Digital Analyst

Thriller

Persona : (du latin) signifie masque. D’un point de vue marketing, un persona est une personne fictive dotée d’attributs et de caractéristiques sociales et psychologiques et qui représente un groupe cible. Du point de vue de psychiatrie, la personnalité que l’on affiche aux autres et à soi même. 

Persona, Maxime Girardeau

La littérature et la data sont deux de mes principaux centres d’intérêt. Le premier par passion depuis que je suis en capacité de lire seule. Au point de pousser le vice jusqu’au bout et d’embrasser des études littéraires en partie. Le second par un heureux coup du hasard il y a plus de dix ans. J’ai mis le doigt dans le marketing digital par un heureux coup du sort, et n’ai pas quitté ce secteur depuis.

En dix ans, j’ai pu comprendre ce qu’était la data. L’importance qu’elle revêt aux yeux des annonceurs, son traitement par les partenaires à la perf’ ainsi que par les différents moteurs de recherches. Les abus également. Et la législation relative dans l’anonymisation de cette donnée.  Par mon travail, je suis plongée au quotidien dans ces problématiques ô combien intéressantes.

C’est alors avec une curiosité toute naturelle que je me suis intéressée au premier roman de Maxime Girardeau, Persona, qui fait la part belle à la Data, comme outil d’aide à la traque criminelle. La rapidité du Machine Learning confrontée aux techniques empiriques. La jeune génération ultra connectée contre les réfractaires aux réseaux sociaux. La promesse est belle. C’est avait une certaine hâte que je me suis lancée dans cette lecture d’un autre genre. Un thriller 2.0. « Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Somerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière. Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes. Singulière, car pour comprendre, Franck Somerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles. C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir … »

Franchir les portes parisiennes de Google, c’est quelque chose que j’aurai souhaité faire dans ma vie parisienne.  A défaut, j’ai pu le faire virtuellement depuis mon salon nantais. J’ai souri devant le name droping des agences publicitaires digitales, avec qui j’ai pu travaillé. J’ai esquissé quelques rictus quant à l’inhumanité prenante d’un monde qui se veut plus humain, pointé du doigt au fil des pages par l’auteur.

Plusieurs thèmes chers au marketing digital sont abordés, comme une litanie, un fil d’Ariane qui façonne l’intrigue du roman. La création de personas tout d’abord, comme catégorisation d’une population. Découpée en grandes typologie sociales et sociétales, qui nous définie en grande famille de consommateur. La mise à disposition de la donnée personnelle, notamment par le biais des Réseaux Sociaux. Quelles sont nos données privées ? Quelles sont celle qui peuvent être exploitées, à notre su et à notre insu.*

Une équipe de policiers du 36 quais des Orfèvres férus de techniques de profilage confrontés à la visualisation de la donnée, comme vecteur entre anonymes. Du Data Lake comme nouvelle base de connaissance, sans limites et sans frontières.

La promesse était belle. Mais je reste sur ma faim. Maxime Girardeau signe avec Persona un triller captivant, d’un nouveau genre. Toutefois, l’exploitation de la data m’a semblé artificielle par rapport à l’intrigue réelle. J’aurai aimé qu’elle soient plus liée dans au nœuds et à l’enquête, et donc au dénouement. Je suis très exigeante en ce qui concerne le genre, je le concède. J’ai passé malgré tout un agréable moment. Et c’est volontiers que je retrouverai la plume de Maxime Girardeau.

Bonne lecture à vous !

Persona de Maxime Girardeau est disponible aux Editions Mazarine.

*Si cette question vous intéresse, je vous recommande les articles RGPD et Eprivacy disponible sur le site de la CNIL.

Une journée en enfer

Thriller

Enfer : (nom masculin) lieu, occasion de cruelles souffrances. Quand un précaire équilibre de vie est menacé par d’accablantes apparences.

Juste derrière moi, Lisa Gardner

En ce moment je reprends plaisir à lire polar et thriller, et comme je suis un peu mono maniaque et que j’aime me plier au dicton (c’est faux), je viens tout juste de refermer le troisième roman du genre.

Lisa Gardner et moi, ça avait pourtant mal commencé. J’étais curieuse de lire cette auteure aux titres multiples et critiques dithyrambiques et j’avais porté mon choix sur Famille Parfaite. Le livre est resté au pieds de mon lit des jours, puis des semaines voire des mois. Jusqu’à ce que je déménage et que je me résigne à ne pas l’abandonner dans une chambre vide, dans une maison vide. Je m’excuse pour cette référence mais c’était trop tentant.

Lorsque les Éditions Albin Michel m’ont offert Juste Derrière Moi, je me suis dit qu’il’ était peut être temps que je me réconcilie avec Lisa Gardner. D’autant que l’intrigue me plaisait bien. « Cela fait longtemps que Sharlah, 13 ans, vit séparée de son frère Telly, depuis le jour fatal où, pour la protéger, il a tué leur père. Sa famille d’accueil, Pierce Quincy  un ex-profiler du FBI et sa femme Rainie, ont su lui redonner confiance dans un cadre sécurisant et aimant. Mais lorsque Pierce est appelé par le shérif de la ville pour un double meurtre commis dans une station-service, le passé de Sharlah resurgit, tel un cauchemar : les caméras de surveillance accusent en effet Telly. Bouleversée, ne pouvant se résigner à sa culpabilité, Sharlah part à la recherche de son frère, traqué par la police… »

Un drame familial. Un frère qui protège sa petite sœur jusqu’à donner la mort pour elle. Un secret qui les unie et les déchire. Chacun de leur côté, ils essaient de se reconstruire dans des familles d’accueil dysfonctionnelles. Jusqu’à trouver chacun les parents qui lui conviennent. Lui dans une famille modeste, mais aimante, au passé caché et au fils de la famille jaloux comme un poux. Des secrets qui lient les âmes. Elle, dans une famille de profiler à la retraite. Des destins séparés qui vont se retrouver lors d’une funeste journée.

Le postulat de base a tout pour plaire. D’autant plus que l’intrigue se déroule sur une journée. Poisseuse et caniculaire. Une journée pour découvrir ce que les apparences cachent comme vérité. Et pourtant. Pourtant j’ai trouvé beaucoup de longueurs, de redites inutiles et les infos clés balancées à la va vite au fil des dernières pages.

Lisa Gardner et moi, ce n’est décidément par une grande histoire d’amour. Je suis tout de même contente de lui avoir accordé une seconde chance avec Juste Derrière Moi.

Bonne lecture à vous !

Juste derrière moi de Lisa Gardner est disponible aux éditions Albin Michel

Arnaques, crimes et nurserie

Thriller

Crime : (nom masculin) Infraction grave, que les lois punissent d’une peine afflictive ou infamante. Cela peut être un assassinat, mais également une usurpation d’identité ou tout type de félonies qui a pour but de nuire à autrui. Quoi de mieux qu’un train comme point de départ d’une enquête, pour activer ces petites cellules grises à la recherche de la vérité.

L'assassin du train, Jessica Fellowes

Mon premier roman d’Agatha Christie – et l’un de mes préférés – est le Crime de l’Orient Express. Un huis clos sanglant où notre détective belge préféré aux légendaires  moustaches a maille à partir avec un crime de prime abord insoluble. Cette lecture fut marquante. D’un point de vue de la construction narrative, mais également elle marqua l’avènement de mon goût pour les romans policiers.

Si je couple à cela mon amour pour le flegme britannique et les intrigues se déroulant au début du vingtième siècle, je ne pouvais passer à côté de L’assassin du train de Jessica Fellowes. Ne serait-ce que par son titre. « 1919. Louisa Cannon rêve d’échapper à sa vie misérable à Londres, mais surtout à son oncle, un homme dangereux. Par miracle, on lui propose un emploi de domestique au service de la famille Mitford qui vit à Asthall Manor, dans la campagne de l’Oxfordshire. Là, elle devient bonne d’enfants, chaperon et confidente des soeurs Mitford, en particulier de Nancy, l’aînée, une jeune fille pétillante à l’esprit romanesque. Mais voilà qu’un crime odieux est commis : une infirmière, Florence Nightingale Shore, est assassinée en plein jour à bord d’un train. Louisa et Nancy se retrouvent bientôt embarquées dans cette sombre affaire. »

Nous rentrons ainsi dans l’intimité bourgeoise d’une famille de noble lignage – la famille Mitford-  servant de faire valoir à l’intrigue par le prisme de Louisa, jeune femme désargentée qui parvient coûte que coûte à fuir la misère dans laquelle elle évolue.  Ce faisant, elle croise par hasard le destin funeste de Florence Nightingale Shore. Il est en outre plaisant de mettre en perspective les us et coutumes du vieux continent et de leur cousin outre atlantique. Les points communs et les dissonances. Je ne pouvais que comparer Louisa Cannon à Jane Prescott.

Sous couvert d’un énigmatique assassinat, l’auteure nous brosse le portrait d’une Angleterre en reconstruction, au sortir de la Première Guerre Mondiale. Nous évoluons tour à tour dans la Noblesse désabusée et les bas fonds londoniens épargnés malgré tout des stigmates de la guerre. Se joueront ainsi tour à tour des guerres personnelles – celle d’une jeune fille égocentrique devenant femme au gré de ses caprices – , des combats de coqs – quand un jeune homme trop ambitieux se fait remercier pour réfléchir avec trop de zèle – et enfin des guerres d’estime – quand l’argent prend le pas sur l’amour et détruit des vies, par dommage collatéral.

J’ai eu du mal à me plonger à corps perdu dans cette aventure. Je me suis sentie flouée en un sens. Ce ne sont pas réellement les sœurs Mitford qui enquêtent. Certaines étant encore an couches culottes. La famille sert surtout de décorum à l’intrigue.  J’ai tout de même passé un bon moment aux côté de Lou-Lou, enquêtrice malgré elle, dans l’Assassin du train, de Jessica Fellowes.

Bonne lecture à vous !

L’assassin du train – Les sœurs Mitford enquêtent de Jessica Fellowes est disponible aux éditions Le Livre de Poche