Sur les balcons du ciel

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Solitude : (nom féminin) situation d’une personne qui est seule mais également lieu solitaire. Et quoi de mieux qu’un toit anonyme d’immeuble parisien pour se faire ? Se créer cette bulle propre à soi, d’évasion et d’introspection.

Sur les balcons du ciel, Sophie Henrionnet

Deux lieux symbolisent parfaitement la liberté à mes yeux . La mer, qui s’étend à perte de vue, et qui nous enserre, nous terriens, et son fidèle allié, le ciel, que l’on rêve de toucher du bout des doigts. Couplé l’un à l’autre, ils font littéralement la pluie et le beau temps. Ils offrent des perspectives d’évasion hors du commun. Leur contemplation calme les cœurs embrumés.

Dans ma Bretagne chérie, j’aime m’asseoir sur la plage et regarder la mer se fracasser sur les rochers, se déchaîner au loin et prendre les couleurs noirs d’un ciel en furie. Ce spectacle m’apaise. Pour palier à ce cela à Paris, j’aimais contempler les toits et m’imaginer les arpenter, toute en légèreté et retrouver ce sentiment de vide et d’apaisement.

C’est ce que Sophie Henrionnet offre à ses deux héros, Vadim et Alma, une vue imprenable sur un ciel étoilé et une possibilité de survivre à sa vie, avec Sur les balcons du ciel : « Vadim, adolescent intuitif et caustique, cherche encore à faire le deuil de son père lorsqu’il perd son amie Valentine. Jour après jour, sous les regards impuissants de ses proches, il s’isole. Incapable de retourner au collège, cloîtré chez lui, Vadim s’échappe sur les toits de son immeuble pour trouver une issue à sa mélancolie. Une rencontre va le sauver : par le hasard d’une chute, Vadim tombe sur Alma… Le roman poignant de deux solitudes, qui vont s’amadouer, s’épauler, se heurter parfois. Une très belle histoire d’amitié. »

L’adolescence, cet âge ingrat où nous cessons d’être un enfant pour devenir un adulte. Cet être aux préoccupations autres. Cet âge où nos repères ne cessent d’être chamboulés et où nous avons le plus besoin de nos parents. Cet âge où Vadim a perdu son père, repère dans sa construction en tant qu’homme,  et ainsi même le sens de sa vie. Une vie sans goût si ce n’est celle de la 8.6 qui lui permet de surmonter ses angoisses et d’essayer de tuer le temps. Une vie sans avenir.

À travers ses mots, Vadim nous parle de cette quête de sens inutile et du poids de ce fardeau qu’est sa vie. Jusqu’à ce que tel un ange déchu il tombe sur Alma, sa voisine à la mise parfaite, au quotidien parfaitement rôdé mais à l’âme explosée en un puzzle de tristesse, de colère, d’incertitudes et de doutes. La rencontre de deux âmes perdus, qui vont apprendre à avancer l’un avec l’autre pour panser leurs maux et essayer d’entrevoir ne serait ce qu’une bribe d’avenir. Sur les balcons du ciel.

L’espace de quelques heures, je me suis trouvée assise sur ce toit parisien au côté d’Alma et Vadim. J’ai traversé avec eux ces moments charnières qui peuvent déconstruire une vie mais qui nous rendent plus forts, malgré tout. Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est toit simplement un bijou d’optimisme, et de résilience. Un vrai coup de cœur que ce roman.

Belle lecture à vous !

Sur les balcons du ciel de Sophie Henrionnet est disponible aux éditions du Rocher

On est pas sérieux quand on a dix-neuf ans

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Passion : (nom féminin) amour intense. Irraisonnée, irrationnelle, une histoire à cent à l’heure dans laquelle on finit souvent par se brûler les ailes. Mais quand la passion pour une même femme s’empare de deux hommes, a fortiori de la même famille, l’issue fatale nous semble d’autant plus inéluctable. D’autant plus quand la femme est jeune et aspire au bonheur 

Est-ce que tu danses la nuit ..., Christine Orban

Comme Rimbaud l’a écrit, « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Pas certaine qu’on le soit réellement plus à l’aube de la vingtaine. On aspire à une liberté qui est celle des adultes, « des grandes personnes » tout en restant encore un peu un enfant. C’est l’âge des expériences diverses, des nuits blanches et mondes refaits entres amis, entre amants. C’est l’âge où tous les futurs sont possibles et la jeunesse éternelle. C’est l’âge des effronteries, de la rébellion, du choix de ce que sa vie sera ou non.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », et c’est ce que Simon a trouvé d’irrésistible chez Tina. Ce que cette dernière a reproché à Marco. Ce que ce dernier aurait voulu que Tina ne soit pas. Libre et Irrévérencieuse, dans Est- ce que tu danses la nuit… de Christine Orban. « Je voulais raconter l’histoire d’une attirance irrésistible. Raconter l’échec de la morale confrontée au désir. Raconter un amour déplacé. »

Deux hommes. Le Père et le Fils. Aux antipodes l’un de l’autre. L’un veuf, très bel homme, achetant son fils en rattrapage d’une éducation inexistante. L’autre jeune, impétueux, rebelle. Qui remise ses études au second plan, pour vivre sa vie à cent à l’heure, sachant que son père couvrira toujours ses arrières par culpabilité. La culpabilité de l’absence, du manque d’éducation, de repère paternel. Une culpabilité grandissante, sur fond d’amour interdit.

Une femme en devenir. Tina. La fiancée du fils. La maîtresse du père. Une passion naissante sur un amour enfant mourant. Une jeune femme perdue quant à sa volonté propre, quant à ses sentiments. Je l’ai perçue comme spectatrice de sa vie. Qui subit les assauts violents d’un amoureux éconduits. Qui vit terrée chez elle par peur. Peur du scandale, de la honte, de l’opprobre. Par peur de vivre sa vie de jeune femme étudiante à Paris.

Deux villes. Athènes, celle de l’enfance, des promesses estudiantines, des premiers ébats adolescents. Paris, celle de la liberté, d’une vie nouvelle. Celle de la passion clandestine rythmée aux heures des palaces parisiens et des grands restaurants.

Avec Est-ce que tu danses la nuit…, Christine Orban nous comte une jeune femme prise en étau entre deux hommes qu’elle aime – a aimé – croit aimer – et qui ne se soucient que d’eux, au détriment d’elle. Elle qui devient un objet, une vulgaire poupée qu’on ne veut pas partager. Une sorte d’image d’Épinal, d’une jeunesse et d’un corps qui devraient être scellés dans l’éternité de deux hommes égoïstes, et destructeurs par la même. Aucun jugement de la part de l’auteure, juste un simple constat quant à ces passions avortées.

Belle lecture à vous !

Est-ce que tu danses la nuit… de Christine Orban est disponible aux éditions Albin Michel

D’après une histoire vraie

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Caricature (nom féminin) portrait peint, dessiné ou sculpté qui amplifie certains traits caractéristiques du sujet. Souvent humoristique, la caricature est un type de satire graphique quand elle charge des aspects ridicules ou déplaisants. Si à l’origine elle tend à faire rire, certain des sujets qu’elle traite peuvent valoir à ses auteurs d’être menacés de morts. Mais pouvons nous encore nous définir comme libres si notre liberté d’expression est muselée ?

Le roman de Molly N., Sophie Carquain

De mes dix années passées à Paris, dans cette décennie qui vient à peine de s’écouler, j’ai subi deux traumatismes, qui ont marqué au fer rouge mon âme et mon cœur – comme tout à chacun me direz vous. Le premier, les attentats de Charlie Hebdo. L’incompréhension, tout d’abord. L’effarement par la suite. La peur pour finir. Qui s’est estompée peu à peu, sans véritablement s’en aller.  Nous étions devenus Charlie. Le second, le 13 Novembre. Choc sismique. La peur refaisant surface à chaque regard, chaque bruit, chaque pas dans la rue.  La peur de vivre chevillée au corps. En un mot la terreur.

La liberté d’expression, la liberté de vivre comme bon nous semble. C’est ainsi qu’il y a dix ans la caricaturiste Molly Norris s’est insurgée pour la liberté des ses pairs, au travers d’un de ses dessins, qui a été relayé dans le monde, via les réseaux sociaux. Ils sont fabuleux autant que dangereux. Et c’est dans ce second cas que la jeune femme s’est vue dépossédée de son dessin et de son humour, qui a été relayée voire déformée pour transmettre des messages bien moins consensuels. Et que sa vie a basculée. Sophie Carquain revient sur ces quelques semaines d’une vie somme toute normale qui a basculé dans la clandestinité la plus totale, dans le roman de Molly N.: « Pour ses amis et sa famille, Molly N. a disparu en septembre 2010. Plus aucun signe d’elle. Menacée de mort par une fatwa suite à un concours de caricatures du prophète Mahomet, la cartoonist de Seattle a dû intégrer le programme de protection de témoins du FBI, changer de ville, de nom, d’identité. Comment renaître à l’autre bout du monde ? Comment vivre sous haute protection ? Cela fera bientôt dix ans qu’elle a disparu. Fascinée par cette histoire, dont elle entend parler le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, Sophie Carquain décide d’en faire un roman.« 

Le roman de Molly N. a cela d’intéressant qu’il est une oeuvre fictive et non un témoignage. Basée sur la disparition d’une femme il y a 10 ans, dont on ne sait si elle vit encore ou non. Dont on se demande comment elle peut vivre – ou survivre – en ayant renoncer à celle qu’elle était. Pour simplement jouir de cette vie qui est sienne, mais qu’elle ne peut plus réellement vivre comme tel.

Comment peut on perdre le contrôle de ce qui nous définit sans se perdre soi même ? Comment apprend on a vivre dans la terreur quand son ombre devient un agent armé et que tout lien d’amitité naissante peut se muer en menace potentielle ? Comment fait on le deuil d’une personne vivante, celle que nous étions dans une vie antérieure ?

Sophie Carquain essaie de répondre à ses questions avec un postulat de journaliste, factuel et sans pathos. Mettant en parallèles les attentats terroristes qui ont défigurées Paris en perspective de la vie (fantasmée) de Molly. En outre, l’alternance de la vie de Molly et du journal de Sophie nous plonge dans un monde nébuleux, dont la frontière entre la vérité et le romancé nous semble être plus que jamais poreux.

Cette lecture du roman de Molly N. m’a beaucoup fait réfléchir quant à cette liberté qui nous guide, mais qui peut nous consumer également, impunément et ce malgré nous. Car corrompu par l’irrespect et la méchanceté, qui gangrène ces réseaux dits sociaux, qui tendent à faire de nous des asociaux liberticides.

Bonne lecture à vous !

Le roman de Mollly N. de Sophie Carquain est disponible aux éditions Charleston