White Rabbit*

Thriller, Thriller psychologique

Lapin : (nom masculin) Petit mammifère rongeur à grandes oreilles. Blanc et toujours en retard, il est une sorte de guide pour Alice dans son voyage au pays des merveilles. Blanc et sous acide, il est le phare de Benicio del Toro aux pays des chauves-souris**. Vous l’aurez compris, ce personnage est clé. 

Trop de morts au pays des merveilles, Morgan Audic

Mon enfance a été bercée par les contes. Ceux des frères Grimm et Andersen, en version édulcorée tout d’abord. Puis en version originale, plus sombre mais préférée. Je découvrais  sur le tard Alice aux Pays des Merveilles. Qui est devenu l’un de mes contes préférés. Que ce soit l’original de Lewis Caroll, l’adaptation animée de Disney ou la version magnifiée de Tim Burton. Avec une grosse préférence pour Nivens McTwisp, même s’il ne fait que quelques apparitions sporadiques.

C’est ainsi que le titre oxymore du premier roman de Morgan Audic, Trop de morts aux pays des Merveilles m’a interpellée et éveillé mon intérêt. Un oxymore donc, pour une intrigue noire et faite de faux semblants, de vérités oubliés et de secrets enfouis, prêts à être révélés tels une boîte de pandore. « Depuis trois ans Alice, la femme de Christian Andersen, avocat au barreau de Paris, a disparu. Et depuis trois ans, les gens qui l’entourent se posent la même question : Andersen a-t-il tué sa femme ? Dans un premier roman hommage au chef-d’œuvre de Lewis Carroll où les indices prennent la forme de charades, Morgan Audic tisse un jeu de faux-semblants, de trompe-l’œil et de chausse-trappes aussi fascinant qu’un conte pour enfants diaboliques.« 

Un conte en filigrane. Un conte morbide. Au sein duquel la reine de cœur se plaît à trancher beaucoup de têtes. Un veuf au nom de conteur à la mémoire envolée. Cette pièce cruciale manquante au puzzle, au cœur de l’énigme qu’est la disparition d’Alice, sa femme. Une course poursuite égrainée de corps de vie pour essayer de comprendre.

Un avocat suivi de près par un procureur avide de faire la loi. Une ancienne flic qui reprend l’affaire qui l’avait ébranlée au point d’être radié des cadres. Un médecin sans frontières exilé dans un camps de roms. Un corbeau qui en sait beaucoup mais qui est avare de mots. Tous en quête de cette vérité. De trouver le responsable du chaos semé au pays des merveilles.

Trop de morts aux pays des merveilles est un thriller bien ficelé, au rythme nerveux et l’écriture impeccable. J’y ai vu pour ma part quelques ressemblances avec Ne le dit à Personne d’Harlan Coben, dans le postulat de base, mais que Morgan Audic a rapidement su nous faire oublier. Une belle surprise que ce roman. Seul avertissement, une fois que vous l’aurez commencé, vous aurez du mal à le reposer.

Belle lecture à vous !

Trop de morts au pays des Merveilles de Morgan Audic est disponible aux éditions Rouergue Noire

*White Rabbit, Jefferson Airplaine

**Las Vegas Parano à voir ou à revoir

Alceste

Thriller psychologique

Mutisme : (nom masculin) Refus ou incapacité psychologique de parler. Si la parole se tarit, comment communiquer ? Comment être compris ? Quels visages prennent alors réalité et mensonge ?

Dans son silence, Alex Michaelides

Depuis que j’ai suivi des cours d’histoire de cinéma, j’ai une certaine frustration dans la lecture de thriller, et psychologique de surcroît. Le rapport peut sembler inexistant de prime abord, mais tout est une question de mécanique. Celle de la construction narrative. Et les rouages sont malheureusement les mêmes. Les ficelles ont été montrées, la magie a cessé. Je n’ai de cesse que d’appliquer ce qui m’a été appris, à mon corps défendant.

Malgré tout, je ne veux pas me priver du plaisir de la lecture de ce genre que j’affectionne. Depuis ma découverte de Sir Arthur Conan Doyle et Agatha Christie. Et c’est avec un plaisir non feint que je me suis lancée dans la lecture de Dans son silence, premier roman d’Alex Michaelides, dont les critiques sont plus qu’élogieuses. Peut être allais je être surprise. « Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant le cadavre de son mari défiguré, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : faire reparler Alicia. Quand un poste se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper une parole. Alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait… »

L’Art. L’art comme unique moyen de communiquer ses émotions. L’art comme vecteur de sentiments, de ressentiments. L’art comme une énigme abstraite qu’il faut apprendre à déchiffrer, sa patience en bandoulière. Objet de convoitise et d’envie. D’abnégation et de salut.

La parole. La Parole comme vecteur de mensonges et d’ignominie. Celle par qui le malheur arrive. Car même si c’est une vérité – non absolue – qui est dite, elle n’est malgré tout pas belle à entendre. Surtout quand c’est sur elle qu’un individu se construit.

L’écriture. L’écriture comme légende d’une vie. L’intime dans un journal que l’on veut personnel. Qui se meut en pièce à conviction. Conviction d’innocence. Conviction de culpabilité. Tout est une question de polarité.

Et c’est par cette polarité que l’intrigue ne noue et se dénoue devant nos yeux. Et qu’elle nous surprend et nous tient en haleine tout du long. Coup de chapeau à Alex Michaelides qui signe un roman à la psychologie fine et soignée avec Dans son silence. Certes, j’avais trouvé la fin au milieu de ma lecture, mais pas tous les artifices liés.

Belle lecture à vous !

Dans son silence, d’Alex Michaelides est disponible auxEditions Le Livre de Poche

Manoir hanté

Thriller psychologique

Passé : (nom masculin) qui n’est plus, est écoulé. On peut parler ainsi d’un temps révolu, d’un moment de vie, ou tout simplement ce qui nous construit aujourd’hui. On peut s’y complaire comme chercher à le fuir. Dans certain cas, certaine zones d’ombres subsistent, comme quand nos petits frères et sœurs nous disent que nous, aînés, avons été trouvés dans une poubelle et de facto adoptés. Et qui si on demande à nos parents, ils nous diront que ça n’est pas vrai. Mon petit frère était machiavélique.

Pour la bretonne que je suis, amoureuse des landes écossaises, les Cornouailles sont la destination parfaite où j’aimerai passer mes vacances d’été. Oui vous avez bien lu. J’ai vécu pendant mes études, du secondaire à fin de master, à Brest, la ville où il fait treize degrés toute l’année. Je l’ai bien quittée un hiver pour les frimas écossais d’un semestre Erasmus. Ça laisse des séquelles, croyez moi. C’est ainsi que les paysages sauvages qui sont balayés par les embruns répondent pour moi à un certain idéal. Ironiquement, plus ils sont déchirés plus je me sens apaisée.

Couplez à cet amour des éléments passionnés, un attrait pour les vieilles bâtisses cossues, vous obtenez mon idéal de cadre de vie. Ma vie dans ma boîte à chaussure parisienne s’y apparente presque me direz vous. Surtout pour le côté post apocalyptique.

Les manoirs et leurs secrets d’alcôve donc, leurs boudoirs et autres pièces dérobées, où planent des souvenirs joyeux et autres, sont autant d’ingrédients qui m’ont menée à lire un Manoir en Cornouailles d’Eve Chase : « Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ?« 

Un lieu. La Manoir de Pencraw sus nommé affectueusement par ses occupants le manoir des Lapins Noirs. Lieu qui se révèle être un personnage a part entière, le liant entre les protagonistes. Deux temporalités. La fin des années soixante et les années deux mille. L’une joyeuse de prime abord, puis fauchée dans son bonheur trop idyllique pour survivre. L’autre, torturée et basée sur les non dits. Une année de drames qui a déchiré une famille unie et soudée revécue en quelques jours par photos et confessions interposées. Les Lapins Noirs quant à eux, et surtout malgré eux, métaphore d’un  bonheur jadis perdu et tantôt retrouvé.

J’ai aimé cette histoire, bien écrite et surtout bien ficelée, où la jalousie d’une femme, montée à son paroxysme, peut causer tant de dégâts. La plume d’Eve Chase nous emmène doucement vers un dénouement attendu, que l’on souhaite secrètement mais sans trop de fioritures. Tout au long de cette lecture, j’ai humé les embruns, et senti le vent tempétueux. Je me suis sentie en immersion total au Manoir des Lapins Noirs, et au cœur de la famille Alton.

Belle découverte que le Manoir de Cornouailles d’Eve Chase. Je vous invite à le lire en ces premiers jours d’été pour vivre une histoire de famille pas comme les autres.

Belle lecture à vous ! 🎈

Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase est disponible aux éditions 10/18.