Santa Mondega

2021, Rentree Litteraire, Thriller

Il était une fois dans une contrée lointaine, un jeune homme qui ignorait tout de sa fantasque destinée. Il vivait tranquillement dans une calme bourgade, où il contait fleurette à la belle jeune fille sans défense de son patelin. Jusqu’au jour où tout bascula…. Jusqu’au jour où Moines férus de Kung Fu, Vampires, Chasseurs de Primes, Iroquois, Zombies, les Archanges, Le Diable et Dieu débarquèrent tour à tour et y semèrent un sacré chaos. Le jeune homme devint alors le pire d’entre eux, une créature de l’ombre assoiffée de sang et de bourbon, à la voix de rocailles et au visage caché sous son sempiternel capuchon. Son nom ? Bourbon. Bourbon Kid.

Santa Montega, Anonyme

Il était une fois une contrée lointaine, peuplée de créatures malfaisantes, barman incompétent et de toilettes en guise de portail vers le purgatoire, nommé Santa Mondega. Cela fait désormais huit tomes que cette ville est un personnage à part entière des romans d’Anonyme, il n’est que justice de lui consacrer ce neuvième opus.

« L’heure est grave à Santa Mondega. Après avoir réglé son compte à Dracula, le Bourbon Kid est de retour, plus en colère que jamais. Sanchez, le patron du Tapioca, vient d’être nommé maire de la ville. Et une tempête de neige à l’intensité biblique s’apprête à s’abattre dans les rues. Simple coïncidence, ou ruse du diable ? Justement, celui-ci a réuni les meilleurs tueurs à gages qui existent pour éliminer le Kid. Parmi eux, un homme à la hache complètement cinglé, une sorcière, une tribu de cannibales et une armée de squelettes. Et pour couronner le tout, il a convoqué la Grande Faucheuse en personne…
Pour le Bourbon Kid et les Dead Hunters, l’heure de la traque a sonné. »

J’avais avec Que le Diable l’emporte, atteint un sommet d’adoration dans les aventures du Bourbon Kid. Ce dernier prenant de plus en plus d’ampleur, sa personnalité se dessinant plus finement, ses sentiments plus élaborés. Sa tendance à semer de l’hémoglobine dans chacun de ses pas plus démesurée. Bref, mon anti héros absolu, dont je me délecte de tous ses faits et gestes.

Quelle ne fut pas ma surprise, et dans un sens mon déplaisir, de ne le voir apparaître qu’en personnage secondaire dans ce dernier opus. Reclus dans l’ombre, avec peu de paroles et si peu de bourbon. Certes, tous les autres personnages ont leur importance, mais sont à mes yeux moins plaisants, et font tourner l’intrigue en rond, sur un fond grivois qui devient à la longue lassant.

J’ai fermé – et quitté – Santa Mondega avec un regret, que ce dernier tome ne soit pas à la hauteur des précédents et me laisse sur ma faim. J’espère que cette fin n’est pas un adieu. Ma rentrée littéraire 2021 commence à mon grand damn à tourner au fiasco.

Bonne lecture déjantée à vous (malgré tout) !

Santa Mondega, d’Anonyme est disponible aux éditions Sonatine

Le disparu de Nantucket

Thriller

« J’ai entendu tellement d’histoires. Pas toujours belles mais pas forcément noires. Elles se terminent cependant toutes par le même point. Un point final. Il n’est jamais doux. Il est brut, irréversible et violent. Alors il va nous falloir vivre en essayant de faire de notre mieux pour combler ce qu’il se passera entre le début et la fin. » Cette citation d’Amélia Donovan – en incipit du Disparu de Nantucket – définit parfaitement le récit. Cette action attendu avec hâte au cœur d’un roman, dont l’auteur porte le poids sur ses épaules. En espérant que point final arrive avec un certain regret et non avec soulagement.

Le disparu de Nantucket, Laure Rollier

Rien de telle qu’une île comme décor parfait d’une énigme à résoudre. Pour cette idée d’enclave coupée du monde. Pour cette idée que tout le monde se connait, mais que sous le vernis propret peuvent se révéler de profondes fissures. Remarquez que cela fonctionne aussi pour une banlieue huppée aux barrières blanches et pelouses verdoyantes, où vos voisines vous accueillent à grand renfort de Muffins et Chardonnay. Pour cette idée que la fuite est impossible sans que quiconque ne soit au courant.

Rien de telle qu’une île pour planter un décor feutré, en huis clos, d’une intrigue policière, mêlant secrets domestiques et disparitions suspectes. Un cadre idyllique qui abrite de noirs secrets. Cela pourrait presque nous faire penser à un épisode d’Arabesque. Oui je connais les aventures de Jessica Fletcher sur le bout des doigts et j’assume (presque).

Rien de telle qu’une île pour faire disparaitre un homme et nous livrer ainsi une enquête à résoudre. Bienvenue dans L’intrigue du Disparu de Nantucket de Laure Rollier. « Alix, restauratrice franco-américaine installée avec sa famille sur l’île de Nantucket, voit sa vie bouleversée le jour où son mari, David, se volatilise dans la nature. Maxime, flic bordelais à la dérive, peine à se remettre de la mort brutale de son frère. Lorsque la police américaine retrouve le véhicule abandonné de David, elle découvre également à l’intérieur de celui-ci des traces d’ADN appartenant au frère de Maxime. Débute alors la course effrénée de Maxime et Alix, en quête de vérité, entre mensonges et révélations. »

Les premières pages en guise de révélations, qui brouillent les pistes et la temporalité. Des chapitres qui alternent les points de vue et la narration. Alix, restauratrice au passé sans nuages d’un côté, perdue et sans clé quant aux bouleversements subis. Maxime, flic sur la sellette de l’autre, plus brut et pétri de douleurs suite au deuil de son ainé. Un tandem improbable, en quête d’une vérité. Même si cette dernière peut être dure à entendre. A comprendre.

Laure Rollier quitte la littérature feel good pour entrer avec maestria dans le roman noir, emprunt de mystère et de faux semblants. Avant de me plonger à corps perdu dans Le Disparu de Nantucket, je n’avais pas été capable de lire plus de deux pages d’affilés et ce, depuis trois semaines. Temps rattrapé en une journée, où je n’ai pas été en mesure de refermer ce roman, avant de l’avoir terminé, avant de savoir quel dénouement attendait ses protagonistes. Et surtout ne pas être déçue. J’ai plongé dans cette intrigue qui m’a transportée. A vous de jouer désormais et de plonger sans modération dans ce « page turner » addictif !

Bonne lecture !

Le disparu de Nantucket de Laure Rollier est disponible aux éditions Moissons Noires

Affaires occultes

Thriller

« J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant les brebis de Dieu. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’éternel quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout-Puissant.« Ezechiel 25, verset 15 à 17, revu et corrigé par Quentin Tarantino. Magistralement récité par Samuel L. Jackson avant de faire feu, entre deux réflexions sur le Sprite et le système métrique français. Le verset original est cité quant à lui par le Grand Méchant, le Vicaire. Cet homme tapis dans l’ombre, dont la traque ne fait que commencer. Pour le pire.

Le bureau des affaires occultes, Éric Fouassier

J’ai une fascination sans bornes pour le personnage de Sherlock Holmes. Intelligence, irrévérence et science sont les trois mots qui me viennent en tête pour le définir. Ses méthodes d’investigation peu orthodoxes mises en place pour pourchasser de machiavéliques criminels et son compère Watson, sont autant d’ingrédients qui me plaisent et font de moi une implacable groupie. Pour être tout à fait honnête, j’ai une fascination sans bornes pour tout ce qui touche à la déduction, la chasse aux indices et à la participation opiniâtre de nos chères petites cellules grises.

Mélangez à cela ma passion pour le dix neuvième siècle, pour la temporalité, celle pour les capitales poisseuses et étouffantes en guise de décor de fond, et pour un soupçon d’ésotérisme, et vous obtiendrez le cocktail parfait euh le roman parfait. Et c’est peu ou prou ce qu’Eric Fouassier a réussi à faire avec Le bureau des affaires occultes et son héros toute en nuance, Valentin Verne. « Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente. Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime. Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences. Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ? Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ? Qui est le chasseur, qui est le gibier ? »

Un climat post révolutionnaire. Un équilibre politique chancelant. Des disparitions étranges. Des médecins en recherche de cobaye pour de nouvelles expériences. La corruption qui fait face à l’intégrité. Un inspecteur au visage d’ange mais à l’aura ombrageuse qui intrigue aussi bien ses pairs, que les actrices en vues et truands de bas étages. Une ombre planante tout au long du roman, comme un avertissement, une plongée inouie dans les vices et la violence. Jamais montrée mais suggérée avec force.

Je crois que j’aime les héros auxquels je peux m’attacher -enfin personnages conviendraient peut être que mieux que héros car je trépigne à l’idée de retrouver le Bourbon Kid prochainement – , dont je sais que je pourrais les retrouver dans d’autres lectures et suivre leurs aventures avec plaisir. Cela a un petit côté rassurant, sans prise de risques, sans déception. Alors certes ce n’est peut être pas courageux, mais c’est un choix clairement assumé.

Avec les beaux jours bien installés, et cette chaleur harassante – je suis bretonne et ne vis pas bien des thermomètre à plus de 25° – je vous conseille cette plongée dans un Paris automnale en chaos, où l’intrigue se trame en clair obscur, à l’image de son héros aux multiples facettes. Foncez lire Le bureau des affaires occultes d’Eric Fouassier, vous ne serez pas déçus.

Belle lecture à vous !

Le bureau des affaires occultes d’Eric Fouassier est disponible aux Editions Albin Michel