En flegme et contre tous

Feel Good

Succube : (nom masculin) Entité démoniaque qui prend l’apparence d’une femme séduisante pour charmer les hommes pendant qu’ils dorment et qu’ils rêvent pour mieux leur voler leur énergie vitale. Ou ennemis élémentaires de feu dans la saga Final Fantasy. J’ai été un peu geek à l’adolescence.

Bienvenue à High Rising, Angela Thirkell

Un hiver à la campagne anglaise, dans un cottage avec cheminé, c’est un de mes rêves depuis que j’ai vu The Holiday. Je l’ai réalisé en partie cet hiver en m’évadant à High Rising, petite bourgade où tout activité est connu de tous. Surtout, il ne s’y passe rien, ou si peu de choses, que la propagation des secrets d’alcôve, principale activité des cuisinières et secrétaires.

Bienvenue à High Rising met en scène quelques membres de la bourgeoisie anglaise, aux proies à des tracas somme toute triviaux, qui animent leur vie sinon banales. Angela Thirkell brosse le portrait de ses contemporains des années 1930, et dans un sens, d’elle même, en mettant en scène une romancière à succès, Laura Morland : « Noël 1930. Alors que Laura Morland, romancière à succès, n’aspirait qu’à quelques semaines de repos loin de l’agitation londonienne, la voilà plongée au cœur des intrigues de la vie de campagne. Son cher ami, le riche George Knox, est la proie d’une sournoise secrétaire, déterminée à s’élever au-dessus de son rang en se faisant épouser. Laura saura-t-elle le tirer de ce mauvais pas ? Et par la même occasion aider la jeune et innocente miss Sibyl Knox à conclure le mariage dont elle rêve depuis toujours ? »

Il y a dans la plume anglaise de l’auteure un je ne sais quoi de flegme et d’humour au second degré, chers à mon cœur. Sur 300 pages, nous assistons à des manigances, des sautes d’humeur et de longues discussions autour de thé fumant. Le tout cristallisé autour d’une intrigante, Mlle Grey, qui brouilles pistes quant à ses intentions et qui passe pour être passablement dérangé. Ajouter cela un enfant monomaniaque de trains qui accaparent la parole, mais qui détient la vérité, et vous passerez un agréable moment avec cette « gentry » adorablement loufoque et à côté de la réalité.

J’ai une appétence pour ce style de roman de mœurs, où peu de choses ce jouent, mais où beaucoup est dit sur un mode de vie, une société et ses habitudes. Bienvenue à High Rising a répondu à toutes mes attentes. Et sa couverture enneigée à mon attente de Noël.

Belle lecture à vous !

Bienvenue à High Rising d’Angela Thirkell est disponible aux éditions 10/18.

Manoir hanté

Thriller psychologique

Passé : (nom masculin) qui n’est plus, est écoulé. On peut parler ainsi d’un temps révolu, d’un moment de vie, ou tout simplement ce qui nous construit aujourd’hui. On peut s’y complaire comme chercher à le fuir. Dans certain cas, certaine zones d’ombres subsistent, comme quand nos petits frères et sœurs nous disent que nous, aînés, avons été trouvés dans une poubelle et de facto adoptés. Et qui si on demande à nos parents, ils nous diront que ça n’est pas vrai. Mon petit frère était machiavélique.

Pour la bretonne que je suis, amoureuse des landes écossaises, les Cornouailles sont la destination parfaite où j’aimerai passer mes vacances d’été. Oui vous avez bien lu. J’ai vécu pendant mes études, du secondaire à fin de master, à Brest, la ville où il fait treize degrés toute l’année. Je l’ai bien quittée un hiver pour les frimas écossais d’un semestre Erasmus. Ça laisse des séquelles, croyez moi. C’est ainsi que les paysages sauvages qui sont balayés par les embruns répondent pour moi à un certain idéal. Ironiquement, plus ils sont déchirés plus je me sens apaisée.

Couplez à cet amour des éléments passionnés, un attrait pour les vieilles bâtisses cossues, vous obtenez mon idéal de cadre de vie. Ma vie dans ma boîte à chaussure parisienne s’y apparente presque me direz vous. Surtout pour le côté post apocalyptique.

Les manoirs et leurs secrets d’alcôve donc, leurs boudoirs et autres pièces dérobées, où planent des souvenirs joyeux et autres, sont autant d’ingrédients qui m’ont menée à lire un Manoir en Cornouailles d’Eve Chase : « Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ? »

Un lieu. La Manoir de Pencraw sus nommé affectueusement par ses occupants le manoir des Lapins Noirs. Lieu qui se révèle être un personnage a part entière, le liant entre les protagonistes. Deux temporalités. La fin des années soixante et les années deux mille. L’une joyeuse de prime abord, puis fauchée dans son bonheur trop idyllique pour survivre. L’autre, torturée et basée sur les non dits. Une année de drames qui a déchiré une famille unie et soudée revécue en quelques jours par photos et confessions interposées. Les Lapins Noirs quant à eux, et surtout malgré eux, métaphore d’un  bonheur jadis perdu et tantôt retrouvé.

J’ai aimé cette histoire, bien écrite et surtout bien ficelée, où la jalousie d’une femme, montée à son paroxysme, peut causer tant de dégâts. La plume d’Eve Chase nous emmène doucement vers un dénouement attendu, que l’on souhaite secrètement mais sans trop de fioritures. Tout au long de cette lecture, j’ai humé les embruns, et senti le vent tempétueux. Je me suis sentie en immersion total au Manoir des Lapins Noirs, et au cœur de la famille Alton.

Belle découverte que le Manoir de Cornouailles d’Eve Chase. Je vous invite à le lire en ces premiers jours d’été pour vivre une histoire de famille pas comme les autres.

Belle lecture à vous ! 🎈

Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase est disponible aux éditions 10/18.

Tant que vivra le Jazz

Thriller

Mascarade : (nom féminin) mise en scène trompeuse. Ce terme désigne un simulacre, une comédie. Prenez des pantomimes qui s’affolent autour de leur marionnettiste mafieux,  ajoutez y une pincée de détectives – en herbe pour certain, rompus à l’exercice pour d’autres, et distillez le tout dans le Chicago corrompu des années 1940. Vous voilà servis.

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Il y a longtemps que je n’avais pas subi autant de frustration dans une lecture  qu’avec Mascarade de Ray Celestin. Autant la lecture m’a délectée, autant j’ai manqué de temps, d’occasion pour avancer dans l’intrigue. Me retrouvant ainsi à lire les mêmes passages à deux ou trois reprises. Cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé et il me tarde d’être en vacances pour lire à tête reposée. J’ai le projet fou de lire Anna Karenine, sans être embêté par mon Smatphone ou autre sollicitation triviale. Le rosé n’en fait bien évidemment pas partie.

Car je la voulais ardemment cette lecture, tant j’avais avec Carnaval été le témoin d’une belle surprise, tant par la qualité de narration que par l’intrigue en elle même. J’ai vécu dans cette moiteur étouffante et tempétueuse de la Nouvelle Orléans, et n’ai pu m’en défaire tout au long de cette lecture. J’ai souhaité réitéré l’expérience dans la foulée avec Mascarade.

Changement de décor. Chicago. Changement de temporalité. Les années 1940. Changement d’ambiance. La prohibition bat son plein et la ségrégation n’est plus. En théorie. La corruption est le maître mot. Al Capone a à peine la trentaine et a la ville à ses pieds. Pour l’anecdote, j’ai toujours trouvé cela génial qu’un criminel de grande envergure qui avait les politiques dans sa poche tombe pour évasion fiscale.  Avant d’aller plus avant, je vous glisse les quelques lignes du quatrième de couverture : « Du ghetto noir aux riches familles blanches, en passant par la mafia italienne tenue par Al Capone, Chicago vit au rythme du jazz, de la prohibition, et surtout du crime. Alors que des mafieux et des politiques meurent empoisonnés après un dîner, les détectives Michael Talbot et Ida Davis enquêtent sur la disparition, à la veille de leur mariage, d’un couple de fiancés appartenant à la plus riche dynastie de la ville. Au même moment, Jacob Russo, photographe pour la police, se trouve confronté à une scène de crime qui lui en rappelle effroyablement une autre. »

La terreur règne à Chicago. Les ghettos pullulent et la drogue est monnaie courante. Cette partie m’a d’ailleurs étonnée. Je savais que la prohibition avait vu l’émergence de l’alcool de contrebandes, et que sa consommation était illégale, mais je ne savais pas que la drogue prenait un tel poids. Ni que Capone se refusait à la commercialiser. Bien que ces truands de grandes envergures soient des gougnafiers de première, il n’en avait pas moins une certaine élégance. Certes relative, mais élégance quand même. L’auteur pousse le vice jusqu’à donner un visage humain à Capone en parlant de la manière (romancée) dont il a découvert qu’il était atteint de la syphilis. Tâche ardue mais néanmoins réussie.

Dans une atmosphère lourde et électrique, où se mêlent jazz et disparitions mystérieuses, j’ai eu plaisir à retrouver les détectives Ida et Michael, ainsi que Louis Armstrong. Vous pouvez me targuer d’idiote si cela vous chante mais je n’avais pas compris que Lil Lewis était ce grand trompettiste de génie. Je comprends vite, mais il faut m’expliquer longtemps. Ces trois personnages récurrents gagnent en profondeurs et prennent de l’épaisseur. Cela permet de nous rappeler que dix ans ce sont écoulés depuis notre dernière rencontre. Cette phrase révèle à elle seule toute la magie de la littérature. Elle nous permets de vivre mille vies au côté de mille et un personnages antagonistes.

L’apparition d’un nouveau personnage m’a grandement fascinée, Dante le Gentleman. Il porte à son nom seul l’enfer qu’est sa vie. Bien qu’il soit héroïnomane, il est droit et respecte l’honneur, qui faisait la marque des bandits de grande envergures. J’aime d’amour ce genre de protagoniste torturé et nihiliste, qui n’ont plus rien à perdre si ce n’est leur propre vie, qui ne les préoccupe que peu.

La cerise sur le gâteau de ce roman haletant est la postface de l’auteur. Ray Celestin nous explique avoir voulu construire son roman de la même manière que l’enregistrement de « West End Blues ». Le jazz fait littéralement corps avec la plume. L’autre bonne surprise, est de retrouver d’ici peu ses personnages dans le New York des années 50. Nous aurons à faire à une histoire complète, dont chaque partie est narrée dans une décennie, dans une ville et une saison différente. J’aime l’idée, qui me séduit. Et il me tarde d’affronter les frimats de l’automne new-yorkais.

Vous l’aurez compris, si ce n’est déjà fait, courez acheter Mascarade (et Carnaval) de Ray Celestin et mettez les dans votre valise estivale. Coup de cœur et dépaysement garantis.

Bonne lecture à vous !

Mascarade de Ray Celestin est disponible aux éditions 10/18