Mars Attack !

2020, Rentree Litteraire

Inconnue : (nom féminin) Dont on ignore l’existence, l’identité. Mais également, en mathématique, une variable à déterminer pour trouver connaître la solution d’un problème. Les deux peuvent parfois être inextricablement liées et cela devient un casse tête onirique.

Si je ne devais garder qu’une phrase de ce film culte de mon adolescence qu’est Mars Attack !, ce serait la suivante : « nous venons en paix ». Si je ne devais garder qu’un roman pour définir mon ressenti depuis le 17 mars dernier , ce serait Le Fléau de Stephen King. Dans les deux cas, cette idée pugnace que les ennuis et autres tragiques tracas rencontrés par l’humanité, s’ils sont au départ de son fait, sont orchestrés par une puissance autre, qui ne peut être contrôlée. Les petits hommes verts et Dieu. C’est tout de suite moins culpabilisant. Comme si les dés étaient pipés d’avance, et que telles des marionnettes désincarnées nous foncions vers une faillite préméditée, annoncée et surtout irrévocable. Réjouissant en tout point.

Et si sommes toute nous n’étions que le jouet de la Fortune ? Cette idée d’oracle exogène est repris par Didier Van Cauwelaert dans son roman intitulé l’inconnue du 17 mars :« Il fallait que la planète ferme pour que les coeurs s’ouvrent. » Le 17 mars 2020, par la grâce d’un virus, un sans-abri se retrouve confiné avec une créature de rêve. Est-ce la femme qui jadis enflamma son adolescence, une mythomane, une perverse manipulatrice, ou une ultime chance de survie ? Et si le sort du genre humain dépendait de la relation qui va se nouer, dans une maison à l’abandon, entre un ancien prof de 35 ans brisé par l’injustice et une exilée en manque d’amour ? »

Nous avons tous vécu le confinement différemment, à notre manière, dans nos ressentis et nos peurs, nos projections et nos espoirs. Comme une épreuve permettant une unité salvatrice que nous attendions tous, qui redonnerait foi en l’Humanité, et en la bonté et le bon sens de tout à chacun. Cela reste encore à prouver, trop d’attentes peut être sans cette parenthèse de deux mois imposée. Lucas quant à lui a dû affronter un passé refoulé, des sentiments si forts qu’ils ont faussé sa réalité durant de nombreuses années. Et qui a laissé un sacré chaos, que ce soit autour de lui. En lui.

Des cendres d’un morne passé peut renaître un brillant avenir. C’est cette belle idée que je retiendrais de ma lecture de l’Inconnue du 17 mars de Didier Van Cauwelaert, qui fut une jolie découverte.

Belle lecture à vous !

L’inconnue du 17 mars de Didier Van Cauwelaert est disponible aux Editions Albin Michel

Les petits princes des ténèbres

2020

Ténèbre : (nom masculin) Obscurité profonde, sinistre, qui peut provoquer la peur, l’angoisse. De ce noir effrayant qui vous enveloppe l’âme, et vous fait basculer dans un monde parallèle où l’éducation et les valeurs n’ont plus leur place. De ce noir si sombre, qui vous anesthésie le cœur, sans pour autant appeler la mort.

Un lieu, le domaine des Rochers. Des protagonistes, une fratrie fusionnelle et dysfonctionnelle. Le contexte : une décadence exacerbée par la manque de moyen d’une famille sur le déclin. Un nom de comte de fée slave : Tchérépakine. Mélanger le tout – préférez la cuillère au shaker – et cela vous donne un drame en trois actes. En trois âmes brisés et torturés, abîmés par une vie qu’elles n’ont pas su habiter. Par les responsabilités qu’elles n’ont pas su endosser, par cette mort qui rôde, tel un vautour affamé.

Une fratrie à l’ennui marqué depuis l’enfance, qui ont adopté un ami comme on adopterait un animal de compagnie, le partageant et le méprisant au fil de leurs envies, de leurs vies. Une famille inexistante, fuyante et fuie en retour, qui ne sait aimer ses âmes damnés que sont leur propre descendance. Bienvenue dans Les Démons de Simon Liberati : « Dans la somnolence magique de leur domaine familial, Serge, Alexis et Taïné traînent leur désœuvrement. Taïné a la beauté empoisonnée d’un tableau préraphaélite ; Serge est un prince des ténèbres ; quant à Alexis, le plus jeune et le plus fou, il se jette à corps perdu dans l’amour et la provocation. La séduction de leur jeunesse tourne à la cruauté muette. La tragédie frappe cette fratrie en ce printemps 1967, et accélère la bascule vers une époque nouvelle : celle, pop et sensuelle, de la drogue, du plaisir et de la guerre du Viêt Nam. »

De Paris, nous retiendrons le premier concert de James Brown et la fin d’une ère, celle où l’avenir de sa famille et de son nom reposait sur les épaules du petit prince des Ténèbres. Les ténèbres, son sombre héritage laissée à sœur. Qui exilée à New York va renaître de ses cendres tel un phœnix faisant plus office de Frankestein décadent que d’un oiseau à l’aura purificateur. On y croisera même Truman Capott et Lee Radziwill. Any Wahrol et son escadron de la mort accompagneront notre contre héroïne jusque dans le Sud de la France, où cette dernière finira de ce perdre dans la drogue. La prostitution comme ultime échappatoire.

Une pièce en trois actes. Une pièces en trois âmes. Damnées et maudites, qui ne trouveront le salut que dans la destruction de toute convention et bienséance. La mort rodant aux dessus de ces succubes, les Démons de Simon Liberati.

Belle lecture à vous !

Les Démons de Simon Liberati est disponible aux éditions Stock

La vie n’est pas une comédie musicale

2020, Feel Good

Broadway : (nom propre) Cette avenue est mondialement connue comme la capitale du théâtre et des comédies musicales. Sa renommée est en grande partie due aux spectacles musicaux qui y sont créés et qui y tiennent le haut de l’affiche. Dans mes rêves les plus fous, je m’imagine passer le casting pour Flashdance, tout en pointes tirées et en port de tête altier. La réalité n’a qu’a bien se tenir.

La vie n’est pas une comédie musicale. Que celles qui n’aient pas rêvé de faire partie de faire partie des Pink Lady et de conter fleurette au T-Birds, sur fond de chorégraphie endiablée me jettent la première pierre. La vie parait tout de suite plus agréable et facile à gérer, en la chantant, comme si un voile rose et optimiste couvrait notre regard poser sur le monde. Ce serait chouette quand même.

Ce serait chouette de n’avoir qu’à chanter sous la pluie pour conjurer les mauvais sorts et sortir de toute sorte de crise existentielle. Ginger Rogers et Fred Astaire des temps modernes en quelques sortes. Mais la vie n’est pas une comédie musciale et la fameuse crise de quarantaine existe bel et bien. Période durant laquelle certain fantasme sur les blondes amies de leur fille dans un bain de pétales de roses rouges, quand d’autres rêvent de grosses cylindrées. Mais cette crise ne s’arrête pas tant à un âge, qu’un à un constat sur sa vie, une prise de hauteur dénuée de contextes, qui amène à un gentil pétage de plombs de la part des concernés.

Et c’est ainsi que la CPAM et ses préventions en toutes sortes de maux peuvent déclencher la moins connue mais non moins terrible crise de la cinquantaine, qui vous font gagner quatre ans en l’espace de quelques lignes. Bienvenue dans la vie d’Axel, quarante-six ans en proie à sa vie et les doutes qui l’assaillent, dans Broadway de Fabrice Caro : « La vie n’est pas une comédie musicale.
Une femme et deux enfants, un emploi, une maison dans un lotissement où s’organisent des barbecues sympas comme tout et des amis qui vous emmènent faire du paddle à Biarritz… Axel pourrait être heureux, mais fait le constat, à 46 ans, que rien ne ressemble jamais à ce qu’on avait espéré. Quand il reçoit un courrier suspect de l’Assurance maladie, le désenchantement tourne à l’angoisse. Et s’il était temps pour lui de tout quitter? De vivre enfin dans une comédie musicale de Broadway? »

Des nuances de bleu, il y a à pléthore. Du bleu Klein au bleu Juan les Pins, de la mode à l’espoir, il y a la couleur du doute, des craintes, du bilan voire même de la crise, j’ai nommé le bleu colorectal. A l’aube de la cinquantaine, Axel dresse un bilan doux amers de sa vie. De Père et de son impossibilité de communiquer avec ce fils à l’adolescence débordante d’hormones. De Père et des sacrifices qu’il est prêt à faire pour sa fille, la prunelle de ses yeux. D’Homme et de mari, de ce besoin de séduire et de balais ronronnant et rassurant qu’est sa vie de couple. De cette envie de tout envoyer balader, pour le plaisir fugace d’une liberté factice. Factice oui, car les aventures qu’Axel souhaite vivre tiennent plus de l’imaginaire fantasmé d’un adolescent biberonné aux Comédies Musicales.

Avec Broadway, Fabrice Caro signe un roman tendre, qui pose un regard caustique sur cette vie de famille qui se meut et qui se mue, cette vie dont on ne voit rien passer et qu’on se plait à regretter. Joli moment passé que cette comédie musicale avortée.

Bonne lecture à vous !

Broadway de Fabrice Caro est disponible aux éditions Gallimard.