Âme damnée

Thriller psychologique

Âme (nom féminin) : Principe de la sensibilité et de la pensée et par extension, notre conscience. Celle qui nous guide et qui nous permet de juger le bien et le mal. Certes la vie n’est pas aussi dichotomique dans les situations qu’elle nous propose d’expérimenter, mais certains peuvent faire preuve en toute connaissance de cause d’un machiavélisme exacerbée. Au point de se demander s’ils ont jamais été pourvu de la moindre bribe d’âme.

L’audacieux monsieur swift, John Boyne

Le portrait de Dorian Gray. Roman parfait du Romantisme s’il en est, porté par cette plume impeccable qu’était celle d’Oscar Wilde. Cette âme vendue pour une jeunesse, un talent, pour tout simplement une éternité damnée. C’est cette image de beauté parfaite, qui ne se fanera jamais, trop polissée pour être honnête, cette quête absurde d’une perfection inatteignable qui m’a trotté dans la tête tout au long de ma lecture.

Match Point. Film parfait d’un réalisateur mythique, qui pose la question toute simple, celle de savoir jusqu’où nous sommes capables d’aller pour nous élever dans la société, sans renoncer à qui nous sommes, sans renoncer à ce que nous aimons ? L’appât du gain et de l’apparat est il plus fort que la passion des sentiments ? La réponse est à discrétion de chacun. Woody Allen nous sert une réponse amorale à souhait. C’est ce film qui m’a trotté dans la tête en filigrane de ma lecture, au fil des pages tournées. Ainsi quand j’ai rencontré Maurice Swift au Savoy, il a immédiatement pris les traits de Jonathan Rhys Mayer.

Le talentueux M. Ripley pour finir. Qui n’a de talent que de se faire passer pour un autre, de vivre à travers un autre, qui représente une idée, un idéal.

Prenez ces trois ingrédients, mélangez les à la cuillère et non au shaker, et vous obtiendrez L’audacieux Monsieur Swift, de John Boyne. « Dans un hôtel berlinois, Maurice Swift rencontre par hasard le célèbre romancier Erich Ackerman qui lui confie son lourd passé, et lui permet de devenir l’auteur qu’il a toujours rêvé d’être. Quelques années plus tard, Maurice Swift s’est enfin fait un nom ; il a désormais besoin de nouvelles sources d’inspiration. Peu importe où il trouve ses histoires, à qui elles appartiennent, tant qu’elles contribuent à son ascension vers les sommets. Des histoires qui le rendront célèbre, mais qui le conduiront aussi à mentir, emprunter, voler. Ou pire encore, qui sait ?« 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui décide qu’il sera un écrivain en vue. Certes, ce rêve peut être compréhensible. Que celui qui n’a jamais rêvé de recevoir un Oscar dans sa salle de bain me jette la première pierre. C’est l’histoire d’un jeune homme qui renvoie l’image que celui qui le voit se prête à lui donner. C’est l’histoire d’un jeune homme conté par son mentor. C’est l’histoire d’une image, celle d’un écrivain, dont le talent est l’usurpation, le vol de propriétés intellectuelles et bien pire. C’est l’histoire d’un écrivain conté par sa femme. C’est l’histoire d’un psychopathe, conscient de la force d’attraction qui émane de lui, et qui est prêt à tout pour être au sommet . C’est l’histoire conclue par lui même.

Avec L’audacieux Monsieur Swift, John Boyne nous offre une lecture addictive, une apnée dans le monde de la littérature et l’édition dont il écorne les contours dans cette mise en abyme de la vie d’un auteur.

Bonne lecture à vous !

L’audacieux Monsieur Swift de John Boyne est disponible aux éditions Le Livre de Poche

L’enfer c’est les autres

Thriller, Thriller psychologique

Désert : (nom masculin) Région aride peu habitée, où la faune et la flore sont quasiment inexistantes. Endroit parfait quand on est en fuite et qu’on souhaite repartir de zéro, dans l’anonymat le plus total. Endroit parfait quand on agit dans une légalité relative – de surcroit la nuit – et qu’on ne veut être vu. Endroit parfait pour un drame. Parfait décor pour un thriller.

Sous terre, James Delargy

Ceux qui me connaissent savent que j’ai à peu prêt peur de tout. Très pratique au quotidien, je sursaute au moindre bruit suspect et provoque souvent une hilarité générale. En ville, la foule a tendance à m’impressionner. Les rues sombres à m’inquiéter et je me sens agresser si on s’approche trop prêt de moi. A contrario, la campagne m’angoisse par ce manque de vie. Cette idée qu’on ne croise certes personne, mais que la seule personne que l’on pourrait croiser pourrait tout aussi bien être susceptible de nous découper en carré et nous ranger dans une valise. Dans tous les cas, je suis persuadée que s’il y a un endroit à cambrioler ce sera bien évidemment celui où je me trouve.

Partant de ce postulat de base que je suis une nature quelque peu angoissée voire un peu névrosée, partir vivre dans une ville fantôme au sein d’un désert me semble être une idée profondément stupide et potentiellement suicidaire. Parfait décor angoissant à mes yeux pour distiller quelques gouttes de frayeurs et de croyances faussées. Parfait décor du roman de James Delargy, Sous Terre. »Comme beaucoup de familles, les Maguire rêvent de quitter la ville pour un retour à la nature. Kallayee semble être l’endroit idéal : abandonné depuis longtemps, l’ancien village minier promet d’être calme, paisible. Sous l’écrasante chaleur du désert australien, leurs espoirs se dissipent. Des lumières la nuit, des grondements lointains, des traces de pneus dans la poussière… Autant d’indices qui leur font comprendre qu’ils ne sont pas seuls. Depuis Noël, voilà dix jours que personne ne peut les contacter. La famille a disparu. Emmaline Taylor de la police criminelle mène l’enquête, mais, pour pouvoir les retrouver, elle doit d’abord comprendre quelles raisons les ont poussés à se réfugier dans un endroit si reculé. Et elle doit faire vite : la maison saccagée et le sol taché de sang laissent craindre le pire… »

Une famille en cavale. Une ville fantôme et ses maisons abandonnées au milieu d’un désert. Un squelette de Kangourou en guise de voisin, qui semble vous dire de fuire cet endroit morbide. Un étrange bruit provenant de les entrailles de la terre et qui vous laisse éveiller la nuit.

Une flic en quête d’indices. A la recherche de cette famille évaporée dans la nature pour échapper aux courroux qu’elle avait créé autour d’elle. A la recherche de réponses;

L’ambiance est aride et poisseuse. On se perd en conjonctures au rythme des courts qui chapitres qui alternent entre présent et passé proche, entre points de vue et perspectives. Ce maillage habile créé un sentiment d’urgence, de besoin imminent de se protéger et de comprendre à quel moment l’indicible s’est produit.

James Delargy signe avec Sous Terre un thriller haletant, qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout, et dont une fois n’est pas coutume, la fin est un parfait point au récit.

Bonne lecture à vous !

Sous terre de James Delargy est disponible aux Editions Harper Collins Noir.

Ben et Eric

Thriller psychologique

Fraternité : (nom féminin) sentiment profond, lien existant entre personnes de la même famille ou se considérant comme tel. Toutefois, bien que de la même famille certains frères peuvent se sentir des étrangers l’un pour l’autre, allant parfois même se détester.

Bad Man, Dathan Auerbach

Plus jeune, j’ai eu ce qu’on pourrait appeler des phases de lecture. Pour ne pas dire que j’étais légèrement monomaniaque. Je le suis toujours. Quand j’habitais à Paris, boire un verre au café Mabillon, jouxtant le métro et la rue susnommée était un jeu qui plaisait. Après avoir lu la quasi totalité des Agatha Christie, je me suis ainsi tournée vers le maître de l’épouvante sur papier glacé, j’ai nommé Stephen King.

Autant je suis imperméable aux films d’horreurs, m’endormant allégrement devant la scène qui glace le sang de toute personne normalement constitué, autant lire King me procurait un frisson, une angoisse, au fur et à mesure que je tournais les pages. Cujo, en tête, ayant déjà une peur bleue du meilleur ami de l’homme au quotidien. Le Fléau, ayant contracté en pleine pandémie les symptômes avant coureur d’une fin précoce, à savoir ceux du rhume. Pour finir Shining, et cet solitude ouatée angoissante, ce monde parallèle qui attend en tapinois le moindre signe de faiblesse.

Shining donc, et son adaptation magistrale par l’un des maître du cinéma, cet art à mes yeux complémentaire à la littérature, j’ai nommé Kubrick. Alors quand le bandeau promotionnel vend « Shining au supermarché » sur une couverture à la plus que sombre sobriété, je me laisse tenter. C’est ainsi qu’à commencer mon aventure avec le Bad Man de Dathan Auerbach. « On dit qu’après quarante-huit heures, les chances de retrouver une personne disparue sont quasi nulles. Deux jours pour ratisser les bois alentour, frapper à toutes les portes, remuer ciel et terre. Passé ce délai, l’espoir n’est plus permis. Eric, trois ans, a disparu il y a cinq ans. Peu à peu, les affichettes ont jauni, les policiers se sont désintéressés de l’affaire, la vie a repris son cours dans cette petite ville désaffectée de Floride. Pas pour Ben, le grand frère de la victime. Qui ne s’est jamais remis du drame. Qui a vu sa famille sombrer. Mais qui n’a jamais cessé ses recherches. »

Un supermarché comme point de départ. Une disparition d’enfant. Un grand frère responsable d’avoir détourné le regard. Ben perd Eric, son cadet âgé de trois ans. Le rideau se lève cinq ans plus tard, le décor reste le même, le mystère entier. Le supermarché comme lieu du drame, où tous les possibles s’offrent à nous. Un supermarché la nuit, vide et silencieux, comme lieu de l’action, dont on connaît par cœur le plan à force d’y trainer les pieds bon an mal an. Lieu qui crée malgré lui une tension. Une sort de huis clos, entre conserves et bouteilles de lait. Des indices semés aux comptes gouttes, qui donnent un espoir incertain, celui de retrouver cet enfant perdu. Une galerie de personnages troubles et hors normes. Qui sème des mensonges ? Qui dit vrai ? le doute est permis, et l’opacité se fait de plus en plus dense autour de Ben.

Mais, j’ai été déçue. Déçue par un dénouement d’intrigue qui ne m’a pas plu. Je suis TRES exigeante en termes de résolution. Seul Poirot peut se permettre de garder pour lui des indices dans son chapeau, melon au demeurant. Je m’attendais en outre à voire sauter derrière les rayons des monstres et autres créatures malfaisantes. Que le suspens établi soit plus tangible.

La principale raison de mon attachement à l’intrigue est triviale et personnelle. Les prénoms des frères sont ceux de deux frères d’armes, amis d’enfance, de mon cercle. Cela m’a fait sourire. Et a bien évidemment été partagé aux principaux intéressés. Les deux premiers tiers du roman m’ont tenue en haleine, puis l’ennui s’est invité. Bad Man d’Anton Auerbach a souffert de ma sédentarité et de mon manque d’entrain du moment. Ainsi que d’une publicité mensongère qui le dessert même avant d’entamer la lecture.

Malgré tout, bonne lecture à vous !

Bad Man d’Anton Auerbach est disponible aux éditions 10/18