Sa vie romancée malgré soi

Thriller psychologique

Romancer: (verbe) Présenter sous forme de roman un pan d’histoire, le récit d’une existence, de certains faits, en utilisant les artifices romanesques, en ajoutant une intrigue sentimentale, des détails plaisants pour agrémenter la narration. Lorsque à l’aube de la quarantaine, tu reçois un roman et que tu lis ta vie. Je crois que si cela devait m’arriver, je serais relativement bouleversée.

Je crois que cet été j’ai eu une phase « thriller psychologique » et qu’elle a commencé avec le roman de Catherine Cusset, Le Problème avec Jane. Pourtant primée avec le Goncourt lycéen pour un autre de ses romans, Un Brillant Avenir, je n’avais jamais entendu parler de cette auteur. J’ai donc comblé une sacrée lacune avec cette plaisante lecture.

Le quatrième de couverture m’a immédiatement parlé, avec entre autre, une mise en abime de la vie d’écrivain. J’ai toujours aimé cet effet tiroir, qui permet d’évoquer des sujet plus librement mais en gardant une certaine pudeur malgré tout :

« Jane ne recevait jamais de paquet chez elle. Elle le prit. Solide, rectangulaire et plutôt lourd : sans doute un livre. Elle se battit contre l’enveloppe rembourrée, agrafée et collée. Elle en sortit une chemise en carton jaune. Une disquette tomba sur le sol carrelé avec un bruit sec. La chemise contenait un manuscrit en feuilles détachées. Sur la première page, elle lut :

LE PROBLÈME AVEC JANE

roman

Pas de nom d’auteur. Elle regarda l’enveloppe marron : pas de nom d’expéditeur. Le paquet avait été posté à New York cinq jours plus tôt. Elle parcourut rapidement les premières pages. Il s’agissait d’elle. Quelqu’un de bien informé. Le manuscrit comptait trois cent soixante pages et s’achevait sur cette phrase : « En bas elle trouva le paquet avec le manuscrit. »

Quel peut bien être ce problème qui nécessite qu’on écrive un roman à une femme ? Quel peut bien être cette personne qui connaît votre vie, de votre adolescence à la maturité de femme, et se permette de revendiquer un quelconque problème ? Comment réagirais-je si un écrit me débitait tout de go que j’avais un problème ? Ce sont les questions que je me suis posée à l’ouverture de ce roman.

Le procédé stylistique de mise en abime du roman nous donne une double lecture assez interessante. En effet, nous, lecteurs, nous faisons une image de Jane à travers sa vie romancée par un tiers. Mais également quant aux réactions que cette lecture suscite chez elle. Elle apparaît tour à tour faible et forte, terne et lumineuse. Un personnage double donc , grâce un habile jeu de points de vue.

Nous rencontrons en fait une femme brillante, docteur en littérature émérite, qui professionnellement trace son sillon. Mais qui sur un plan personnel peine à trouver un équilibre (N’a pas un parangon de patience comme Éric de conjoint qui peut !). Qui a vécu des drames personnels aussi. Et c’est à travers le prisme de ces derniers que Jane peine à trouver l’auteur de ce manuscrit. Ceux susceptibles de savoir n’aurait jamais osé faire cela. Mais connaît on bien les gens dans le fond ? Sont ils aussi bons qu’ils prétendent l’être ?

Le problème avec Jane est peut être qu’il n’y en a aucun après tout. Catherine Cusset signe un thriller psychologique plaisant et vrai, sur la vie d’une femme, qui est somme toute la vie des femmes. Tout simplement.

Belle lecture à vous ! 🎈

Le Problème avec Jane de Catherine Cusset est disponible aux éditions Folio

Du soleil et des garçons

Thriller psychologique

Garçon : (Nom masculin) mot très souvent employé pour désigner un enfant ou un adolescent de sexe masculin. Qui dit enfance, dit innocence. Peut être que l’adolescence signe la perte des deux après tout.

Du soleil, un Perrier et des garçons ! What did you expect ?

Si j’avais dû m’en tenir à la couverture et au titre surtout, les Garçons de l’Eté – qui fait très roman pour midinettes – j’aurais allègrement passé mon chemin. Mais comme les apparences sont trompeuses ( ma marotte du moment je crois bien), je me suis empressée de lire le quatrième de couverture :  » Zachée et Thadée, deux frères, étudiants brillants et surfeurs doués, déploient les charmes de leur jeunesse sous l’été sauvage de la Réunion. Mais l’été et la jeunesse ont une fin, et il arrive qu’elle survienne plus vite et plus tragiquement que prévu.  » La dernière phrase du résumé ayant titillé ma curiosité, j’ai donc passé quelques jours de mon été avec la plume de Rebecca Lighieri.

Une des choses les plus plaisantes de ce roman, outre le fait de visiter la Réunion et la côte basque, est la construction narrative non fiable, enchevêtrée de différents points de vues externes. Ainsi, chaque personnage prend la parole et nous dévoile l’image qu’il s’en fait des autres, par son jugement ou par ses propres actes.

Moi qui aime les familles aux noirs secrets et psychés tordus, voire abjects, j’ai été servie avec la famille Chastaing. De prime abord, elle a l’air tout à fait standard. J’allais écrire normale, mais je pense qu’en matière de famille il n’y en a pas vraiment, tant qu’on a les sentiments. Mais je m’égare. Je disais donc standard, un couple dans la force de l’âge, Mylène et Jérôme, et leurs trois beaux enfants (Thadée, Zachée et Ysé), aux prénoms médiévaux et bibliques.

Mylène nous est présentée comme une louve avec ses garçons, qu’elle vénère. Elle les a toujours mis sur un piédestal, les trouvant plus beaux et plus intelligents. Ils la prénomme Mi. Ce surnom remplaçant du classique maman m’a fait l’effet d’un sobriquet diminuant, comme si elle n’était qu’une moitié que seuls ses fils puissent complétés. Perturbant.

Lorsque son mari prend la parole, on apprend que lui n’est entier qu’avec sa maîtresse, et que bien que ses enfants fassent partis de sa vie, ils ne sont pas le centre de son bonheur. Charmant.

Leur équilibre familial qui semblait inébranlable va voler en éclat suite à l’invalidité partielle et accidentelle de leur fils aîné, Thadee. Et les masques vont tomber, un à un. Une longue descente aux enfers va suivre.

Le choix des prénoms par un auteur n’aura jamais été aussi révélateur que ceux de Rebecca Lighieri. Et ce sera par leur étymologie que je vous résumerai l’intrigue.

Ysé, la petite soeur, tient le sien d’Yseult (Coucou les cours d’histoire de la littérature médiévale, qui me servez enfin maintenant). Mais pas la douce maîtresse de Tristan, mais de son poison de femme Yseult aux blanches mains.

Zachée, quant à lui, vient de la bible, et on se prête à croire à sa miséricorde. D’une gentillesse sans borne, c’est le plus lisse de tous au final.

Thadee, pour finir, n’est autre qu’un des nombreux patronymes accordés à Judas. Un mec bien en sorte, dont le vice et le mensonge ne sont pas du tout dans son tempérament.

Prenez ces trois personnages, mélanger les à une jalousie fratricide digne de Caïn et Abel, avec un zeste de ça, et vous obtenez Les Garçons de l’Ete. Thriller psychologique qui m’a fait froid dans le dos, mais qui m’a également fasciné.

J’espère ne pas en avoir trop dévoilé mais assez pour vous donner le goût de le lire !

Bonne lecture à vous ! 🎈

Les Garçons de l’Eté de Rebecca Lighieri est publié aux Éditions Folio