Freak Show

2019, Rentree Litteraire

Freak : (anglicisme) Stricto sensu, monstre. Par extension nom que ce donne certains marginaux. L’un des titres du génial Georges Michael, où ce dernier fait un striptease. Plus qu’intégral. Vous avez dit squelette apparent ?

Jolis Jolis Monstres, Julien Dufresne-Lamy

En février dernier, à l’aube de mon nouveau printemps, j’ai eu la chance d’aller voir la revue de Jean-Paul Gaultier, The Fashion Freak Show. Spectacle haut en couleur, complètement barré que j’ai adoré. J’y ai découvert un monde que je ne connaissais pas, celui de la nuit des années 70-80, de la fête sans limites, sans peur, avec une envie aiguë de vivre, en tolérance totale des uns et des autres. De l’amour à haute dose, l’amour de soi, l’amour des autres, l’amour de la vie. Égratigné par l’arrivée du SIDA et la stigmatisation associée.

Jolis Jolis Monstres de Julien Dufresne-Lamy aborde les mêmes thématiques, dans le New York festif des Drags Queens. De reines d’un autre genre. »Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.
Sur trois décennies, Jolis jolis monstres aborde avec finesse et fantaisie la culture drag, le voguing et la scène ballroom dans un grand théâtre du genre et de l’identité. Au cœur d’une Amérique toujours plus fermée et idéologique, ce roman tendre mais bruyant est une ode à la beauté, à la fête et à la différence. Une prise de parole essentielle. »

Je crois que j’ai tout apprécié dans ce roman. Le fond car j’y ai appris énormément de choses sur l’univers des drags, des préjugés à leurs égards, parfois surprenants. De l’ostracisme dont les homosexuels ont été victimes à l’arrivée du SIDA. De cette urgence de vivre, de se sentir vivant pour ne pas se laisser aspirer par la mort ambiante et non traitée. Les inspirations artistiques de Madonna, Keith Haring ou encore Basquiat, artistes chéris à mes yeux. Mais également l’évolution des mœurs au fil des décennies.

La forme aussi parfaitement traitée. Un roman à deux voies. Celle de Lady Prudence, qui raconte à Victor son ascenscion en tant que drags queens, sa vie d’oiseaux de nuit auprès de ses comparses, son grand amour perdu. Jusqu’au jour où la lady tire sa révérence, pour se retirer des feux des projecteurs et redevenir James. Et celle de Victor, qui devient à son tour drag queen. En hommage à sa chère mère disparue trop tôt. A son amour pour sa femme et sa fille. Sa rédemption en embrassant son destin de femme de scène.

J’ai vécu une ode à la tolérance et à l’amour comme je n’en avais plus vu depuis longtemps. Une impression de vivre ma lecture dans les coulisses de ces jolis jolis monstres. De sacrés nanas. Des hommes au combien courageux.

Avec Jolis Jolis Monstres, Julien Dufresne-Lamy nous offre un roman ultra documenté, nous plongeant ainsi dans un pan de l’histoire contemporaine. Il m’a ainsi fait découvrir le monde haut en couleur des drags queens, ces êtres férues d’amour et de liberté, qui ne rêvent que d’une chose , se révéler et vivre en communion avec qui ils sont, au plus profond de leur âme et de leur chaire. En bref, une petite bombe que je vous recommande volontiers, pour mettre des paillettes en cet automne grisâtre.

Belle lecture à vous !

Jolis jolis Monstres de Julien Dufresne-Lamy est disponible aux éditions Belfond.