Sous terre – James Delargy

Thriller, Thriller psychologique

Désert : (nom masculin) Région aride peu habitée, où la faune et la flore sont quasiment inexistantes. Endroit parfait quand on est en fuite et qu’on souhaite repartir de zéro, dans l’anonymat le plus total. Endroit parfait quand on agit dans une légalité relative – de surcroit la nuit – et qu’on ne veut être vu. Endroit parfait pour un drame. Parfait décor pour un thriller.

Sous terre, James Delargy

Ceux qui me connaissent savent que j’ai à peu prêt peur de tout. Très pratique au quotidien, je sursaute au moindre bruit suspect et provoque souvent une hilarité générale. En ville, la foule a tendance à m’impressionner. Les rues sombres à m’inquiéter et je me sens agresser si on s’approche trop prêt de moi. A contrario, la campagne m’angoisse par ce manque de vie. Cette idée qu’on ne croise certes personne, mais que la seule personne que l’on pourrait croiser pourrait tout aussi bien être susceptible de nous découper en carré et nous ranger dans une valise. Dans tous les cas, je suis persuadée que s’il y a un endroit à cambrioler ce sera bien évidemment celui où je me trouve.

Partant de ce postulat de base que je suis une nature quelque peu angoissée voire un peu névrosée, partir vivre dans une ville fantôme au sein d’un désert me semble être une idée profondément stupide et potentiellement suicidaire. Parfait décor angoissant à mes yeux pour distiller quelques gouttes de frayeurs et de croyances faussées. Parfait décor du roman de James Delargy, Sous Terre. »Comme beaucoup de familles, les Maguire rêvent de quitter la ville pour un retour à la nature. Kallayee semble être l’endroit idéal : abandonné depuis longtemps, l’ancien village minier promet d’être calme, paisible. Sous l’écrasante chaleur du désert australien, leurs espoirs se dissipent. Des lumières la nuit, des grondements lointains, des traces de pneus dans la poussière… Autant d’indices qui leur font comprendre qu’ils ne sont pas seuls. Depuis Noël, voilà dix jours que personne ne peut les contacter. La famille a disparu. Emmaline Taylor de la police criminelle mène l’enquête, mais, pour pouvoir les retrouver, elle doit d’abord comprendre quelles raisons les ont poussés à se réfugier dans un endroit si reculé. Et elle doit faire vite : la maison saccagée et le sol taché de sang laissent craindre le pire… »

Une famille en cavale. Une ville fantôme et ses maisons abandonnées au milieu d’un désert. Un squelette de Kangourou en guise de voisin, qui semble vous dire de fuire cet endroit morbide. Un étrange bruit provenant de les entrailles de la terre et qui vous laisse éveiller la nuit.

Une flic en quête d’indices. A la recherche de cette famille évaporée dans la nature pour échapper aux courroux qu’elle avait créé autour d’elle. A la recherche de réponses;

L’ambiance est aride et poisseuse. On se perd en conjonctures au rythme des courts qui chapitres qui alternent entre présent et passé proche, entre points de vue et perspectives. Ce maillage habile créé un sentiment d’urgence, de besoin imminent de se protéger et de comprendre à quel moment l’indicible s’est produit.

James Delargy signe avec Sous Terre un thriller haletant, qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout, et dont une fois n’est pas coutume, la fin est un parfait point au récit.

Bonne lecture à vous !

Sous terre de James Delargy est disponible aux Editions Harper Collins Noir.

Bad Man – Dathan Auerbach

Thriller psychologique

Fraternité : (nom féminin) sentiment profond, lien existant entre personnes de la même famille ou se considérant comme tel. Toutefois, bien que de la même famille certains frères peuvent se sentir des étrangers l’un pour l’autre, allant parfois même se détester.

Bad Man, Dathan Auerbach

Plus jeune, j’ai eu ce qu’on pourrait appeler des phases de lecture. Pour ne pas dire que j’étais légèrement monomaniaque. Je le suis toujours. Quand j’habitais à Paris, boire un verre au café Mabillon, jouxtant le métro et la rue susnommée était un jeu qui plaisait. Après avoir lu la quasi totalité des Agatha Christie, je me suis ainsi tournée vers le maître de l’épouvante sur papier glacé, j’ai nommé Stephen King.

Autant je suis imperméable aux films d’horreurs, m’endormant allégrement devant la scène qui glace le sang de toute personne normalement constitué, autant lire King me procurait un frisson, une angoisse, au fur et à mesure que je tournais les pages. Cujo, en tête, ayant déjà une peur bleue du meilleur ami de l’homme au quotidien. Le Fléau, ayant contracté en pleine pandémie les symptômes avant coureur d’une fin précoce, à savoir ceux du rhume. Pour finir Shining, et cet solitude ouatée angoissante, ce monde parallèle qui attend en tapinois le moindre signe de faiblesse.

Shining donc, et son adaptation magistrale par l’un des maître du cinéma, cet art à mes yeux complémentaire à la littérature, j’ai nommé Kubrick. Alors quand le bandeau promotionnel vend « Shining au supermarché » sur une couverture à la plus que sombre sobriété, je me laisse tenter. C’est ainsi qu’à commencer mon aventure avec le Bad Man de Dathan Auerbach. « On dit qu’après quarante-huit heures, les chances de retrouver une personne disparue sont quasi nulles. Deux jours pour ratisser les bois alentour, frapper à toutes les portes, remuer ciel et terre. Passé ce délai, l’espoir n’est plus permis. Eric, trois ans, a disparu il y a cinq ans. Peu à peu, les affichettes ont jauni, les policiers se sont désintéressés de l’affaire, la vie a repris son cours dans cette petite ville désaffectée de Floride. Pas pour Ben, le grand frère de la victime. Qui ne s’est jamais remis du drame. Qui a vu sa famille sombrer. Mais qui n’a jamais cessé ses recherches. »

Un supermarché comme point de départ. Une disparition d’enfant. Un grand frère responsable d’avoir détourné le regard. Ben perd Eric, son cadet âgé de trois ans. Le rideau se lève cinq ans plus tard, le décor reste le même, le mystère entier. Le supermarché comme lieu du drame, où tous les possibles s’offrent à nous. Un supermarché la nuit, vide et silencieux, comme lieu de l’action, dont on connaît par cœur le plan à force d’y trainer les pieds bon an mal an. Lieu qui crée malgré lui une tension. Une sort de huis clos, entre conserves et bouteilles de lait. Des indices semés aux comptes gouttes, qui donnent un espoir incertain, celui de retrouver cet enfant perdu. Une galerie de personnages troubles et hors normes. Qui sème des mensonges ? Qui dit vrai ? le doute est permis, et l’opacité se fait de plus en plus dense autour de Ben.

Mais, j’ai été déçue. Déçue par un dénouement d’intrigue qui ne m’a pas plu. Je suis TRES exigeante en termes de résolution. Seul Poirot peut se permettre de garder pour lui des indices dans son chapeau, melon au demeurant. Je m’attendais en outre à voire sauter derrière les rayons des monstres et autres créatures malfaisantes. Que le suspens établi soit plus tangible.

La principale raison de mon attachement à l’intrigue est triviale et personnelle. Les prénoms des frères sont ceux de deux frères d’armes, amis d’enfance, de mon cercle. Cela m’a fait sourire. Et a bien évidemment été partagé aux principaux intéressés. Les deux premiers tiers du roman m’ont tenue en haleine, puis l’ennui s’est invité. Bad Man d’Anton Auerbach a souffert de ma sédentarité et de mon manque d’entrain du moment. Ainsi que d’une publicité mensongère qui le dessert même avant d’entamer la lecture.

Malgré tout, bonne lecture à vous !

Bad Man d’Anton Auerbach est disponible aux éditions 10/18

Eden – Monica Sabolo

Thriller psychologique

Forêt : (nom féminin) vaste étendue de terrain couvert d’arbres. Dans ma Bretagne chérie elles sont légions, et revêtent ce côté mystique propre aux légendes des Chevaliers de la Table Ronde, de la Dame du Lac ou encore des Korrigans. En m’y promenant, même adulte, j’aime à croire que ces légendes puissent avoir un fondement. Que la forêt possède une âme réelle.

Éden, Monica Sabolo

Les bruits de la ville me rassure, bien que je peste après la circulation. Les commerces de proximités en bas de chez moi me rassurent, dans le cas où il me manquerait quelque chose d’une importance capitale, même si je n’y mets jamais les pieds au moment opportun. Les terrasses qui fleurissent l’été à portée de main, trop bondée pour pouvoir y accéder. Pour toutes ces raisons contradictoires et hautement futiles, je suis une citadine. C’est un fait indéniable. Le silence des espaces vides tend à m’angoisser.

Pourtant, j’aime à me perdre dans la contemplation de l’océan, dans ces endroits connus que de peu de personnes. J’aime à courir en rase campagne, sur un parcours bien défini pour éviter de se faire croquer une fesse par un chien de ferme, mais c’est une autre histoire. J’aime le calme que la montagne procure en moi, majesté époustouflante qui n’a rien à prouver. J’aime à me perdre en forêt, et prendre le temps de contempler ce calme que nous offre la nature. Dans tous ces endroits, je me suis plus à imaginer mille histoires, de pirates, de chevaliers et j’en passe. Avec ce sentiment que quoiqu’il advienne, quoique l’Homme fasse, la Nature finira par régner.

Les Esprits de la Forêt. Gardien de ce temple sacré qu’est la Nature. La Forêt qui lie des destins entre eux, en défait d’autres, pétrie de mystères, de ce voile mystique qui la rend si désirable; ce lieu mais également ce personnage central du roman de Monica Sabolo, Eden. »Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : “Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt.” Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, qui rêve d’ailleurs. Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois. »

L’adolescence. Cet âge ingrat. Ingrat par cette mue opérée par nos corps que l’on ne reconnaît plus. Ingrat par cette préoccupation constante que devient le regard des autres : ceux des garçons du même âge, dont nous sommes en attente, et celui des jeunes femmes de quelques années nos aînées, dont on cherche l’approbation silencieuse. Ingrat par cet apprentissage de la vie, par des vérités que l’on voit voler en éclat en levant ce voile d’innocence de l’enfance. Avec comme voisine imposante, cette forêt qui nous aimante, enlevant les âmes des êtres aimés, peuplés de bêtes aussi somptueuses que cruelles. Cette forêt prête à nous livrer le secret, que dans les actes les plus inhumains, les plus abjectes, l’Homme est bien celui qui officie.

J’ai été transportée dans l’Eden de Monica Sabolo, qui n’a de Paradis que le nom. Elle nous conte avec force et douceur mélangées les instincts primaires et bestiaux dont peuvent être esclaves les humains, Sans nous enlever pour autant cette sensation que la lueur rédemptrice est à , défaut d’être à portée de main, à la portée de nos esprits. A l’instar d’un simple choix.

Belle lecture à vous !

Eden de Monica Sabolo est disponible aux éditions Le Livre de Poche