La bonne étoile

Feel Good

Étoile : (nom féminin) Astre, considéré comme exerçant une influence sur la destinée de quelqu’un. Et irrémédiablement, je pense à la sensuelle voix de M, qui fredonne « À la belle étoile // Quelques étoiles filantes // Et toi la bonne étoile // Autour de toutes ces figurantes « 

Plus jeune, j’avais adoré le film Casper avec Christian Ricci, où les esprits – bons, coquins ou mauvais c’est selon – rôdaient et apportaient malgré eux des réponses aux questions existentielles des vivants. Quelques temps plus tard, et dans un registre complètement différent, Le Sixième Sens et son traitement plus noir, plus sombre de la vie après la mort.

Je n’ai pas de croyances particulières quant aux fantômes et autres esprits, mais j’aime le traitement que l’art leur confère. Et la présence omnisciente qu’ils deviennent au sein d’une intrigue, apportant un éclairage pas tant nouveau que différent.

C’est ainsi que je me suis laissée séduire par Laure Rollier, et son roman Hâte-toi de vivre. D’autant plus que l’héroïne a deux vertus qui me sont chères : un surnom masculin et une trentaine en total chantier. « 7 h 53. BAM. Collision. Accident de voiture. À son réveil à l’hôpital, Léo, jeune professeure de philosophie âgée de trente-deux ans, se retrouve nez à nez avec Mamie Lina, qui n’est autre que sa grand-mère décédée. Personnage haut en couleur, à l’humour cinglant, qui donne son avis sur tout – sans qu’on le lui ait demandé –, celle-ci s’immisce dans la vie quotidienne hésitante de Léo et de ses amis Louise et Juju, à un moment décisif de leur existence. Par ses interventions intempestives, cette grand-mère pas comme les autres chamboule tout sur son passage. Mais, en confrontant Léo à ses peurs, elle fait à sa petite-fille le plus beau cadeau : le courage de saisir la vie à pleines mains – et de donner une chance au bonheur. »

Léo. Prof de philo. Passionnée par ses enseignements et ses élèves. A la vie d’une ado attardée. Ce portrait avait définitivement tout pour me plaire. Au fil des pages, elle va définitivement quitter l’enfance pour embrasser sa vie de femme, faisant tomber ses préjugés et ses œillères. Et découvrir que la vie de ses proches n’est pas toujours ce qu’elle s’imaginait être. Une jolie leçon de vie.

Hâte-toi de vivre de Laure Rollier se lit d’une traite et apporte un vent de fraicheur sur le traitement des trentenaires un peu paumés, sujet que j’affectionne, comme vous l’aurez compris, particulièrement, tâchant par là de me rassurer parfois quant à moi-même.

Belle lecture à vous ! 🎈

Hâte-Toi de vivre de Laure Rollier est disponible aux éditions le livre de poche

La vengeance du Tout-Puissant

Horreur

Purgatoire : (nom masculin) Lieu où les âmes des justes expient, se purifient de leurs péchés avant d’accéder au paradis. Ou dans une version passablement alcoolisé, bar qui mène aux portes de l’Enfer, et de facto, aux âmes damnées.

La légende de la Table Ronde, et de son folklore enchanteur, sont pour moi une source inépuisable d’inspiration, dans les divers arts. Ainsi Chrétien de Troyes, Barjavel ou encore Guy Ritchie ont su donner corps à ce mythe, qu’est la quête du Graal. Cultes païens et religions se côtoient au fil des divers interprétation,ns et point de vue. Mais toujours avec cette dichotomie du bien et du mal. La plupart des grandes épopées contemporaines se basent d’ailleurs sur ce schéma.

Anonyme ne fait pas tout à fait exception à la règle. Certes la notion de bien dans son œuvre est toute relative. Mais les croyances se confrontent et se côtoient, sous l’égide du Mal et l’œil aiguisé du Diable. La noirceur absolue. Pour ma part, j’aime bien cette vision déconstruite du mal et du très mal.

La première trilogie des aventures du Kid s’encrait dans un monde peuplé de vampires et de loup garous, donnant la part belle aux créatures démoniaques et autres bizarreries que les entrailles de la terre sont susceptibles de porter. La part biblique n’est quant à elle que peu présente, si ce n’est par l’évocation de crucifix ou d’eau bénite. Et de l’Enfer. Uniquement de l’Enfer. Ainsi qu’une vague affiliation christique.

La donne commençait à changer avec l’apparition du Pape dans le précédant opus. Et c’est dans Bourbon Kid qu’elle prend toute son ampleur avec l’apparition de personnages tel que Caïn et les Chevaliers de l’Apocalypse. Et accessoirement un Jésus rocailleux et imbibé : « Imaginez que vous décidiez un jour de percer le secret des Dead Hunters, impitoyable confrérie de justiciers sanguinaires installés dans le Cimetière du Diable. Et, pendant que vous y êtes, d’éliminer le serial killer le plus insaisissable de tous les temps : le Bourbon Kid. Peut-être y réfléchiriez-vous à deux fois. Lui, non. Son nom est Caïn.Et c’est avec une allégresse presque contagieuse qu’il va s’atteler à la tâche. On lui souhaite bien du courage. »

Bienvenue à vous dans ce nouvel opus complètement barré ! Nous sommes lancés à la poursuite des traces d’Indiana Jones, renommé ici Diana, la faute aux tâches de gras salissant ses mémoires. L’Apocalypse est prête à abattre, par le bras vengeurs quatre fantastiques égocentrés. Un Caïn plus belliqueux que jamais en arrive à faire prier le Diable. La Planète des singes de Tim Burton ne verra jamais le jour. Et ça, ça n’a pas de prix ! La possible fin du monde dans les mains d’un Barman arriviste et pleutre.  En bref, un joyeux foutoir sous adrénaline et hémoglobine. Un bijou du genre fêlé.

J’ai adoré Bourbon Kid pour son traitement lunaire de la religion, l’invraisemblance des situations et la bêtise crasse de ses personnages aux yeux vides. Pour cette vision disruptive dont seul Anonyme est maître. Un vrai régal que ce Bourbon. Peut être meilleur que le Gin Tonic même.

Bonne lecture (déjantée) à vous !

Bourbon Kid d’Anonyme est disponible aux éditions Le Livre de Poché

Beauté figée

Non classé

Âge : (nom masculin) temps écoulé depuis qu’une personne est en vie. Il se lit sur nos corps, nos cheveux mais aussi notre âme. Fièrement énoncé par les enfants, il peut être caché ou maquillé par les adultes qui ne veulent pas voir se faner leur jeunesse. 

Enfant, je me rappelle avoir trouvé les âges au delà de quarante presque canoniques. En grandissant, voire plutôt vieillissant car ma croissance a été taquine, je n’ai plus cette perception et trouve les soixantenaires jeunes. C’est nos attitudes et notre état d’esprit qui nous définit, plus que quelques marques de sagesse sur le visage ou fil argenté dans les cheveux.

Mon âge n’est pas quelque chose qui me dérange. Je n’en ai jamais fait grand cas, même si j’aime le fêter chaque année. Car il est pour moi un joyeux prétexte à réunir mes amis et ma famille. A trente deux, on me dit souvent que j’en fait moins. Ce qui n’est pas pour me déplaire, voire même me flatte. Mais peut aussi me desservir, que ce soit professionnellement ou dans des situations face à l’administration. Longtemps, plus jeune, on me demandait de parler à mes parents alors que j’étais déjà « bien majeure ». Ce qui avait tendance à créer en ma petite personne un imposant courroux.

Je pars du principe que si on est heureux et aimé, l’âge n’a que peu d’importance. Mais malgré tout notre société n’a cesse de nous vendre divers cures de jouvence, jolis miroirs aux alouette s’il en est. Et c’est ainsi de fil en aiguilles de mes pensées sur le temps qui passe et des années qui défilent, que j’ai jeté mon dévolu sur La Femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt. « À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté; aucun cheveu blanc, aucune cerne; j’avais trente ans, désespérément. Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt.Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes.Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre.Et puis, il y a Betty. »

Betty, Martine de son prénom. Abîmée par son enfance marquée par l’absence de figure maternelle, emportée à trente cinq ans, en pleine fleur de l’âge, par une Ford chauffarde. Un renouveau dans un second baptême, un coup de foudre, une vie de femme accomplie. Mais aucun signe du temps qui passe sur un visage resté poupin, malgré les années qui lui glissent dessus. Un divin cadeau qui se veut un décevant fardeau.

Grégoire Delacourt nous dresse un magnifique portrait de femme(s), des apparences qui nous trompent et de l’acceptation de soit qui n’est pas toujours chose aisée, surtout si l’on vit à travers le regard que les autres choisissent de porter sur nous.

Ce roman, je l’ai dévoré. La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt m’a littéralement happée et amenée à réfléchir sur les attentes véritables d’une vie. Un petit bijou à mon sens, que je vous conseille ardemment.

Belle lecture à vous ! 🎈

La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt est disponible aux éditions Livre de Poche