La main de l’injustice

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Vengeance : (nom féminin) dédommagement moral de l’offensé par punition de l’offenseur. Certes, ce n’est pas un procédé très moral. Dans certain cas il s’avère malgré tout un juste retour des choses, un équilibre rétabli. Et plus elle est calme et réfléchie, plus ses répercussions se font violemment sentir. Ne dit on pas après tout que la vengeance est un plat qui se mange froid.

Couleurs de l'incendie, Pierre Lemaître

Ourdir une vengeance sur le long cours n’est pas chose aisée. Tarantino en a d’ailleurs fait un superbe long métrage, scindé en deux volumes, j’ai nommé Kill Bill. Madeleine Péricourt est bien loin de l’image pop culture de la Mariée, mais le postulat de base reste le même. La femme bafouée rendra la monnaie de sa pièce à ses offenseurs, quoi qu’il en coupe. On ne s’attaque pas au petit d’une louve impunément.

Nous l’avions laissée enceinte dans Au revoir là-haut, en personnage secondaire, effacée, dont la force de caractère nous a pleinement dévoilée au fil des pages. Émancipée de son gourgandin de mari mais coûte que coûte fidèle à son père. C’est en véritable chef de famille que nous la retrouvons dans Couleur de l’Incendie, deuxième opus de la trilogie de Pierre Lemaitre, Les enfants du désastre.

« Février 1927. Après le décès de Marcel Péricourt, sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière. Mais elle a un fils, Paul, qui d’un geste inattendu et tragique va la placer sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra mettre tout en œuvre pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe
« 

1927. La France continue a panser les douloureuses blessures infligées par cette guerre mortifère qu’a été la Première Guerre Mondiale. Le peuple gronde. Une économie nouvelle se dessine. A ce chaos national, va s’ajouter le naufrage de la famille Péricourt. Un décès. Une chute aux conséquences tragiques. La ruine et le déclassement. Ces trois événements n’ont rien et tout à voir à la fois, car il concerne une femme, Madeleine Péricourt, qui en un battement de cil voit son monde s’effondrer.

1933. Six ans ont passé. La facisme monte en Italie et en Allemagne. La France est vue comme une ennemie. Le peuple assommée de taxe se soulève et bat le pavé pour survivre. La colère de Madeleine est intacte, froide, calculée. Les masques sont tombées et la vérité est sue. Elle fera payer aux trois hommes les conséquences de leurs actes, et de leurs agissements qu’ils croient aux dessus des lois.

Nous assistons à une intrigue finement menée, tel un roman d’espionnage, doublée d’un cour d’Histoire, au sein d’une Europe en proie à des mutations sociétales et sociales, qui déboucheront sur la Seconde Guerre Mondiale. Au fil des pages de Couleurs de l’incendie, Pierre Lemaitre avec un talent de conteur hors pair, nous fait revivre les prémices de cet incendie qui a ravagé l’Europe – et le Monde – avec une violence sans précédant.

Bonne lecture à vous !

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre est disponible aux éditions Le Livre de Poche

Journal d’un jeune écrivain

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Écrivain : (nom masculin) Personne qui compose, écrit des ouvrages littéraires. On peut être qualifié de la sorte lorsque nos pairs nous reconnaissant et que le public nous lit mais également s’il on écrit pour soi, par passion, par vocation. Telle est la liberté donnée à ce statut.

Morceaux cassé d'une chose, Oscar Coop-Phane

Éclectique. C’est ce qui me qualifie le mieux dans mon rapport à l’Art, dans sa globalité. Que ce soit en musique ou en littérature, je me plais à essayer tous les genres avec un plaisir non feint. Malgré tout, certain style me ravissent plus que d’autre. Le Rock reste ma musique de prédilection, un peu doudou, dans laquelle j’aime à me réfugier, en mal d’inspiration. Une sorte de facilité.

En ce qui concerne la littérature, j’ai une préférence pour les romans contemporains, qui parlent d’illusions perdus et de la vie vraie, la vraie vie. Celle qui fait mal et qui laisse des séquelles. Ponctuée de virées dans les paradis artificiels, au goût prononcé d’enfer. Brett Easton Ellis et Frederic Beigbeder sont entre autre mes références du genre. Je peux désormais y ajoute Oscar Coop-Phane que je viens de découvrir avec Morceaux Cassés d’une chose, ses mémoires fragmentés, de son enfance à maintenant. C’est à dire à sa trentaine à peine entamée. « J’ai voulu choisir ici quelques morceaux de ma mémoire, les assembler, les réunir, les envoyer en fabrication comme on le dit dans les métiers du livre. Les éditeurs, souvent, parlent de matière romanesque. J’étais sous mes yeux; je me suis saisie comme matière« .

L’exercice est aussi périlleux que culotté. Il faut être soit génial soit fou pour se lancer. Ces deux aspects n’allant souvent pas l’un sans l’autre. On touche au sublime dans cette autobiographie parcellaire, au morceaux de vie choisie, et distillée avec soin, de manière quasi chirurgicale.On peut avoir trente-deux ans et avoir vécu mille vies. On peut être un auteur reconnu sans en vivre et avoir un métier qui se côtoie à cette passion. Une passion qui s’est inscrite très vite comme une évidence. Celle là seule qui souffrait la rigueur. Trente deux ans vie fragmentés, qui dresse un portrait d’un jeune homme touchant et battant. Talentueux et humble. Père et Homme.

Oscar Coop-Phane revient ainsi sur son enfance solitaire, sa jeunesse en marge, sa vie qui lui est propre, toute en nuance et en bataille personnelle. Morceaux cassés d’une chose a été pour moi une révélation, un coup de cœur, un coup de foudre littéraire

Belle lecture à vous !Morceaux cassés d’une chose d’Oscar Coop-Phane est disponible aux éditons Grasset

Sur les balcons du ciel

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Solitude : (nom féminin) situation d’une personne qui est seule mais également lieu solitaire. Et quoi de mieux qu’un toit anonyme d’immeuble parisien pour se faire ? Se créer cette bulle propre à soi, d’évasion et d’introspection.

Sur les balcons du ciel, Sophie Henrionnet

Deux lieux symbolisent parfaitement la liberté à mes yeux . La mer, qui s’étend à perte de vue, et qui nous enserre, nous terriens, et son fidèle allié, le ciel, que l’on rêve de toucher du bout des doigts. Couplé l’un à l’autre, ils font littéralement la pluie et le beau temps. Ils offrent des perspectives d’évasion hors du commun. Leur contemplation calme les cœurs embrumés.

Dans ma Bretagne chérie, j’aime m’asseoir sur la plage et regarder la mer se fracasser sur les rochers, se déchaîner au loin et prendre les couleurs noirs d’un ciel en furie. Ce spectacle m’apaise. Pour palier à ce cela à Paris, j’aimais contempler les toits et m’imaginer les arpenter, toute en légèreté et retrouver ce sentiment de vide et d’apaisement.

C’est ce que Sophie Henrionnet offre à ses deux héros, Vadim et Alma, une vue imprenable sur un ciel étoilé et une possibilité de survivre à sa vie, avec Sur les balcons du ciel : « Vadim, adolescent intuitif et caustique, cherche encore à faire le deuil de son père lorsqu’il perd son amie Valentine. Jour après jour, sous les regards impuissants de ses proches, il s’isole. Incapable de retourner au collège, cloîtré chez lui, Vadim s’échappe sur les toits de son immeuble pour trouver une issue à sa mélancolie. Une rencontre va le sauver : par le hasard d’une chute, Vadim tombe sur Alma… Le roman poignant de deux solitudes, qui vont s’amadouer, s’épauler, se heurter parfois. Une très belle histoire d’amitié. »

L’adolescence, cet âge ingrat où nous cessons d’être un enfant pour devenir un adulte. Cet être aux préoccupations autres. Cet âge où nos repères ne cessent d’être chamboulés et où nous avons le plus besoin de nos parents. Cet âge où Vadim a perdu son père, repère dans sa construction en tant qu’homme,  et ainsi même le sens de sa vie. Une vie sans goût si ce n’est celle de la 8.6 qui lui permet de surmonter ses angoisses et d’essayer de tuer le temps. Une vie sans avenir.

À travers ses mots, Vadim nous parle de cette quête de sens inutile et du poids de ce fardeau qu’est sa vie. Jusqu’à ce que tel un ange déchu il tombe sur Alma, sa voisine à la mise parfaite, au quotidien parfaitement rôdé mais à l’âme explosée en un puzzle de tristesse, de colère, d’incertitudes et de doutes. La rencontre de deux âmes perdus, qui vont apprendre à avancer l’un avec l’autre pour panser leurs maux et essayer d’entrevoir ne serait ce qu’une bribe d’avenir. Sur les balcons du ciel.

L’espace de quelques heures, je me suis trouvée assise sur ce toit parisien au côté d’Alma et Vadim. J’ai traversé avec eux ces moments charnières qui peuvent déconstruire une vie mais qui nous rendent plus forts, malgré tout. Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est toit simplement un bijou d’optimisme, et de résilience. Un vrai coup de cœur que ce roman.

Belle lecture à vous !

Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est disponible aux éditions du Rocher