L’absent magnifique

Feel Good

Poste : (nom masculin) Administration chargée de l’acheminement du courrier. Impersonnelle dans les grandes villes, la remise du courrier peut devenir un cérémonial dans les villes à taille humaines , les villages. Les facteurs sont annonciateurs de nouvelles, bonnes ou mauvaises, et se voient par moment offrir le rôle de confidents ou d’amis de fortune. 

Poste restante à Locmaria, Lorraine Fouchet

J’aime cette idée qu’une région, une ville, un lieu puisse guérir les maux, panser les bleus de l’âme. Qu’un endroit puisse devenir notre planche de salut, la raison pour laquelle nous battre, car il a réveillé en nous des émotions, des sentiments ou encore des instincts. J’aime cette idée que la Bretagne puisse être cette région doudou, propre à la reconstruction. D’autant plus quand je connais les lieux évoqués.

C’est ironique quand on y pense qu’une île puisse être le symbole de liberté absolue. Une enclave terrestre dans la mer. Des horizons bleus à perte de vue, dont on dépend cruellement.

De Rome ou de Paris, tous les chemins semblent mener à Groix, cette île « aux sorcières » du Morbihan, horizon tant admiré et visité même,  de mon enfance et de mon adolescence. C’est avec plaisir que j’ai foulé le sol de mes souvenirs avec Poste restante à Locmaria de Lorraine Fouchet : « Élevée dans le culte d’un père mort avant sa naissance, Chiara découvre, à l’âge de vingt-cinq ans, qu’elle est peut-être la fille d’un marin breton. Sous le choc de cette révélation, elle embarque pour l’île de Groix et fait la connaissance de Gabin, prête-plume d’écrivains célèbres, qui devient son compagnon de fortune. Mais ce séduisant jeune homme, arrivé comme elle de la « grande terre », est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Et Chiara reviendra-t-elle indemne de son enquête insulaire ?« 

Rome. Paris. Groix. Trois villes qui n’ont en apparence rien en commun, si ce n’est la quête de liberté. Les deux capitales ont été fuis pour cette île, isolée. On excusera cet euphémisme. Comment grandir, se construire – en un mot, vivre – sans père, ce sublime absent si présent tout au long du roman ? Cette à cette question que les protagonistes vont tâcher de répondre au long de cette quête initiatique, qui va les réconcilier avec le monde. Les réconcilier avec eux mêmes.

Aux travers de rencontres haute en couleurs, les masques vont tomber et les certitudes se fissurer. Le passé laisse place peu à peu à un présent plus radieux et à un futur de tous les possibles. De tous les bonheurs.

Lorraine Fouchet nous offre une jolie ode à la vie au travers de Poste restante à Locmaria, à travers un roman plaisant et moins léger qu’il n’en a l’air, truffés d’expression groisillones réservées aux initiés.

Bonne lecture à vous !

Poste restante à Locmaria de Lorraine Fouchet est disponible aux éditions le livre de poche

Alceste

Thriller psychologique

Mutisme : (nom masculin) Refus ou incapacité psychologique de parler. Si la parole se tarit, comment communiquer ? Comment être compris ? Quels visages prennent alors réalité et mensonge ?

Dans son silence, Alex Michaelides

Depuis que j’ai suivi des cours d’histoire de cinéma, j’ai une certaine frustration dans la lecture de thriller, et psychologique de surcroît. Le rapport peut sembler inexistant de prime abord, mais tout est une question de mécanique. Celle de la construction narrative. Et les rouages sont malheureusement les mêmes. Les ficelles ont été montrées, la magie a cessé. Je n’ai de cesse que d’appliquer ce qui m’a été appris, à mon corps défendant.

Malgré tout, je ne veux pas me priver du plaisir de la lecture de ce genre que j’affectionne. Depuis ma découverte de Sir Arthur Conan Doyle et Agatha Christie. Et c’est avec un plaisir non feint que je me suis lancée dans la lecture de Dans son silence, premier roman d’Alex Michaelides, dont les critiques sont plus qu’élogieuses. Peut être allais je être surprise. « Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant le cadavre de son mari défiguré, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : faire reparler Alicia. Quand un poste se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper une parole. Alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait… »

L’Art. L’art comme unique moyen de communiquer ses émotions. L’art comme vecteur de sentiments, de ressentiments. L’art comme une énigme abstraite qu’il faut apprendre à déchiffrer, sa patience en bandoulière. Objet de convoitise et d’envie. D’abnégation et de salut.

La parole. La Parole comme vecteur de mensonges et d’ignominie. Celle par qui le malheur arrive. Car même si c’est une vérité – non absolue – qui est dite, elle n’est malgré tout pas belle à entendre. Surtout quand c’est sur elle qu’un individu se construit.

L’écriture. L’écriture comme légende d’une vie. L’intime dans un journal que l’on veut personnel. Qui se meut en pièce à conviction. Conviction d’innocence. Conviction de culpabilité. Tout est une question de polarité.

Et c’est par cette polarité que l’intrigue ne noue et se dénoue devant nos yeux. Et qu’elle nous surprend et nous tient en haleine tout du long. Coup de chapeau à Alex Michaelides qui signe un roman à la psychologie fine et soignée avec Dans son silence. Certes, j’avais trouvé la fin au milieu de ma lecture, mais pas tous les artifices liés.

Belle lecture à vous !

Dans son silence, d’Alex Michaelides est disponible auxEditions Le Livre de Poche

Les enfants du désastre

Thriller

Gueule Cassée : ( locution) le nom donné aux combattants de la Première Guerre mondiale qui avaient été blessés au visage, qui avaient subi de graves traumatismes au visage ; le terme implique souvent une défiguration définitive. Qu’en est il des traumatismes de l’âme ? Et du manque de reconnaissance de ses paires ?

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

Le point de départ de cette histoire qui nous est contée est la Grande Guerre. Tout du moins l’une de ces dernières batailles, théâtre de la rencontre de trois hommes. Dont le destin sera à partir de cet instant fugace, inextricablement lié. Albert Maillard. Edouard Pericourt. Henri d’Aulnay Pradelle. Trois hommes que tout oppose. Mon premier, à la vie simple, comptable de son état et fiancé. Mon second, fils trublion d’une grande famille française, aux nombreuses connexions. Mon dernier, « fin de race » d’une lignée déchue en voie d’extinction.

Leurs destins croisés. La chance qui tourne. La mort touchée de prêt. Le traumatisme d’apres Guerre. L’histoire d’un pays en reconstruction en toile de fond, qui révèle les bas instincts des Hommes. Le manque des reconnaissance des Poilus de retour du front, qu’ils soient vivants ou morts. La culpabilité comme inconscient collectif. L’argent comme nerf d’après guerre.

Devenir riche. Au point de perdre son âme, si tant est qu’elle est jamais existé. Etre une bonne âme, et aider son prochain, en s’oubliant soi même. Par culpabilité, pat dévouement, par peur.

La survie comme enjeu majeur, dans un monde en mutation, où l’homme est son propre loup. « Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…« 

Un nom commun à tous ces destiné croisés. Pericourt. Nom honni, et abandonné. Nom voulu par avidité. Nom respecté par déférence. Un nom comme point central des différentes intrigues, malhonnêtes et amoral.

Le recueillement des familles comme fil d’ariane. Qu’il soit au niveau individuel ou national. La volonté de soulager sa culpabilité pour certain dans l’editions de monuments plus fastueux. Un projet pour honorer la mémoire d’un fils disparu, mal aimé de son vivant. Le dit fils au mille masques, un artiste libre mué en faussaire de génie.

Quand des hommes de pouvoir à la moral à géométrie variable affrontent ceux qui ont perdu la leur au prix de leur survie, cela donne Les enfants du désastre. Et c’est avec un talent de conteur hors pair que Pierre Lemaitre nous entraîne dans cette fresque de l’entre deux guerre, qui débute avec au revoir la haut. 

Belle lecture à vous !

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre est disponible aux Editions Le Livre de Poche, tout comme le second volet, Couleurs de l’incendie. Miroir de nos peines, la suite et fin de cette trilogie est disponibleaux éditions Albin Michel