Le sang et le feu

Thriller

Fanatisme : (nom masculin) Dévouement absolu et exclusif à une cause qui pousse à l’intolérance religieuse ou politique et conduit à des actes de violence. Dans certain cas, ce dévouement vous pousse à vous retrancher du monde contemporain, pour créer le votre, propre à vos convictions et imperméables au monde qui peut l’entourer. Et ce en toute innocence et bien pensance. Jusqu’à preuve du contraire.

Le jour des cendres, Jean-Christophe Grangé

A mon sens, les auteurs de thrillers pourraient être de parfaits psychopathes. Cette théorie m’est très personnelle. Cette noirceur décrite sur papier blanc est tellement sombre parfois, qu’elle prête à faire peur. Malgré tout c’est un genre que j’affectionne, que ce soit en littérature ou au cinéma. Le lecteur n’est pas qu’un simple spectateur mais devient acteur par sa réflexion ou les pistes qu’il échafaude. Rien de plus grisant que de mener une enquête, qui peur parfois ébranler nos perceptions et émotions. C’est ce qui me plait le plus dans ce type de lecture, de jouer à Sherlock Holmes, et me poser mille questions, avec comme but ultime de trouver la fin dès le début.

J’ai découvert il y a quelques années déjà Jean-Christophe Grangé grâce à ma lecture des Rivières Pourpres, que j’avais beaucoup aimé. Il m’a d’ailleurs fallu quelques temps avant de regarder l’adaptation, décevante à mes yeux aux vues de l’épaisseur du roman. Comme bien souvent les adaptations ou alors c’est que je suis très exigeante. De Grangé j’ai ensuite lu toute sa bibliographie, des livres parus avant aux livres à paraître au fils des ans, que je m’empressais d’acheter dès leur sortie. Et ce jusque Kaïken. Et puis, je l’ai laissé de côté. Par lassitude peut être. J’arrivais à saturation du genre. J’ai découvert d’autres auteurs, je lisais moins de thrillers. Mais la curiosité s’est faite plus forte que le reste. Le jour des cendres marque nos retrouvailles.

« Dans un monde de pure innocence, quel peut être le mobile d’un tueur ? Dans une communauté sans péché, comment le sang peut-il couler ? À moins qu’à l’inverse… Le coupable soit le seul innocent de la communauté. »

Des retrouvailles avec l’auteur, mais pas seulement. Celles avec le commandant Niemans, qui menait la danse dans Les Rivières Pourpres. L’Alsace et ses vignes comme lieu du crime. Une communauté de religieux coupés du monde comme cible. Des écorchés vifs qui viennent chercher refuge dans ces vendanges tardives. Une bulle hors du temps, hors du monde. Une bulle qui se craquelle avec les meurtres de certains de ses membres. La rudesse de la police aux gros sabots confrontée à la délicatesse du silence d’une communauté à la pureté de façade.

Une enquête au cordeau dans le froid de l’hiver alsacien, où la nuit et le froid prédominent et apportent une atmosphère particulière, sans lumière, sans espoir. Du nihilisme à l’état pur. L’ingrédient (pas si) secret de l’auteur. Les pages s’enchaînent à une vitesse vertigineuse, laissant poindre une certaine amertume de la part du lecteur. Le sang coulent et les cendres pleuvent. Quelle est cette bête dont la venue est tant crainte ? Chimère ou réalité ?

Bien qu’il m’ait été plaisant de retrouver l’esprit noir de Jean-Christophe Grangé, la déception l’emporte malgré tout sur le reste. La vision du monde apportée est trop manichéenne à mon goût, sans grandes nuances et avec force cliché. L’intrigue se déroule lentement, mais ne prend pas en épaisseur. Sa linéarité nous apporte un dénouement rapide et dénué de suspens, qui m’a laissée perplexe.

Mes images d’épinal avaient laissé en moi un souvenir d’excellence. Comme à l’accoutumé dans ces cas là, le présent fait souvent pâle figure.

Bonne lecture à vous !

Le jour des cendres de Jean-Christophe Grangé est disponible aux Editions Albin Michel

L’écrivain

Thriller

Ecrivain : (nom masculin) personne qui écrit, compose des ouvrages littéraires. J’ai toujours cette image de l’homme derrière sa machine à écrire, clope au bec, en bras de chemise, Borsalino non nonchalamment posé sur le côté de la tête, cendrier plein devant lui. Pour parachever cette description, il manque la clé du décor, une pièce dénuée de superflue, dont les stores ne laissent passer que quelques raies de soleil. Je me plais à croire à cette image que je sais fausse, car elle me subjugue en un sens.

L’énigme de la chambre 622, Joël Dicker

Ce que j’aime avant tout dans un roman, c’est l’atmosphère qui s’y échappe. Les lieux qui se dessinent sous nos yeux et dans lesquels nous allons évoluer au fil des pages, des rencontres, de l’intrigue en somme. J’aime ce moment où je me sens présente en ces lieux factices. J’aime quand à regret je dois quitter les personnages que ces derniers restent dans mes pensées, et font ainsi partis durant quelques jours de ma vie. J’aime être imprégnée de l’intrigue au point d’y penser au moment du coucher, pour reprendre le fil de mes songes au lever.

Les romans de Joël Dicker répondent parfaitement à mes yeux à cette définition du roman. Et l’Enigme de la chambre 622 ne fait pas exception à la règle. L’espace de quelques jours je quittais Nantes pour la Suisse, oscillant entre Genève et Verbier, ayant en tête cette énigme non résolue, dont je brûlais d’avoir le fin mot.

« Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. L’enquête de police n’aboutira jamais.
Des années plus tard, au début de l’été 2018, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer des vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire.
Que s’est-il passé dans la chambre 622 du Palace de Verbier? »

Avant toute chose, sachez que les lignes qui vont suivre sont écrites en toutes partialité. Depuis que j’ai dévoré La Vérité sur l’Affaire Harry Québert il y a quelques années, je suis tombée en pâmoison devant le talent de conteur de son auteur. Je me laisse emporter par l’intrigue qu’il distille savamment, au gré d’indices et de faux semblants, pour un final ô combien épatant.

A cette lecture, j’ai assisté à un renouveau. Le narrateur est l’auteur. Tout du moins une projection de qui il pourrait être. La mise en abîme de l’écrivain est total et bien vue. L’écrivain. C’est par ce mot que ce qualifie Joel Dicker, comme s’il n’était voué à vivre qu’à travers ses romans et non pour lui-même. Il ne sème de son intimité que peu de choses somme toute, si ce n’est sa relation à Bernard de Fallois, à qui il vouait une amitié et une admiration sans bornes. Son éditeur, son ami, son mentor. A qui il dédie ce livre et qu’il ne cesse de remercier au fil des pages. On ne peut faire plus bel hommage publique.

A travers ses pérégrinations d’écrivain en quête d’inspiration, le narrateur se retrouve à devoir résoudre un meurtre vieux de quinze ans. Nous évoluons entre plusieurs temporalité, qui nous permettent de découvrir les personnages à divers époques de leur vie. Qui ils étaient. Ce qu’ils sont devenus. Si dès les premières pages nous savons que meurtre il y a eu, nous ne savons pas qui. Et c’est un des éléments clés qui m’a tenu en haleine, me faisant échafauder les stratagèmes les plus farfelus. Comme à l’accoutumé, avec Joel Dicker, j’étais loin de la vérité. Le roman est construit tel un puzzle, dont chaque pièce est d’importance capitale.

L’énigme de la chambre 622 m’a offert un joli moment de lecture, une évasion sur les terres helvètes. Joel Dicker n’a pas son pareil pour noué une intrigue alambiquée et nous permettre de tirer la pelote sans faire aucun nœud. Toutes les interrogations trouvent ainsi des réponses. La dernière page est refermée avec plaisir. Celui non dissimulé de retrouver une nouvelle énigme à résoudre d’ici quelques années.

Belle lecture à vous !

L’énigme de la chambre 622 de Joel Dicker est disponible aux Editions de Fallois

Digital Analyst

Thriller

Persona : (du latin) signifie masque. D’un point de vue marketing, un persona est une personne fictive dotée d’attributs et de caractéristiques sociales et psychologiques et qui représente un groupe cible. Du point de vue de psychiatrie, la personnalité que l’on affiche aux autres et à soi même. 

Persona, Maxime Girardeau

La littérature et la data sont deux de mes principaux centres d’intérêt. Le premier par passion depuis que je suis en capacité de lire seule. Au point de pousser le vice jusqu’au bout et d’embrasser des études littéraires en partie. Le second par un heureux coup du hasard il y a plus de dix ans. J’ai mis le doigt dans le marketing digital par un heureux coup du sort, et n’ai pas quitté ce secteur depuis.

En dix ans, j’ai pu comprendre ce qu’était la data. L’importance qu’elle revêt aux yeux des annonceurs, son traitement par les partenaires à la perf’ ainsi que par les différents moteurs de recherches. Les abus également. Et la législation relative dans l’anonymisation de cette donnée.  Par mon travail, je suis plongée au quotidien dans ces problématiques ô combien intéressantes.

C’est alors avec une curiosité toute naturelle que je me suis intéressée au premier roman de Maxime Girardeau, Persona, qui fait la part belle à la Data, comme outil d’aide à la traque criminelle. La rapidité du Machine Learning confrontée aux techniques empiriques. La jeune génération ultra connectée contre les réfractaires aux réseaux sociaux. La promesse est belle. C’est avait une certaine hâte que je me suis lancée dans cette lecture d’un autre genre. Un thriller 2.0. « Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Somerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière. Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes. Singulière, car pour comprendre, Franck Somerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles. C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir … »

Franchir les portes parisiennes de Google, c’est quelque chose que j’aurai souhaité faire dans ma vie parisienne.  A défaut, j’ai pu le faire virtuellement depuis mon salon nantais. J’ai souri devant le name droping des agences publicitaires digitales, avec qui j’ai pu travaillé. J’ai esquissé quelques rictus quant à l’inhumanité prenante d’un monde qui se veut plus humain, pointé du doigt au fil des pages par l’auteur.

Plusieurs thèmes chers au marketing digital sont abordés, comme une litanie, un fil d’Ariane qui façonne l’intrigue du roman. La création de personas tout d’abord, comme catégorisation d’une population. Découpée en grandes typologie sociales et sociétales, qui nous définie en grande famille de consommateur. La mise à disposition de la donnée personnelle, notamment par le biais des Réseaux Sociaux. Quelles sont nos données privées ? Quelles sont celle qui peuvent être exploitées, à notre su et à notre insu.*

Une équipe de policiers du 36 quais des Orfèvres férus de techniques de profilage confrontés à la visualisation de la donnée, comme vecteur entre anonymes. Du Data Lake comme nouvelle base de connaissance, sans limites et sans frontières.

La promesse était belle. Mais je reste sur ma faim. Maxime Girardeau signe avec Persona un triller captivant, d’un nouveau genre. Toutefois, l’exploitation de la data m’a semblé artificielle par rapport à l’intrigue réelle. J’aurai aimé qu’elle soient plus liée dans au nœuds et à l’enquête, et donc au dénouement. Je suis très exigeante en ce qui concerne le genre, je le concède. J’ai passé malgré tout un agréable moment. Et c’est volontiers que je retrouverai la plume de Maxime Girardeau.

Bonne lecture à vous !

Persona de Maxime Girardeau est disponible aux Editions Mazarine.

*Si cette question vous intéresse, je vous recommande les articles RGPD et Eprivacy disponible sur le site de la CNIL.