Bilan Mars 2021

Feel Good

Mars : (nom propre) planète, barre chocolatée et accessoirement le mois de la saint Patrick, du Printemps et de ma fête !

Va où le vent te berce de Sophie Tal Men aux éditons Albin Michel

Là où le bonheur se respire, Sophie Tal Men

Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet aux éditions Charleston

Un jour de plus de ton absence, Mélusine Huguet

Instagrammable d‘Eliette Abécassis aux éditons Grasset

Instagrammable, Éliette Abécassis

Sous Terre de James Delargy aux éditions Harper Collins Noir

Sous terre, James Delargy

Mamma Mia de Serena Giuliano aux éditons Pocket

Mamma Maria, Serena Giuliano

De mon plein gré de Mathilde Forget aux éditions Grasset

De mon plein gré, Mathilde Forget

La Datcha d’Agnès Martin-Lugand aux éditions Michel Lafon

La datcha, Agnès Martin-Lugand

Coupable victime

Non classé

Coupable : (nom masculin) qui a commis une faute. Blamable, condamnable. Il arrive que ce soit la victime qui endosse ce statut, par un quiproquo, par un jugement de valeur trop hâtif de la part de ses pairs ou par un syndrome de Stockholm développé a posteriori.

De mon plein gré, Mathilde Forget

La culpabilité peut prendre différent visage. Le pire qui soit est d’endosser une responsabilité, une faute qui n’est pas la notre. De se faire blâmer pour un tort que nous avons subit et non commis. Comme quand votre petit frère vous accuse des pires maux parce que vous avez eu le toupet de lui tirer la langue. Enfant, ca n’est qu’un jeu sans grande incidence, même si ce sentiment d’injustice est déjà bien présent. Adulte, c’est votre vie, votre avenir, votre santé qui se joue insidieusement.

« Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer. Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là  ? »

Un texte court et morcelé. Décousu même parfois. Alternant le point de vue de la narratrice, qui laisse entrevoir certaines de ses faiblesses et fêlures. Choquée de l’agression subie. Traumatisée par la série de questions et d’examens qui s’en suivent. Des bribes d’interrogatoires retranscrites. Le point de vue de la victime qui se sent coupable confronté au coupable qui se joue en victime.

L’auteur brouille sciemment les pistes en se posant telle une coupable d’emblée. Coupable de quoi ? Sera la question qu’on aura cesse de se poser tout au long de cette lecture. Si c’est de vivre et d’exister, nous le sommes toutes alors.

De mon plein gré de Mathilde Forget est un texte court, fort et perturbant, qui se lit d’une traite et laisse dans son sillage un sentiment nauséeux, poisseux.

Bonne lecture à vous !

De mon plein gré, de Mathilde Forget est disponible aux éditions Grasset

Un fil à la patte

Feel Good

Instagram (nom propre) : Ou Instant Telegram, littéralement télégramme instanté. Ce réseau social a pour but originel de capter un moment volé en photo et de le rendre immortel. De se rendre immortel pour certains, qui ont fait de leur métier le fait de se mettre en avant, de jeter en patures leur quotidien aux sus et aux vues de milliers – voire de millions – d’inconnus.

Instagrammable, Éliette Abécassis

Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos est l’un de mes romans préférés. La thématique est universelle – Amour, jalousie et vengeance – et distillée dans des correspondances, tantôt pudique, tantôt enflammée, sincères parfois, calculées souvent. Ce roman épistolaire est somme toute actuel bien qu’écrit fin du XVIIIe siècle. Je suis tombée amoureuse du Vicomte de Valmont lors de ma lecture, pour succomber définitivement devant John Malkovitch, majestueux, dans l’adaptation de Stephen Frears. Alors quand cet acteur de génie et de talent à son tour, vingt cinq ans plus tard, signe à son tour sa version 2.0 au théâtre de l’Atelier, je ne pouvais que m’y rendre. Les mails et sms avaient remplacés les lettres manuscrites, les téléphones, la plume et l’encre. Cela n’a desservi en rien l’intrigue intemporelle, apportant instantanéité et modernité aux échanges.

L’instantanéité. Le propre de notre époque vissée à son téléphone et par extension aux réseaux sociaux. Se montrer, voir, être vu. Voici les principales utilités d’Instagram et consort. Quand certains partagent des photos dans un cercle restreint, d’autres se montrent sans vergogne dans une courses aux likes. Nous sommes tous en recherche de considération, d’un point de vue personnel, professionnel ou encore intellectuel, et cette exposition couplée de l’acceptation des autres en guise de likes et de commentaires en est une preuve flagrante. Consciente ou inconsciente. Moi la première en un sens avec ma participation à #boosktagram. Mais avec cette connaissance que des photos ou videos ne reflètent pas la vraie vie, mais ce qui nous plait de montrer et qui est photogénique.

Il est facile de se perdre dans l’abysse de ce scroll infini, offrant des images à ne plus savoir qu’en faire, à ne plus savoir que croire, au point d’envier la vie virtuelle et souvent fantoche d’inconnus, au point d’oublier qu’il y a une vie derrière l’écran, plus valable et surtout plus vraie. Bienvenue dans l’univers d‘Instagrammable, le dernier roman d’Eliette Abécassis : « Dans ces  Liaisons dangereuses  à l’ère d’Instagram, Éliette Abécassis  décrit de façon inédite une génération née au début des années 2000,  en proie à la dépendance et la violence induites par les réseaux sociaux. « 

Ils ont à peine dix huit ans et vivent le moment présent que par le prisme d’un écran, se mettant en scène ou admirant ceux qui le font admirablement, avec cette idée que si tu n’es personnes sur les réseaux sociaux, tu n’existes pas. Avec cette idée qu’il vaut mieux rêver sa vie que de la vivre. Avec cette idée que ton corps, ton visage, ton intimité ne t’appartiennent plus et peuvent être jeter en pâture dans la fosse aux lions à n’importe quel moment. Avec cette idée, que c’est forcément mieux chez les autres.

Avec Instagrammable, Eliette Abecassis pointe du doigt les dérives de ces réseaux sociaux, véritables fil à la patte dont on peine à se défaire, de ce flux constant d’informations, souvent inutiles, parfois dangereuses, et de cette impunité dont certain se croient assurer, cachés derrière leurs écrans.

Belle lecture à vous !

Instagrammable d’Eliette Abécassis est disponible aux éditions Grasset.