Génération désenchantée

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Désenchantement : (nom masculin) Etat d’une personne qui a perdu ses illusions, en découvrant une réalité dépouillée de ses attraits charmants. Mon sentiment quand je me suis rendue compte que du haut de mon mètre cinquante neuf et demi, je n’étais pas toute en jambes.

Hell, Lolita Pill

J’ai eu une adolescence somme toute classique. Bonne élève à l’école, et impliquée dans mes études, j’étais l’une des plus sages d’une bande d’amis* que l’on pourrait qualifier de rebelles en carton. Alors certes, j’étais loin d’être parfaite, mais j’ai laissé je pense mes parents respirer pendant les affres de l’âge ingrat. N’en jetez plus, mes chevilles enflent à mesure que je m’auto congratule.

Mais ne nous mentons pas, ceux qui enfreignaient les codes, qui se sentaient libres de faire ce que bon leur semblait malgré les interdits, ont toujours été une source de fascination pour moi.

Je n’étais pas passée complètement à côté du phénomène Lolita Pille, mais je n’avais de son enfer vu que sa représentation filmique. Je crois que c’est grâce à Hell que j’ai découvert le talent brut de Nicolas Duvauchelle et que je suis depuis indubitablement amoureuse. La violence des sentiments dépeints m’avaient saisie à l’époque, comme c’est encore le cas aujourd’hui, suite à ma lecture. Je vous laisse lire l’avant goût des turpides adolescentes vécues à leur paroxysme : »Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération, mon credo : sois belle et consomme.» Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de la tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils de, dépense chaque semaine l’équivalent de votre revenu mensuel, fait l’amour comme vous faites vos courses.
Jusqu’au soir où elle tombe amoureuse d’Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé.
Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s’affranchissent du malaise qu’ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir… »

Peut-on être réellement revenu de tout à seulement dix-huit ans ? Il semblerait que oui. A l’âge où je m’enfermais pour une douloureuse année d’hypokhâgne pour me créer un avenir studieux, Ella auto nommée Hell, a déjà vécu plusieurs vies. De l’enfer, elle en explore les cercles obscures des soirées, pour descendre toujours un peu plus bas et se perdre un peu plus. Je ne suis pas certaine que Mylène Farmer aurait été son choix de prédilection, mais sa douce voix aura été la bande son de ma lecture.

Peut être trop lucide pour le monde désabusée dans lequel elle vit, elle fait de sa neurasthénie sa marque de fabrique antipathique, qui lui vaut au final d’être seule malgré tout ce qu’elle peut s’offrir. Les relations amicales inexistantes sont clouées au pilori, et sont remplacées par les psychotropes au doux goûts de paradis artificiels.

Son salut, elle le touche du bout des doigts pour le détruire par fainéantise et paresse, par peur de vivre réellement et d’être touchée par quoi que ce soit, par peur de connaître la vraie souffrance. Autre que celle qu’elle se croit obligé de s’infliger pour supporter sa vie de petite fille pourrie gâtée.

Quand j’ai posé mes valises à Paris il va y avoir dix ans, ce genre de vie nocturne attisait ma curiosité. Cette vie de strass et de paillettes peut être de loin un agréable miroir aux alouettes. Mais cette décadence indécente autant j’aime la lire, autant je ne souhaiterai pas la vivre. Dr Jekyll et Mr Hyde en quelque sorte. Ma curiosité s’est vite éteinte, pour battre le pavé et découvrir la ville avec mes amis, qui n’ont eu de cesse que de m’aider à rester dans un chemin relativement droit. Depuis j’ai mûri, enfin c’est ce qui se dit.

J’ai pris plaisir à redécouvrir l’univers acide et désillusionnée de Lolita Pille, avec son roman Hell, que je vous recommande chaudement si comme moi vous êtes fascinés par les vies plus ou moins romancées des noctambules débridés.

Belle lecture à vous !

Hell de Lolita Pille est disponible aux Editions le Livre de Poche

*je vous aime, n’en doutez jamais, mais je vous sacrifie pour les besoins narratifs. L’appât de la plume prime.

Les dix petits donuts

Feel Good

Cellule grise : (nom féminin) Cellule cérébrale responsable des influx nerveux. Les cellules grises sont symboliques de la réflexion et leur agitation représente une activité cérébrale saine. Et dieu sait si Hercule Poirot aime en faire usage et le mentionner à propos lors de ces célèbres enquêtes.

Tout un été sans Facebook, Romain Puertolas

Les premières lectures qui m’ont laissées un souvenir impérissable sont celles d’Agatha Christie. S’en sont suivi Charles Exbrayat, Sir Arthur Conan Doyle ou encore Maurice Leblanc.  Les enquêtes policières ont été mon quotidien pendant mes années collèges, je vivais au rythme des vols de bijoux, des meurtres ignominieux et des résolutions toute en jeux de manches. Mais ma préférence est toujours allée au flegme british du plus français des Belges, j’ai nommé Hercule Poirot.

Quel rapport me direz vous entre les réseaux sociaux, tout du moins son absence, et l’oeuvre d’Agatha Christie ? Pas grand chose de prime abord, si ce n’est une héroïne à l’homonyme croustillant, Agatha Crispies, accro aux donuts et à la littérature sous toutes ses coutures, qui doit son patronyme à la célèbre romancière. Mais qui n’a malheureusement pas hérité de l’esprit de déduction aiguisée de ses personnages fétiches : « Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. »

Les réseaux sociaux et l’hyper-connectivité rendent fous. Leur absence aussi semble-t-il. Une série de trois meurtres tous plus farfelus que les autres se succèdent près du patelin de New York, qui n’a de sa grande pomme d’homonyme que le nom. Coupé du monde et hors du temps, cette ville est le théâtre de faits divers tout aussi étranges que loufoques. On rencontre ainsi des personnages timbrés, dont les noms font penser à des placements de produits bon marché, ouvertement racistes, dans une Amérique des plus rurales et peu cultivée.  Le tout décrit par une plume française aux références littéraires diverses et variées, qui nous donne un détonant mélange des genres . Les donuts au chocolat avalés tout au long du livre peuvent être considérés à eux mêmes comme un personnage récurrent. A vous en donner la nausée pour ma part.

Ce joyeux bordel donne une comédie décalée, sur fond d’intrigue policière loufoque. Avec comme fil d’Ariane une haine fournie à l’encontre de James Joyce et des éléments d’intrigues empruntés à des grands classiques de la littérature, tel que Le Mystère de la Chambre Jaune de Gaston Leroux. Hélas, toutes ces références m’ont quelque peu perdue et noyaient à mon sens une absence d’intrigue. Quant aux personnages, leur absence de profondeur m’a laissée de marbre. Pas que j’ai passé un mauvais moment, mais il demeurera éphémère.

Ce qui est certain, c’est qu’au terme de cette lecture je n’ai aucune envie de me plonger dans le Ulysse de James Joyce, et encore moins manger des donuts ! Je n’ai pas été emballée outre mesure par Tout un été sans Facebook,  mais je vous laisse vous faire votre propre avis sur l’ouvrage déjantée de Romain Puertolas.

Belle lecture à vous !

Tout un été sans Facebook, de Romain Puertolas et disponible aux éditions Le Livre de Poche

New York I love you

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Odyssée : (nom féminin) Longue période pleine de péripéties, d’aventures extraordinaires. On pense au Ulysse d’Homère et à son incroyables épopée, mais également à Pénélope et son métier à tisser.

New York Odyssée de Kristopher Janma

Je mets un point d’orgue à ne lire, ou regarder dans le cas de films, que ce qui me permet de m’évader. Et non pas ce qui me ramène implacablement, voire cruellement, à une réalité triste et froide. Pas que je fasse l’autruche quant aux personnes ou au monde qui m’entourent, loin de là. Mais pour protéger ma sensibilité, j’ai besoin de cette évasion factice, ne serait ce que quelques heures. D’aucun me traiteront d’être superficiel. Peut être bien, mais dans ce cas précis j’assume totalement.

Je me suis fait violence une fois. Pour le film la Guerre est Déclarée. Le visionnage du film m’a fait l’effet d’un mauvais retour de manivelle, durant lequel j’ai pleuré.  Non pas ces larmes polies que l’on réserve pour les salles obscures, mais de rage, de mal être, de chagrin. Tant est si bien que l’amie qui m’accompagnait s’est excusée de m’avoir proposée cette séance de cinéma. Ce n’était pas de sa faute, bien évidemment. Depuis ce jour, je me suis promis de ne plus faire entorse à cette règle « loin du réel » dans mes moments d’évasion.

C’était sans compter la fortune, dont il m’arrive d’être le jouet. Comme tout à chacun me direz vous. Elle s’est présentée sous forme de choix restreint d’ouvrage sur un quai de gare. Avant un voyage dont je cherchai à meubler les trois longues heures de passivité qui m’attendaient. Grand mal m’a pris car j’ai jeté mon dévolu sur New York Odyssée de Kristopher Jansma. Dont voici le quatrième de couverture quelque peu mensonger : « Irene, Jacob, William, George et Sara, inséparables depuis l’université, viennent de s’installer à New York. Ils ont vingt-cinq ans, sillonnent la ville, naviguent entre fêtes et premiers jobs. Mais la maladie d’Irene bouleverse tout et donne une direction nouvelle à leur existence.
Avec New York Odyssée, Kristopher Jansma signe un magistral portrait de groupe avant de basculer vers le drame intime de chacun. Un roman ironique, juste et sensible sur le deuil et l’amitié. »

LCD Sound System a ce titre New York I love You, but you breaking me down.  Belle chanson au demeurant, pour regarder la pluie couler sur les carreaux. Il ne respire clairement pas la joie. Et c’est ce titre que j’ai eu en tête tout au long de la première partie de lecture.

Nous assistons effectivement à une lecture en deux parties distinctes. La première, quatre amis qui se font leur place à New York, pas comme ils le souhaiteraient mais peu leur chaut tant qu’ils sont ensemble.  Le groupe est un, tous pour un. Et ce même dans l’adversité. Le cancer est l’invité surprise de ce quadrille, qui vient le gangréner.  Au sens propre, autant qu’au sens figuré. Les descriptions en sont trop réalistes, pour ceux qui ont l’ont vécu de près ou de loin. J’ai essayé de m’en détacher, de ne pas les apprécier, ces personnages si fragiles et ne demandant qu’à être aimé. Mais au moment de l’inéluctable, la colère et le pourquoi ont pris le pas. J’étais à deux points de stopper ma lecture. Tout cela tenant du masochisme et altérant mon sommeil et mon humeur.

Mais j’ai tenu bon, pour espérer un peu de lumière, qui s’est faite. La seconde partie, L’Odyssée. Celle d’Ulysse, celle du un pour tous. Apprendre à vivre  pour soi et par moment malgré soi. Apprendre à faire son deuil. A l’instar du célèbre hélène elle ne durera pas trente longues années et heureusement pour nos amis. J’ai préféré cette partie je crois, celle où le sentiment d’impuissance s’estompe petit à petit, où l’on apprend à embrasser la vie pour ce qu’elle est, pour sa durée périssable.

C’est incontestablement bien écrit et j’y décèle une part de vécu. Toutefois, que vous soyez ou non moins sensible que moi ce n’est pas une lecture que je vous conseillerai. Elle laisse une amertume et un poids sur l’âme pesant en ces jours sans ensoleillement.

Belle journée à vous !

New York Odyssée de Kristopher Jansma est disponible aux Editions Livre de Poche,  sélection du prix des lecteurs 2018.