Le Diable est dans les détails

2019, Horreur

Pacte : (nom masculin) Accord solennel conclu entre deux ou plusieurs personnes. Le plus connu reste celui du Faust de Marlowe qui vend son âme à Méphistophélès. Ce genre de transaction ne vas pas sans perdre quelque chose, se révélant souvent plus précieux que ce que l’on souhaite obtenir de prime abord. Dans le cas du Kid, c’est sa descendance qu’il a jeté en pâture au Diable. Sans conteste, un homme charmant.

Que le Diable l’emporte, Anonyme

La rentrée Littéraire. C’est un peu la fashion week du lecteur. On repère des tendances, on scrute les nouveautés du coin de l’œil, tout en ayant en tête que quelques bons basiques ne nous décevront normalement jamais. En bref, nous sommes à l’affût du moindre détail qui créera chez nous un engouement plus que passager. Cela peut malheureusement déclencher quelques effets secondaires. Ces derniers vous conduiront à rentrer dans chaque librairie que vous croisez, pour en ressortir les bras plus que chargés d’ouvrages de variables qualités. Dans quelques cas, un heureux hasard s’en mêle et vous épargne le problème fatidique du choix.

C’est ainsi qu’en aout dernier, les éditions Sonatine m’ont contactée afin que je reçoive, en amont de cette rentrée littéraire 2019, et de lire accessoirement, le dernier volet des aventures du Bourbon Kid. J’ai bien volontiers accepté, voulant savoir ce que réservait l’avenir proche à mon anti héros préféré. Mon peu de retard rattrapé, me voilà donc lancée, dans ce qui semble être une dernière ligne droite : « Tout le monde pensait que le tueur le plus impitoyable que la Terre ait jamais porté était mort. Et bien non. Le Bourbon Kid est bel et bien vivant. Ce qui est une très mauvaise nouvelle. Pour tout le monde, mais surtout pour lui. Plutôt que de profiter d’une paisible retraite plus ou moins méritée, notre homme va en effet devoir régler quelques dettes. Avec à ses trousses toutes les bonnes et les mauvaises âmes de ce monde, le Kid a la très mauvaise idée de se réfugier dans un monastère où sommeillent de sombres secrets. S’il a l’habitude d’affronter des vampires, des bikers, des ninjas, des policiers assermentés et autres créature de l’enfer, faire face à un moine fou et des nonnes psychotiques est une autre paire de manches. »

C’est toujours un plaisir que de suivre les tribulations du Kid, surtout quand celui-ci essaie de reprendre le cours d’une vie normale, celle d’un jeune retraité des massacres sanglants, en cavale de surcroit. Comprendre ici une vie où l’on creuse des tunnels comme preuve d’amour, et où le roadtrip de Thelma et Louise s’avoisine à une promenade de santé pour asthmatique.

Une fois n’est pas coutume, l’intrigue a été longue à se mettre en place, peut être un peu trop à mon gout. Mais Anonyme a su se rattraper, et il est tout pardonné. Nous suivons donc les Dead Hunters d’un côté, de retour à Santa Montega, et le Bourbon Kid, de l’autre, en proie à des nonnes psychotiques. En avant pour un plongeon en direct dans un épisode d’American Horror Story. Ajoutez à cela une pincée de ninjas, un Comte Dracula, revenu de l’Enfer, assoiffé de sang et d’empaillage d’humain, un zeste de Diable en costume rouge, et vous passerez un agréable moment délirant.

Dans la lignée des autres romans de la série d’Anonyme, Que le Diable l’emporte ferme toutes les portes qu’il a ouvertes, même si la fin laisse présager que le Kid nous revienne une nouvelle fois pour accomplir son apocalyptique destin. Cette aventure ne semble définitivement pas être la dernière. Fort Heureusement !

Belle lecture (déjantée) à vous !

Que le Diable l’emporte d’Anonyme est disponible aux éditions Sonatine.

La vengeance du Tout-Puissant

Horreur

Purgatoire : (nom masculin) Lieu où les âmes des justes expient, se purifient de leurs péchés avant d’accéder au paradis. Ou dans une version passablement alcoolisé, bar qui mène aux portes de l’Enfer, et de facto, aux âmes damnées.

La légende de la Table Ronde, et de son folklore enchanteur, sont pour moi une source inépuisable d’inspiration, dans les divers arts. Ainsi Chrétien de Troyes, Barjavel ou encore Guy Ritchie ont su donner corps à ce mythe, qu’est la quête du Graal. Cultes païens et religions se côtoient au fil des divers interprétation,ns et point de vue. Mais toujours avec cette dichotomie du bien et du mal. La plupart des grandes épopées contemporaines se basent d’ailleurs sur ce schéma.

Anonyme ne fait pas tout à fait exception à la règle. Certes la notion de bien dans son œuvre est toute relative. Mais les croyances se confrontent et se côtoient, sous l’égide du Mal et l’œil aiguisé du Diable. La noirceur absolue. Pour ma part, j’aime bien cette vision déconstruite du mal et du très mal.

La première trilogie des aventures du Kid s’encrait dans un monde peuplé de vampires et de loup garous, donnant la part belle aux créatures démoniaques et autres bizarreries que les entrailles de la terre sont susceptibles de porter. La part biblique n’est quant à elle que peu présente, si ce n’est par l’évocation de crucifix ou d’eau bénite. Et de l’Enfer. Uniquement de l’Enfer. Ainsi qu’une vague affiliation christique.

La donne commençait à changer avec l’apparition du Pape dans le précédant opus. Et c’est dans Bourbon Kid qu’elle prend toute son ampleur avec l’apparition de personnages tel que Caïn et les Chevaliers de l’Apocalypse. Et accessoirement un Jésus rocailleux et imbibé : « Imaginez que vous décidiez un jour de percer le secret des Dead Hunters, impitoyable confrérie de justiciers sanguinaires installés dans le Cimetière du Diable. Et, pendant que vous y êtes, d’éliminer le serial killer le plus insaisissable de tous les temps : le Bourbon Kid. Peut-être y réfléchiriez-vous à deux fois. Lui, non. Son nom est Caïn.Et c’est avec une allégresse presque contagieuse qu’il va s’atteler à la tâche. On lui souhaite bien du courage. »

Bienvenue à vous dans ce nouvel opus complètement barré ! Nous sommes lancés à la poursuite des traces d’Indiana Jones, renommé ici Diana, la faute aux tâches de gras salissant ses mémoires. L’Apocalypse est prête à abattre, par le bras vengeurs quatre fantastiques égocentrés. Un Caïn plus belliqueux que jamais en arrive à faire prier le Diable. La Planète des singes de Tim Burton ne verra jamais le jour. Et ça, ça n’a pas de prix ! La possible fin du monde dans les mains d’un Barman arriviste et pleutre.  En bref, un joyeux foutoir sous adrénaline et hémoglobine. Un bijou du genre fêlé.

J’ai adoré Bourbon Kid pour son traitement lunaire de la religion, l’invraisemblance des situations et la bêtise crasse de ses personnages aux yeux vides. Pour cette vision disruptive dont seul Anonyme est maître. Un vrai régal que ce Bourbon. Peut être meilleur que le Gin Tonic même.

Bonne lecture (déjantée) à vous !

Bourbon Kid d’Anonyme est disponible aux éditions Le Livre de Poché

Paint it Black

Horreur

Bourbon : (nom masculin) alcool analogue au Whisky, à base de Maïs, fabriqué aux Etats-Unis. C’est aussi la potion magique d’un certain Kid, qui après l’avoir bu, obtient une force surhumaine. Et une voix signature. La rocaille.

Le Pape, le Kid et l’Iroquois, Anonyme

Lorsque vous vous immergez dans un livre d’Anonyme, un voile noir se pose sur le décor. L’intrigue se déroule sous vos yeux en noir et blanc, excepté les touches vermillons. Tout du moins, c’est comme cela que je vis ma lecture. Et quoi de mieux que les Stones pour illustrer parfaitement cette absence de couleur. Si vous préférez opter pour la version couleur, choisissez l’option Tarantino, qui dans Kill Bill, fait passer subitement l’écran en noir et blanc pour éviter l’overdose d’hémoglobine.

Avec le Pape, le Kid et l’Iroquois, nous assistons à la rencontre des deux personnages centraux de l’œuvre anonyme.  A savoir le tueur de vampire, j’ai nommé le Bourbon Kid et la machine à tuer sortie de Vendredi 13, l’Iroquois. Comme un gout de match de catch dans le kitsh, mais c’est tout le charme de cette série Z.  A noter toutefois qu’à l’instar du Cimetière du Diable, l’intrigue est parallèle aux autres romans, mais apporte des éclairages nouveaux sur certains faits divers ou comportements.  « D’un côté, le Bourbon Kid, tenant du titre de tueur en série le plus impitoyable et le plus mystérieux que la terre ait jamais porté. De l’autre, avec plus d’une centaine de victimes à son actif, l’Iroquois, blouson de cuir rouge, masque d’Halloween surmonté d’une crête, challenger et sérieux prétendant au titre. Le combat s’annonce terrible.
Dans les coulisses : une organisation gouvernementale américaine spécialisée dans les opérations fantômes, une nonne, un sosie d’Elvis, quelques Hells Angels et une cible de choix pour nos psychopathes frénétiques : le pape, en voyage secret aux États-Unis.
Sur la musique de Grease, nous vous convions au spectacle littéraire le plus déjanté de la décennie. »

Des prostitués agents secrets. Dr Jekyll sans M. Hyde. Mozart, l’homme au mille visage. Un sosie d’Elvis. Le Pape. Bébé qui veut devenir Sandy Olson et ainsi sortir de son coin (pardon). Frankestein. Une nonne psychopathe. Imaginez ce glorieux casting rejoindre nos deux sympathiques tueurs dans un remake de Jason Bourne. Mélangez le tout et vous obtenez un savoureux mélange de gore, de trash et de politiquement incorrect, complètement barré s’il est encore utile de le préciser.

Comme à l’accoutumé, je me suis éclatée comme une petite folle pendant cette lecture. Pas le temps de s’ennuyer, ni de se poser de questions. L’intrigue avance tambour battant, en laissant son lot de cadavres coupables au passage. J’ai également beaucoup ri, ne serait ce que grâce aux conversations lunaires.  Comme si Le Machete donnait la réplique à Bree Van der Kamp.

En bref, Le Pape, Le Kid et l’Iroquois d’Anonyme est une lecture délicieusement barrée, imaginative et sans limites. J’ai tout bonnement adoré, d’autant plus que la plume est fluide, et contre toute attente, le verbe relativement haut.

Bonne lecture (déjantée) à vous !

Le Pape, le Kid et l’Iroquois d’Anonyme est disponible aux éditions Le Livre de Poche.