Désirs brûlants

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Désir : (nom masculin) Élan physique conscient qui pousse quelqu’un à l’acte ou au plaisir sexuel. Ce qui la fout un peu mal quand l’objet des affres d’un jeune marié n’est guère sa jeune épouse. Je suis un tantinet conservatrice quant aux valeurs matriarcales.

Cap May, Chip Cheek

Depuis ma tendre enfance, j’ai eu la chance de vivre au bord de la mer et de passer, de surcroît, mes vacances les pieds dans l’eau. Même si cette dernière est souvent trop froide pour que j’y glisse plus que mes arpions. Devenue adulte, je lui ai préféré pour je ne sais quelle obscure raison la pollution parisienne. Mais à mes yeux la mer sera toujours synonyme de vacances, de calme et de plaisirs simples.

Cap May s’est donc imposé assez naturellement comme ma lecture de début de vacances pour plusieurs raisons. Sa couverture déjà. Du sable et des pieds vernis sous une jupe au vent. Un appel à la paresse. Son titre ensuite. Un lieu, porteur de promesses et de mystères. Et sa légende enfin. Le premier roman de Chip Cheek, que je croyais femme jusqu’à ce que Google me corrige, avait tout pour me plaire : Septembre 1957. Henry et Effie passent leur lune de miel à Cape May, dans le New Jersey. Hors saison, la petite station balnéaire n’offre guère de distractions – si ce n’est la découverte du plaisir –, et le jeune couple ne tarde pas à s’ennuyer. Leur rencontre avec un groupe de New-Yorkais riches et délurés va leur ouvrir les portes d’un monde insoupçonné. Cape May devient alors leur terrain de jeu : ils s’invitent dans des maisons vides, font de la voile, se saoulent au gin et marchent nus sous les étoiles… jusqu’à cette nuit où tout bascule.

Cap May donc. Station balnéaire en arrière saison où un heureux jeune couple de mariés décident d’élire résidence le temps de leur lune de miel. Quinze jours pour faire connaissance, spirituellement et bibliquement, pour apprendre à vivre ensemble cet amour nouvellement éclôt. Nous voyons se confrontez rapidement deux mondes, celui chaste et conservateur des travailleurs de petites ville à celui des héritiers paresseux des grandes richesses new-yorkaises. Alors que tous les opposent normalement vont se lier des amitiés inespérées, voire désespérées.

L’oisiveté comme activité principale, arrosée allègrement de gin et autres tonic pour faire passer le temps. Ajouter à cela un soupçon d’interdit, des grandes maisons vides de propriétaires mais non d’histoires. Réelles et fantasmeées. Des enfants gâtés s’ennuyant et se jouant des autres pour se distraire. Des corps dénudés suggérés à tous,  des désirs non assouvis pour cause de non dits. Le poids certain du jugement de soi. La différence ténue entre désir et sentiments, entre raison et volonté de tout envoyer paître.  Le passage délicat de l’âge adulte, de quelques semaines de bonheur éphémère pour des vies gâchées sur le long terme.

De ressemblance avec Gatsby, je n’ai pour ma part vu que de rutilantes autos, la superficialité des mœurs et le paraître poussé à son paroxysme. La perte de repère d’un jeune bien sous tout rapport qui se fait happer par un monde qu’il ne maîtrise pas, qui n’est clairement pas fait pour lui, réveillant en son sein les pires turpitudes et monstres d’excès. Cap May de Chip Cheek est un plaisant roman sur une jeunesse dorée décadente qui se joue de tout et surtout des autres. Surtout des sentiments des autres dont ils en sont incapables. 

Belle lecture estivale à vous 🎈

Cap May de Chip Cheek est disponible aux éditions Stock

Come as you are

Feel Good

Narrateur : (nom masculin) Personne qui raconte. Quand il se fait interne dans un roman, je me demande toujours s’il ne fait pas tout ou partie corps avec l’auteur. Quelle est la frontière entre la vérité et le fantasmé. Et je crois que c’est ce que je préfère au final. C’est porosité qui instaure une zone de floue.

Les Petits Garçons, de Théodore Bourdeau

C’est au détour d’une promenade iodée que je me décidais d’acquérir Les Petits Garçons, de Théodore Bourdeau. Ce livre déjà lu m’attendait sagement devant une librairie de secondes mains, qui sent bons les pages jaunies. L’odeur de mes premiers romans, ceux de la bibliothèque de ma grand- mère. Forte d’une très bonne première expérience de lecture avec les éditions Stock-Arpège, j’y ai vu un signe du destin. Et suis repartie le manuscrit sous le bras.

Grand bien m’a pris. Car il s’est avéré que le narrateur et moi même partageons un amour en commun, et pas des moindres. L’amour pour « le chanteur le plus triste du monde », avec le son gilet vert et sa voix fausse en enregistrement d‘Unplugged in New York. Même si j’étais trop jeune pour vivre avec la même intensité cette disparition d’un génie. J’ai tout de même ressenti plus tard, lors des affres de l’adolescence, ce mal être propre à l’ange blond déchu qu’est pour moi Kurt Cobain. Et je trouve dans les paroles de Come as you are  une reconnaissance à l’amitié dont il est fait mention.

Je vous laisse vous imprégner de la substantifique moelle de ce premier roman avant de continuer plus avant : »C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le coeur entaillé. C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs. C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent. C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence. C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons. »

C’est une amitié qui se crée à l’enfance, l’âge de l’innocence. Celui où chaparder une guimauve nous donne une poussée d’adrénaline, et nous fait être punis par nos mamans. C’est cette amitié qui grandira, évoluera, dans une période charnière de notre pays, de notre monde, qui va affecter nos croyances ainsi que notre perception de ce qui nous entoure. L’émergence des attentats sur notre sol. L’horreur. La peur.

L’un, froid et ambitieux, ne verra plus le monde que par le prisme du normalien qu’il est devenu et par son ambition politique grandissante. L’autre, plus rêveur, qui tombe amoureux facilement, subira ses changements, cette mutation de notre société en tant que spectateur de premier ordre, de par son métier de journaliste. Leur amitié perdure, même si elle peut donner l’impression de se fissurer parfois.

C’est l’histoire de deux petits garçons, qui ont grandi et qui ont perdu leurs illusions. C’est une histoire comptée par une plume aux doux euphémismes, aux jolis non dits, aux échecs inattendus. C’est l’histoire de deux petits garçons qui n’ont somme toute qu’une vingtaine d’année et qui ont une vie à embrasser. Malgré les chocs que leur font subir la société, ils ne doivent pas perdre de vue qu’ils sont nés heureux.

Je vous invite à lire Les Petits Garcons de Théodore Bourdeau qui fait écho aux illusions perdues de cette génération qui est la nôtre, et qui par moment, je dois bien l’avouer à tendance à me briser le cœur.

Les Petits Garçons de Théodore Bourdeau est disponible aux éditions Stock-Arpège.

Poupée de cire, poupée de son

Feel Good

Poupée : (nom féminin) Figurine humaine servant de jouet d’enfants. De manière plus familière, jeune fille, jeune femme. Toutefois, dans cette seconde définition la personne est réelle et jouer avec sa palette d’émotions peut abimer les sentiments, surtout s’ils sont troubles. Si elle doit être un jouet, elle le sera de la fortune.

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J’aime les histoires peu banales. Qu’elles soient réelles ou romancées. J’aime les questions qu’elles amènent à se poser, le regard que l’on peut leur porter, les réflexions qui s’en suivent et nous font avancer. Mais par dessus tout, j’aime les histoires d’A comme le chante Catherine Ringer. Et quand ces dernières sont passionnées avec tous les affres que cela suppose, je le savoure autant que je les subis. Que ce soit dans celle des autres ou dans ma vie.

J’ai été gâtée avec ma lecture du premier roman plus que réussi d’Agathe Ruga, Sous le soleil de mes cheveux blonds. On assiste le souffle coupé à ces années charnières que sont le passage de l’enfance à l’âge adulte. Ces rencontres qui nous vont devenir ce que nous sommes et celles qui laissent des séquelles, que le temps peinent à effacer.

La bande son de cette lecture aura sans conteste été France Gall, à qui j’associe toujours son talentueux époux qu’était Michel Berger. La jolie faute au titre et au chapitrage. Mais Gainsbourg ne s’est pas tenu bien loin. Et sa voix aura raisonné en écho, avec son initials BB. La mention du Shalimar peut être. Le prénom des protagonistes antagonistes surement.

Avant de vous en dire plus, je vous laisse prendre connaissance par ces quelques lignes de la tranche de vie qui a accompagné les dernières quarante huit heures de la mienne : « L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Ensemble, elles se le promettent, elles pourront tout vivre.Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, le moment est venu de comprendre ce qui s’est joué entre elles, ce qui les a unies puis séparées. D’autant que Brigitte, dont elle n’avait plus la moindre nouvelle, revient la hanter : dans ses rêves, elle aussi attend un enfant…  »

La narration est fluide, alternant vie passée et vie actuelle. Avec comme fil d’Ariane un rêve, doux amer. Qui nous amène à vouloir savoir, pour essayer de comprendre. Cette blessure encore à vif qu’est la perte de son double, soi même en un sens. Une sorte de narcissisme déformant. Cette rupture amicale qui selle les années les plus bouleversantes d’une vie. Les études et sa vie (ou son absence de vie). L’auteur envie d’ailleurs les « prépa L », j’enviais les « médecine ».  Il y a quelque chose de pourri au royaume des études aurait pu dire un Hamlet contemporain.

La vie est ainsi faite. Un mariage. Une naissance. Dans un choc des cultures et des idées. La liberté d’un côté avec la passion des sentiments exacerbées. La vie en un sens. L’étroitesse de l’autre. Avec une éducation bourgeoise étriquée, qui appelle à la rébellion dans les folles années pour rentrer dans un moule pré formaté, prêt depuis trop d’années. Une vie qui n’en est pas une. Faite de paraitre et dans laquelle on étouffe. Et surtout l’amour. Faire voler ces certitudes en éclat pour aimer inconditionnellement. Comprendre que la blonde n’est pas aussi angélique qu’elle laisse paraître mais qu’elle est un violent poison. Que la brune est un diamant à l’état brut, pris en étau par les amours de sa jeune vie.

La plume est belle, vraiment. La narratrice, ou peut être bien l’auteure, réussit à parler d’elle. L’exercice le plus compliqué selon moi. Parlez de soi, se dévoiler. Mais cette mise à nue se fait avec pudeur accompagnée de jolis mots.

Cette lecture ne laisse pas indemne,  et fait réfléchir sur les choix que nous même avons pu faire, ou subir. Les deux en même temps parfois. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher votre lecture et vous conseille vraiment de lire Sous le soleil de mes cheveux blonds, d’Agathe Ruga.

Sous le soleil de mes cheveux blonds d’Agathe Ruga est disponible aux Editons Stock – Arpège.