Enfant Lune

2020, Rentree Litteraire

Culpabilité : (nom masculin) Sentiment de faute ressenti par un sujet, que cette dernière soit réelle ou imaginaire. Dans ce second cas, il est plus complexe de surmonter ce sentiment, qui ne se repose sur rien de tangible, de concret. Quand nous n’avons aucune prise sur ce qui nous ronge, cette culpabilité tend à croître de manière anarchique, et nous ronge.

Ensemble, on aboie en silence, Gringe

Même si je vibre pour le son enivrant des guitares teintées de basses accompagnées de quelques tintements de battements de baguettes – quoique j’écoute ma préférence ira toujours au rock – je me plais de temps à autre à sortir de ma zone de confort, avec des artistes aux flows enfiévrés et textes engagés.

De Gringe, je connaissais son groupe Les Casseurs Flowters. Non pas les braqueurs bras cassés de Maman j’ai raté l’avion, mais plutôt « deux connards dans un abribus. » Titre connu sur le bout des doigts et fredonné à tue tête plus que de raison. Qui m’a toujours donné cette image de deux ados désabusés dans ces gros arrêt en pierre, qui semblent être posés au milieu des courants d’air. Où le car ne passé qu’une fois par heure, et ce à heure fixe.

De Gringe, je connaissais l’acteur. Notamment avec Carbonne d’Olivier Marchal, réalisateur cher à mon cœur depuis Braquo. En somme je connaissais l’artiste. Enfin, connaître est un bien grand mot.

De Gringe, je ne savais rien de l’homme. A travers ce nouvel art auquel il s’essaie, à savoir l’écriture, je découvre un écrivain. Doublé d’un humain aux fêlures réelles, aux questions qui resteront sans réponses, aux actes sciemment manqués. De Gringe, j’ai lu son roman, Ensemble on aboie en silence : « Deux frères. L’un, candide, l’autre, rageur. Leurs parents ont mis au monde la parfaite antithèse. Quand Thibault fonce, Guillaume calcule. Si Thibault tombe, Guillaume dissimule. Prise de risque contre principe de précaution. L’amour du risque face à l’art de ne jamais perdre. En 2001, Thibault est diagnostiqué schizophrène. À cela, un Chevalier Lumière ne peut rien. Sa bascule, il fallait la raconter. Et aussi la culpabilité, les traitements, la honte, les visions, l’amour, les voyages, les rires, la musique et l’espoir. Alors Thibault a accepté de livrer ses folles histoires. Et ses voix se sont unies à celle de son frère. Contre une maladie qui renferme tous les maux, les clichés, les fardeaux, ils ont livré bataille. À partir d’une tragédie universelle, ils ont composé un livre où douleur et mélancolie côtoient la plus vibrante tendresse.« 

Dès les premières pages non rentrons dans une intimité familiale et feutrée, où la maladie prédomine. De celle que l’on ne comprend pas et qui nous effraie. De celle qui touche le psyché et broie une personnalité. De celle qui dénature l’être connu, aimé et chéri. Que l’on doit apprendre à re-connaître, à soutenir et à ne surtout pas juger.

Gringe nous livre sa vie, celle hors projecteur, du grand frère protecteur qui se fustige de ne pas l’être assez. Qui essaie de comprendre à quel moment son équilibre s’en est allé. Qui apprend à vivre avec cette culpabilité sourde qui empêche d’avancer. A travers ses sentiments livrés, une déclaration d’amour à son frère aimé. Deux frères aux antipodes. Deux âmes sœurs qui s’éclairent bon an mal an dans cette nuit qu’à pu être leur vie.

Ensemble on aboie en silence est une jolie surprise, tant sur le fond que sur la forme. On assiste à une mise à nue d’un grand enfant, au travers le portrait de son frère, posé ça et là sous forme d’anecdote. Gringe nous offre un livre rythmé, aux chapitres courts et finement ciselés. Une belle déclaration d’amour à son âme frère.

Bonne lecture à vous !

Ensemble, on aboie en silence de Gringe est disponible aux Editions Harper Collins Traversée

Calamity Jane

2020, Rentree Litteraire

Calamité : (nom féminin) Grave infortune personnelle ou simple inconvénient, mais aussi personne qui n’apporte que des ennuis. Deux lignes de définition distincte dans le dictionnaire, qui se mêlent entre elles dans la vie, après tout.

Paris. Ville lumière aux ténèbres éclairées. Ville aux deux visages. Sage, avec ses monuments – musée à ciel ouvert s’il en est – sa vie arty propre sur elle, ses restaurants sans gluten. Une jeune fille policée bien sous tout rapport le jour. Punk, avec ses nuits fiévreuses qui finissent au petit matin, ses noctambules endiablées qui convergent vers l’ultime point de ralliement, Pigalle. Une jeune fille qui fait le mur, assoiffée de liberté et en quête d’expérience la nuit.

Pigalle. Quartier schizophrène, à la population éparse et hétéroclite. Où tes pas te mènent invariablement, que tu sois un touriste en goguette, aux aguets de stupre bon chic bon genre ou cet individu grammé prêt à vivre des expériences improbables, et dont les souvenirs sont d’emblée incertain.

Gwenn. Notre héroïne aux deux visages, qui définit parfait la dichotomie de ce quartier où elle travaille, de cette ville où elle vit. Gracile et fragile, une Isabelle Huppert en devenir qui stagne dans un monde aux brutes opiacées auxquelles elle n’a de cesse de s’accrocher. Bienvenue dans le paradis artificiel dépeint laconiquement dans l’intimité de son journal. Bienvenue chez Calamity Gwenn de François Beaune : « Gwenn a 30 ans. Elle est belle, libre, aussi drôle que désespérée. Elle a toujours rêvé d’être Isabelle Huppert mais pour le moment elle travaille dans un sex-shop à Pigalle, parfait poste d’observation de ses semblables qu’elle saisit avec humour et tendresse dans son journal intime où elle raconte, entre autres, sa vie nocturne, ses virées, ses amours.« 

Qu’il est facile de se perdre dans les limbes lorsque la seule chose à laquelle nous nous raccrochons est un rêve inaccessible. Le fantasme de devenir actrice, à Hollywood, a été mainte fois dépeint. Le miroir aux alouettes et la triste vérité qui se cache derrière. Peu d’élues et à quel prix*. Le fantasme de devenir une icône française, beaucoup moins. Car à mes yeux c’est ce que sont nos rares actrices, des icones talentueuses, parfaites images de papier glacé qui dégage ce « je ne sais quoi » de « chic à la française ».

Au travers des mois d’une année débridée, Gwenn narre ses pensées, ses histoires, sa vie – d’avant, de maintenant – ses galères, ses plans dopes, dans un nuage opiacé, dans un monde de la nuit tentant et dangereux, aux gentils Freaks et vrais méchants. L’âge de raison que la trentaine pousse à poser un constat sur sa vie, ce qu’elle est et ce qu’elle aimerait.

J’ai aimé lire les mots de cette Calamity Gwenn, sous la plume de François Beaune, que j’ai trouvé touchante. Une amazone en manque d’amour dans un le Pigalle de la nuit est pour moi la parfaite image des anti héroïnes des temps modernes. Et pour cela, elle ne pouvait que me plaire.

Belle lecture à vous !

Calamity Gwenn de François Beaune est disponible aux Editions Albin Michel

*Je vous conseille la géniale série Holywood de Ryan Murphy, disponible sur Netflix.

Mars Attack !

2020, Rentree Litteraire

Inconnue : (nom féminin) Dont on ignore l’existence, l’identité. Mais également, en mathématique, une variable à déterminer pour trouver connaître la solution d’un problème. Les deux peuvent parfois être inextricablement liées et cela devient un casse tête onirique.

Si je ne devais garder qu’une phrase de ce film culte de mon adolescence qu’est Mars Attack !, ce serait la suivante : « nous venons en paix ». Si je ne devais garder qu’un roman pour définir mon ressenti depuis le 17 mars dernier , ce serait Le Fléau de Stephen King. Dans les deux cas, cette idée pugnace que les ennuis et autres tragiques tracas rencontrés par l’humanité, s’ils sont au départ de son fait, sont orchestrés par une puissance autre, qui ne peut être contrôlée. Les petits hommes verts et Dieu. C’est tout de suite moins culpabilisant. Comme si les dés étaient pipés d’avance, et que telles des marionnettes désincarnées nous foncions vers une faillite préméditée, annoncée et surtout irrévocable. Réjouissant en tout point.

Et si sommes toute nous n’étions que le jouet de la Fortune ? Cette idée d’oracle exogène est repris par Didier Van Cauwelaert dans son roman intitulé l’inconnue du 17 mars :« Il fallait que la planète ferme pour que les coeurs s’ouvrent. » Le 17 mars 2020, par la grâce d’un virus, un sans-abri se retrouve confiné avec une créature de rêve. Est-ce la femme qui jadis enflamma son adolescence, une mythomane, une perverse manipulatrice, ou une ultime chance de survie ? Et si le sort du genre humain dépendait de la relation qui va se nouer, dans une maison à l’abandon, entre un ancien prof de 35 ans brisé par l’injustice et une exilée en manque d’amour ? »

Nous avons tous vécu le confinement différemment, à notre manière, dans nos ressentis et nos peurs, nos projections et nos espoirs. Comme une épreuve permettant une unité salvatrice que nous attendions tous, qui redonnerait foi en l’Humanité, et en la bonté et le bon sens de tout à chacun. Cela reste encore à prouver, trop d’attentes peut être sans cette parenthèse de deux mois imposée. Lucas quant à lui a dû affronter un passé refoulé, des sentiments si forts qu’ils ont faussé sa réalité durant de nombreuses années. Et qui a laissé un sacré chaos, que ce soit autour de lui. En lui.

Des cendres d’un morne passé peut renaître un brillant avenir. C’est cette belle idée que je retiendrais de ma lecture de l’Inconnue du 17 mars de Didier Van Cauwelaert, qui fut une jolie découverte.

Belle lecture à vous !

L’inconnue du 17 mars de Didier Van Cauwelaert est disponible aux Editions Albin Michel