Beauté figée

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Âge : (nom masculin) temps écoulé depuis qu’une personne est en vie. Il se lit sur nos corps, nos cheveux mais aussi notre âme. Fièrement énoncé par les enfants, il peut être caché ou maquillé par les adultes qui ne veulent pas voir se faner leur jeunesse. 

Enfant, je me rappelle avoir trouvé les âges au delà de quarante presque canoniques. En grandissant, voire plutôt vieillissant car ma croissance a été taquine, je n’ai plus cette perception et trouve les soixantenaires jeunes. C’est nos attitudes et notre état d’esprit qui nous définit, plus que quelques marques de sagesse sur le visage ou fil argenté dans les cheveux.

Mon âge n’est pas quelque chose qui me dérange. Je n’en ai jamais fait grand cas, même si j’aime le fêter chaque année. Car il est pour moi un joyeux prétexte à réunir mes amis et ma famille. A trente deux, on me dit souvent que j’en fait moins. Ce qui n’est pas pour me déplaire, voire même me flatte. Mais peut aussi me desservir, que ce soit professionnellement ou dans des situations face à l’administration. Longtemps, plus jeune, on me demandait de parler à mes parents alors que j’étais déjà « bien majeure ». Ce qui avait tendance à créer en ma petite personne un imposant courroux.

Je pars du principe que si on est heureux et aimé, l’âge n’a que peu d’importance. Mais malgré tout notre société n’a cesse de nous vendre divers cures de jouvence, jolis miroirs aux alouette s’il en est. Et c’est ainsi de fil en aiguilles de mes pensées sur le temps qui passe et des années qui défilent, que j’ai jeté mon dévolu sur La Femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt. « À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté; aucun cheveu blanc, aucune cerne; j’avais trente ans, désespérément. Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt.Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes.Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre.Et puis, il y a Betty. »

Betty, Martine de son prénom. Abîmée par son enfance marquée par l’absence de figure maternelle, emportée à trente cinq ans, en pleine fleur de l’âge, par une Ford chauffarde. Un renouveau dans un second baptême, un coup de foudre, une vie de femme accomplie. Mais aucun signe du temps qui passe sur un visage resté poupin, malgré les années qui lui glissent dessus. Un divin cadeau qui se veut un décevant fardeau.

Grégoire Delacourt nous dresse un magnifique portrait de femme(s), des apparences qui nous trompent et de l’acceptation de soit qui n’est pas toujours chose aisée, surtout si l’on vit à travers le regard que les autres choisissent de porter sur nous.

Ce roman, je l’ai dévoré. La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt m’a littéralement happée et amenée à réfléchir sur les attentes véritables d’une vie. Un petit bijou à mon sens, que je vous conseille ardemment.

Belle lecture à vous ! 🎈

La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt est disponible aux éditions Livre de Poche