La fille au fer à repasser

Feel Good

Voyage : (nom masculin) Action de se rendre dans un lieu relativement lointain ou étranger ; séjour ou périple ainsi fait. L’est tout autant une exploration, découverte, description de quelque chose qu’on suit comme un parcours . Les deux ne sont pas incompatibles, et c’est ainsi qu’un séjour anodin peut se transformer en périple d’une vie, celui qui créé des liens indéfectibles et permet de dénouer ceux qui nous rongent, nous blessent, nous usent.

Eugène et moi, Katherine Pancol

Un voyage comme initiation. Quitter ses habitudes confortables et sa langue maternelle pour sillonner seul un pays inconnu est la plus belle manière de faire de nouvelle rencontre, mais aussi de se retrouver, se trouver soi même. Profiter de cette opportunité comme d’une aventure qui nous change en bien et nous fait murir, pour se recentrer sur l’essentiel et rétablir un sens des priorités, un équilibre qui pouvait être inexistant.

Un voyage comme fuite. Quand les problèmes s’amassent, qui n’a jamais de claquer la porte, partir loin et ne jamais revenir ? « Si c’est comme cela, je m’en vais.  » J’ai tenté ce genre de rébellion à l’âge de 3 ans, doudou en main et sac à dos éléphant, la porte à peine ouverte, je suis retournée me cacher sous ma couette. Parfois, cette fuite est nécessaire pour mieux rebondir et affronter ces problèmes de front.

Un voyage comme une expérience unique. Cette richesse des cultures, des lieux, des rencontres. Qui commence parfois dès les portes d’embarquement. A l’instar de celles de Katherine et Eugène, leur jeunesse en bandoulière, leur beauté en insolence. Bienvenue dans le dernier roman de Katherine Pancol, Eugène et moi. »Elles n’ont rien en commun, si ce n’est une féroce envie d’indépendance. Elles vont pourtant se lancer ensemble dans une aventure qui les mènera de Paris au Mexique puis à Saint-Tropez. De chaos en cahots, elles vont apprendre à devenir celles qu’elles ont envie d’être. Katherine, la blonde et Eugène, la rousse n’ont rien en commun sauf leur vingt ans et un mot d’ordre : « sans risque la vie est trop triste ». À l’affût des moindres surprises de la vie, Eugène initie Katherine à la liberté la plus radicale. On tremble, on rit, on court derrière elles de Mexico à Paris et de Paris à Saint-Tropez en plein coeur des années 70.« 

La plume unique de l’auteure nous offre une belle histoire, celle d’une amitié entre deux femmes, à l’instar de celle qui s’est construite -brève mais intense – entre Thelma et Louise. Point de road movie ou de meurtre ici, mais la volonté d’être respectée et aimée en tant que femme. De ne pas être des trophées exhibés à la merci des hommes, mais d’exister pour elle même et par elle même. Et c’est à cet exercice que Katherine Pancol excelle. Traiter des sujets lourds, tristes voire sordides avec cette plume chantante et virevoltante qu’est la sienne. Qui nous offre ainsi toujours l’espoir de jours meilleurs, quoiqu’il puisse advenir.

Lire c’est avant tout voyager, votre destination est ici toute trouvée. Eugène et moi est le parfait roman à dévorer en cette période de morosité exacerbée – le mois de novembre et sa déprime en prime – qui vous fera voir du pays d’Acapulco à Saint Tropez, au rythme des pérégrinations des nos héroïnes.

Belle lecture à vous !

Eugène et moi de Katherine Pancol, illustré par Anne Boudart, est disponible aux éditions Albin Michel

Génération(s) Désenchantée(s)

Feel Good

Bug : (anglais) Punaise, insecte, en traduction littéral. Déformation professionnelle oblige, j’y ai lu d’un prime abord un soucis d’ordre informatique. Le titre m’évoquait une panne de réveil… J’ai réussi à museler la geek qui sommeille en moi et comprendre la substantifique moelle de ce titre, pour le moins original.

Bed Bug, Katherine Pancol

Il y a quelques temps je m’étais juré de ne plus de Katherine Pancol suite au fiasco qu’avait été pour moi 3 Baisers, son précédent opus. Ah ça non on ne m’y reprendrait plus. C’était sans compter un titre intriguant. Bed Bug. Une couverture sobre et magique à la fois, qui évoque mille images. Et qui est tout simplement belle de simplicité. Ma curiosité l’a donc emportée. Et puis, qu’est ce qu’une dernière fois si on promet qu’on nous y reprendra plus ?

Je me suis fait prendre à mon propre piège, et je ne vais pas renier mon plaisir, j’ai redécouvert une plume à part. Une plume légère et virevolante, cette même plume qui m’a fait dévorer un roman en deux jours : « Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole, Lamprohiza splendidula, qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. Bed bug ou le désarroi amoureux d’une femme au bord d’un lit.« 

Bed Bug. Un petit titre, pour un roman si grand. Par son optimisme d’abord. La recherche comme centre d’attention. La recherche contre la maladie comme but noble et croisade de vie. Ne serait-ce que ce thème fait grandement écho en moi. Mon amie la plus chère a de commun avec Rose son statut de chercheuse d’or expatriée.  J’adorerai qu’elle porte des pantalons roses chinées en friperie. Sait-on jamais.

Trois femmes. Trois générations. Trois destins dissemblables de vernis mais liées par une omerta, et pas des moindres. Celle du viol. Celle qui déconstruit une vie et qui vous fait vivre avec des monstres sous le lit.

Rose. La fille, la cadette, va briser ce silence pour faire éclater la vérité et pouvoir jouir de sa vie de femme, en tant que telle. Celle qui n’a eu de cesse de chercher de l’amour va comprendre que la plus belle preuve qu’il soit, c’est qu’elle soit capable d’en donner.

De ses mots virevoltants, Katherine Pancol nous dresse le portrait d’une trentenaire qui apprend à être. De sa plume voluptueuse, elle nous ravit de termes scientifiques qui auraient pu avoir raison de nous. Tout du moins de moi. De sa prose poétique, elle m’a fait retombé amoureuse. Et ce n’était pas rien, aux vues de mon caractère entier.

Belle lecture à vous !

Bed Bud de Katherine Pancolest disponible aux Editions Albin Michel

Trois petits tours et puis s’en vont

Feel Good

Ritournelle : (nom féminin) au sens figuré, ce que l’on répète continuellement. Une sorte de radotage dans un sens. Mais il me semble que je souffre déjà de ce mal, lorsque je retrouve mes vieux amis. 

Trois baisers, Katherine PancolIl y a des lieux, des saveurs, propres à l’enfance, qui ont ce goût de madeleine de Proust. En grandissant, on essaie de retrouver ses souvenirs, qui ont souvent été amplifiés dans notre subconscient, au fil des années. Parfois il arrive de retourner dans nos pas antérieurs, mais pour ma part, cela vire souvent au fiasco. J’exagère peut être mais j’ai grandi depuis, mes goûts se sont affinés. De fait, les lieux me semblent plus exiguës, les goûts plus sûrs ou plus fades. Je crois que certaines choses doivent rester en mémoire plutôt que d’être à nouveau vécues. Ainsi remanger un savane de Papi Brossard n’a pas été la plus brillante idée de cette année.

Il va y avoir dix ans que j’ai croisé le chemin de Katherine Pancol avec Les Yeux Jaunes des crocodiles, et je crois que j’ai eu un coup de foudre pour cette plume métaphorique aux envolées lyriques impossibles. J’ai été séduite par les personnages forts, que ce soit par leurs forts caractères ou par l’absence de ce dernier, par leur métier insolite ou par leur valeur familiale contradictoire. J’ai suivi les aventures de ses protagonistes pendant six tomes et il me tardait de les retrouver dans Trois Baisers.

«Trois baisers, Trois baisers et l’homme caracole, libre, flamboyant, crachant du feu et des étoiles. Ses sens s’affolent, il voit mille lucioles, des pains d’épices, des incendies »

Je suis sortie assez pantoise de cette dernière lecture. Déçue par les personnages. Que j’ai trouvés au final plats, et sans trop de saveur, comme un plat qu’on aurait trop réchauffé. Quelques épices ajoutées à la va vite mais qui ne donnent pas vraiment de liant. Pardonnez moi cette métaphore culinaire mais je me suis mise à cuisiner depuis peu. Les conséquences joyeuses de mon entrée dans la trentaine. Déçue également par la prose, trop alambiquée par moment, et qui m’a fait perdre le fil d’Ariane de cette histoire de famille atypique, tantôt riante, souvent sordide. Je me plais à croire que toutes les familles ne sont pas aussi dysfonctionnelles et intrinsèquement malheureuses.

Si comme moi vous avez été happés par « la valse lente » des protagonistes lors de vos précédentes lectures, ne passez pas votre tour, vous serez peut être moins critiques que moi, qui peine à trouver une lecture vraiment réjouissante ces dernières semaines.

Bonne lecture à vous ! 🎈

Trois baisers de Katherine Pancol est disponible aux éditions Livre de Poche, ainsi que les 6 précédents opus, que sont Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ainsi que la trilogie Muchachas.