Radioactif

Thriller

Apocalypse: (non masculin) catastrophe comparable à la fin du monde. Quand une centrale nucléaire explose en plein cœur d’une ville, d’une région, d’un pays, c’est un monde nouveau qui s’annonce. Mais la nouveauté n’est pas toujours synonyme d’allégresse. La noirceur peut s’abattre telle le dernier des fléaux, provoquant avec elle la chute d’une civilisation, espérée et vénérée.

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

Il fallait être culotté ou sacrément doué de talent pour teinter le pays des merveilles de meurtres sordides et le priver de son Alice. De semer la mort sur le chemin de la sanglante reine de cœur et de faire porter le chapeau au lapin. Avant que la vérité soit faite.

Il faut être culotté voire même sacrément doué pour planter son intrigue dans une Ukraine dévastée, peuplée de fantôme et essayant de survivre après ce drame qu’à été Tchernobyl. 1986, année charnière du nouveau monde, marquant le début d’une fin de guerre des nerfs, invisible mais usante, la Guerre Froide. L’équilibre mondial basé sur une dichotomie des doctrines se voyait à jamais chamboulé.

Il faut être culotté et sacrément doué pour signer un thriller parfait mêlant politique, retombée radioactive et une URSS qui n’est plus, le nommer tel une aventure de James Bond et ne pas décevoir le lecteur quand il se rend comte que la force obscure n’est pas qu’un spectre mais bien réelle, tangible. Bienvenue dans le monde poisseux et radioactif de Morgan Audic, avec De bonnes raisons de mourir : « Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques. »

De Tchernobyl je ne connaissais que le nom, et sa tristement célèbre centrale nucléaire. Il y a quelques mois je découvrais la série éponyme, qui levais le voile sur cette journée de l’enfer et les conséquences désastreuses qui suivirent. Le sacrifice de quelques hommes dans l’espoir vain de sauver leur famille, ces héros de l’ombre à jamais oublié.

De nos jours l’URSS n’est plus qu’une ombre du passé. Déchiré par une guerre idéologique et libertaire, entre les Russes et les Ukrainiens. Des conflits d’intérêts. La corruption dans les hautes sphères. Des flics dépassés par leurs convictions, leurs origines et les radiations dans lesquelles ils baignent à longueur de journée. Des relations dysfonctionnelles. La mort, prégnante dans le moindre geste, la moindre action. La ville de Pipriat comme personnage central, désincarné et déshumanisé. Une ambiance d’apocalypse et une série de meurtre au goût de vengeance et de taxidermie. De bonnes raisons de mourir pour chacun de ceux qui coulent du pied cette terre désenchantée, qui fut synonyme du rêve soviétique.

Morgan Audic signe un thriller majestueux et tout en finesse, qui assoit sa place d’auteur incontournable à mes yeux. De bonnes raisons de mourir est à dévorer sans modérations en ces longues soirées d’été.

Belle lecture à vous !

De Bonnes Raison de Mourir de Morgan Audic est disponible aux éditions Albin Michel et Le livre de poche

Les cercles de l’Enfer

Thriller

Ésotérique : (adjectif) Obscur, incompréhensible pour qui n’appartient pas au petit groupe des initiés. Quand votre plus fidèle allier est un médecin de peste et que votre pire cauchemar devient un valet de pied. Les cercles des enfers se muent en jour et en personnalité et n’ont jamais aussi bien portés leur nom.

Les sept mort d'Evelyn Hardcastle, Stuart Torton

L’enfer c’est les autres a écrit Sartre. La première fois que je l’ai lue, cette phrase m’a semblé d’un nihilisme infini. J’étais au lycée, à l’internat qui plus est. Les autres c’était ma famille de galère, mes amis pour la vie, avec qui je partageais mes repas, mes fous rires, mes cafés, mes chagrins, mes Haribo et mon avenir rêvé.

L’enfer c’est les autres à écrit Sartre. Cette phrase a fait écho plus tard, dans un Paris bouillonnant de monde et d’idées, de sorties et bars bondés, de rencontres fortuites et factices, de petits pépins et de grosse galères, de tapes dans le dos et de dos tournés.

L’enfer c’est les autres a écrit Sartre. L’enfer c’est aussi et surtout soi même. Qui l’on est, qui l’on aspire à être, qui l’on réussit à singer et qui ne serons jamais. L’enfer c’est de se perdre, cette personnalité qui nous définit. L’enfer c’est d’endosser les personnalités dissonantes et détestables des uns et des autres au point d’en perdre la raison. Bienvenue dans les cercles des enfers toutes personnelles d’Aiden Bishop, et de son jour sans fin, en boucle à l’infini. Un mystère épais à élucider sous forme de partie de Cluedo ésotérique, c’est là la substantifique moelle des Sept morts d’Evelyn Hardcastle, de Suart Turton.

« Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle. »

Le principe des hôtes reprend les côtes de Mondoworld – et plus récemment Westworld – film et série à la structure futuriste et alarmiste qui m’ont beaucoup plu. La vision de l’Homme qui se plait en Dieu et de ce Dieu inexistant malgré ce jardin d’Eden espéré. Ainsi Aiden est transbahuté d’un corps à un autre, d’une âme à une autre, sans savoir qui il est réellement, sans plus se définir que par les qualités et les défauts de ceux qu’ils habitent. Et qu’ils côtoient. Ses personnalités diverses et éparses se rencontrant, se mélangeant, se toisant, se jugeant, s’appréciant. Devenant un loup pour lui même au point de se craindre et ne plus respecter son jugement propre.

Le terrain de jeu est un personnage central. Le domaine de BlackBeath, dont il est impossible de sortir. Une demeure qui a perdu de sa superbe et dont les hôtes suivent le même chemin. Une déchéance programmée, embrumée dans les vapeurs d’alcool et de Laudanum, embourbée dans le poids des secrets et d’une vérité toute relative.

La dualité des personnalités. Ce que nos actes disent de nous, ce que nous disons quant à nos actes. Les jeux de faux semblants, la chasse à l’homme mise en abime, une course effrénée pour échapper à la main funeste de l’injustice.

Chaque personnage a un rôle clé à jouer. Chaque scène revêt son importance par la multiplicité des points de vue. Chaque énigme ouverte trouve une réponse adéquate. La fin m’a plu. Elle est savamment distillée par bribes dès les premières pages.

Coup de maître que les Sept morts d’Evelyn Hardcastle. Coup de cœur pour ce premier roman de Stuart Turton.

Bonne lecture à vous !

Les sept mort d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton est disponible aux Editions 10/18

Le sang et le feu

Thriller

Fanatisme : (nom masculin) Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l’intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence. Dans certain cas, ce dévouement vous pousse à vous retrancher du monde contemporain, pour créer le votre, propre à vos convictions et imperméables au monde qui peut l’entourer. Et ce en toute innocence et bien pensance. Jusqu’à preuve du contraire.

Le jour des cendres, Jean-Christophe Grangé

A mon sens, les auteurs de thrillers pourraient être de parfaits psychopathes. Cette théorie m’est très personnelle. Cette noirceur décrite sur papier blanc est tellement sombre parfois, qu’elle prête à faire peur. Malgré tout c’est un genre que j’affectionne, que ce soit en littérature ou au cinéma. Le lecteur n’est pas qu’un simple spectateur mais devient acteur par sa réflexion ou les pistes qu’il échafaude. Rien de plus grisant que de mener une enquête, qui peur parfois ébranler nos perceptions et émotions. C’est ce qui me plait le plus dans ce type de lecture, de jouer à Sherlock Holmes, et me poser mille questions, avec comme but ultime de trouver la fin dès le début.

J’ai découvert il y a quelques années déjà Jean-Christophe Grangé grâce à ma lecture des Rivières Pourpres, que j’avais beaucoup aimé. Il m’a d’ailleurs fallu quelques temps avant de regarder l’adaptation, décevante à mes yeux aux vues de l’épaisseur du roman. Comme bien souvent les adaptations ou alors c’est que je suis très exigeante. De Grangé j’ai ensuite lu toute sa bibliographie, des livres parus avant aux livres à paraître au fils des ans, que je m’empressais d’acheter dès leur sortie. Et ce jusque Kaïken. Et puis, je l’ai laissé de côté. Par lassitude peut être. J’arrivais à saturation du genre. J’ai découvert d’autres auteurs, je lisais moins de thrillers. Mais la curiosité s’est faite plus forte que le reste. Le jour des cendres marque nos retrouvailles.

« Dans un monde de pure innocence, quel peut être le mobile d’un tueur ? Dans une communauté sans péché, comment le sang peut-il couler ? À moins qu’à l’inverse… Le coupable soit le seul innocent de la communauté. »

Des retrouvailles avec l’auteur, mais pas seulement. Celles avec le commandant Niemans, qui menait la danse dans Les Rivières Pourpres. L’Alsace et ses vignes comme lieu du crime. Une communauté de religieux coupés du monde comme cible. Des écorchés vifs qui viennent chercher refuge dans ces vendanges tardives. Une bulle hors du temps, hors du monde. Une bulle qui se craquelle avec les meurtres de certains de ses membres. La rudesse de la police aux gros sabots confrontée à la délicatesse du silence d’une communauté à la pureté de façade.

Une enquête au cordeau dans le froid de l’hiver alsacien, où la nuit et le froid prédominent et apportent une atmosphère particulière, sans lumière, sans espoir. Du nihilisme à l’état pur. L’ingrédient (pas si) secret de l’auteur. Les pages s’enchaînent à une vitesse vertigineuse, laissant poindre une certaine amertume de la part du lecteur. Le sang coulent et les cendres pleuvent. Quelle est cette bête dont la venue est tant crainte ? Chimère ou réalité ?

Bien qu’il m’ait été plaisant de retrouver l’esprit noir de Jean-Christophe Grangé, la déception l’emporte malgré tout sur le reste. La vision du monde apportée est trop manichéenne à mon goût, sans grandes nuances et avec force cliché. L’intrigue se déroule lentement, mais ne prend pas en épaisseur. Sa linéarité nous apporte un dénouement rapide et dénué de suspens, qui m’a laissée perplexe.

Mes images d’épinal avaient laissé en moi un souvenir d’excellence. Comme à l’accoutumé dans ces cas là, le présent fait souvent pâle figure.

Bonne lecture à vous !

Le jour des cendres de Jean-Christophe Grangé est disponible aux Editions Albin Michel