De l’importance d’un naufrage

Thriller

Naufrage : (nom masculin) De son sens marin, perte d’un bateau en mer. De son sens littéraire, un échec total. Quand les deux se rencontrent ai sein de la bonne société new-yorkaise du début du XXe siècle, cela donne un bouillonnement interrogations et de la place des uns et des autres, de manière générale.  

Une mort sans importance, Mariah Fredericks

New-York au début du xxe siècle. Décor idéal s’il en est pour une intrigue policière. Un monde en mutation. Les familles riches du vieux continents installées depuis quelques décennies se confrontent à l’immigration de masse, et au racisme ambiant. La mafia est bien présente et la terreur devient de mise. Par le biais de la presse écrite, notamment, qui n’a de cesse de trouver des titres racoleurs pour ces manchettes quotidiennes.

En toile de fond, un naufrage. Celui du Titanic. L’insubmersible qui a périt par la vanité des hommes. Et qui a montré que la règle du chacun pour soit prévalait à l’élégance des femmes et des enfants d’abord. Mais également, un changement sociétale, avec les manifestations pour le droit de vote des femmes. C’est dans cet environnement chargée de deuil et de révolution que nous retrouvons Jane Prescott, dans une Mort sans Importance, de Mariah Fredericks : « En 1912, alors que New York est sous le choc du naufrage du Titanic, la dame de compagnie Jane Prescott se rend à Long Island avec la famille Benchley. Leur fille, Louise, va épouser William Tyler et la cérémonie se tiendra chez son oncle et sa tante. Les Tyler sont un couple célèbre et glamour, au passé fait de voyages et d’aventures. Aujourd’hui, Charles Tyler est connu pour traquer la mafia italienne, La Main noire, et sa femme Alva est devenue femme au foyer.
Là-bas, Jane se rapproche rapidement de la nourrice des enfants du couple, Sofia, une jeune italo-américaine. Mais, au cours d’une nuit chaude et étouffante, elle est réveillée par un cri dans la nursery, et s’y précipite pour découvrir Sofia assassinée, et la fenêtre, toujours soigneusement verrouillée sur ordre des Tyler, qui craignent les représailles de la mafia, grande ouverte.
Les Tyler sont rapidement convaincus qu’il s’agit d’une tentative d’enlèvement de leur bébé qui aurait mal tourné. Mais Jane commence à investiguer de son côté pour rendre service à son ami, le journaliste Michael Behan, qui sait qu’elle a une position privilégiée pour observer les conflits et découvrir les secrets qui peuvent se cacher sous la surface de cette riche et secrète maisonnées. Le meurtre de Sofia était-il un dommage collatéral des tensions sociales de New York ? Ou ce crime était-il beaucoup plus personnel ? »

Nous évoluons dans un monde bourgeois où se côtoient famille de renommée, déchue de sa fortune et dont il ne reste qu’un nom pour briller, et nouveau riche au manque de manière et d’éducation. Autour de ce monde, une société en retrait, celle des personnes à leur service. Loyaux à leur employés, peu importe le prix à payer.

Un naufrage. Comme métaphore filée de l’intrigue. Celui d’un nom réputé. D’une famille estimée. Un souvenir écornée d’une puissance qui fut. Et qui ne brille plus que par quelques artifices. Le peu d’importance donnée à une vie. Il faut faire partie du sérail. Les confrontations d’idées patriarcales et modernes. La place des femmes dans la société. L’importance de la maternité mais sans expliqué ce qu’il peut en coûter. Des non dits autour d’un meurtre. Oeuvre de la mafia ou motif plus personnel ? A noter les quelques références à l’agence de détectives Pinkerton qui n’a pas été sans me rappeler les ouvrages de Ray Celestin.

Il m’aura fallu attendre plus d’un an pour retrouver l’enquêtrice en herbe Jane Prescott, et son acolyte Michael Behan. Et cela en valait la peine. Ces Sherlock Holmes et Watson du nouveau monde m’ont à nouveau ravie par leur personnalité et leur sincère amitié, malgré des intérêts divergents.  Ceux du cœur confrontant ceux de la raison. En bref, si vous n’avez pas lu des Gens d’importance, c’est le moment de vous y mettre. Car mon seul regret à ma lecture d‘Une Mort sans Importance est d’attendre une nouvelle année pour connaître la suite des aventures de l’héroïne de Mariah Fredericks.

Belle lecture à vous !

Une mort sans importance, de Mariah Fredericks est disponible aux éditions 10/18

La cité des anges déchus

2020, Rentree Litteraire, Thriller

Rousse : (nom masculin) dont les cheveux sont roux. Longtemps, cette chevelure a été associée au feu, au diable. Au moyen âge on y voyait un maléfice et le bûcher était souvent de mise. Brune opaline, c’est la couleur que j’aurais souhaité avoir et que je m’évertue à porter de temps à autres.

Taches Rousses, Morgane Montoriol

Les États-Unis d’Amérique ont deux visages. Celui policé et glamour, que se prêtent à nous vendre les séries ou autres médias. Celui des grandes villes, qui sont l’apanage de la réussite. Mais également celui de la ruralité, de ses populations pauvres et mis au ban de la société. C’est ainsi qu’Hollywood se révèle être le parfait paradis artificiel des midinettes en mal de reconnaissance et des jeunes premiers timorés. La vie rêvée dans la citée des anges. Des anges déchues pour la grande majorité.

C’est ainsi que Beck a fui un foyer violent et amputée de moitié, pour une autre vie côte Ouest. Elle a fui pour faire vivre sa sœur disparue à travers un rêve. Celui de briller en tant qu’artiste. En tant qu’actrice. Et pour ce faire, vivre en abime cette vie d’actrice. Elle devient au quotidien au fantasme qui aurait du être. Qui aurait pu être. « Leah Westbrook a disparu un après-midi de septembre, dans une petite ville de l’Oklahoma. Elle avait quatorze ans. Son corps n’a jamais été retrouvé. Depuis, sa sœur, Beck, a quitté la ville pour s’installer à Los Angeles. Elle vit par procuration le rêve de Leah, en tentant une carrière de comédienne. Sans aucun entrain. Contrairement à sa sœur, dont la peau était parfaitement unie, le visage de Beck est couvert de taches de rousseur. Des taches qu’elle abhorre et qui lui rappellent l’extrême violence de son père. Bientôt, des corps atrocement mutilés sont retrouvés dans le quartier d’Hollywood où elle a vécu. L’oeuvre d’un tueur en série que la police peine à attraper. Peut-être cet homme aux yeux terribles, qui suit Beck partout… »

Mais cette ambivalence a un prix. Celui de se perdre soi-meme. La volonté tenace d’arracher chaque parcelle de ce qui la fait. A commencer par ses taches de rousseurs, qu’elle cache tant bien que mal. La moiteur ambiante l’en empêchant. La chaleur ambiante l’écrasant de son poids. Un regard noir et dépourvu d’âme la traquant.

Le rôle essentiel de l’art. L’horreur comme muse, comme source d’inspiration. L’âme du mal comme moteur créatif. Le diable est dans les détails paraît il. L’art comme moteur d’un duo dysfonctionnel. Duo malgré lui, lié dans un moment.

Morgane Montoriol nous emmène dans un environnement clinquant et luxueux au cœur du monde artistique. Elle en retire le vernis couche après couche dans son écriture nerveuse et concise. Le noir passé suintant entre chacune des actions, des pensés des protagonistes.

J’ai vécu ma lecture de Taches rousses comme un huis clos, sur deux temporalités intimement liés. Une intrigue savamment distillée, qui ne demande qu’à être dénouée. Bien que j’ai trouvé la fin assez rapidement, j’ai été happée par la plume incisive de Morgane Montoriol.

Belle lecture à vous !

Taches Rousses de Morgane Montoriol est disponible aux Editions Albin Michel

Les enfants du désastre

Thriller

Gueule Cassée : ( locution) le nom donné aux combattants de la Première Guerre mondiale qui avaient été blessés au visage, qui avaient subi de graves traumatismes au visage ; le terme implique souvent une défiguration définitive. Qu’en est il des traumatismes de l’âme ? Et du manque de reconnaissance de ses paires ?

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

Le point de départ de cette histoire qui nous est contée est la Grande Guerre. Tout du moins l’une de ces dernières batailles, théâtre de la rencontre de trois hommes. Dont le destin sera à partir de cet instant fugace, inextricablement lié. Albert Maillard. Edouard Pericourt. Henri d’Aulnay Pradelle. Trois hommes que tout oppose. Mon premier, à la vie simple, comptable de son état et fiancé. Mon second, fils trublion d’une grande famille française, aux nombreuses connexions. Mon dernier, « fin de race » d’une lignée déchue en voie d’extinction.

Leurs destins croisés. La chance qui tourne. La mort touchée de prêt. Le traumatisme d’apres Guerre. L’histoire d’un pays en reconstruction en toile de fond, qui révèle les bas instincts des Hommes. Le manque des reconnaissance des Poilus de retour du front, qu’ils soient vivants ou morts. La culpabilité comme inconscient collectif. L’argent comme nerf d’après guerre.

Devenir riche. Au point de perdre son âme, si tant est qu’elle est jamais existé. Etre une bonne âme, et aider son prochain, en s’oubliant soi même. Par culpabilité, pat dévouement, par peur.

La survie comme enjeu majeur, dans un monde en mutation, où l’homme est son propre loup. « Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…« 

Un nom commun à tous ces destiné croisés. Pericourt. Nom honni, et abandonné. Nom voulu par avidité. Nom respecté par déférence. Un nom comme point central des différentes intrigues, malhonnêtes et amoral.

Le recueillement des familles comme fil d’ariane. Qu’il soit au niveau individuel ou national. La volonté de soulager sa culpabilité pour certain dans l’editions de monuments plus fastueux. Un projet pour honorer la mémoire d’un fils disparu, mal aimé de son vivant. Le dit fils au mille masques, un artiste libre mué en faussaire de génie.

Quand des hommes de pouvoir à la moral à géométrie variable affrontent ceux qui ont perdu la leur au prix de leur survie, cela donne Les enfants du désastre. Et c’est avec un talent de conteur hors pair que Pierre Lemaitre nous entraîne dans cette fresque de l’entre deux guerre, qui débute avec au revoir la haut. 

Belle lecture à vous !

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre est disponible aux Editions Le Livre de Poche, tout comme le second volet, Couleurs de l’incendie. Miroir de nos peines, la suite et fin de cette trilogie est disponible aux éditions Albin Michel