American Horror Story

Thriller

Ségrégation : (nom féminin) La ségrégation raciale est, au sein d’une même nation ou d’un même pays, la séparation physique des personnes selon des critères racistes, dans les activités du quotidien, dans la vie professionnelle, dans l’exercice des droits civiques. La ségrégation peut exister de jure, légalement, ou de facto. Inconcevable de nos jours, mais elle battait son plein il y a encore un siècle.

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Depuis quelques années une série géniale me tient en haleine le temps de huit épisodes, en me faisant vivre toute une palette d’émotions antagonistes. Des histoires d’amour tordues, de la magie noire, des personnages éphémères, le tout transposé dans un décor à l’esthétique léché. Voici donc les parfaits ingrédients de l’anthologie American Horror Story. Ma préférence est allée la quatrième saison, Coven, où les sorcières se taillent la part du lion à la Nouvelle Orléans. J’ai ainsi pu découvrir la fascinante figure de sorcellerie que représentait Marie Laveau, créole francophone, décédée en 1881, personnage historique de par son statue de prêtresse vaudou.

La Nouvelle Orléans du début du XXe siècles est donc teintée de croyance et de mysticisme, dans un climat raciste et fort de préjugés, lourd héritage des années d’esclavage passées. Un décor parfait pour commettre les pires exactions. Avec Carnaval, Ray Celestin nous entraîne dans une virée dans les bas fonds de la ville. Jugez en vous même : « Lorsqu’en 1919 un tueur en série s’attaque aux habitants de La Nouvelle-Orléans en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot, la panique gagne peu à peu. On évoque le vaudou. Les victimes étant siciliennes, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l’agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D’Andrea, vont tenter de résoudre l’affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets… Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche. »

Une série de meurtres. Un suspect invisible baptisé sanguinairement le Tueur à la Hache. Des cartes de Tarot peintes laissées sur les lieux du crime. Quatre typologie d’enquêteurs, qui explorent des pistent antagonistes, usés par leurs vies. Une pluie battante à chaque page, créant un univers lourd et poisseux. J’avais parfois l’impression d’être trempée jusqu’aux os lors de ma lecture, à cause de cette pluie diluvienne qui battait entre mes mains au fil des pages tournées. Une guerre de gang, la pieuvre italienne bien implantée qui déploie ses tentacules. Le déracinement de la population noire originelle. Autant d’ingrédients qui habilement distillés nous entraînent dans une enquête de grand vol.

L’Histoire se mêle à l’intrigue et donne beaucoup de richesse et d’ampleur à Carnaval. Dont le titre festif tranche avec le drame latent qui se joue sous nos yeux à la Nouvelle Orléans. Ray Celestin m’a permis de combler quelques lacunes quant à l’histoire de la Louisiane, mais également des point de chute du flux migratoire européens du débit du XXe siècle. Vivement mes prochaines parties de Trivial Pursuit.

J’aimais déjà beaucoup les éditions 10/18 de part leur choix de romans iconoclastes où les protagonistes haut en couleur ont la part belle. Je les adore désormais avec leur collection grands détectives, qui m’a déjà fait me promener avec brio dans le New York poisseux des années 1900. Si comme moi vous êtes férue des pérégrinations de détectives dans un le décor du siècle passé, je vous invite fortement à visiter la Nouvelle Orléans apocalyptique du Carnaval de Ray Celestin.

Bonne lecture à vous ! 🎈

Carnaval de Ray Célestin est disponible aux éditions 10/18

 

Élémentaire ma chère Jane

Thriller

Détective : (nom masculin) privé – personne chargée d’enquêtes privées. Le plus célèbre étant Sherlock Holmes, sublimé il n’y a pas si longtemps déjà par Guy Ritchie, sous les traits de Robert Downey Jr. Du pur génie.

Des gens d’importance de Mariah Fredericks

J’ai toujours eu un faible pour les intrigues se passant au début du siècle dernier. L’émergence des nouvelles technologies telles que les automobiles et le téléphone ou encore de la médecine légale, côtoie une société aux mœurs patriarcales, où la femme n’a que peu de droits. De fait, celles qui se taillent la part du lion dans les romans me plaisent car pleine de caractères et d’intelligence, d’impertinence et d’un discernement exacerbé. On retrouve d’ailleurs cette idée dans la série Peaky Blinders, ou encore dans le Gang or New York de Martin Scorsese, avec les principales protagonistes féminines.

Comment ai-je fait la rencontre de l’épatante, mais néanmoins, discrète Jane Prescott me demanderez-vous ? Un heureux hasard que je dois à mon goût pour le noir, en tous les sens du terme, et les secrets d’alcôve, qui m’ont poussée m’intéresser aux pages qui se cachait derrière cette superbe couverture, Des gens d’importance, de Mariah Fredericks. Le quatrième de couverture met en place, quant à lui, les jalons contextuels qui m’ont conquis tout au long de ma lecture : « New York, 1910. Jane Prescott, femme de chambre, jouit d’une réputation exemplaire et d’un esprit affuté qui lui permet de voir bien au-delà du mode de vie mondain et fastueux des riches parvenus chez qui elle sert. Jane est ainsi la première à comprendre ce que les fiançailles de sa jeune maîtresse avec le très en vue Norrie Newsome, déjà promis à une autre, ont de scandaleux. Et quand ce dernier est retrouvé mort, elle est aussi la mieux placée pour trouver qui avait intérêt à le voir disparaître. Dans un contexte social incandescent, le coupable est à chercher aussi bien dans les milieux anarchistes que les demeures bourgeoises. Car Jane sait que, autant dans la bonne société que dans les entrailles abandonnées de la ville, la haine et la violence couvent sous la surface et peuvent éclater à tout moment… »

Même si nous évoluons au sein des riches familles originelles New Yorkaises, nous côtoyons également les anarchistes révolutionnaires. Jane, abandonnée par son père à son arrivée à la grosse pomme, après avoir fui l’Ecosse, est recueillie par son oncle dans un foyer de femmes, avant de devenir une femme de chambre exemplaire. Tel un caméléon, elle se fond aisément dans chacun des décors dans lesquels elle est amenée à évoluer.

A travers son point de vue, nous apprenons a voir au delà des apparences, des mariages de raisons et de ceux d’amour. Nous côtoyons des pharmaciens avant gardistes, rompus à l’art de la médecine légale, des journalistes à sensation ayant à cœur de démontrer la vérité. Nous résolvons un meurtre sordide, aux apparences plus que trompeuses. Un bijou dans le genre dont Sir Arthur Conan Doyle n’aurait pas à rougir.

J’ai littéralement dévoré Des gens d’importance de Mariah Fredericks. A mon grand regret. Je ne souhaiter pas laisser partir Jane Prescott et son entourage si vite. Qu’elle ne fut pas ma joie lorsque j’appris que la suite des ses aventures est à paraître courant 2019. Il me tarde déjà d’y être.

Belle lecture à vous ! 🎈

Des gens d’importance de Mariah Fredericks est disponible aux éditions 10/18.

Arnaque, crime et manipulation

Thriller, Thriller psychologique

Manipulation : (Nom féminin) manœuvre malhonnête. Sauf si vous êtes un kinésithérapeute, et encore, cela reste sujet à débat.

Le bonheur de lire à Carantec, vivement les prochaines vacances !

Toute ressemblance dans le titre avec le Arnaque, Crime et Botanique de Guy Ritchie n’est absolument pas fortuite. Bien que les intrigues soient aux antipodes. A aucun moment dans cette lecture, vous ne rencontrerez Sting, en tenancier de pub, et par certains égards, cela me semble dommage.

Mais trêve de plaisanteries. Les Apparences, donc. C’est par ce roman que j’ai découvert la géniale Gillian Flynn, et son art de la mise en scène macabre. Il faut dire que la couverture sobre, le prix des lecteurs Elle et le quatrième de couverture cryptique sont alléchants : « Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise financière, ils ont quitté Manhattan pour s’installer dans le Missouri. Un jour, Amy disparaît et leur maison est saccagée. L’enquête policière prend vite une tournure inattendue : petits secrets entre époux et trahisons sans importance de la vie conjugale font de Nick le suspect idéal. Alors qu’il essaie lui aussi de retrouver Amy, il découvre qu’elle dissimulait beaucoup de choses, certaines sans gravité, d’autres plus inquiétantes.« 

Ce que j’ai aimé en premier lieu est la construction narrative du roman, coupée en deux parties. La première basée sur l’alternance de points de vue : celui de Nick, le mari bafoué, au temps présent, et celui du journal intime d’Amy, du passé lointain au passé proche. Cette narration atypique donne de la profondeur à l’intrigue, qui s’épaissit au fur et à mesure que nous tournons les pages. La seconde partie du roman quant à elle fait voler en éclat toutes nos croyances durement établies.

Gillian Flynn brouille les pistes et se joue de nos émotions. Nous éprouvons ainsi tour à tour empathie, dégoût et stupeur. Les Apparences n’est pas un thriller ordinaire, mais il a gagné le pari de renouveler le genre et de tenir en haleine son lecteur. Ça n’est pas pour rien que le maître du thriller du 7e art, j’ai nommé David Fincher (Seven, Zodique), s’est octroyé les droits du roman pour en faire la très bonne adaptation qu’est Gone Girl.

A mon sens, Gillian Flynn est une prodige du genre, de chacun de ses trois romans a découlé l’année suivante une adaptation cinématographique, que ce soient films ou série.

Je ne saurai que vous inviter à vous plonger dans son univers désillusionné, qui nous laisse un goût amer et fait voler en éclat notre perception du politiquement correct. Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Match Point, d’un petit réalisateur sans prétention. Woody Allen.

Belle lecture à vous ! 🎈

Les Apparences de Gillian Flynn est disponible aux Éditions Livre de Poche. On doit à David Fincher son adaptation réussie dans les salles obscures, datant de 2014, sous le titre de Gone Girl.