La vérité est la fille du temps

Thriller

Richard III (personnage historique) : le dernier roi d’Angleterre de la maison d’York, de 1483 à sa mort, en 1485. De courte durée fut son règne. La postérité garde de Richard l’image d’un tyran machiavélique et monstrueux, coupable d’infanticide, suite aux portraits dressés par les historiens de la période Tudor. William Shakespeare lui accorda l’une de ses premières tragédies.

La  fille du temps,  Joséphine  Tey

L’une de mes matières préférées a toujours été l’Histoire. Je trouve cela passionnant à divers niveau. Apprendre à connaître ceux qui nous ont précédés, leurs mœurs et coutumes. De la dynastie romaine des douze Cesars au sacré de Napoléon Bonaparte en passant par la cour du Roi Soleil, le règne de ses hommes à la main de fer me subjuguent. Les transformations sociales et societales me fascinent.

Autant, l’Histoire de France n’a pas trop de secrets pour moi (au Trivial Pursuit tout du moins), autant j’ai de grosses lacunes en ce qui concerne nos voisins d’outre Manche. A l’exception peut être de Richard Cœur de Lion, par le prisme d’un célèbre prince des voleurs et de ses multiples adaptations. Ainsi, Richard III m’était totalement inconnu il y a encore quelque jours.

C’est sans compter sur la plume de Joséphine Tey, auteure écossaise de la première moitié du XXe siècle, qui en fait un coupable présumé à l’affaire non jugée, dans La fille du temps : « Immobilisé sur son lit d’hôpital, l’inspecteur Grant s’ennuie. Pour se distraire, il passe au crible de son œil criminologiquement très exercé des portraits de personnages historiques. Parmi eux, un visage lui inspire sympathie et déférence. Mais il s’avère être celui de l’épouvantable Richard III, roi d’Angleterre, parvenu au trône (voyez Shakespeare) grâce à l’assassinat de ses neveux, les enfants d’Edouard »

C’est sur un postulat singulier mais non sans charmes que l’intrigue est basée. Le portrait de Richard III reflète un homme hanté et d’une tristesse infinie. Si tel était le cas serait il réellement le bourreau qui a fait exécuté ses neveux pour accéder brièvement au trône d’Angleterre ? C’est depuis un lit d’Hopital aux nurses affables et visiteurs curieux que l’enquête se déroulent. Comment être en mesure de réunir des faits et non des bruits de couloirs plus de six cents ans après les faits ? Comment appréhender l’Histoire et ses sources pour réhabiliter un Roi crapuleux, détesté de son peuple et ce depuis des siècles ?

Outre l’enquête particulière qui a capté toute mon attention, j’ai aimé la peinture de la bonne société anglaise, faite de thé et de temps pour soi, d’un je ne sais quoi de snobisme qui me fait tant aimé ce genre de roman légèrement suranné. C’est pour toutes ses raisons que La Fille du temps est un coup de cœur que je ne saurai que vous recommander.

Belle lecture à vous !

La fille du temps de Joséphine Tey est disponible aux éditions 10/18.

Les cercles de l’Enfer

Thriller

Ésotérique : (adjectif) Obscur, incompréhensible pour qui n’appartient pas au petit groupe des initiés. Quand votre plus fidèle allier est un médecin de peste et que votre pire cauchemar devient un valet de pied. Les cercles des enfers se muent en jour et en personnalité et n’ont jamais aussi bien portés leur nom.

Les sept mort d'Evelyn Hardcastle, Stuart Torton

L’enfer c’est les autres a écrit Sartre. La première fois que je l’ai lue, cette phrase m’a semblé d’un nihilisme infini. J’étais au lycée, à l’internat qui plus est. Les autres c’était ma famille de galère, mes amis pour la vie, avec qui je partageais mes repas, mes fous rires, mes cafés, mes chagrins, mes Haribo et mon avenir rêvé.

L’enfer c’est les autres à écrit Sartre. Cette phrase a fait écho plus tard, dans un Paris bouillonnant de monde et d’idées, de sorties et bars bondés, de rencontres fortuites et factices, de petits pépins et de grosse galères, de tapes dans le dos et de dos tournés.

L’enfer c’est les autres a écrit Sartre. L’enfer c’est aussi et surtout soi même. Qui l’on est, qui l’on aspire à être, qui l’on réussit à singer et qui ne serons jamais. L’enfer c’est de se perdre, cette personnalité qui nous définit. L’enfer c’est d’endosser les personnalités dissonantes et détestables des uns et des autres au point d’en perdre la raison. Bienvenue dans les cercles des enfers toutes personnelles d’Aiden Bishop, et de son jour sans fin, en boucle à l’infini. Un mystère épais à élucider sous forme de partie de Cluedo ésotérique, c’est là la substantifique moelle des Sept morts d’Evelyn Hardcastle, de Suart Turton.

« Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle. »

Le principe des hôtes reprend les côtes de Mondoworld – et plus récemment Westworld – film et série à la structure futuriste et alarmiste qui m’ont beaucoup plu. La vision de l’Homme qui se plait en Dieu et de ce Dieu inexistant malgré ce jardin d’Eden espéré. Ainsi Aiden est transbahuté d’un corps à un autre, d’une âme à une autre, sans savoir qui il est réellement, sans plus se définir que par les qualités et les défauts de ceux qu’ils habitent. Et qu’ils côtoient. Ses personnalités diverses et éparses se rencontrant, se mélangeant, se toisant, se jugeant, s’appréciant. Devenant un loup pour lui même au point de se craindre et ne plus respecter son jugement propre.

Le terrain de jeu est un personnage central. Le domaine de BlackBeath, dont il est impossible de sortir. Une demeure qui a perdu de sa superbe et dont les hôtes suivent le même chemin. Une déchéance programmée, embrumée dans les vapeurs d’alcool et de Laudanum, embourbée dans le poids des secrets et d’une vérité toute relative.

La dualité des personnalités. Ce que nos actes disent de nous, ce que nous disons quant à nos actes. Les jeux de faux semblants, la chasse à l’homme mise en abime, une course effrénée pour échapper à la main funeste de l’injustice.

Chaque personnage a un rôle clé à jouer. Chaque scène revêt son importance par la multiplicité des points de vue. Chaque énigme ouverte trouve une réponse adéquate. La fin m’a plu. Elle est savamment distillée par bribes dès les premières pages.

Coup de maître que les Sept morts d’Evelyn Hardcastle. Coup de cœur pour ce premier roman de Stuart Turton.

Bonne lecture à vous !

Les sept mort d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton est disponible aux Editions 10/18

De l’importance d’un naufrage

Thriller

Naufrage : (nom masculin) De son sens marin, perte d’un bateau en mer. De son sens littéraire, un échec total. Quand les deux se rencontrent ai sein de la bonne société new-yorkaise du début du XXe siècle, cela donne un bouillonnement interrogations et de la place des uns et des autres, de manière générale.  

Une mort sans importance, Mariah Fredericks

New-York au début du xxe siècle. Décor idéal s’il en est pour une intrigue policière. Un monde en mutation. Les familles riches du vieux continents installées depuis quelques décennies se confrontent à l’immigration de masse, et au racisme ambiant. La mafia est bien présente et la terreur devient de mise. Par le biais de la presse écrite, notamment, qui n’a de cesse de trouver des titres racoleurs pour ces manchettes quotidiennes.

En toile de fond, un naufrage. Celui du Titanic. L’insubmersible qui a périt par la vanité des hommes. Et qui a montré que la règle du chacun pour soit prévalait à l’élégance des femmes et des enfants d’abord. Mais également, un changement sociétale, avec les manifestations pour le droit de vote des femmes. C’est dans cet environnement chargée de deuil et de révolution que nous retrouvons Jane Prescott, dans une Mort sans Importance, de Mariah Fredericks : « En 1912, alors que New York est sous le choc du naufrage du Titanic, la dame de compagnie Jane Prescott se rend à Long Island avec la famille Benchley. Leur fille, Louise, va épouser William Tyler et la cérémonie se tiendra chez son oncle et sa tante. Les Tyler sont un couple célèbre et glamour, au passé fait de voyages et d’aventures. Aujourd’hui, Charles Tyler est connu pour traquer la mafia italienne, La Main noire, et sa femme Alva est devenue femme au foyer.
Là-bas, Jane se rapproche rapidement de la nourrice des enfants du couple, Sofia, une jeune italo-américaine. Mais, au cours d’une nuit chaude et étouffante, elle est réveillée par un cri dans la nursery, et s’y précipite pour découvrir Sofia assassinée, et la fenêtre, toujours soigneusement verrouillée sur ordre des Tyler, qui craignent les représailles de la mafia, grande ouverte.
Les Tyler sont rapidement convaincus qu’il s’agit d’une tentative d’enlèvement de leur bébé qui aurait mal tourné. Mais Jane commence à investiguer de son côté pour rendre service à son ami, le journaliste Michael Behan, qui sait qu’elle a une position privilégiée pour observer les conflits et découvrir les secrets qui peuvent se cacher sous la surface de cette riche et secrète maisonnées. Le meurtre de Sofia était-il un dommage collatéral des tensions sociales de New York ? Ou ce crime était-il beaucoup plus personnel ? »

Nous évoluons dans un monde bourgeois où se côtoient famille de renommée, déchue de sa fortune et dont il ne reste qu’un nom pour briller, et nouveau riche au manque de manière et d’éducation. Autour de ce monde, une société en retrait, celle des personnes à leur service. Loyaux à leur employés, peu importe le prix à payer.

Un naufrage. Comme métaphore filée de l’intrigue. Celui d’un nom réputé. D’une famille estimée. Un souvenir écornée d’une puissance qui fut. Et qui ne brille plus que par quelques artifices. Le peu d’importance donnée à une vie. Il faut faire partie du sérail. Les confrontations d’idées patriarcales et modernes. La place des femmes dans la société. L’importance de la maternité mais sans expliqué ce qu’il peut en coûter. Des non dits autour d’un meurtre. Oeuvre de la mafia ou motif plus personnel ? A noter les quelques références à l’agence de détectives Pinkerton qui n’a pas été sans me rappeler les ouvrages de Ray Celestin.

Il m’aura fallu attendre plus d’un an pour retrouver l’enquêtrice en herbe Jane Prescott, et son acolyte Michael Behan. Et cela en valait la peine. Ces Sherlock Holmes et Watson du nouveau monde m’ont à nouveau ravie par leur personnalité et leur sincère amitié, malgré des intérêts divergents.  Ceux du cœur confrontant ceux de la raison. En bref, si vous n’avez pas lu des Gens d’importance, c’est le moment de vous y mettre. Car mon seul regret à ma lecture d‘Une Mort sans Importance est d’attendre une nouvelle année pour connaître la suite des aventures de l’héroïne de Mariah Fredericks.

Belle lecture à vous !

Une mort sans importance, de Mariah Fredericksest disponible aux éditions 10/18