White Rabbit

Feel Good

Nostalgie : (nom féminin) Regret mélancolique d’une chose révolue ou de ce qu’on n’a pas connu. En d’autres mots, le spleen si cher à Baudelaire.

Perte et Fracas, de Johnatan Tropper

Si je ne devais retenir qu’une musique de la bande son du film Las Vegas Parano, ce serait White Rabbit des Jefferson Airplane. Si je ne devais retenir qu’une scène, ce serait celle où Benicio Del Toro se prend pour une Alice d’un autre genre et va courir le lapin. C’est loin d’être le meilleur film que j’ai vu mais cette scène aura eu le mérite de m’inspirer pour le titre de cet article.

Si je ne devais retenir qu’une série, de celles dont je me suis délectée non sans un certain plaisir coupable, pendant quelques années, je choisirais Desperate Housewives. Ce voisinage propret avec ces stéréotypes de femmes plus ou moins au foyer est un vrai bonbon addictif. J’ai d’ailleurs toujours imaginé les banlieues américaines sur ce modèle lisse et rigide.

Mélangez ces deux ingrédients aux antipodes et vous obtenez le décor de Perte et Fracas, de Jonathan Tropper, dans lequel évolue Doug, jeune veuf porté sur le bon vieux Jack en guise de petit déjeuner : « Doug a 29 ans et il est veuf. Depuis deux ans. Depuis que l’avion dans lequel voyageait Hailey a explosé en plein vol. Et depuis, Doug se noie dans l’autoapitoiement comme dans le Jack Daniel’s…Jusqu’à ce que sa petite famille débarque en force. Son beau-fils, Russ, en conflit avec l’humanité entière. Sa jumelle, enceinte, qui décide de s’installer chez lui. Et sa plus jeune soeur, qui s’apprête à épouser l’ex-meilleur ami de Doug… rencontré à l’enterrement de Hailey ! Sans oublier son père, qui commence à perdre la tête et lui demande régulièrement des nouvelles de sa femme, ou encore sa voisine qui s’obstine à lui susurrer des mots cochons à l’oreille… Et que dire de ses allures d’écrivain ténébreux qui lui attirent les faveurs de la gent féminine et des grands éditeurs, grâce à sa chronique hebdomadaire «Comment parler à un veuf» qui a fait de lui une star ! »

J’ai eu du mal à rentrer dans l’intrigue, le style de l’auteur, l’histoire. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais comme souvent, le problème avec les recommandations tient dans le fait que nous avons tendance à placer haute la barre de nos exigences. Déçu par essence donc. C’est long cinquante pages à ce demander ce qu’on fait là. C’est un coup à perdre quelque temps le goût de la lecture. En tous cas pour ma part.

Une fois l’histoire lancée par contre je n’ai plus pu m’arrêter. On évolue dans une famille bourgeoise hautement dysfonctionnelle, qui n’a plus vraiment pied avec la réalité, si ce n’est par le prisme du brouillard causé par l’alcool et autres psychotropes. On se prend d’affection pour ces doux dingues qui ont vécu les pires drames, et qui peinent à se relever.

La force de l’auteur réside dans sa capacité à rendre féroce et cynique des étapes telles que la reconstruction dans le deuil. Et en amenant le lecteur à se projeter sur ses propres blessures. L’intrigue est menée à bâton rompue comme celle d’un film hollywoodien, où nous serions derrière la caméra, et pour lequel nous n’aurions pas envie de lire le mot fin.

Même si je reste mitigée quant à celle lecture, si vous êtes amateurs de second degré, Perte et Fracas de Jonhatan Tropper est fait pour vous.

Belle lecture 🎈

Perte et Fracas de Jonathan Tropper est disponible aux éditions 10/18.

Élémentaire ma chère Jane

Thriller

Détective : (nom masculin) privé – personne chargée d’enquêtes privées. Le plus célèbre étant Sherlock Holmes, sublimé il n’y a pas si longtemps déjà par Guy Ritchie, sous les traits de Robert Downey Jr. Du pur génie.

Des gens d’importance de Mariah Fredericks

J’ai toujours eu un faible pour les intrigues se passant au début du siècle dernier. L’émergence des nouvelles technologies telles que les automobiles et le téléphone ou encore de la médecine légale, côtoie une société aux mœurs patriarcales, où la femme n’a que peu de droits. De fait, celles qui se taillent la part du lion dans les romans me plaisent car pleine de caractères et d’intelligence, d’impertinence et d’un discernement exacerbé. On retrouve d’ailleurs cette idée dans la série Peaky Blinders, ou encore dans le Gang or New York de Martin Scorsese, avec les principales protagonistes féminines.

Comment ai-je fait la rencontre de l’épatante, mais néanmoins, discrète Jane Prescott me demanderez-vous ? Un heureux hasard que je dois à mon goût pour le noir, en tous les sens du terme, et les secrets d’alcôve, qui m’ont poussée m’intéresser aux pages qui se cachait derrière cette superbe couverture, Des gens d’importance, de Mariah Fredericks. Le quatrième de couverture met en place, quant à lui, les jalons contextuels qui m’ont conquis tout au long de ma lecture : « New York, 1910. Jane Prescott, femme de chambre, jouit d’une réputation exemplaire et d’un esprit affuté qui lui permet de voir bien au-delà du mode de vie mondain et fastueux des riches parvenus chez qui elle sert. Jane est ainsi la première à comprendre ce que les fiançailles de sa jeune maîtresse avec le très en vue Norrie Newsome, déjà promis à une autre, ont de scandaleux. Et quand ce dernier est retrouvé mort, elle est aussi la mieux placée pour trouver qui avait intérêt à le voir disparaître. Dans un contexte social incandescent, le coupable est à chercher aussi bien dans les milieux anarchistes que les demeures bourgeoises. Car Jane sait que, autant dans la bonne société que dans les entrailles abandonnées de la ville, la haine et la violence couvent sous la surface et peuvent éclater à tout moment… »

Même si nous évoluons au sein des riches familles originelles New Yorkaises, nous côtoyons également les anarchistes révolutionnaires. Jane, abandonnée par son père à son arrivée à la grosse pomme, après avoir fui l’Ecosse, est recueillie par son oncle dans un foyer de femmes, avant de devenir une femme de chambre exemplaire. Tel un caméléon, elle se fond aisément dans chacun des décors dans lesquels elle est amenée à évoluer.

A travers son point de vue, nous apprenons a voir au delà des apparences, des mariages de raisons et de ceux d’amour. Nous côtoyons des pharmaciens avant gardistes, rompus à l’art de la médecine légale, des journalistes à sensation ayant à cœur de démontrer la vérité. Nous résolvons un meurtre sordide, aux apparences plus que trompeuses. Un bijou dans le genre dont Sir Arthur Conan Doyle n’aurait pas à rougir.

J’ai littéralement dévoré Des gens d’importance de Mariah Fredericks. A mon grand regret. Je ne souhaiter pas laisser partir Jane Prescott et son entourage si vite. Qu’elle ne fut pas ma joie lorsque j’appris que la suite des ses aventures est à paraître courant 2019. Il me tarde déjà d’y être.

Belle lecture à vous ! 🎈

Des gens d’importance de Mariah Fredericks est disponible aux éditions 10/18.

William Wallace mais pas que

Feel Good
Révolution : (Nom féminin) agitation soudaine et passagère, provoquée dans le public par un fait inhabituel. Ou quand la ville d’un garçonnet de 6 ans est perturbé par l’arrivée d’un petit frère ressemblant plus à son psychiatre qu’à son papa.

Asseyons nous tous en rond et parlons Ecosse vous voulez bien !

J’ai pour l’Ecosse un attachement particulier. Pays de cœur post Erasmus qui me rappelle ma verte et tempétueuse Bretagne. De ce pays, je ne connaissais peu ou rien au départ. Si ce n’est un Willian Wallace charismatique sous les jeunes traits de Mel Gibson, et sa terrible soif de liberté.

La particularité de ce pays haut perché ? Il y fait bon vivre et les râleurs n’ont pas franchi les frontières. On y jouit d’une douceur de vie et d’une langueur peu commune, même au sein de sa capitale, Édimbourg. Le château gothique surplombant la ville de son ombre imposante ainsi que la nuit tombante à 15 h 00 en plein hiver sont des atouts charmes supplémentaires.  Mon imaginaire allait galopant, et je m’imaginais l’aridité des Landes chères aux sœurs Brontë.

De cet attachement particulier, j’ai gardé une curiosité pour ce pays. Il n’en fallait pas bien plus pour jeter mon dévolu sur les Chroniques d’Edimbourg d’Alexander McCall Smith. Voici un petit aperçu du quatrième de couverture du premier volume, 44 Scotland Street : « Au 44 Scotland Street, dans le quartier Bohème d’Edimbourg, la vie frémit à tous les étages. Entre Bruce, jeune Apollon aussi narcissique que séduisant, la vieille Macdonald, une excentrique en mal de ragots et le petit Bertie, enfant prodige, Pat, découvre sa nouvelle famille. Des chroniques inoubliables empreintes de tendresse et d’humour so british ! »

Mon seul regret est que seulement sept des douze tomes ne soient publiés en français, et ce, au compte gouttes. Pourtant rien de transcendant dans l’intrigue, que ce soit dans le fond ou dans la forme. Nous suivons la vie de quelques personnages hauts en couleur qui n’ont comme seul point commun de vivre dans le même immeuble.

Deux personnages tirent leur épingle du jeu à mes yeux. Le jeune Bertie, petit prodige s’il en est , cherchant à s’émanciper d’une mère forgée de principes d’un autre temps. Il cherche la liberté aux côtés de truands de Glasgow qui l’ont pris en affection et de ses lectures sur Baden Powell. Je dois d’ailleurs vous dire que le scoutisme n’a plus aucun secret pour moi.  Le second est Cyril, chien édenté à la dent dorée du peintre Angus Lordi. Un personnage qui ne manque pas de mordant !

Nous suivons ainsi la vie quotidienne de quelques personnes au cœur d’un joli quartier qui prête à la poésie. La cerise sur le gâteau de cette petite merveille pittoresque est le ton caustique et l’humour grinçant de l’auteur.

Je ne saurai trop vous conseiller de plonger dans ces chroniques d’Edimbourg, accompagné d’un thé fumant et d’un scone beurré.

Belle lecture à vous ! 🎈

Les Chroniques d’Edimbourg d’Alexander Mc Call Smith sont disponibles aux Editions 10/18.