Vers l’infini et au-delà

Feel Good

Selfisme (néologisme) : Le selfie est le langage nouveau d’un époque narcissique. Il remplace le cogito cartésien: « je pense donc je suis »  devient « Je pose donc je suis ». (extrait). C’est ainsi que va être étudié à la loupe le nombrilisme accru de notre société, basée sur le paraître, en quête d’une seconde d’éternité figée sur les réseaux sociaux. Seconde de gloire approximative,  et bien évidemment laissée à discrétion, avant de retomber platement dans l’anonymat le plus complet.

Une vie sans fin, Frédéric Beigbeder

La vie peut elle être éternelle ? Vous avez quatre heures. Ce n’est pas le prochain du sujet du bac de Philo. Mais une question qui a été maintes fois posées dans la littérature, ainsi que dans l’art, d’une manière plus générale. Sont ainsi nés vampires et autres âmes damnées, voués à la solitude de leur condition. Qu’ils se mettent inexorablement à détester.

C’est intéressant de voir que les œuvres survivent au temps, portant ainsi leurs créateurs au panthéon de l’immortalité : ils ne seront jamais qu’un simple souvenir. Et ceux souvent malgré eux.

Vint le vingt et unième siècle et ma révolution des réseaux sociaux. La photographie n’a jamais autant été utilisée pour immortaliser d’insignifiants instants. L’argentique avait ce luxe de sublimer les instants suspendus. Les téléphones, de suspendre aux vues et sus de tous, l’affligeante banalité, vendue comme exceptionnelle. C’est alors que Frédéric Beigbeder a choisi de s’attaquer à la vie éternelle, en écornant son image par sa plume mordante dans Une vie sans fin : « La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus  naturel ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes. Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. « 

Cette quête de la vie éternelle est partie d’un mensonge à sa fille, celui de ne jamais la quitter, pour ne jamais la blesser. S’ensuit un voyage initiatique vers cette poursuite fantasque de la jouvence perpétuelle. C’est flanqué de sa fille et de leur robot japonais ultra sophistiqué que l’auteur déambule au fil des pays, au gré des pages. L’évolution de son monde le révulse par bien des manières, mais il veut lui survivre, coûte que coûte. Etre anonyme, le mal du siècle nouveau. Etre inoubliable, le graal 2.0.

Le noctambule trentenaire a fait place au père quinquagénaire, responsable et dévoué à une seule et unique chose : le bien de sa famille et de ses filles. Car cette vie sans fin ne vaudrait d’être vécue qu’en compagnie des femmes de sa vie. N’est pas Faust qui veut.

J’ai pris beaucoup de plaisir au travers de ma lecture d‘une Vie sans fin, à me délecter de ces phrases travaillées, au double sens latent. De cette plume impertinente et incisive qui croque délicieusement les travers de notre société contemporaine. Chapeau bas l’artiste, j’ai nommé Frédéric Beigbeder.

Belle lecture à vous !

Une vie sans fin de Frédéric Beigbederest disponible aux éditions Le Livre de Poche

Manderley

Thriller psychologique

Manoir : (nom masculin) Petit château ancien à la campagne. C’est d’ailleurs l’un de mes rêves que de vivre dans un tel lieu, en compagnie de mes deux carlins sobrement nommés Zeus et Apollon. J’y aurai des bibliothèques à foison, ornée de majestueuse cheminée auprès desquelles je pourrais fumer le cigare le soir venu, en jouant aux billard, en laissant la pluie claquer aux fenêtres. 

Rebecca, Daphné du Maurier

Bien de qu’ayant suivi en grande partie un cursus littéraire, j’ai quelques lacunes en ce qui concerne les ‘classiques’. Par goût, par choix ou par manque de temps. Le constat est là. Cela va bientôt faire un an que je me suis procurée Rebecca de Daphné du Maurier, suite à ma lecture d‘Un manoir en Cournouailles d’Eve Chase. Il était grand temps que je visite Manderley.

Il m’aura fallu attendre la moitié du roman pour me rendre compte que j’avais déjà visité ses lieux et que les Winter m’étaient familiers. Cela m’a grandement contrarié. Pour deux raisons. Je n’oublie normalement jamais rien. Je suis la ‘mémoire’ de mes proches. Mes lectures, même celles qui me déplaisent me nourrissent, forgent un peu plus mon goût en la matière et me font m’approprier de nouveaux lieux. J’ai toutefois poursuivi ma lecture, Rebecca m’intriguant toujours autant. : « Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide,  de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ? »

Mme de Winter est morte, vive Mme de Winter ! Rebecca. L’épouse défunte. Une image de papier glacée à la beauté sans pareil. Une personnalité qui a laissé son empreinte dans les cœurs et les esprits. Une âme damnée qui hante ce lieu, Manderley. Manderley donc, plus au centre encore de ce roman que son ancienne maîtresse de maison. Lieu de tous les rêves, de toutes les attentes. Propriété aimée et enviée, à la forte personnalité. Qui se dresse en ennemi de prime abord de la nouvelle Mme de Winter, la narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le nom.

Un roman en huis clos, où la tension d’un drame passé ne cesse de peser sur les occupants des lieux, des gens aux maîtres de maison. De non dits en faux semblants, nous apprenons peu à peu la vérité. Elle se dessine aux fils des pages, mettant à mal la morale et le sens de l’équité.

J’ai compris pourquoi j’avais occulté ce roman de ma mémoire, bien que captivée par ma lecture, et pressée de savoir quel était le dénouement final. C’est tout simplement la fin, qui m’a laissée sur ma faim. J’ai énormément de mal avec les fins ouvertes. Certes elles nous font réfléchir, nous lecteurs, et permettent de maintenir l’histoire suspendue, mais elles manquent de partis pris. Et c’est cela qui me dérange, quand toute l’intrigue est d’autant plus sur une prise de position marquée.

J’ai malgré tout pris un plaisir fou à redécouvrir la sombre Rebecca de Daphné du Maurier, que je vous invite à découvrir ou, sur un  malentendu, à redécouvrir.

Belle lecture à vous !

Rebecca de Daphné du Maurier est disponible aux éditions le Livre de Poche.

Arnaques, crimes et nurserie

Thriller

Crime : (nom masculin) Infraction grave, que les lois punissent d’une peine afflictive ou infamante. Cela peut être un assassinat, mais également une usurpation d’identité ou tout type de félonies qui a pour but de nuire à autrui. Quoi de mieux qu’un train comme point de départ d’une enquête, pour activer ces petites cellules grises à la recherche de la vérité.

L'assassin du train, Jessica Fellowes

Mon premier roman d’Agatha Christie – et l’un de mes préférés – est le Crime de l’Orient Express. Un huis clos sanglant où notre détective belge préféré aux légendaires  moustaches a maille à partir avec un crime de prime abord insoluble. Cette lecture fut marquante. D’un point de vue de la construction narrative, mais également elle marqua l’avènement de mon goût pour les romans policiers.

Si je couple à cela mon amour pour le flegme britannique et les intrigues se déroulant au début du vingtième siècle, je ne pouvais passer à côté de L’assassin du train de Jessica Fellowes. Ne serait-ce que par son titre. « 1919. Louisa Cannon rêve d’échapper à sa vie misérable à Londres, mais surtout à son oncle, un homme dangereux. Par miracle, on lui propose un emploi de domestique au service de la famille Mitford qui vit à Asthall Manor, dans la campagne de l’Oxfordshire. Là, elle devient bonne d’enfants, chaperon et confidente des soeurs Mitford, en particulier de Nancy, l’aînée, une jeune fille pétillante à l’esprit romanesque. Mais voilà qu’un crime odieux est commis : une infirmière, Florence Nightingale Shore, est assassinée en plein jour à bord d’un train. Louisa et Nancy se retrouvent bientôt embarquées dans cette sombre affaire. »

Nous rentrons ainsi dans l’intimité bourgeoise d’une famille de noble lignage – la famille Mitford-  servant de faire valoir à l’intrigue par le prisme de Louisa, jeune femme désargentée qui parvient coûte que coûte à fuir la misère dans laquelle elle évolue.  Ce faisant, elle croise par hasard le destin funeste de Florence Nightingale Shore. Il est en outre plaisant de mettre en perspective les us et coutumes du vieux continent et de leur cousin outre atlantique. Les points communs et les dissonances. Je ne pouvais que comparer Louisa Cannon à Jane Prescott.

Sous couvert d’un énigmatique assassinat, l’auteure nous brosse le portrait d’une Angleterre en reconstruction, au sortir de la Première Guerre Mondiale. Nous évoluons tour à tour dans la Noblesse désabusée et les bas fonds londoniens épargnés malgré tout des stigmates de la guerre. Se joueront ainsi tour à tour des guerres personnelles – celle d’une jeune fille égocentrique devenant femme au gré de ses caprices – , des combats de coqs – quand un jeune homme trop ambitieux se fait remercier pour réfléchir avec trop de zèle – et enfin des guerres d’estime – quand l’argent prend le pas sur l’amour et détruit des vies, par dommage collatéral.

J’ai eu du mal à me plonger à corps perdu dans cette aventure. Je me suis sentie flouée en un sens. Ce ne sont pas réellement les sœurs Mitford qui enquêtent. Certaines étant encore an couches culottes. La famille sert surtout de décorum à l’intrigue.  J’ai tout de même passé un bon moment aux côté de Lou-Lou, enquêtrice malgré elle, dans l’Assassin du train, de Jessica Fellowes.

Bonne lecture à vous !

L’assassin du train – Les sœurs Mitford enquêtent de Jessica Fellowes est disponible aux éditions Le Livre de Poche