New York I love you

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Odyssée : (nom féminin) Longue période pleine de péripéties, d’aventures extraordinaires. On pense au Ulysse d’Homère et à son incroyables épopée, mais également à Pénélope et son métier à tisser.

New York Odyssée de Kristopher Janma

Je mets un point d’orgue à ne lire, ou regarder dans le cas de films, que ce qui me permet de m’évader. Et non pas ce qui me ramène implacablement, voire cruellement, à une réalité triste et froide. Pas que je fasse l’autruche quant aux personnes ou au monde qui m’entourent, loin de là. Mais pour protéger ma sensibilité, j’ai besoin de cette évasion factice, ne serait ce que quelques heures. D’aucun me traiteront d’être superficiel. Peut être bien, mais dans ce cas précis j’assume totalement.

Je me suis fait violence une fois. Pour le film la Guerre est Déclarée. Le visionnage du film m’a fait l’effet d’un mauvais retour de manivelle, durant lequel j’ai pleuré.  Non pas ces larmes polies que l’on réserve pour les salles obscures, mais de rage, de mal être, de chagrin. Tant est si bien que l’amie qui m’accompagnait s’est excusée de m’avoir proposée cette séance de cinéma. Ce n’était pas de sa faute, bien évidemment. Depuis ce jour, je me suis promis de ne plus faire entorse à cette règle « loin du réel » dans mes moments d’évasion.

C’était sans compter la fortune, dont il m’arrive d’être le jouet. Comme tout à chacun me direz vous. Elle s’est présentée sous forme de choix restreint d’ouvrage sur un quai de gare. Avant un voyage dont je cherchai à meubler les trois longues heures de passivité qui m’attendaient. Grand mal m’a pris car j’ai jeté mon dévolu sur New York Odyssée de Kristopher Jansma. Dont voici le quatrième de couverture quelque peu mensonger : « Irene, Jacob, William, George et Sara, inséparables depuis l’université, viennent de s’installer à New York. Ils ont vingt-cinq ans, sillonnent la ville, naviguent entre fêtes et premiers jobs. Mais la maladie d’Irene bouleverse tout et donne une direction nouvelle à leur existence.
Avec New York Odyssée, Kristopher Jansma signe un magistral portrait de groupe avant de basculer vers le drame intime de chacun. Un roman ironique, juste et sensible sur le deuil et l’amitié. »

LCD Sound System a ce titre New York I love You, but you breaking me down.  Belle chanson au demeurant, pour regarder la pluie couler sur les carreaux. Il ne respire clairement pas la joie. Et c’est ce titre que j’ai eu en tête tout au long de la première partie de lecture.

Nous assistons effectivement à une lecture en deux parties distinctes. La première, quatre amis qui se font leur place à New York, pas comme ils le souhaiteraient mais peu leur chaut tant qu’ils sont ensemble.  Le groupe est un, tous pour un. Et ce même dans l’adversité. Le cancer est l’invité surprise de ce quadrille, qui vient le gangréner.  Au sens propre, autant qu’au sens figuré. Les descriptions en sont trop réalistes, pour ceux qui ont l’ont vécu de près ou de loin. J’ai essayé de m’en détacher, de ne pas les apprécier, ces personnages si fragiles et ne demandant qu’à être aimé. Mais au moment de l’inéluctable, la colère et le pourquoi ont pris le pas. J’étais à deux points de stopper ma lecture. Tout cela tenant du masochisme et altérant mon sommeil et mon humeur.

Mais j’ai tenu bon, pour espérer un peu de lumière, qui s’est faite. La seconde partie, L’Odyssée. Celle d’Ulysse, celle du un pour tous. Apprendre à vivre  pour soi et par moment malgré soi. Apprendre à faire son deuil. A l’instar du célèbre hélène elle ne durera pas trente longues années et heureusement pour nos amis. J’ai préféré cette partie je crois, celle où le sentiment d’impuissance s’estompe petit à petit, où l’on apprend à embrasser la vie pour ce qu’elle est, pour sa durée périssable.

C’est incontestablement bien écrit et j’y décèle une part de vécu. Toutefois, que vous soyez ou non moins sensible que moi ce n’est pas une lecture que je vous conseillerai. Elle laisse une amertume et un poids sur l’âme pesant en ces jours sans ensoleillement.

Belle journée à vous !

New York Odyssée de Kristopher Jansma est disponible aux Editions Livre de Poche,  sélection du prix des lecteurs 2018.

Jamais tranquille

Feel Good

Tranquille : (adjectif) Où se manifestent un ordre et un équilibre qui ne sont affectés par aucun changement soudain ou radical (mouvement, bruit). D’où mon expression favorite, tranquille le chat !

Mémé dans les orties, d’Aurelie Valognes

Cette période de l’année est normalement, pour moi, et de loin, la meilleure. Car déjà, même si le soleil me manque, la Morticia que je suis, préfère les frimas de l’hiver à la chaleur accablante de l’hiver, les chocolats chauds au bord d’une cheminée emmitouflée sous une montagne de plaids plutôt que de faire la crêpe sur la plage avec le sable qui gratte. Je vous concède tout de même que je préfèrerai que le taux d’ensoleillement soit au maximal en ces journées de peu d’heures, car j’ai tendance au spleen lorsque la pluie accompagne la nuit.

Doublement même. Car là où l’esprit de Noël cher à mes cœur et âme d’enfant aurait dû me consoler, il n’en ait rien cette année. Je suis accablée par cette actualité grise comme ce ciel tempétueux de Décembre. A défaut d’un grand cru, j’ai choisi la littérature en chasse spleen, et me suis tournée vers une auteure que je ne connaissais pas, mais qui a mis du baume au cœur chez quelques unes de mes amies, j’ai nommé Aurélie Valognes.

Ses livres prêtent à sourire avant même leur lecture. La couverture vichy et l’expression poulaire Mémé dans les Orties en guise de titre ont été pour moi une invitation à la lecture. Le quatrième de couverture n’était pas en reste non plus : « Solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant… –, Ferdinand Brun, 83 ans, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur. »

Notre sympathique héros malgré lui n’est pas sans rappeler le centenaire belliqueux et anticonformiste du vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson. A ceci prêt que Ferdinand est dans la fleure de l’âge, du haut de ses quatre-vingt-trois ans. Ma rencontre avec cet homme ne s’est pas faite sans difficultés, il m’est difficile de m’attacher à quelqu’un d’avare, surtout en termes de sentiments.

J’ai aimé la manière dont l’auteure apprend à vivre à ce personnage, qui devient touchant et surtout vraiment attachant. J’ai adoré le fait qu’elle nous montre que l’amour n’a pas d’âge et que l’âge avancé n’empêche pas d’avoir une vie et d’en profiter pleinement. Et surtout, qu’importe les fatalités que l’on peut rencontrer, le meilleur reste toujours à venir. Une belle leçon de vie nous est ici livrée.

Je vous prescris donc Mémé dans les Orties comme le vrai remède anti morosité de ce début d’hiver, à prendre en cure courte ou longue en fonction du temps dont vous disposer !

Belle lecture à vous ! 🎈

Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes est disponibles aux éditions Le Livre de Poche.

L’effet papillon

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Effet papillon : (Locution) chaîne d’événements qui se suivent les uns les autres et dont le précédent influe sur le suivant. Ou les films d’Alejandro Gonzales Iñarritu (hormis Birdman, qui n’en est pas moins excellent).

La Tresse, de Laetitia Colombani

D’aussi loin que je me souvienne, le septième art est pour moi la quintessence de l’art moderne. On peut y exprimer visuellement des sentiments complexes et peu aisés. On peut aussi assister à des chuchotis navrants (coucou le festival de Cannes), mais globalement la notion d’art est bien réelle, puisque subjective après tout !

J’ai découvert un artiste hors normes il va y avoir une dizaine d’années désormais, j’ai nommé Alejandro Gonzalez Iñarritu. Avec son film Babel, le troisième de sa filmographie après Amours Chiennes et 21 Grammes, il nous livre un film choral et poignant. Comment un coup de feu tiré au Maroc peut influer sur des vies aux États Unis et au Japon. L’effet papillon dans toute sa splendeur. C’est donc tout naturellement que j’ai pensé à ce film tout au long de ma lecture de La Tresse, de Laetitia Colombani.

Je me suis intéressée à cet ouvrage sur les bons conseils de ma Tatie. Pourtant, après achat, il est longtemps resté traîner sur ma table de chevet, sans que je ne m’y intéresse vraiment. J’ai enfin franchi le pas et l’ai dévoré en une journée. Je vous livre les quelques lignes du quatrième de couverture, afin que vous puissiez vous faire votre propre opinion : « Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
 »

Trois femmes, trois pays, trois destins. Elles ne se rencontreront à aucun moment et ne sauront pas quels sont les tourments des unes et des autres. Trois vies malmenées, trois cœurs brisés qui vont faire front face à l’adversité. Trois femmes que tout oppose mais pourtant si proches, malgré elles. Trois forces de la nature qui nous donnent une belle leçon de vie. L’espoir malgré tout. L’espoir contre tout. Se sentir enfin libre et pourvoir vivre pleinement.

Ce roman m’a bouleversée autant qu’il m’a fait me questionner. Tant sur la condition humaine que sur la place de la Femme, des femmes dans la société. Vivant dans un pays de droits, nous avons tendance à oublier que nous sommes privilégiées de bien des manières. Même si cela paraît anodin, surtout parce que c’est notre quotidien.

Je ne saurai que vous conseiller ce bel ouvrage, dont les mots sont savamment pesés et posés, joliment maniés dans ce texte où point l’espoir malgré tout.

Belle lecture à vous ! 🎈

La Tresse de Laetitia Colombani est disponible aux Éditions Livre de Poche.