Météores incandescents

2020, Rentree Litteraire

Météore : (nom masculin) Corps céleste rendu lumineux par son passage dans l’atmosphère terrestre. Deux êtres rendus lumineux par la présence de l’autre, le coup de foudre improbable qu’a été leur rencontre. L’amour inconditionnelle qu’ils se portent l’un à l’autre. A la vie, à la mort.

Les amants météores, Eloise Cohen de Timary

Ceux qui me connaissent le savent. Je suis l’antithèse du romantisme. Dans ma vie, tout du moins. Si j’apprécie de temps à autres de lire quelques romances, je préfère de loin quand rien est acquis. Quand l’amour est un sacerdoce et qu’il tend vers un désastre. L’histoire est souvent plus pleine par ce biais. Plus travaillée, plus fouillée. On sonde les noirs tréfonds de l’âme humaine et c’est cela qui me plaît le plus je crois.

J’aime les histoires d’A. qui finissent mal donc. Mais ma cruauté a une certaine exigence. Que les schémas narratifs soient renouvelés. Qu’une ambivalence se créé dans mes sentiments. Et c’est dans cet état d’esprit que je commençais ma lecture des Amants Météores d’Eloïse Cohen de Timary : »Un soir, dans un bar, Marianne fait la rencontre de Virgile, un paysagiste talentueux, fantasque et homosexuel. Très vite, c’est l’évidence : ils s’aiment comme on ne s’aime qu’une fois. Des rues de Paris aux plages bretonnes, leur amour a le goût citronné et sec de la margarita, celui des huîtres iodées, des bons vins et des soirées déjantées ; leurs cœurs s’accordent au rythme de Patti Smith, Janis Joplin et de la variété italienne des années 80. Ensemble, Marianne et Virgile mènent une vie de fête et de gaieté, ils ont des projets d’avenir, et bientôt aussi le désir d’avoir un enfant. Jusqu’au jour où leur ciel va brusquement s’assombrir, et leur quotidien se muer en une lutte effrénée pour sauver l’amour et les rêves. »

Une rencontre dans un bar. Un Homme. Une Femme. Histoire classique me direz vous. A ceci prêt que Marianne s’est fait éconduire par son rendez vous professionnel dans cet endroit inconnu. Ce bar, où se côtoient gays et drag-queens. Que Virgile aime les hommes. Que rien ne les prédisposaient à ce rencontrer. Et que cette rencontre fut l’épiphanie de leurs vies à tous deux. Le coup de foudre absolu. Ils devinrent des météores incandescents. D’un amour codépendant.

Une volonté d’enfant. Mais pas tout de suite. La maladie qui frappe à la porte, foudroyante et vicieuse. La possible impossibilité de ne plus pouvoir créer à deux cet être, fruit de leur amour. La chaire de leurs chaires. Du néant à la lumière. De la lumière aux lymbes. Jusqu’à ce que l’espoir frappe à son tour à la porte.

Avec les Amants Météores, Éloïse Cohen de Timary nous dresse une histoire d’amour avortée. Malgré tout, forte et révolutionnaire. Une histoire d’amour qui éclaire tout ce qu’elle touche. Au point même de d’embraser les ténèbres obscures dans lesquels ils sont plongés. Et de les faire briller. De ce brasier incandescent. Pour avancer et vivre cette amour. A la vie, à la mort. Magistral coup de cœur que ce roman.

Belle lecture à vous !

Les Amants Météores d’Eloise Cohen de Timary est disponible aux Editions JC Lattès Le Masque

Inconsciente conscience

2019

Inconscient : (nom masculin) Qui ne mesure pas l’importance de ses actes. Ou de l’absence d’actes, qui peut être parfois bien plus dévastateur. D’un point de vue psychologique, domaine de la pensée qui échappe à la conscience. N’est ce pas cette dernière après tout qui est le garde fou de notre animalité. 

Les guerres intérieures, Valérie Tong Cuong
Enfants, c’est l’éducation qu’essayait de nous inculquer nos parents, calqués sur la leur ou en antagonisme total, qui nous façonnait. Petits êtres fragiles avec un haut sens moral et une notion dichotomique du bien et du mal toute relative. C’est cette même éducation qui fait de nous en partie les adultes que nous sommes devenus ou que nous tendons à devenir.

Mais nous sommes parfois confrontés à des choix, égoïstes ou altruistes, qui nous font renoncer à nos principes moraux. La gravité peut être soumise à appréciation mais elle peut être source d’insomnie et autre trouble. J’ai nommé la culpabilité. Et cette dernière peut nous ronger au point de nous pourrir, de nous faire pourrir, telle une âme flétrie. «  Comédien de seconde zone, Pax Monnier a renoncé à ses rêves de gloire, quand son agent l’appelle : un grand réalisateur américain souhaite le rencontrer sans délai. Passé chez lui pour enfiler une veste, des bruits de lutte venus de l’étage supérieur attirent son attention – mais il se persuade que ce n’est rien d’important. À son retour, il apprend qu’un étudiant, Alexis Winckler, a été sauvagement agressé.
Un an plus tard, le comédien fait la connaissance de l’énigmatique Emi Shimizu, et en tombe aussitôt amoureux – ignorant qu’elle est la mère d’Alexis. Bientôt le piège se referme sur Pax, pris dans les tourments de sa culpabilité.
Qui n’a jamais fait preuve de lâcheté ? Quel est le prix à payer ? Quand tout paraît perdu, que peut-on encore sauver ? La domination du désir et de la peur, les vies fantasmées et le dépassement de soi sont au cœur de ce livre fiévreux qui met en scène des personnages d’une humanité bouleversante et vous accompagne longtemps après l’avoir refermé. »

La culpabilité donc. Au cœur de ce huis clos, axé autour de trois personnages. Inextricablement lié malgré eux, par l’ironie du sort et de la fatalité qui s’amusent à lier leur destin abîmé.

Une agression. Privant à jamais un jeune homme de jouir pleinement des folies de son âge et surtout de son avenir. Une agression, donc. Qui aurait pu être arrêtée. Dont les conséquence auraient pu être moins désastreuses. Il s’en est fallu de peu. De courage en fait de la part d’un homme, trop préoccupé par une carrière au point mort et la promesse de paillettes. Le couard sombre. Mais il rencontre un ange déchu. Une femme fragile à la beauté gracile. Brisée par les accidents de la vie, effet boule de neige de l’agression de son fils.

Comment construire une relation basée sur une absence de vérité ? Comment panser des plaies si le temps les dilates chaque jour un peu plus. L’espoir est il permis dans ce monde désenchanté où la fatalité semble vouloir s’acharner. Le paradis artificiel atteignant lui même ses limites pour soigner les maux de l’âme. Le pardon comme seule solution. Si tant est qu’il ne soit pas trop tard pour l’accorder.

Avec Les guerres intérieures, Valérie Tong Cuong signe un bel ouvrage, poignant et vrai, qui fait écho en chacun de nous. Belle découverte que la plume de cette auteure que je vous invite, à votre tour, à découvrir.

Belle lecture à vous ! 🎈

Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong est disponible aux éditions JC Lattes