Doux souvenirs

Feel Good

Souvenir : (nom masculin) Avoir de nouveau présent à l’esprit, quelqu’un, quelque chose, un moment, qui appartient à une expérience passée. Il est souvent doux de s’en rappeler. Il faut toutefois s’en méfier et ne pas s’y enfouir, au risque d’occulter la réalité du présent. 

Ceux qui voulaient voir la mer, Clarisse Sabard

J’ai découvert Clarisse Sabard en automne dernier avec ma lecture des Lettres de Rose, et j’ai été transportée par cette histoire, sur une double temporalité. L’auteure allait compter parmi mes références feel-good désormais.

Et en ces temps quelque peu gris, l’heure est à l’évasion. J’ai de la chance de ne plus vivre à Paris depuis peu, et de profiter de l’air pur des bords de l’Erdre. Mais je donnerai tout pour me poser les fesses dans le sable et que les embruns balaient mon visage. A défaut de pouvoir m’adonner à cette activité rapidement, je vis mon rêve par procuration, au travers d’un titre Ceux qui voulaient voir la mer : « Quand Lilou décide de quitter Paris pour Nice avec son fils Marius, elle ne se doute pas que son arrivée dans le Sud sera plus mouvementée que prévue ! Entre ses cours de yoga un peu particuliers, sa vie de mère célibataire, son original de père et son métier d’agent de bibliothèque, la jeune femme n’a pas le temps de chômer. Pourtant, c’est avec beaucoup de douceur qu’elle discute avec Aurore, une vieille dame de 90 ans rencontrée dans le parc voisin. Aurore qui attend toutes les semaines son grand amour, Albert, parti à New York tenter sa chance après la guerre. Lilou décide alors de tout faire pour retrouver le grand amour de son amie. Mais à trop vouloir remuer le passé, c’est le présent qui va la rattraper… »

Et on peut dire que j’ai vu du pays ! Du Nice à Antibes en passant par le New York des années 50, j’ai été comblée. Nous suivons Lilou, trentenaire célibataire et jeune Maman, qui s’est décidé à quitter son Paris étriqué pour profiter de la douceur de vivre que le Sud leur propose, à elle et son fils. Au fil de ses rencontres, elle va apprendre à s’ouvrir quant à son passé écorchée. Et par la même essayer de recoller le puzzle de celui d’une vieille femme pour qui elle se prend d’amitié.

On assiste à la naissance d’histoires -d’amour, d’amitié, de voisinage cordial – qui laissent de côté les préjugés pour se baser sur l’essentiel, la bienveillance et l’ouverture aux autres. Une belle leçon de vie.

Lire Clarisse Sabard, c’est s’immerger volontairement dans une bulle de douceur, aux histoires d’amour exquises et aux personnages drôlement attachants. Et avec ceux qui voulaient voir la mer, j’ai été une fois de plus envelopper dans ce cocon fait de belles ondes et de jolies histoires d’amour.

Belle lecture à vous !

Ceux qui voulaient voir la mer de Clarisse Sabard est disponible aux éditions Pocket

Paris en bouteille

Feel Good

Conditionnelle : (nom féminin ) Subordonné à la réalisation d’un certain fait de certaines conditions. La légende dit qu’avec des si et des peut-être, on mettrait Paris en bouteille. J’aimerai bien voir cela tiens, je suis d’humeur farceuse en ce moment.

Avec des Si et des Peut-être, Carène Ponte

L’été est déjà bien installé et avant de pouvoir plonger mes orteils dans l’eau (gelée) de la Manche, je me divertis avec des lectures plus légères, qui sont pour moi synonymes de vacances. Essayez, vous verrez, on en oublierait presque les joies du métro bondé par fortes chaleurs quand on fait un mètre cinquante neuf. Un bonheur au quotidien. Plus que trois jours à tenir, courage moi.

Cela faisait quelque temps déjà que je connaissais de nom Carène Ponte, mais je ne m’étais jamais essayée à l’un de ses romans. C’est désormais une lacune que je peux rayer, avec des Si et des Peut-être, que j’ai dévoré en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Les chapitres sont courts, et la ligne de temps originalement traitée, cela aide en effet à tourner les pages : « Professeur de français, Maxine vit en colocation avec Claudia (et ses crèmes au jus d’herbe fermenté), aime Flaubert (ses élèves plutôt Stromae), courir avec ses deux meilleures amies (trois cents mètres c’est déjà bien) et aller chez le dentiste (sa sœur, pour papoter).
Elle croit aux signes et aux messages de l’univers. Pourtant, elle ne peut s’empêcher de se demander :  » Et si j’étais allée ici plutôt que là, si j’avais fait ceci au lieu de cela ?  »
En bonne prof, Maxine aime le conditionnel… Mais à trop réfléchir  » avec des si et des peut-être « , ne risque-t-on pas d’oublier de vivre au présent ? Et si la vie décidait de lui réserver un drôle de tour
 ? »

La vie n’a pas été rose avec Maxine, qui se fait un devoir de mettre au conditionnel toutes actions ou décisions dans sa vie. Jusqu’à ce qu’elle se trouve propulsée dans sa vie rêvée, idéale de façade, pour vite déchanter quand elle ouvrira les yeux sur la personne qu’elle est devenue. Une jolie façade qui a renoncé aux vraies valeurs, familiales s’il en est. La trame, voire quelques scènes dans leur globalité, n’a pas été sans me rappeler 30 ans sinon rien, film girly lui même inspiré de Big, avec Tom Hanks. Cela a réveillé en moi un certain sentiment d’inconfort, tant l’effet de Déjà vu était prononcé. J’ai même été en colère jusqu’à ce que l’auteure fasse référence à Big. Je suis tatillon sur les références.

Malgré cela, j’ai réellement apprécié la fraîcheur de la plume de l’auteure, qui nous peint des personnages hautement improbables et hauts en couleurs. Cela a toujours le don de me faire rire quand j’essaie de les projeter dans des situations de la vie quotidienne. Oui, il m’arrive parfois de faire montre d’idées saugrenues. Ma touche littéraire très certainement.

En résumé, si vous chercher une lecture dilettante pour accompagner votre Spritz sous parasol et écran total, Avec des Si et des Peut-être de Carène Ponte est fait pour vous.

Avec des Si et des Peut-être de Carène Ponte est disponible aux éditons Pocket

Gang of New-York

Feel Good

Gang : (nom masculin) anglicisme – bande organisée, association de malfaiteurs. Le plus célèbre étant Al Capone, précurseur de la phobie administrative, qui l’aura fait tomber au main de la police.

Le Gang des Rêves, de Luca Di Fulvio

S’il y a une période que j’affectionne particulièrement dans la jeune vie des Etats Unis d’Amérique, c’est le début du XXe siècle. Ou tout du moins le traitement qui a pu lui âtre réservé en littérature ou au cinéma.  Que ce soit sur la côte ouest, avec l’immigration massive européenne. Le joyeux melting pot bouillonnant crée ainsi  différents quartiers, voire ghettos, pour la plupart sous la houlette de gangster, mais où certaines valeurs telles quel le travail et la famille dominent. Mais également la côte Ouest avec l’âge d’or d’Hollywood. Ce qu’on a tendance à oublier, sauf si vous êtes fan des œuvres de James Ellroy, est que la prostitution et les films pornographiques ont tendance à se tailler la part du lion, dans cet environnement de paillettes et de paraitre. Le rêve promis, à porté de mains dans les deux cas, qui tient le plus souvent du cauchemar éveillé.

Pourtant malgré la noirceur de la vie, c’est la lumière qui prédomine dans les lignes de Luca di Fulvio. L’espoir malgré tout, le bonheur malgré l’horreur. J’ai pourtant mis du temps à me lancer dans cette lecture. Par peur d’être déçu. J’ai peut être lu trop de critiques dithyrambiques. et cela à tendance à stopper net mes ardeurs. Et si je ne comprenais pas ? Serais je moins intelligente ? Et si je n’aimais pas, n’aurais je aucun gout ? Ces questions certes absurdes, j’ai fortement tendance à me les poser depuis que je n’ai pas aimé, mais alors pas du tout du tout, à part la musique de Yann Tiersen, les aventures d’Amélie Poulain. Malgré cette longue introspection quelque peu fatigante, je me suis lancée. Et j’ai vraiment bien fait. J’ai été littéralement happée par cette histoire, que j’ai savourée. Voici ce que nous dit le quatrième de couverture, faible esquisse s’il en est de la densité du Gang des Rêves : 

« New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils.
Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ? »

J’ai tout aimé dans cette lecture et  ne sais par où vous commencer pour vous narrez ce qui m’a plu.

La spacio temporalité déjà, ainsi que l’espoir qui domine malgré tout. Qui diffèrent selon les deux parties du livre. Dans la première Cetta, jeune italienne qui se bat pour atteindre son rêve américain, en est partiellement l’héroïne. On la suit dans la quête de son utopie, sous forme de flash back. La fuite de son Italie natale, sa prison, pour un idéal inconnu qu’est la terre promise américaine. On s’attache à cette femme enfant qui n’aura de cesse de vendre son corps – mais jamais son âme – pour assurer un futur heureux à son fils. C’est son histoire d’adolescent qui s’alterne à celle de sa mère, les différents environnements dans lesquels il évolue, que ce soit ceux des bas fonds à ceux de la bourgeoisie new-yorkaise. L’importance de l’éducation inculquée par sa mère, dans lauqelle elle lui serine qu’il est un vrai américain et non pas un émigré italien comme elle. Son intelligence mise au service de son gang imaginé – et imaginaire même pour lui – les Diamond Dogs. Sa rencontre avec Ruth, enfin, jeune fille devenue femme par la force, brisée au plus profond d’elle mais dont son âme doit le salut à Christmas. 

La seconde partie faite suite à une cassure dans la vie de l’adolescent, qui devient pleinement un homme.  L’intrigue alterne alors entre New York et Los Angeles, entre trois vies brisées, dans deux atmosphères où la nuit fait petit à petit place au soleil. Oui vous avez bien lu, trois vies. Celles de Ruth et Christmas, qui des ténèbres vont aller à la lumière, non sans difficulté et incertitude, et celle de Bill. Celui qui est à l’origine des maux de Ruth, et par effet papillon, de ceux de Christmas. Lui qui n’aura de cesse de s’enfoncer petit à petit dans les arcanes de son chaos intérieur

Avec le Gang des Reves, on assiste à une véritable épopée, narrant brillamment une époque révolue, dans laquelle l’auteur n’a de cesse que de trouver de la beauté dans un chaos ambiant. Nous sommes aux antipodes de la vision de Martin Scorcese dans son Gangs of New-York, malgré les mêmes ingrédients de base. On touche du doigt des étoiles – ici symbolisées, entre autre, par le génial Fred Astaire – et on vit un rêve éveillé au fil des pages. Si ce n’est déjà fait, je vous invite à vous plonger dans ce tumultueux début de siècle, en vous procurant dès à présent Le Gang des Rêves de Luca di Fulvio.

Gang des Rêves de Luca di Fulvio est disponible aux Editions Pocket.