Fenêtre sur cour

Feel Good

Vis-à-vis : (locution) position de deux choses qui se font face, comme des fenêtres qui donnent directement sur la vie, sur l’intimité de l’autre. Le vis-à-vis peut parfois devenir un vis ma vie.

La somme de nos vies, Sophie Astrabie

Le confinement du printemps 2020 aura créé la stupeur, la peur, les incertitudes mais aussi contre toute attente, l’ennui dans une routine bien huilée, entre les quatre murs de mon appartement. Un emploi du temps minuté, pour garder un rythme et ne pas perdre le fil des jours. Vivant en immeuble, j’ai une vue imprenable côté rue sur l’immeuble de mes voisins. Et regarder par la fenêtre et voir s’ils ouvraient leurs volets – point bonus pour la fenêtre – étaient devenus une marotte. Puis la vie normale a presque repris son cours et cette vilaine manie a disparu avec elle.

Mais tous ceux qui ont vu Fenêtre sur cour d’Hitchcock savent qu’on ne s’intéressent pas à la vie des autres, qu’on ne la dissèquent pas sans quelques menus désagréments, même si la notre est momentanément mis en suspens. Même si on s’empêche de vivre sa vie pleinement, celle des autres ne doit pas devenir un fantasme inatteignable. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Camille, et de sa curiosité quant à la vie fantasmée de ses voisins de fenêtre dans La Somme de nos vies, de Sophie Astrabie. « Camille, jeune fleuriste qui rêve sa vie, visite des appartements qu’elle n’a aucune intention d’acheter. Marguerite, quatre-vingt-sept ans, met en vente son appartement qu’elle s’est pourtant juré de ne jamais quitter. Derrière leurs fenêtres qui se font face, dans cette rue parisienne, la vie de l’une n’apparaît à l’autre qu’en reflet. Les mensonges de Camille à son entourage et les secrets de Marguerite enfouis soigneusement depuis l’enfance se croisent et se répondent. Comment prendre sa vie à bras-le-corps quand on a décidé d’en vivre une autre ? »

Devons nous vivre une vie toute tracée et embrasser une carrière qui nous rendrait malheureux, mais qui nous adouberait dans certains cercles élitaires ? Ou embrasser sa passion, si tant est qu’on est la chance d’en avoir une et de pouvoir en vivre ? Vous n’aurez pas assez de quatre heures pour répondre à cette question. Ce n’est pas la réflexion qui devrait l’emporter mais l’appel du cœur.

Peut-on vivre dans la culpabilité d’être une autre alors que notre survie en dépend ? Secret si lourd à porter qu’il nous enlise dans des mensonges de plus en plus importants, telle des poupées gigognes de mauvaises augures. Parfois, une rencontre peut tout changer. Celle d’une jeune femme solaire avec une vieille dame solitaire. Parfois une odeur, une senteur, peuvent tout faire basculer. Des fleurs offertes en guise de pardon, de secondes chances. Parfois, le destin s’en mêle et une bonne fée se penche sur notre berceau, pour nous apprendre à ne pas réitérer ses erreurs du passé.

Avec La somme de nos vies, Sophie Astrabie nous livre une galerie de personnages touchants et attachants, qui vont prendre la mesure de la valeur de leurs vies, et décider de les vivre pleinement, en s’assumant tout simplement.

Belle lecture à vous !

La somme de nos vies de Sophie Astrabie est disponible aux Editions J’ai Lu