La police des fleurs, des arbres et des forêts

Feel Good, Thriller

Enquête : (nom féminin) Recherche méthodique reposant sur des questions et des témoignages. Quand un policier de Paris va à la rencontre la campagne la plus reculée, cela donne un jeu de piste cocasse et non dénué de charme.

La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puertolas

Il y a un je ne sais quoi de gothique dans l’idée que les grandes villes, encore plus les Capitales, soient des endroits mal famés où des crimes sont commis impunément, au sue et au vue de tous. Que les villes soient le berceaux des pires vices et des vanités les plus affirmées.

Il y a un je ne sais quoi de romantique dans l’idée que la campagne soit assimilée à une certaine simplicité, de vie voire d’esprit. Que la police soit la gardienne de la nature plus qu’elle l’est de ses concitoyens, dans cette idée que rien de grave ne puisse se passer.

Il y a un je ne sais quoi de suranné de placé l’action en 1961 et de tourner le récit autour d’une correspondance manuscrite, des lettres échangées avec bon renfort d’annexes, retranscription méthodique des dialogues enregistrées sur bandes.

Il y a un je ne sais quoi d’absurde, pour toutes ces raisons susnommées, qui se dégage de ce roman de Romain Puertolas, j’ai nommé La police des fleurs, des arbres et des forêts. « Durant la canicule de l’été 1961, un officier de police de la grande ville est dépêché à P., petit village perdu dans lequel on vient de faire une macabre découverte : Joël, seize ans, a été retrouvé découpé en morceaux dans une des cuves de l’usine de confiture. L’inspecteur citadin est accueilli par le garde-champêtre, qui tient plus du gendarme de Guignol que de l’adjoint efficace, et se retrouve dans une communauté où les habitants semblent étonnamment peu affectés par le drame. Pour compliquer l’affaire, un orage empêche toute liaison téléphonique, l’autopsie a été pratiquée par le vétérinaire improvisé légiste, et la victime est déjà enterrée.« 

L’été 1961. Ma maman avait quelques mois à peine. Cette information peut sembler anodine et surtout hors sujet. Mais j’aime bien donner du contexte à une date, d’autant plus quand cette époque n’est pas si éloignée de la notre, tout en étant aux antipodes pour les technophiles ultra connectés que nous sommes devenus. Dans ce village retranché, le téléphone est coupé et le seul moyen de communication est l’écrit. L’enquête est ainsi retranscrite sous forme lettre à Madame la Procureur. C’est la forme de ce roman qui fait toute son originalité. Une énigme rondement menée, dont l’on sait dès le début que la fin va nous surprendre. La lecture prend une toute autre saveur : nous voilà entrer dans une partie de Cluedo bien atypique.

Je n’avais lu qu’un roman de Romain Puertolas, l’année dernière, et j’avais été déçue. Me voilà réconciliée avec l’auteur et son univers fantasque et poétique, grâce à La police des fleurs, des arbres et des forêts.

Bonne lecture à vous !

La Police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puertolas est disponible aux éditions Le Livre de Poche

A nos souvenirs

Feel Good

Transmission : (nom féminin) le fait de donner quelques chose que l’on a reçu à quelqu’un ou de mettre en possession de quelqu’un d’autre. Leurs souvenirs et leurs expériences de vie sont les plus beaux héritages que nos aînés puissent nous laisser. Pour ne jamais les oublier.

Même les méchants rêvent d’amour, Anne-Gaelle Huon

Une relation fusionnelle avec sa grand-mère c’est une chance que nous ne sommes pas tous en mesure d’avoir, et le cas échéant, de saisir. Or c’est un lien précieux, indéfectible. Les souvenirs du passé, les anecdotes de jeunesse. Les mœurs d’une époque qui a connu la guerre et son après. D’une génération si proche mais en même temps si lointaine de la notre.

Ce passé peut se retrouver perdu si la mémoire tend à prendre la poudre d’escampette. Le présent s’étiole pour laisser la place aux souvenirs, vécus comme de nouveaux moments. J’aime comme la littérature se plaît à mettre du soleil face à cet Alzheimer invasif. Comme la gaieté prend le pas sur reste. J’aime que ne durent que les moments doux, comme s’est plus à chanter Bashung.

Et j’ai aimé cette histoire que nous conte Anne-Gaëlle Huon, avec Même les méchants rêvent d’amour, avec beaucoup de sincérité et de générosité : « Jeannine, 80 ans passés, a la mémoire qui s’effiloche. Les jours sont comptés avant que ses souvenirs plient bagage. Alors Jeannine fait des listes, toutes sortes de listes. Et surtout, elle consigne dans un carnet ce qu’elle n’a jamais osé raconter. L’histoire d’un secret, d’une rencontre, d’un mensonge. Elle se confie à Julia, sa petite-fille. Quand celle-ci la rejoint en Provence, elle découvre une maison de retraite très animée. Tandis que Jeannine semble déjà partie bien loin, le précieux carnet s’offre à Julia comme un cadeau du destin. Entourée d’une bande de joyeux pensionnaires, la jeune femme va tenter de faire la lumière sur les zones d’ombre du récit. Et lever le voile sur l’histoire d’amour bouleversante qui a marqué la vie de sa grand-mère. »

Une mémoire qui se fait la malle, et un journal auquel on intime de tenir un rôle, celui du devoir de mémoire. Une petite fille concernée, qui découvre le passé caché d’une grand mère aimée. Sa jeunesse, ses amours, ses tourments. Des personnes âgées hautes en couleur qui illuminent le quotidien de ceux qui les entourent. Des tourments et des mensonges. Un passé qui resurgit et qui ronge. La rédemption et le pardon à la clé, pour un bonheur retrouvé. Le tout saupoudré avec beaucoup d’amour. Il n’y a pas d’âge pour être aimé en retour.

C’est avec humanité et chaleur qu’Anne-Gaëlle Huon nous offre un roman à son image, solaire et débordant d’amour. A lire donc sans plus tarder, Même les méchants rêvent d’amour.

Belle lecture à vous !

Même les méchants rêvent d’amour d’Anne-Gaëlle HuonAnne-Gaëlle Huon est disponible aux éditions le livre de poche

La part des femmes

Non classé

Bazar : (nom masculin) Etat de ma chambre. Mais également, lieu, magasin où l’on vend toutes sortes d’objets, d’ustensiles. En 1885 voit le jour le Bazar de la Charité, vente de bienfaisance au profit des plus pauvres. Il deviendra tristement célèbre, douze ans plus tard, en proie à un incendie meurtrier.

Des quatre éléments de la matière, j’ai toujours eu une préférence, voire une fascination pour le feu. Je suis de ceux qui pourraient rester des heures durant contempler l’âtre d’une cheminée, lorsque les bûches craquent et que les flammes valsent, dans un nuancier de rouge orangé. Le feu et sa fonction réconfortante. Le feu et son pouvoir salvateur. Mais destructeur également. Une étincelle jaillit et le paysage se retrouve dévisagé.

Fin du dix-neuvième siècle à Paris, la royauté et l’empire ont fait place à la République, supprimant par la même l’autorité de l’Eglise sur l’Etat. Nous sommes en pleines mutations, la Révolution a laissé son empreinte et la Noblesse a perdu de sa superbe et de son emprise. La Bourgeoisie occupe le devant de la scène et l’échiquier social est plus que branlant.

C’est dans ce contexte inédit, qu’en 1897, alors que le Bazar de la Charité bat son plein le feu va s’embraser, devenant pour certains un ultime piège funeste. Ce drame fit définitivement basculer Paris dans le vingtième siècle. Ce décor sert à merveille le roman de Gaëlle Nohant, la Part des Flammes. « Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité. »

C’est l’histoire de Paris, défiguré en son sein par un incendie motel, mais c’est avant tout l’histoire de trois femmes, que rien ne liaient mais qui muent par ce sentiment troublant de se comprendre malgré tout vont voir leur destin inexorablement lié.

C’est l’histoire de trois femmes qui font fi des conventions et du qu’en dira -t-on. Des femmes blessées dans leurs chaires et leurs sentiments les plus nobles, qui ont vécu mille tourments mais marchent la tête haute. C’est l’histoire d’une société patriarcale mise à mal et qui pointe du doigt, étiquette d’hystérique celles qui osent faire preuve de livre arbitre. Cette part des flammes est avant tout la part des femmes.

La plume de Gaëlle Nohant, gracieuse et documentée, nous plonge avec délectation dans ce Paris d’entre deux siècles, en recherche de son identité, qui fait la part belle aux femmes frondeuses et indépendantes, avec son roman La Part des Flammes.

Belle lecture à vous !

La Part des Flammes de Gaëlle Nohant est disponible aux éditions Le livre de Poche