Manoir hanté

Thriller psychologique

Passé : (nom masculin) qui n’est plus, est écoulé. On peut parler ainsi d’un temps révolu, d’un moment de vie, ou tout simplement ce qui nous construit aujourd’hui. On peut s’y complaire comme chercher à le fuir. Dans certain cas, certaine zones d’ombres subsistent, comme quand nos petits frères et sœurs nous disent que nous, aînés, avons été trouvés dans une poubelle et de facto adoptés. Et qui si on demande à nos parents, ils nous diront que ça n’est pas vrai. Mon petit frère était machiavélique.

Pour la bretonne que je suis, amoureuse des landes écossaises, les Cornouailles sont la destination parfaite où j’aimerai passer mes vacances d’été. Oui vous avez bien lu. J’ai vécu pendant mes études, du secondaire à fin de master, à Brest, la ville où il fait treize degrés toute l’année. Je l’ai bien quittée un hiver pour les frimas écossais d’un semestre Erasmus. Ça laisse des séquelles, croyez moi. C’est ainsi que les paysages sauvages qui sont balayés par les embruns répondent pour moi à un certain idéal. Ironiquement, plus ils sont déchirés plus je me sens apaisée.

Couplez à cet amour des éléments passionnés, un attrait pour les vieilles bâtisses cossues, vous obtenez mon idéal de cadre de vie. Ma vie dans ma boîte à chaussure parisienne s’y apparente presque me direz vous. Surtout pour le côté post apocalyptique.

Les manoirs et leurs secrets d’alcôve donc, leurs boudoirs et autres pièces dérobées, où planent des souvenirs joyeux et autres, sont autant d’ingrédients qui m’ont menée à lire un Manoir en Cornouailles d’Eve Chase : « Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ? »

Un lieu. La Manoir de Pencraw sus nommé affectueusement par ses occupants le manoir des Lapins Noirs. Lieu qui se révèle être un personnage a part entière, le liant entre les protagonistes. Deux temporalités. La fin des années soixante et les années deux mille. L’une joyeuse de prime abord, puis fauchée dans son bonheur trop idyllique pour survivre. L’autre, torturée et basée sur les non dits. Une année de drames qui a déchiré une famille unie et soudée revécue en quelques jours par photos et confessions interposées. Les Lapins Noirs quant à eux, et surtout malgré eux, métaphore d’un  bonheur jadis perdu et tantôt retrouvé.

J’ai aimé cette histoire, bien écrite et surtout bien ficelée, où la jalousie d’une femme, montée à son paroxysme, peut causer tant de dégâts. La plume d’Eve Chase nous emmène doucement vers un dénouement attendu, que l’on souhaite secrètement mais sans trop de fioritures. Tout au long de cette lecture, j’ai humé les embruns, et senti le vent tempétueux. Je me suis sentie en immersion total au Manoir des Lapins Noirs, et au cœur de la famille Alton.

Belle découverte que le Manoir de Cornouailles d’Eve Chase. Je vous invite à le lire en ces premiers jours d’été pour vivre une histoire de famille pas comme les autres.

Belle lecture à vous ! 🎈

Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase est disponible aux éditions 10/18.

L’inconstance est cruauté

Thriller psychologique

Inconstance : (nom féminin) Tendance qui consiste à changer trop facilement d’opinion, de décision, de sentiment ou de comportement. Typiquement, cela définit l’histoire que j’entretiens avec mes cheveux depuis des années. Les pauvres souffrent beaucoup trop pour leur propre salut.

La maîtresse de mon amant, Maggie O’Farrell

Depuis que je suis en âge de le comprendre, que ce soit dans la littérature ou au cinéma, j’ai toujours été fascinée par les relations amoureuses complexes, revêtant malgré tout une certaine beauté. Aux antipodes des princesses Disney et leur charmants sauveurs. Attention, ce n’est pas parce cela pique ma curiosité que j’établis ce schéma dans ma vie quotidienne. Bien au contraire. Je crois en l’âme sœur, pas aux corps éphémères. Malgré tout, le romantisme m’est d’un superflu. Je ne suis qu’antagonisme.

Ce qui m’a de prime abord interpellé dans le roman de Maggie O’Farrell, La Maîtresse de mon amant est son titre original, qui suggère un enchevêtrement de liaisons et de sentiments, de faux semblants et d’un drame latent. Le titre est chargé d’une lourde promesse. Qui a été respectée. Quatre protagonistes, trois points de vues, trois temporalités, le tout en alternance, d’un paragraphe à l’autre. Je vous livre ici le quatrième de couverture qui avait achevé de me convaincre dans mon choix :« À vingt-deux ans, Lily, que la vie ennuie un peu, vit chez sa mère et cumule trois emplois, sans conviction. Quand Marcus, un jeune architecte rencontré lors d’un vernissage, lui propose de partager son loft londonien, la jeune femme est immédiatement séduite par la proposition, et par le charme magnétique de son auteur.
Mais, dès son arrivée dans l’appartement, Lily éprouve un sentiment de malaise : un prénom – Sinead – inscrit sur la sonnette, des robes plein les placards, un lit aux draps froissés… L’endroit porte encore les traces de l’ancienne petite amie de Marcus, disparue dans des circonstances mystérieuses.
Malgré de sombres pressentiments, Lily tombe amoureuse de Marcus, mais sitôt qu’ils se touchent, elle sent une inquiétante présence se manifester. Fantasme ou réalité ? Effrayée par ces visions, déconcertée par le mutisme de Marcus, la jeune femme devient peu à peu obsédée par une nécessité : connaître la vérité sur le passé sentimental de son amant…
»

L’intrigue est montée comme un thriller psychologique. Elle s’ouvre sur un drame latent. Tout du moins c’est ce que l’on ressent dans l’absence de mots, voire de maux, posé sur les faits passés. Le présent de la jeune Lily se fait apocalyptique. Dommage collatéral d’une passion avortée. Elle plonge peu à peu dans une folie douce, qui nous la rend antipathique. Alors qu’elle n’est que « le jouet de la fortune ».

D’une funeste fortune. Reposant sur les cendres du passé de la maîtresse, celle que l’on hait par défaut, mais qui contre toute attente est légitime. Un fantôme plane sur nos protagonistes qui s’agitent tels des pantomimes à la recherche de la vérité, de leur salut et pour certain de leur âme. De l’extraordinaire dans des vies sommes toute ordinaire.

J’ai tout simplement adoré ce roman en trois temps, qui ne respecte aucun code et impose le sien, pour une lecture hautement addictive. La prose de l’auteure est fluide, et saisissante de réalisme quant aux détails qui vous font basculer dans la douleur en un battement de cils.

Belle découverte donc que la plume aiguisée de Maggie O’Farrell, qui sait trouver les justes mots pour définir les noirs tréfonds des actes humains. Je ne saurais trop vous conseiller de vous essayer à cette auteure. Je pense pour ma part me plonger plus assidûment dans sa bibliographie, après mon coup de cœur pour La Maîtresse de mon Amant.

Belle lecture à vous ! 🎈

La Maitresse de mon amant de Maggie O’Farrell est disponible aux Éditions 10/18.

Another Love

Thriller psychologique

Obsession : (non féminin) Représentation, accompagnée d’états émotifs pénibles, qui tend à accaparer le champ de la conscience. Typiquement, moi et cette petite veste en cuir qui me fait de l’œil depuis le début des soldes. Je suis sûre qu’elle m’irait bien.

Parfaite de Caroline Kepnes

Je suis une victime de la mode, littéralement. Aussi quand tout le monde s’est enflammé au sujet de la série Netflix You, j’ai foncé tête baissée, tel le mouton moyen. Et grand bien m’a pris. Je bêle désormais d’allégresse. D’autant plus quand j’ai découvert que le plaisir allait être prolongé par la lecture. J’allais pouvoir rentrer un peu plus dans le psyché des personnages, me façonner une image plus fine.

Cette expérience de double lecture aurait pu être à double tranchant. Car il est souvent décevant de faire revivre des caractères et des personnages, que l’on a vu animé par l’esprit et le jeux d’autres personnes, par la perception qu’il avait de leur personnage. Par les partis pris de leur réalisateur.  Pourtant étonnamment, cela à fonctionner. Grâce à la musique. Non pas la bande son imposée, mais celle qui m’est propre.

Je crois bien que la musique tient une place tout aussi importante dans ma vie que la lecture. Bien que je tienne ici à préciser que je ne joue pas d’instruments et que j’ai la voix d’un chanteur punk. Aussi, il n’est pas rare que j’associe un morceau à une lecture, inconsciemment. Je le fredonne jusqu’à ce que je coupe les ponts avec ces personnages qui m’auront accompagnée de quelques heures à quelques jours. La bande son de Parfait de Caroline Kepnes a été Another Love de Tom Odell. Curieux choix n’est ce pas, mais la perception de l’amour et de sa désillusion y est la même à mon sens. Ce qui m’a inspiré le titre de l’article. Ne parlons pas d’odieux plagiat, restons courtois le voulez vous.

Pour que vous compreniez ce qui m’a séduite dans l’intrigue, je vous laisse prendre connaissance du quatrième de couverture : »Je sais tout de toi. Tu es parfaite. Je t’aimerai à la vie, à la mort. Tu es à moi pour toujours. Lorsque Beck pousse la porte de sa librairie, Joe est immédiatement sous le charme. Ravissante, effrontée, sexy, elle est tout simplement tout ce qu’il cherche chez une femme. Et quand Joe aime, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins… Quelques semaines plus tard, la vie de Beck n’a plus de secrets pour Joe. Il a trouvé son nom, son adresse, s’est procuré accès à ses emails, il la suit virtuellement sur les réseaux sociaux et physiquement dans les rues de New York. Avec un peu d’organisation, une  » vraie  » rencontre est vite provoquée, et comment résister à un garçon qui devance vos moindres désirs, semble deviner vos pensées les plus intimes ? Et lorsque des personnes de l’entourage de Beck sont victimes d’accidents macabres, c’est tout naturellement dans les bras de Joe que se réfugie la jeune femme. Mais si Beck ignore l’ampleur de l’obsession de son nouveau petit ami, Joe ne connaît pas non plus toutes les facettes de sa bien-aimée. »

Avec le personnage de Joe, qui est aussi le narrateur, nous avons clairement à faire à un psychopathe, qui ne recule devant rien pour vivre l’histoire d’amour dont il rêve. Malgré tout, à l’instar de Dexter, nous ne pouvons malheureusement pas toujours contredire ses raisonnements. Sa pathologie le pousse, pour se protéger, à analyser finement les comportements d’autrui. Dans lesquels il sait voir le plus souvent la partie la plus sombre.

Beck évolue dans un univers où le paraître est important. Sa vie étalée sur les réseaux sociaux sans filtres. Sa volonté d’être écrivain, d’embrasser ce mode de vie, sans se donner la peine de réellement écrire. Ses secrets pour se donner un air plus torturé qu’il n’y parait. Tout cela est faux, sonne faux. A contrario, son preu chevalier est à la recherche de la vérité. Enfin de sa vérité, biaisé par le prisme de son comportement, selon lui, rationnel.

Il y est d’ailleurs fait référence au film Closer, que je vous conseille fortement, dès la première page où Nathalie Portman (Alice) ment éhontément sur qui elle est, pour rester libre de toute entrave. Cette dernière préfère partir que d’avouer la vérité.  Cette comparaison au film est filée dans tout le roman.

J’ai aimé partager la vie et les points de vue de ces êtres torturés, esquintés par leurs vies antérieures. J’ai aimé être surprise par leurs frasques en tout genre. Et par dessus tout, j’ai aimé lire le livre après la série, car il rend ses lettres de noblesse à Joe. On a tendance à lui pardonner ses actes dans la série, alors qu’on va l’abhorrer dans la lecture.

Belle découverte à vous ! 🎈

Parfaite de Caroline Kepnes est disponible aux Editions Pockets. La saison 1 série You est disponible sur Netflix.