L’œil du paon

Thriller psychologique

« Tout être beau a l’orgueil naturel de sa beauté et le monde aujourd’hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. » Extrait de Noces à Tipasa d’Albert Camus. Et quelle créature plus légitime pour parader qu’un paon majestueux, au plumage couronné d’un camaïeu de bleu, faisant la cour à ses promises.

Paris. Ville lumière qui appâte au loin dans son halo, tel le phare des marins dans la nuit noit. Cette ville aux multiples facettes, qui forgent des personnalités aux fils de ses nuits débridées, de ses nuits sans sommeil, de ses nuits sans autre but que de se sentir vivant. De ses journées ensoleillées mais ensommeillées, où le paraître brille de ses plus beaux atours, à s’en brûler la rétine. A s’en brûler les ailes.

Adonis. Amant mythique d’Aphrodite et Persephone, symbole dès saisons et des fins tragiques. Des amours désastreuses. Adonis, veuf et père aimant, se pavanant au milieu de ses paons et de sa fille.

Hera. Femme de Zeus. Déesse toute puissante. Fille d’Adonis, aux croyances mystiques chevillées au corps. Exilant sa fille pour son salut, ne sachant pas qu’ainsi il devient le maître de sa perte.

Gabriel. L’archange, le protecteur. Qui se mue en Belzebuth, et profane le plus pur des trésors.

Des personnages aux œillères magistrales, dans un huis clos flamboyant. Préférant de loin la valses des apparences, maintenues par des paradis artificielles socialement tolérables et tolérées. Hera, heroine tragique embrassant à merveille son prénom antique.

Une claque que ma lecture de l’œil du paon de Lilia Hassaine, qui m’a maintenue en haleine jusqu’au dénouement, à la hauteur de la tragédie contemporaine qui se joue devant nos yeux.

Belle lecture à vous !

L’œil du paon de Lilia Hassaine est disponible aux éditions Folio

Une bête au Paradis

Thriller psychologique

« Ses lèvres vinrent sur les miennes se poser // Et je sentis au cœur une vague brûlure » Jules Supervieille, Le portrait. Quand l’amour se mue en passion, qu’elle dérègle la raison, en point que l’Homme devient bête et perde à jamais son empathie, sa part d’humanité.

Une bête au Paradis, Cécile Coulon

Je suis une fille de la ville. Pas que je voue un culte aux rues bétonnées, mais parce que je m’y sens plus à l’aise, plus à ma place. Parce que le bruit de la foule m’effraie moins que le murmure calme de la campagne. Voire de son silence absolu. Parce que la nuit urbaine trace dans son sillage des lumières artificielles, a contrat de la nuit provinciale, noire, ténébreuse.

Je suis une fille de la ville. Circonstancielle. Parce que j’y suis née, j’y ai grandi. Et que j’ai toujours été appelée par les lumières plus grandes, des terrains de curiosité, de rencontres culturelles, spirituelles. De celles qui marquent une vie. Pour le pire comme pour le meilleur. Malgré cela, je chéris la campagne des mes vacances, de cette part d’enfance enfouie en mois. Des été dans la ferme de mes cousines, des visites aux veaux dans la crèche, des parties de cache cache dans les meules de foin.

Je suis une fille de la ville. Typique. Qui adore s’évader ailleurs dès qu’elle peut. Et c’est ainsi que j’ai foulée de mes pieds le Paradis, dans une bête au Paradis de Cécile Coulon : « Dans sa ferme isolée au bout d’un chemin de terre, appelée le Paradis, Emilienne élève seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Devenue adolescente, Blanche rencontre Alexandre, son premier amour. Mais, arrivé à l’âge adulte, le couple se déchire lorsqu’Alexandre, dévoré par l’ambition, exprime son désir de rejoindre la ville tandis que Blanche demeure attachée à son coin de terre.« 

La Paradis. Nom antinomique pour un lieu marqué de drames et larmes. De dur labeur qui empêche de s’apitoyer sur ce qui aurait pu être, sur ceux qu’on aurait pu devenir. La Paradis comme lieu d’un huis clos poisseux. Comme protagoniste à part entière de la naissance de la bête.

Blanche. Orpheline, brisée dans sa chaire depuis sa plus tendre enfance. Amoureuse de sa terre. Amoureuse d’Alexandre. Avec cette farouche volonté que le Paradis soit le sien. Alexandre. Fils unique à la terne famille. Qui brille par sa gentillesse. Par sa beauté. Qui a cette farouche volonté de devenir quelqu’un. Oui, mais surtout ailleurs. Une bête cachée en tapinois rode et observe ses proies.

Je découvre Cécile Coulon avec Une bête au Paradis et j’ai été littéralement transportée par sa plume, précise, qui nous emmène au cœur de l’intrigue dès les premières lignes et qui nous subjuguent au point de regretter que sa lecture soit déjà finie. Un vrai coup de cœur.

Belle lecture à vous !

Une bête au Paradis de Cécile Coulon est disponible aux éditions Le livre de poche.

Âme damnée

Thriller psychologique

Âme (nom féminin) : Principe de la sensibilité et de la pensée et par extension, notre conscience. Celle qui nous guide et qui nous permet de juger le bien et le mal. Certes la vie n’est pas aussi dichotomique dans les situations qu’elle nous propose d’expérimenter, mais certains peuvent faire preuve en toute connaissance de cause d’un machiavélisme exacerbée. Au point de se demander s’ils ont jamais été pourvu de la moindre bribe d’âme.

L’audacieux monsieur swift, John Boyne

Le portrait de Dorian Gray. Roman parfait du Romantisme s’il en est, porté par cette plume impeccable qu’était celle d’Oscar Wilde. Cette âme vendue pour une jeunesse, un talent, pour tout simplement une éternité damnée. C’est cette image de beauté parfaite, qui ne se fanera jamais, trop polissée pour être honnête, cette quête absurde d’une perfection inatteignable qui m’a trotté dans la tête tout au long de ma lecture.

Match Point. Film parfait d’un réalisateur mythique, qui pose la question toute simple, celle de savoir jusqu’où nous sommes capables d’aller pour nous élever dans la société, sans renoncer à qui nous sommes, sans renoncer à ce que nous aimons ? L’appât du gain et de l’apparat est il plus fort que la passion des sentiments ? La réponse est à discrétion de chacun. Woody Allen nous sert une réponse amorale à souhait. C’est ce film qui m’a trotté dans la tête en filigrane de ma lecture, au fil des pages tournées. Ainsi quand j’ai rencontré Maurice Swift au Savoy, il a immédiatement pris les traits de Jonathan Rhys Mayer.

Le talentueux M. Ripley pour finir. Qui n’a de talent que de se faire passer pour un autre, de vivre à travers un autre, qui représente une idée, un idéal.

Prenez ces trois ingrédients, mélangez les à la cuillère et non au shaker, et vous obtiendrez L’audacieux Monsieur Swift, de John Boyne. « Dans un hôtel berlinois, Maurice Swift rencontre par hasard le célèbre romancier Erich Ackerman qui lui confie son lourd passé, et lui permet de devenir l’auteur qu’il a toujours rêvé d’être. Quelques années plus tard, Maurice Swift s’est enfin fait un nom ; il a désormais besoin de nouvelles sources d’inspiration. Peu importe où il trouve ses histoires, à qui elles appartiennent, tant qu’elles contribuent à son ascension vers les sommets. Des histoires qui le rendront célèbre, mais qui le conduiront aussi à mentir, emprunter, voler. Ou pire encore, qui sait ?« 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui décide qu’il sera un écrivain en vue. Certes, ce rêve peut être compréhensible. Que celui qui n’a jamais rêvé de recevoir un Oscar dans sa salle de bain me jette la première pierre. C’est l’histoire d’un jeune homme qui renvoie l’image que celui qui le voit se prête à lui donner. C’est l’histoire d’un jeune homme conté par son mentor. C’est l’histoire d’une image, celle d’un écrivain, dont le talent est l’usurpation, le vol de propriétés intellectuelles et bien pire. C’est l’histoire d’un écrivain conté par sa femme. C’est l’histoire d’un psychopathe, conscient de la force d’attraction qui émane de lui, et qui est prêt à tout pour être au sommet . C’est l’histoire conclue par lui même.

Avec L’audacieux Monsieur Swift, John Boyne nous offre une lecture addictive, une apnée dans le monde de la littérature et l’édition dont il écorne les contours dans cette mise en abyme de la vie d’un auteur.

Bonne lecture à vous !

L’audacieux Monsieur Swift de John Boyne est disponible aux éditions Le Livre de Poche