Divine Introspection

2019, Rentree Litteraire

Soif : (nom féminin) Sensation correspondant à un besoin de l’organisme en eau. Ou en gin, cela reste à votre discrétion. Au sens figuré, désir passionné et impatient. La soif de vivre comme moteur. Et de Chablis comme passion.

Soif, d’Amelie Nothomb

Le point commun des mes dernières lectures ? Une couverture corbeau et une vision christique fantasmée. Ce qui n’est pas pour me déplaire, le noir étant ma couleur et les auteurs puisant leur inspiration dans une des sources les plus anciennes.

J’ai ainsi succombé aux sirènes du marketing, un vrai comble pour moi, et ai acquis mon premier livre d’Amélie Nothomb avec Soif, sans savoir vraiment qu’ en attendre : « Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

Le sujet traité revêt un caractère intéressant. La dernière journée de Jésus, de sa nuit en geôle jusqu’à la crucifixion en passant par son chemin de croix. Pour ceux qui comme moi ont eu quelques heures de catéchismes, cette histoire est connue. Mais quelles ont été ses pensées ? Ca, nous ne le saurons jamais.

L’extrapolation que fait ici Amélie Nothomb est intéressante. Elle fait percevoir par elle même cette figure divine comme un homme, qui a succombé aux péchés. Il n’aurait eu ainsi comme inspiration qu’être un simple homme, au lieu de vivre avec ce statut de Saint Homme.

Les relations humaines complexes sont ainsi mises en avant. La notion de danger que peuvent représenter certaines personnes dans son entourage est également l’un des sujets. Vivre au côté de quelqu’un dont il sait qu’il causera notre perte par une dépendance malsaine n’est il pas un sujet inaltérable ? Malgré tout le Christ sur cent cinquante pages nous fait part de sa soif de vivre.

A l’issue de cette fastidieuse lecture, je ne rentrerai malheureusement pas dans le sérail des fans d’Amélie Nothomb. Je n’ai pas passé un mauvais moment, mais je n’ai pas été transportée. Soif m’a même un peu ennuyée. 2019 n’est peut être pas une année exceptionnelle pour les grands crus. Libre à vous bien entendu de vous faire votre propre avis.

Bonne lecture à vous !

Soif d’Amélie Nothomb est disponible aux éditions Albin Michel

Lolita

2019, Feel Good, Rentree Litteraire

Nymphette : (nom féminin) désigne une jeune fille ou jeune femme adoptant une esthétique stéréotypée, basée généralement sur un décalage entre l’âge véritable de la personne, et son comportement, essentiellement dans ses aspects sexualisés. Synonyme, Lolita depuis le roman éponyme de Nabokov, en 1955. Par pudeur pour nos oreilles, nous passerons sous silence la version radio des années 2000.

Journal de L. (1947-1952), Christophe Tison

A douze ans, même si par certains aspects nous souhaitons être des adultes, nous restons des enfants. L’entrée dans l’âge ingrat commence, les centres d’intérêts évoluent. Les filles et les garçons se regardent, se parlent, se mélangent dans les cours de récréation. On joue encore à chat, peut être pas dans la cour du collège, mais en rentrant chez soi le soir. Il nous faut l’autorisation (voire la motorisation) parentale pour aller au cinéma les jours de grèves, avec une heure de retour bien établie. On gagne en autonomie, tout en étant protégé. Tout du moins, par ses parents. C’est comme cela que j’ai vécu mon année de cinquième, et l’entrée dans l’adolescence. Avec le recul, et quand je vois des collégiens sortir avec leur sac à dos plus gros qu’eux et leurs têtes pouponnes, je me dis que nous ne sommes plus que jamais des enfants.

A douze ans, c’est l’âge auquel Dolorès Haze a perdu sa maman, ses illusions, son innocence en bref son enfance. Par le fait de son beau père pédophile, le dénommé Humbert Humbert. Cet adjectif, pédophile, n’est pas utilisé dans l’œuvre originale de Nabokov. Tout comme les viols à répétition sur mineure ne sont jamais qualifiés comme telle. En donnant la voix à Lolita dans son journal intime imaginaire,  Journal de L. , Christophe Tison revient sur une enfance volée et permet à la bien trop jeune victime, de s’exprimer, de mettre de véritables mots sur ses maux, les sévices subies : « Ce roman est le journal intime d’un personnage de fiction. Plus d’un demi-siècle après la publication des carnets de son ravisseur par Vladimir Nabokov, Lolita se livre enfin. L’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 50, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille.  »

Le journal d’une ado. C’est cela que nous avons devant nos yeux. Si on le sait dans les premières pages, on l’oublie vite au fur et à mesure qu’elles filent sous nos doigts. Devant l’horreur quotidienne qu’elle subit. L’innocence est vite dérobée, et cela se ressent dans le vocabulaire,  plus étoffée au fil des ans, et le cynisme écœurant, dont aucun enfant ne devrait avoir à faire preuve. Ce journal relate cinq années d’une vie qui nous semble en compter cinquante. Ou plus exactement, ce journal relate la mort lente d’une enfant, devenue Femme malgré elle, mais qui n’en attendra jamais l’âge.

On ne sort pas indemne de cette lecture, d’autant plus quand on sait qu’elle fait écho à la vie de l’auteur, à ses blessures indélébiles. On reste sans voix devant celle de Dolorès, qui devient une survivante à l’orée de sa puberté. Et on se promet de faire tout ce qui est en son possible pour protéger son enfant, pour qu’il garde cette âme innocente dont il est doté à la naissance, dans la mesure du possible, jusqu’à ce qu’il devienne parent à son tour.

Merci aux Éditions de la Goutte d’Or de m’avoir permis de découvrir avant sa sortie cette pépite de la Rentrée Littéraire 2019, qu’est le  Journal de L. de Christophe Tison.

Belle lecture à vous !

Journal de L. (1947-1952) de Christophe Tison est disponible aux Éditions La Goutte d’Or