Un trouble s’éleva dans son âme éperdue

2018

Passion : (Nom féminin) état affectif et intellectuel assez puissant pour dominer la santé mentale. Comprendre que l’amour rend aveugle puis perdre ses œillères.

Douceur passionnée … le chocolat toute ma vie

Loulou Robert. Ce patronyme m’évoque Loulou de la Falaise, muse et amie bohème du talentueux Yves Saint Laurent. Une auteure forte de trois romans à seulement 26 ans. Une artiste dans toute sa splendeur, mannequin et écrivain. Celle qui signe mon coup de cœur de cette rentrée littéraire, avec Sujet Inconnu.

Le choix s’est porté sur ce roman pour plusieurs raisons. La première mais pas la moindre, le talent de la demoiselle qui est vanté par Frederic Beigbeder, à qui j’accorde beaucoup de crédit dès qu’il s’agit de littérature. La comparaison des écrits de Loulou Robert avec l’effronterie de Françoise Sagan sera la seconde et ultime raison.

N’en jetez plus, la coupe est pleine. Combinez à cela une couverture qui ferait devenir songeur n’importe qui poserait les yeux dessus dans le métro et un paragraphe nerveux en quatrième de couverture, vous obtenez mon cocktail parfait : « J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là, je suis condamnée à cette histoire.
« 

Du Phèdre de Racine, je n’ai retenu que ses alexandrins  » – Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, – un trouble s’éleva en mon âme éperdue« . Ce sont eux qui me sont venus en tête dès les premières pages de ma lecture. La plume nerveuse nous plonge dans une passion destructrice, un jeu d’âmes damnés qui se trouvent, se perdent, de déchirent au rythme de phrases courtes, parfois monosyllabiques.

J’ai lu les pages dans l’urgence, celle dans laquelle vit l’héroïne dont on ne connaît pas le nom. L’urgence de sa jeunesse, l’urgence de ses combats. Elle est pétrie de blessures, son enfance est son fardeau, sa sagesse un fléau, sa beauté son sacerdoce. Mais elle se bat contre elle d’abord, contre la maladie, contre la tristesse pour atteindre une liberté chérie qu’elle n’est pas sûre de tolérer.

Les mots me manquent pour vous décrire mes sentiments face à Sujet Inconnu. Mon ventre s’est tordu, mes yeux embués. Par bribes, je me suis reconnue. Loulou Robert signe pour moi LE roman de la rentrée littéraire 2018, qui est à mes yeux un bijou.

Belle lecture à vous ! 🎈

Sujet Inconnu de Loulou Robert est disponible aux éditions Julliard

Animal Style

2018, Rentree Litteraire

Civiliser : (verbe) acte de rendre plus raffiné, plus aimable. Verbe sensé définir l’humanité par rapport à nos amis les bêtes. Parfois j’en doute.

Après ma petite déception, je continue à m’aventurer dans les méandres de la rentrée littéraire. Et pour être certaine de ne pas trop me tromper, j’ai choisi un ouvrage dont on ne tarit pas d’éloge à son sujet, j’ai nommé La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné. En même temps, me direz vous, l’allégresse populaire n’est pas forcément gage de satisfaction.

C’est surtout le talent vanté de l’auteur qui a aiguisé ma curiosité. Quand on écrit un premier roman, la reconnaissance par la lecture est importante je pense, la reconnaissance par les lecteurs encore plus. Adeline Dieudonné a obtenu le prix du roman FNAC, les jours précédents la sortie de ce premier roman, tant attendu s’il en est.

Je dois l’avouer, la couverture est également hypnotique. Une insécurité au sein de ses propres murs qu’est sa maison. Ce sentiment est entériné par le quatrième de couverture :« C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour. »

J’avais en tête deux titres pour ma chronique. Tout d’abord Sauvages. Car si la vie dans un quartier résidentiel nous est décrite, il faut surtout y voir une misère intellectuelle basée sur de bas instincts, que sont la chasse et la traque. La vie de famille dont jouit la narratrice, est de prime abord standard. Mais dès que nous rentrons dans son intimité, le vernis craque et on rentre dans la pure violence. Celle qui détruit un enfant et déconstruit une adolescente. Celle dans laquelle on ne peut pas briller par son bulletin ni pleurer par frivolité. Celle dont on ne sort pas indemne car dispensé par un être aimé.

Le second titre, Animal Style (coucou Biffy Clyro) résume bien les personnalités croisées, fissurées voire cassées par la vie. Des pères de familles ratés et des femmes abusées et brisées sont les portraits que vous croiserez dans La Vraie Vie. Ils sont tous habités par une bête qui les anime et les réduit en pièce de l’intérieur.

Ce qui est glaçant avec la Vraie Vie, c’est que son contenu pourrait se rapporter à la vie, la vraie. Qui sait ce qui se passe derrière certaines portes closes. Quelles soient physiques ou intellectuelles.

J’ai apprécié cette lecture, les chapitres courts, le style fluide d’Adeline Dieudonné. On tourne les pages avec une certaine avidité. Ce n’est toutefois pas un coup de cœur.

Bonne lecture à vous ! 🎈

La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné est disponible aux Editions L’Iconoclaste

Le Tourbillon de La Vie

2018, Rentree Litteraire

Solitude : (Nom féminin) état de se retrouver sans compagnie, coupé des autres. Cela peut être choisi ou subi. Laquelle est la plus salvatrice ? Je ne saurai vraiment dire.

C’est ce roux là que je voulais !!

Je pense que cela doit être une réminiscence de ma seule et unique année à la fac, mais la rentrée se passe en octobre dans mon esprit ! De fait, ce n’est absolument pas en retard que je m’intéresse à la Rentrée Littéraire. Vous ai-je déjà dit que je pouvais être un parangon de mauvaise foi ? C’est désormais chose faite.

La vraie raison de cette procrastination est que je n’aime pas trop « les romans de la réalité », froids, cliniciens qui dépeignent la société et nous laissent vidés de toute positivité.

J’ai mis du temps à franchir le cap, mais mon premier choix s’est posé sur le roman de Carole Fives, surtout grâce à la couverture. Je trouve cette photographie subjuguante et pleine de poésie, un appel à l’imagination. N’est ce pas l’un des buts de l’art après tout? Le quatrième de couverture m’a toutefois laissée quelques réserves. L’impression de voir Dr Jekyll et de lire Mr Hyde : « Et l’enfant ? Il dort, il dort. Que peut-il faire d’autre ? » Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. A quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ? « 

J’avais peur que ce roman soit trop dans le pathos, trop dans le jugement. Cela a été une première surprise agréable. Carole Fives décrit un quotidien de mère célibataire en galère, que ce soit émotionnelle ou financière. Mais elle le fait avec détachement, presque froideur.

La critique est sociétaire. Le jugement vient des autres, que ce soit des institutions, des voisins et d’inconnus sur les forums, ou pire, de ce qu’on imagine que les autres pensent. On lit l’histoire d’une femme qui essaie de passer outre cela, non sans mollesse quant il s’agit de se battre, de construire sa vie avec son enfant, capricieux et perturbé par l’abandon du père.

La comparaison en filigrane de la fille de cette femme avec la chèvre de Monsieur Seguin donne une ampleur dramatique. On s’attend à un dénouement terrible. Il le sera peut être. C’est la vie après tout, nous ne sommes pas dans un conte de fées.

La plume est facile à lire. Je regrette toutefois le postulat suivant, qu’une mère, célibataire ou non d’ailleurs, doit s’oublier pour faire vivre son foyer. Mon avis est relativement mitigé, la rentrée littéraire débute sur une déception.

Belle lecture à vous ! 🎈

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives est disponible aux éditions Gallimard dans la collection l’Arbalète.