Psychose

Thriller psychologique

Psychose : (nom féminin) Maladie mentale ignorée de la personne qui en est atteinte (à la différence des névroses) et qui provoque des troubles de la personnalité. On pense alors au gentil Norman Bates et on se sauve en courant.

La bible selon moi

Il faut se méfier de ce qu’on lit, le titre peut s’avérer trompeur : Alfred Hitchcock n’a rien à faire dans cet article. Je voulais vous parler aujourd’hui d’un des auteurs contemporains que je préfère, à savoir Bret Easton Ellis.

J’ai découvert sa bibliographie il y a une dizaine d’années maintenant, et chacun de ses ouvrages m’a percutée, que ce soit par sa violence ou ses personnages plus noirs les uns que les autres. « Il y a quelque chose de pourri au royaume du [glamour] ». Et je dois avouer avoir une préférence pour American Psycho. Le titre, déjà, plaît par sa généralisation de la folie à l’Amerique entière. Et ensuite le quatrième de couverture, par son résumé du dichotomique personnage principal : « Patrick Bateman est un de ces yuppies à qui tout semble réussir et qui pense que rien n’est trop beau pour lui. Comme ses collègues de la Chemical Bank, il affiche une ambition sans scrupules, passe son temps à collectionner les signes extérieurs les plus coûteux possible de sa réussite et va sniffer des lignes de coke dans les soirées huppées. À la différence de ses amis, il se livre tout de même à un loisir d’un genre particulier. La nuit, il tue, viole et torture comme ça, pour le plaisir, pour évacuer le stress et être plus performant dans la journée.« 

J’ai passé plusieurs jours en compagnie du sympathique Patrick, tout en dents blanches et sourire carnassier. Un aspect de gendre idéal carriériste, nouveau riche, qui pourrait en séduire plus d’une. Mais à la nuit tombée, le masque tombe et le prédateur est en émoi. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde de l’Upper East Side.

L’intrigue peut paraître convenue, mais c’est son traitement qui vaut le détour. On évolue dans un univers glamour, où le paraître est roi. Les gens sont interchangeables, les prénoms vus comme des accessoires. L’identité parce que l’on paraît plutôt que par qui l’on est. Tous les protagonistes sont semblables, les lieux identiques. Une sorte de labyrinthe dans lequel les âmes damnées ont échoué et ne pourront en sortir vivant. La toute dernière phrase accentue d’ailleurs ce sentiment « sans issue ». Glaçant tout simplement.

L’autre fait troublant est que l’on ne sait jamais si nous sommes dans les songes de Bateman ou s’il agit vraiment. En effet, ce dernier vit dans le stupre, la drogue et l’alcool. Le doute est donc permis. Ce doute n’est d’ailleurs à mon sens pas assez exploité dans l’adaptation cinématographique que j’ai trouvé moyenne. Christian Bale, quant à lui, à son habitude, excelle.

Je ne saurai que vous conseiller de lire ou relire Brest Easton Ellis, sa vision débridée de l’Amérique contemporaine vaut qu’on s’y intéresse.

Bonne lecture à vous ! 🎈

American Psycho de Brett Easton Ellis est disponible aux Editions 10/18. Si vous êtes conquis, je vous conseille d’enchaîner avec Les Lois de l’Attraction, même auteur, même éditions !

Une simple faveur

Thriller psychologique

Faveur : (Nom féminin) Disposition à accorder sa protection, son appui à quelqu’un de préférence aux autres. Synonyme bienveillance. Ou autrement dit le contraire des lignes qui vont suivre.

De ma période Gossip Girl, j’ai gardé un certain attachement à l’actrice Blake Lively. Intérêt grandissant par la suite grâce au fil Savages, d’Oliver Stone. La bande annonce de son prochain film, A Simple Favor m’a assez plu. Projetant donc de m’enfermer dans les salles obscures en automne, je me devais de lire Disparue de Darcey Bell, dont l’intrigue est tirée.

Le quatrième de couverture n’en dit guère plus que la bande annonce. Toutefois, n’aimant pas lire les manuscrits après leurs adaptations, je me suis laissée facilement convaincre : « Cela commence par un simple petit service – du genre de ceux que se rendent volontiers deux mères de famille. Tout oppose en apparence Stephanie, une jeune veuve sans emploi qui partage son temps entre son fils Miles et la rédaction de son « blog de maman », et Emily, une femme d’affaires sophistiquée et mariée. Elles s’entendent pourtant à merveille et ont noué, dans leur petite ville du Connecticut, une amitié aussi forte que celle qui lie leurs deux fils de cinq ans.Et lorsqu’Emily lui demande de récupérer son fils Nicky à la sortie de l’école, Stephanie accepte tout naturellement. Mais Emily ne revient pas ».

Un thriller donc. Psychologique qui plus est. Vous vous rendrez rapidement compte que j’affectionne particulièrement ce genre, qui dissèque assez finement les noirs tréfonds de l’âme humaine. Je n’ai d’ailleurs jamais trouvé aussi vrai un proverbe qu’avec « les apparences sont trompeuses ».

Une histoire de coup de foudre amical ensuite. Nous sommes bien loin de l’amour – haine décrit par Elena Ferrante. Un coup de foudre entre deux mères, nourries d’un amour inconditionnel pour leurs petits garçons. Qui deviennent le prétexte aux martini gin post école et aux confidences honteuses.

Deux femmes esseulées, qui se sont trouvées. Stéphanie d’un côté, assez insipide, qui a besoin de reconnaissance. Son blog de Maman décrit d’ailleurs assez bien la mère qu’elle aimerait être plutôt que la mère qu’elle est réellement. Emily quant à elle, solaire et à la mise parfaite, attachée de presse pour un grand couturier, semble avoir la vie dont elle a toujours rêvé. Ne dit-on pas, après tout, que les opposés s’attirent.

Le roman débute à peine qu’Emily a déjà disparu. Le procédé narratif est relativement chiadé. La première partie nous est uniquement contée par la voix de Stéphanie, la seconde par les deux protagonistes principales, ainsi que par le mari d’Emily. Les chapitres alternent, entre autres, entre articles de blog – guindés, qui laissent transparaître un affect surfait- et vie réelle. Darcey Bell crée ainsi un joli huis clos, au sein duquel la tension monte de pages en pages.

Suite à ma lecture, je souhaite toujours visionner son adaptation. Même si, somme toute, j’ai réussi à trouver l’issue finale relativement rapidement. J’espère vous avoir donner l’envie de le lire / voir à votre tour !

Bonne lecture 🎈

Disparue de Darcey Bell est disponible aux éditions Pocket. A simple Favor (l’ombre d’Emily) du réalisateur Paul Feig sortira dans les salles le 26 septembre prochain.

Sa vie romancée malgré soi

Thriller psychologique

Romancer: (verbe) Présenter sous forme de roman un pan d’histoire, le récit d’une existence, de certains faits, en utilisant les artifices romanesques, en ajoutant une intrigue sentimentale, des détails plaisants pour agrémenter la narration. Lorsque à l’aube de la quarantaine, tu reçois un roman et que tu lis ta vie. Je crois que si cela devait m’arriver, je serais relativement bouleversée.

Je crois que cet été j’ai eu une phase « thriller psychologique » et qu’elle a commencé avec le roman de Catherine Cusset, Le Problème avec Jane. Pourtant primée avec le Goncourt lycéen pour un autre de ses romans, Un Brillant Avenir, je n’avais jamais entendu parler de cette auteur. J’ai donc comblé une sacrée lacune avec cette plaisante lecture.

Le quatrième de couverture m’a immédiatement parlé, avec entre autre, une mise en abime de la vie d’écrivain. J’ai toujours aimé cet effet tiroir, qui permet d’évoquer des sujet plus librement mais en gardant une certaine pudeur malgré tout :

« Jane ne recevait jamais de paquet chez elle. Elle le prit. Solide, rectangulaire et plutôt lourd : sans doute un livre. Elle se battit contre l’enveloppe rembourrée, agrafée et collée. Elle en sortit une chemise en carton jaune. Une disquette tomba sur le sol carrelé avec un bruit sec. La chemise contenait un manuscrit en feuilles détachées. Sur la première page, elle lut :

LE PROBLÈME AVEC JANE

roman

Pas de nom d’auteur. Elle regarda l’enveloppe marron : pas de nom d’expéditeur. Le paquet avait été posté à New York cinq jours plus tôt. Elle parcourut rapidement les premières pages. Il s’agissait d’elle. Quelqu’un de bien informé. Le manuscrit comptait trois cent soixante pages et s’achevait sur cette phrase : « En bas elle trouva le paquet avec le manuscrit. »

Quel peut bien être ce problème qui nécessite qu’on écrive un roman à une femme ? Quel peut bien être cette personne qui connaît votre vie, de votre adolescence à la maturité de femme, et se permette de revendiquer un quelconque problème ? Comment réagirais-je si un écrit me débitait tout de go que j’avais un problème ? Ce sont les questions que je me suis posée à l’ouverture de ce roman.

Le procédé stylistique de mise en abime du roman nous donne une double lecture assez interessante. En effet, nous, lecteurs, nous faisons une image de Jane à travers sa vie romancée par un tiers. Mais également quant aux réactions que cette lecture suscite chez elle. Elle apparaît tour à tour faible et forte, terne et lumineuse. Un personnage double donc , grâce un habile jeu de points de vue.

Nous rencontrons en fait une femme brillante, docteur en littérature émérite, qui professionnellement trace son sillon. Mais qui sur un plan personnel peine à trouver un équilibre (N’a pas un parangon de patience comme Éric de conjoint qui peut !). Qui a vécu des drames personnels aussi. Et c’est à travers le prisme de ces derniers que Jane peine à trouver l’auteur de ce manuscrit. Ceux susceptibles de savoir n’aurait jamais osé faire cela. Mais connaît on bien les gens dans le fond ? Sont ils aussi bons qu’ils prétendent l’être ?

Le problème avec Jane est peut être qu’il n’y en a aucun après tout. Catherine Cusset signe un thriller psychologique plaisant et vrai, sur la vie d’une femme, qui est somme toute la vie des femmes. Tout simplement.

Belle lecture à vous ! 🎈

Le Problème avec Jane de Catherine Cusset est disponible aux éditions Folio