Les Ambitieux

2020

Ambition : (nom féminin) Désir ardent d’obtenir les biens qui peuvent flatter l’amour-propre. Que ce soit une reconnaissance sociales, des biens matériels ou sa place dans l’Elite, certaines personnes sont prêtes à tout pour réussir, au point de se vendre leur âme et de se perdre elle-même. Au point de devenir ce qu’elles ont toujours refusées d’être.

Enfant, je ne devais pas avoir plus de sept ou huit ans, je souhaitais faire l’Ecole Polytechnique. Pas que de d’être X me passionnait – je ne savais même pas ce que cela signifiait – mais le nom de l’école sonnait bien à mes oreilles. Le prestige de l’uniforme m’est resté et c’est une carrière de pilote de chasse que je voulais embrasser. Ma logique mathématique bien particulière et ma légère myopie ont eu raison de moi. Ce qui ne m’a pas empêcher de passer un concours et de vivre mes trois années de lycée, au bord de mer, dans la rade de Brest, au CIN.

De ces trois années d’internat, et de lycée, j’ai côtoyé des ambitieux. De ceux qui seraient prêts à écraser les autres, pour briller plus haut et plus loin, aux yeux de leurs quelques amis, dans l’espoir que leurs parents les regardent. De ceux, qui se voyaient déjà au sommet de l’Elite, sans se rendre compte du chemin à gravir. De ceux à qui l’ont dit que ce sera compliqué, que même à force de travail ce sera dur d’y arriver mais qui contre toute attente, sont allés plus loin que ce qu’ils avaient jamais espérés.

A trente ans passés, pas de bilans à dresser mais regard doux et cynique sur qui nous étions. Qui j’ai pu être à un moment donné. Mon empathie a toujours primé. J’ai revécu ses années passés lors de ma lecture De grandes Ambitions, d’Antoine Rault, premier opus lu pour ma part en cette rentrée littéraire 2020. « Que deviennent nos rêves de jeunesse ? Nos illusions ? Comment accepter d’être ce que nous sommes devenus ? Ce que le temps, le pouvoir, ont fait de nous ? Dans ce roman choral qui se déploie des années 1980 à nos jours, Antoine Rault compose une subtile mosaïque de destins intimement mêlés, sur laquelle plane l’ombre de John Dos Passos. On y croise Sonia, fille d’une femme de ménage marocaine ; Marc, petit génie de l’informatique et son ami d’enfance Stéphane, tous deux d’origine modeste ; Clara qui veut devenir médecin et sa soeur Diane qui rêve de brûler les planches… Ministre, tycoon de l’internet, conseiller en communication, chef d’un parti d’extrême droite, actrice, chirurgienne, écrivain… voire président de la République, tous tenteront d’atteindre le sommet ou de rester fidèle à leurs idéaux. Et chacun verra ses ambitions couronnées de succès ou déçues. »

Paris. La Capitale comme nous nous le prêtons à le dire parfois. Ville Lumière, qui abrite les fantasmes les plus fous. Où les rêves peuvent se muer en réalité. Ville de tous les possibles, de tous les excès. Terrain de jeux des Ambitieux, ces personnages qui ont à coeur de réussir, de briller, quoiqu’il en coûte, quoiqu’il advienne.

Une vie minuté au rythme des mondanités, où il faut être vu par le tout Paris si l’on veut exister. Une vie de paraître et de façade, où l’entourage fourni nous fait sentir bien plus seul encore. Une vie où le moindre faux pas est passé au crible. Une vie de calcul à la recherche de la gloire, au dépit du bonheur. Les ambitions personnelles en fil d’Ariane, qu’on approche du bout des doigts mais à quel prix. Est on vraiment gagnant à la fin si l’on a perdu qui l’on était au fond.

Avec de Grandes Ambitions, Antoine Rault dresse un portrait croisé de personnalités fortes en mal de pouvoir et de reconnaissances, sur une trentaine d’années. Nous assistons au dessin de destins hors du commun, aussi bien accompagnés de lauriers que de chutes spectaculaires. Plaisante lecture pour ma part, que je vous conseille volontiers.

Bonne lecture à vous !

De grandes ambitions d’Antoine Rault est disponible aux éditions Albin Michel

Radioactif

Thriller

Apocalypse: (non masculin) catastrophe comparable à la fin du monde. Quand une centrale nucléaire explose en plein cœur d’une ville, d’une région, d’un pays, c’est un monde nouveau qui s’annonce. Mais la nouveauté n’est pas toujours synonyme d’allégresse. La noirceur peut s’abattre telle le dernier des fléaux, provoquant avec elle la chute d’une civilisation, espérée et vénérée.

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

Il fallait être culotté ou sacrément doué de talent pour teinter le pays des merveilles de meurtres sordides et le priver de son Alice. De semer la mort sur le chemin de la sanglante reine de cœur et de faire porter le chapeau au lapin. Avant que la vérité soit faite.

Il faut être culotté voire même sacrément doué pour planter son intrigue dans une Ukraine dévastée, peuplée de fantôme et essayant de survivre après ce drame qu’à été Tchernobyl. 1986, année charnière du nouveau monde, marquant le début d’une fin de guerre des nerfs, invisible mais usante, la Guerre Froide. L’équilibre mondial basé sur une dichotomie des doctrines se voyait à jamais chamboulé.

Il faut être culotté et sacrément doué pour signer un thriller parfait mêlant politique, retombée radioactive et une URSS qui n’est plus, le nommer tel une aventure de James Bond et ne pas décevoir le lecteur quand il se rend comte que la force obscure n’est pas qu’un spectre mais bien réelle, tangible. Bienvenue dans le monde poisseux et radioactif de Morgan Audic, avec De bonnes raisons de mourir : « Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques. »

De Tchernobyl je ne connaissais que le nom, et sa tristement célèbre centrale nucléaire. Il y a quelques mois je découvrais la série éponyme, qui levais le voile sur cette journée de l’enfer et les conséquences désastreuses qui suivirent. Le sacrifice de quelques hommes dans l’espoir vain de sauver leur famille, ces héros de l’ombre à jamais oublié.

De nos jours l’URSS n’est plus qu’une ombre du passé. Déchiré par une guerre idéologique et libertaire, entre les Russes et les Ukrainiens. Des conflits d’intérêts. La corruption dans les hautes sphères. Des flics dépassés par leurs convictions, leurs origines et les radiations dans lesquelles ils baignent à longueur de journée. Des relations dysfonctionnelles. La mort, prégnante dans le moindre geste, la moindre action. La ville de Pipriat comme personnage central, désincarné et déshumanisé. Une ambiance d’apocalypse et une série de meurtre au goût de vengeance et de taxidermie. De bonnes raisons de mourir pour chacun de ceux qui coulent du pied cette terre désenchantée, qui fut synonyme du rêve soviétique.

Morgan Audic signe un thriller majestueux et tout en finesse, qui assoit sa place d’auteur incontournable à mes yeux. De bonnes raisons de mourir est à dévorer sans modérations en ces longues soirées d’été.

Belle lecture à vous !

De Bonnes Raison de Mourir de Morgan Audic est disponible aux éditions Albin Michel et Le livre de poche

Paloma

Feel Good

Hirondelles : (nom féminin) de très nombreuses jeunes femmes qui ont quitté leurs communes de Navarre et d’Aragon pour venir travailler dans l’industrie de l’espadrille à Mauléon, dans le pays Basque. Une découverte de cette part d’histoire totalement inconnue pour la bretonne que je suis.

Les Demoiselles, Anne-Gaëlle Huon

A l’aube des vacances estivales, j’ai besoin d’évasion et de légèreté. Comme tout un chacun me direz vous. La lecture a pour moi ce pouvoir magique qu’elle me permet de me projeter dans des endroits hors de portée, hors de pensée aussi parfois. Dans des époques que l’on pensait connaître, mais que l’on a fait que survoler. Dans des intrigues qui nous bercent au fil de ses leurs mots. Des personnages que l’on se plaît à aimer, et qui deviennent, un temps défini des membres de nos vies.

Et c’est ainsi que j’ai rencontré Rosa, jeune fille effacée qui va devenir une femme affirmée au fil des ces rencontres et des ses expériences de vie pour le moins unique avec les Demoiselles qui prêtent leur nom au dernier roman d’Anne-Gaëlle Huon.

« Il n’y a que trois règles ici, Rosa. La première : ne jamais tomber amoureuse. La deuxième : ne jamais voler l’homme d’une autre. La dernière : ne boire que du champagne millésimé. Seule l’une de ces trois règles sera respectée.« 

De l’Espagne à la France, séparée par ces funestes Pyrénées. Des Hirondelles aux Demoiselles. Des destins croisées, des rencontres impromptues. D’une vie de courtisane à celle de couturière dans un atelier d’espadrilles. De la pauvreté à la richesse. De l’anonymat à à une notoriété certaine. Tant que la douceur des plumes et des rubans et l’ivresse du champagne peuvent tout emporter sur leur passage, la liberté chèrement acquise est un luxe dont peu peuvent se vanter. Le style est envolé, la personnages aux fortes personnalités et haut en couleur, qu’on se plait à aimer.

Un roman sous forme déclaration qui vante les amours contrariées, les amitiés échoués, les projets avortés, mais également les amours éclos, la réussite et le bonheur, malgré tout. Une déclaration à une région aussi, le Pays Basque et de son histoire si riche et qui m’était encore inconnu il y a peu. A l’Histoire se mêle une histoire, celle de Rosa et des demoiselles. Et on se plaît à vivre ce tourbillon qu’est leur vie.

Avec Les Demoiselles, j’ai enfin découvert la plume d’Anne-Gaëlle Huon, auteure solaire s’il en est et je dois dire que je ne suis pas déçue. Mon seul regret tout de même reste d’avoir lu trop vite ce roman pétillant, telle une coupe de champagne, qui est un véritable hymne à la liberté, une déclaration d’amours aux femmes.

Belle lecture à vous !

Les Demoiselles d‘Anne-Gaëlle Huon est disponible aux Editions Albin Michel