Arnaque, crime et manipulation

Thriller, Thriller psychologique

Manipulation : (Nom féminin) manœuvre malhonnête. Sauf si vous êtes un kinésithérapeute, et encore, cela reste sujet à débat.

Le bonheur de lire à Carantec, vivement les prochaines vacances !

Toute ressemblance dans le titre avec le Arnaque, Crime et Botanique de Guy Ritchie n’est absolument pas fortuite. Bien que les intrigues soient aux antipodes. A aucun moment dans cette lecture, vous ne rencontrerez Sting, en tenancier de pub, et par certains égards, cela me semble dommage.

Mais trêve de plaisanteries. Les Apparences, donc. C’est par ce roman que j’ai découvert la géniale Gillian Flynn, et son art de la mise en scène macabre. Il faut dire que la couverture sobre, le prix des lecteurs Elle et le quatrième de couverture cryptique sont alléchants : « Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise financière, ils ont quitté Manhattan pour s’installer dans le Missouri. Un jour, Amy disparaît et leur maison est saccagée. L’enquête policière prend vite une tournure inattendue : petits secrets entre époux et trahisons sans importance de la vie conjugale font de Nick le suspect idéal. Alors qu’il essaie lui aussi de retrouver Amy, il découvre qu’elle dissimulait beaucoup de choses, certaines sans gravité, d’autres plus inquiétantes.« 

Ce que j’ai aimé en premier lieu est la construction narrative du roman, coupée en deux parties. La première basée sur l’alternance de points de vue : celui de Nick, le mari bafoué, au temps présent, et celui du journal intime d’Amy, du passé lointain au passé proche. Cette narration atypique donne de la profondeur à l’intrigue, qui s’épaissit au fur et à mesure que nous tournons les pages. La seconde partie du roman quant à elle fait voler en éclat toutes nos croyances durement établies.

Gillian Flynn brouille les pistes et se joue de nos émotions. Nous éprouvons ainsi tour à tour empathie, dégoût et stupeur. Les Apparences n’est pas un thriller ordinaire, mais il a gagné le pari de renouveler le genre et de tenir en haleine son lecteur. Ça n’est pas pour rien que le maître du thriller du 7e art, j’ai nommé David Fincher (Seven, Zodique), s’est octroyé les droits du roman pour en faire la très bonne adaptation qu’est Gone Girl.

A mon sens, Gillian Flynn est une prodige du genre, de chacun de ses trois romans a découlé l’année suivante une adaptation cinématographique, que ce soient films ou série.

Je ne saurai que vous inviter à vous plonger dans son univers désillusionné, qui nous laisse un goût amer et fait voler en éclat notre perception du politiquement correct. Cela n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Match Point, d’un petit réalisateur sans prétention. Woody Allen.

Belle lecture à vous ! 🎈

Les Apparences de Gillian Flynn est disponible aux Éditions Livre de Poche. On doit à David Fincher son adaptation réussie dans les salles obscures, datant de 2014, sous le titre de Gone Girl.

Le jeu des apparences

Feel Good, Thriller

Apparence : (Nom féminin) aspect extérieur, considéré comme différent de la réalité. Elles ont tendance à être trompeuses dans mes lectures, ce qui est pour me plaire.

On notera une grande imagination dans mes illustrations

À mes yeux, et à mes goûts surtout, le thriller est à la littérature ce qu’est le rock à la musique : un repère, vers lequel je me plais à revenir de temps à autre. Un retour aux sources en quelque sorte. Il est vrai qu’Agatha Christie et Sir Arthur Conan Doyle m’ont accompagnés durant mes années collèges. Et Kurt Cobain, bien que défunt, pendant les suivantes. Avec les années, mes goûts se sont affinés, en même temps que mes talents de détective en herbe se sont aiguisés. Il n’est pas rare que je trouve le coupable et le mobile (coucou le Cluedo) à mi roman, même si cela paraît inopportun à l’instant donné.

  • Depuis quelques années, je suis donc à la recherche de mon Graal personnel, à savoir, le parfait petit polar. Celui qui combine une intrigue haletante et addictive avec une fin non téléphonée mais pas non plus complètement ubuesque. Et que l’écriture soit fluide également. Je ne pense pas être si exigeante que cela et si vous êtes dans mon cas, vous savez que ça n’est pas facile à trouver !
  • C’est dubitative que je me suis tournée vers La Fille D’Avant de JP Delaney. Le titre n’était pas sans me rappeler La fille du train, que je n’ai pas particulièrement apprécié. Il est toutefois à noter que les deux romans n’ont strictement rien avoir, que ce soit en termes d’intrigues ou de style. Je me suis laissée convaincre par les critiques dithyrambiques ainsi que par le sempiternel quatrième de couverture : « Après un drame éprouvant, Jane cherche à tourner la page. Lorsqu’elle découvre le One Folgate Street, elle est conquise par cette maison ultra moderne, chef d’oeuvre de l’architecture minimaliste, parfaite. Mais pour y vivre, il faut se plier aux règles draconiennes imposées par son architecte, Edward Monkford, aussi mystérieux que séduisant. Parmi celles-ci : répondre régulièrement à des questionnaires déconcertants et intrusifs. Peu à peu, Jane acquiert une inquiétante certitude : la maison est pensée pour transformer celui qui y vit. Or elle apprend bientôt qu’Emma, la locataire qui l’a précédée et qui lui ressemble étrangement, y a trouvé une fin tragique.Alors qu’elle tente de démêler le vrai du faux, Jane s’engage sur la même pente, fait les mêmes choix, croise les mêmes personnes… et vit dans la même terreur que la fille d’avant. »
  • L’exercice est ardu tant il serait facile de trop en dire sans le vouloir. Donc si vous le voulez bien, une fois de plus, nous nous en tiendrons plus à la forme qu’au fond. En effet, cela reviendrait à gloser la couverture.
  • La forme donc. Tout le suspens et l’intrigue se basent sur un savant jeu de temporalité entre les deux protagonistes principales. S’alternent alors les chapitres avant, qui donnent la parole à la défunte Emma, et les chapitre après, avec Jane. Ce qui fait la force de cet enchainement, c’est la temporalité du récit. Bien que les histoires soient narrées à trois ans d’intervalle, nous avons l’impression que les chapitres se suivent, sans scission dans le récit.
  • Je ne puis tellement vous en dire plus sans vous gâcher le plaisir, mais je ne saurai que trop vous conseiller La Fille d’Avant.
  • Belle lecture à vous ! 🎈

La Fille d’Avant de JP Delaney est disponible aux éditions Livre de Poche.

Une famille pas si parfaite

Thriller

Famille : (Nom féminin) Ensemble des personnes unies par un lien de parenté ou d’alliance. Ou bien encore, ensemble de maffiosi groupés sous l’autorité d’un parrain. Je crois que dans certain cas, il y a plus d’amour ou tout du moins de respect dans cette seconde définition.

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Mise en abîme sur mon canapé moelleux

J’avais beaucoup aimé le roman Les Apparences, qui m’avait permis de découvrir un petit génie du thriller psychologique en la personne de Gillian Flynn. Méconnue pour ma part, même si elle en était à  son troisième roman. Ce titre ne vous évoque peut être rien, mais sachez qu’on doit à David Fincher une excellente adaptation cinématographique, avec Gone Girl. Vous avez déjà pu le constater mais j’ai un certain penchant pour les adaptions, réussies ! C’est vous dire si j’ai été gâtée avec Sharp Object, mini série de 8 épisodes, qui est la transposition pas mal ficelée de Sur Ma Peau.

Si le quatrième de couverture révèle assez vite quels peuvent être les sens de ce titre, la couverture quant à elle avec sa lame de rasoir ne laisse pas l’ombre d’un doute : « La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà, l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée… Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind Gap. Mais pour Camille, retourner à Wind Gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs. A l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, Camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices… On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité... »

Sur Ma Peau donc est le premier roman de Gillian Flynn.  Avec tout ce que sous entend un premier écrit : moins d’exigences de la part du lecteur, surtout quand on touche la perfection par la suite. Ce n’est clairement pas dans ce prisme que j’ai débuté ma lecture, et ai donc été un peu déçue. Je trouvais que les personnages n’étaient pas assez fouillés. Que leurs noirs secrets n’étaient pas assez exploités. Avec le recul, je me rend compte qu’ils l’étaient bien assez.

On s’envole alors pour « l’Amérique profonde », à Wind Gap, petit bled sans âme du Missouri dont la principale source de revenues est l’élevage porcin.  On rencontre peu de gens, mais le psyché des personnages principaux fait froid dans le dos. Qui sont-il d’ailleurs ? Ce sont trois femmes de trois générations différentes, mais de même famille.

Camille, tout d’abord, fille mal aimée d’Adora et de père inconnu, supporte sa vie à grande rasade de Vodka. La scarification est devenue son mode de communication à l’adolescence. Plusieurs drames ont été vécus pendant cette période, dont le décès de sa demi sœur cadette, à la santé fragile. Sa peau est son journal intime, sa vie marquée au fer rouge, dans sa chaire.

Adora,quant à elle, est maîtresse femme , qui n’a eu de cesse de repousser Camille, trop indépendante, trop « vivante »  a son goût. Rien ne doit dépasser, ni venir ternir la parfaite image qu’elle renvoie à la communauté de Wind Gap.

Pour finir en beauté ce portait de famille apocalyptique se tient Amma, la petite dernière, adolescente insolente. Sa vie  oscille entre maison de poupée et drogues dures, entre destruction et abetissement.

Gillian Flynn nous offre un trio haut en couleur qui n’aura de cesse de brouiller les cartes et ainsi perturber l’enquête sur les meutres horribles commis dans leur ville natale.

J’espere n’en avoir pas trop dit mais assez pour vous donner le goût de le lire !

Bonne lecture 🎈

Sur Ma Peau est disponible aux éditions Le Livre de Poche ; Sharp Objectif est actuellement diffusé sur OCS.