ont vécu de près ou de loin. J’ai essayé de m’en détacher, de ne pas les apprécier, ces personnages si fragiles et ne demandant qu’à être aimé. Mais au moment de l’inéluctable, la colère et le pourquoi ont pris le pas. J’étais à deux points de stopper ma lecture. Tout cela tenant du masochisme et altérant mon sommeil et mon humeur.

Mais j’ai tenu bon, pour espérer un peu de lumière, qui s’est faite. La seconde partie, L’Odyssée. Celle d’Ulysse, celle du un pour tous. Apprendre à vivre  pour soi et par moment malgré soi. Apprendre à faire son deuil. A l’instar du célèbre hélène elle ne durera pas trente longues années et heureusement pour nos amis. J’ai préféré cette partie je crois, celle où le sentiment d’impuissance s’estompe petit à petit, où l’on apprend à embrasser la vie pour ce qu’elle est, pour sa durée périssable.

C’est incontestablement bien écrit et j’y décèle une part de vécu. Toutefois, que vous soyez ou non moins sensible que moi ce n’est pas une lecture que je vous conseillerai. Elle laisse une amertume et un poids sur l’âme pesant en ces jours sans ensoleillement.

Belle journée à vous !

New York Odyssée de Kristopher Jansma est disponible aux Editions Livre de Poche,  sélection du prix des lecteurs 2018.

Jamais tranquille

Feel Good

Tranquille : (adjectif) Où se manifestent un ordre et un équilibre qui ne sont affectés par aucun changement soudain ou radical (mouvement, bruit). D’où mon expression favorite, tranquille le chat !

Mémé dans les orties, d’Aurelie Valognes

Cette période de l’année est normalement, pour moi, et de loin, la meilleure. Car déjà, même si le soleil me manque, la Morticia que je suis, préfère les frimas de l’hiver à la chaleur accablante de l’hiver, les chocolats chauds au bord d’une cheminée emmitouflée sous une montagne de plaids plutôt que de faire la crêpe sur la plage avec le sable qui gratte. Je vous concède tout de même que je préfèrerai que le taux d’ensoleillement soit au maximal en ces journées de peu d’heures, car j’ai tendance au spleen lorsque la pluie accompagne la nuit.

Doublement même. Car là où l’esprit de Noël cher à mes cœur et âme d’enfant aurait dû me consoler, il n’en ait rien cette année. Je suis accablée par cette actualité grise comme ce ciel tempétueux de Décembre. A défaut d’un grand cru, j’ai choisi la littérature en chasse spleen, et me suis tournée vers une auteure que je ne connaissais pas, mais qui a mis du baume au cœur chez quelques unes de mes amies, j’ai nommé Aurélie Valognes.

Ses livres prêtent à sourire avant même leur lecture. La couverture vichy et l’expression poulaire Mémé dans les Orties en guise de titre ont été pour moi une invitation à la lecture. Le quatrième de couverture n’était pas en reste non plus : « Solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant… –, Ferdinand Brun, 83 ans, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur. »

Notre sympathique héros malgré lui n’est pas sans rappeler le centenaire belliqueux et anticonformiste du vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson. A ceci prêt que Ferdinand est dans la fleure de l’âge, du haut de ses quatre-vingt-trois ans. Ma rencontre avec cet homme ne s’est pas faite sans difficultés, il m’est difficile de m’attacher à quelqu’un d’avare, surtout en termes de sentiments.

J’ai aimé la manière dont l’auteure apprend à vivre à ce personnage, qui devient touchant et surtout vraiment attachant. J’ai adoré le fait qu’elle nous montre que l’amour n’a pas d’âge et que l’âge avancé n’empêche pas d’avoir une vie et d’en profiter pleinement. Et surtout, qu’importe les fatalités que l’on peut rencontrer, le meilleur reste toujours à venir. Une belle leçon de vie nous est ici livrée.

Je vous prescris donc Mémé dans les Orties comme le vrai remède anti morosité de ce début d’hiver, à prendre en cure courte ou longue en fonction du temps dont vous disposer !

Belle lecture à vous ! 🎈

Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes est disponibles aux éditions Le Livre de Poche.