L’étrange traversée du Saardam – Stuart Turton

Thriller

 » Nul conseil n’est plus loyal que celui qui se donne sur un navire en péril.  » Léonard de Vinci. Quand le navire prend eau de toutes parts, que le diable est à ses trousses et qu’une mutinerie est en cours, le péril ne peut être plus grand. Bienvenue à bord du Saardam, vaisseau à la traversée épique.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les films de pirates. De ces somptueux vaisseaux fondant les eaux en deux, de cette liberté bercée par les flot, défendue férocement parce qu’éphémère et interdite. Que ce soit la vie de dangers et de débauche, la garde robe faite de chapeaux, de plumes et de bottes ou les somptueux bâtiments, l’esthétique des pirates m’a toujours fascinée. L’île aux pirates avec Gina Davies a longtemps été un de mes classiques. Puis il y a eu ma rencontre avec Thelma et Louise, mais c’est une tout autre histoire.

Ce qui me plait le plus dans ces histoires de pirates – quelles soient réelles ou fantasmées , ce sont les croyances qu’on leur prêtaient, des mythes des mers, des autres sirènes et superstition qui pouvaient faire flancher dans leur soif insatiable de conquêtes sanguinaires, les meilleurs marins qui soient.

Certes, l’équipage qui quitte Batavia pour Amsterdam n’a rien de frondeur ou de belliqueux. De prime abord tout du moins. Mais il n’en reste pas moins des marins, des passagers non initiés et quelque peu craintifs, des Hommes dans leur peur les plus primales. Bienvenue à bord, pour vivre cette Etrange traversée du Saardam, Stuart Turton. « 1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.
Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements. Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit…
« 

Prenez un lépreux annonciateur de l’apocalypse. Couplez-le à une traversée éprouvante de plusieurs mois pour rejoindre le vieux continents. Ajoutez-y un équipage hétéroclites, dont chaque membre est animé par ses propres desseins, des plus vertueux au plus sombres. Mélangez le tout avec une dose d’obscurantisme et de croyances profanes. Saupoudrez le tout d’odieux secrets et d’identités floues. Vous obtenez un roman hautement addictif.

J’avais eu un coup de cœur pour les Sept morts d’Evelyn Hardcastle, ayant cauchemardé de médecin de peste et de valet de pieds durant quelques nuits, le temps de ma lecture. Je n’étais pas prête à être happée de la sorte par une intrigue, aux mille et un rebondissements, faux-semblants et étranges vérités. J’étais mieux armée pour cette nouvelle lecture. La magie a d’autant mieux opéré. J’ai littéralement vécu le temps d’une semaine sur le Saardam, avec ses passagers, ses odeurs, ses tragédies et autres secrets bien gardés. J’ai frissonné d’effroi aux portes de l’Enfer tout en menant l’enquête. Et c’est là que tient le génie de Stuart Turton, à savoir ouvrir plusieurs intrigues, donner la part belle à plusieurs personnages et ce sans perdre son lecteur, et en prenant le soin de refermer toute porte qui avait pu être que ne serait-ce entrouverte.

Vous l’aurez compris, c’est un nouveau un coup de maître de l’auteur. C’est à nouveau un coup de cœur pour moi. N’hésitez pas et plongez tout entier dans L’étrange traversée du Saardam.

Belle lecture à vous !

L’étrange traversersée du Saardam de Stuart Turton est disponible aux éditions Sonatine

L’affaire Alaska Sanders – Joel Dicker

Thriller

« C’est une question de respect. » se plaît souvent à dire Darlene Snell dans Ozark. Pourquoi une citation de cette série ? Que viennent faire ici les Read necks et les trafiquants d’opium ? Parce que je suis plongée dans ses affres en ce moment. Que de facto j’ai superposé l’image de cette ville, enclavée entre monts et lacs à celle de Mount Pleasant. Et que c’est une question de respect que de trouver le coupable réel, à l’instar d’une partie de Cluedo.

L’affaire Alaska Sanders, Joel Dicker
L’affaire Alaska Sanders, Joel Dicker

Certains lieux peuvent revêtir un pouvoir, propre à soi, à son expérience, à son vécu. Ainsi cela va faire trente-cinq ans – je pars du principe que j’ai de la mémoire depuis le premier jour pour compenser mon manque de capacité en soustraction – que lorsque j’emprunte la corniche qui mène de Morlaix à Carantec, je me sente légère, en vacances, littéralement de ma vie quotidienne et de mes tracas. A contrario, la gare Montparnasse a désormais pour moi un effet crispant, synonyme de stress, de veine palpitante sur le front et d’œil qui cligne tout seul. Alors qu’il y a douze ans, ma valise et moi même étions si heureuses d’y mettre les pieds.

Certains livres peuvent me procurer cet effet réconfortant, parce que je sais à quoi m’attendre et que leur lecture à sur moi un pouvoir enveloppant. Une bulle hors du temps, quelques heures qui s’égrènent différemment. Et c’est ainsi que j’ai retrouvé un moment un vieil ami, de longue date maintenant, Marcus Goldman, protagoniste principal de l’Affaire Alaska Sanders : « Avril 1999. Mount Pleasant, une paisible bourgade du New Hampshire, est bouleversée par un meurtre. Le corps d’une jeune femme, Alaska Sanders, est retrouvé au bord d’un lac. L’enquête est rapidement bouclée, la police obtenant les aveux du coupable et de son complice.Onze ans plus tard, l’affaire rebondit. Le sergent Perry Gahalowood, de la police d’État du New Hampshire, persuadé d’avoir élucidé le crime à l’époque, reçoit une troublante lettre anonyme. Et s’il avait suivi une fausse piste ?L’aide de son ami l’écrivain Marcus Goldman, qui vient de remporter un immense succès avec La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, inspiré de leur expérience commune, ne sera pas de trop pour découvrir la vérité.« 

Un meurtre résolu depuis plus de dix ans. Un homme enfermé depuis tout ce temps pour un crime qu’il dit ne pas avoir commis. Une fois sorti de prison, on apprend que c’est finalement lui le tueur. Fin. Cela aurait pu être l’intrigue classique, telle que mise en scène à mainte reprise dans les romans et autres thrillers psychologiques sur grand écran.

Mais c’est là qu’est la force de Joel Dicker, de casser les codes, de faire douter le lecteur quant aux vérités acquises, de brouiller les pistes et de nous perdre dans des détails importants, même si insignifiants de prime abord. C’est d’ailleurs un simple détail qui perdra le coupable, et c’est cela que j’affectionne dans ce genre de cold case.

L’affaire Alaska Sanders via en outre clore la trilogie autour de l’auteur Marcus Goldman, de son parcours initiatique d’écrivain , de sa mue en tant qu’homme, de ses blessures intimes qui ont trouvé un pansement, universel, qu’est le temps.

Comme à chaque fois, mon avis est totalement subjectif, et propre à mes goûts, mes émotions, mes moments de vies et le besoin de lecture associée. Et comme à l’accoutumé, le roman de Joel Dicker a fait office de cabane impénétrable le temps de quelques heures.

Bonne lecture à vous !

L’affaire Alaska Sanders de Joël Dicker est disponible aux éditions Rosie & Wolfe

Carolina Reaper – Morgane Montoriol

Thriller

« L’enfer, c’est les autres » écrivait Sartre. Et cette phrase garde un sens intemporel et universel à mes yeux. Parfois, il s’avère que l’enfer croisse en nous – que ce soit à notre su ou insu – créant des personnalités typiquement monstrueuses, faites de vices et de fêlures, de certitudes et de zones d’ombres. Le péché s’est introduit dans le jardin d’Eden pour le mener à sa perte.

Carolina Reaper, Morgane Montoriol

En ce moment, je regarde la série Ozark, avec cette association de malfaiteurs qu’est la famille Byrde. Une ville en apparence paisible. Aux voisins sans histoires. A la jeunesse tournée vers autrui. En apparence. Quand le vernis se fissure, la vérité fait alors surface et cette ville de villégiature devient le terrain de jeu des pires mafieux et d’agents spéciaux peu scrupuleux de suivre le protocole.

J’ai retrouvé cette ambiance post apocalyptique sous jacente dans la poisseuse Savannah, théâtre des pires exactions, en proie à la folie des hommes dans Carolina Reaper de Morgane Montoriol : « La violence des hommes est-elle une malédiction ou un héritage ? Savannah, l’incandescente ville de Géorgie. Un maire richissime porté aux nues par ses habitants, mais redoutable et despotique en privé. Une compagne soumise, qui ne trouve pas sa place dans cette vie publique fastueuse. Un fils hypersensible, trop fragile pour marcher dans les pas de son père. Une belle-fille cynique, surdouée, dont l’intelligence pourrait signer sa perte. Dans cette famille, le secret agit tel un venin, semant la mort et le chaos. »

Church. Le patriarche, Maire de sa ville. L’Eglise au centre du village. Le point névralgique des activité illégales et illicites en privé. Un veuf blessé et homme de résilience en public. Coyote, son fils, le lien du sang, au prénom de prédateur, au physique d’ange, déchu de ses ailes et habité de névroses et maux, lui rongeant âme et peau. Rappelant à son père sans cesse une faiblesse dont il ne peut souffrir. Dwayne, fils spirituel, en proie entre ses pères – biologiques et spirituels. Ces hommes ramenés à leurs instincts primitifs, primaires. Prédateurs en cage, guettant leurs proies et prenant un plaisir sadique à les voir se débattre.

Keith. La femme trophée, de celles qui ne veulent pas vieillir et dont le quotidien est fait de paillettes et de violence, ambivalente à souhait. Idaho. L’adolescente intelligente, qui a grandi trop vite, par la faute des des hommes et de cette mère autocentrée.

Cette galerie de personnages forts et écorchés vifs se relaient tour à tour pour nous conter une histoire. Un pan de leurs vies communes, souillées par le sang et les mensonges, la soif de pouvoir et celle de liberté, les larmes et la vengeance. Leur passé respectif comme prisme de lecture tisse une atmosphère pesante et lourde, qui nous maintient en haleine jusqu’au dénouement final. Un savant mélange de flash back / flash forward, qui nous donne envie de comprendre où se loge le péché. Qui peut bien être cette pomme vérolée, ce « carolina reaper » ? Peut être un peu tous après tout.

J’avais pris une claque avec Tâches Rousses, le premier roman de Morgane Montoriol. Le second est tout aussi captivant et addictif, avec cette plume acérée au franc parler. Un vrai régal que ce roman.

Bonne lecture à vous !

Carolina Reaper de Morgane Montoriol est disponible aux éditions Albin Michel