Les cahiers de Rose

Horreur

Esclave : (nom féminin*) Personne qui n’est pas de condition libre, qui est sous la puissance absolue d’un maître. La plus grande richesse n’est elle pas après tout notre liberté qui nous permet de jouir de nos droits, comme bon nous semble, même si notre vie est faite de misère et de tourments.

La psyché humaines est un sujet qui me fascine depuis longtemps. C’est certainement mon empathie de Poissons qui me veut cela. Ainsi depuis quelques semaines, , je suis assidûment avec une attention accrue le podcast Cerno, la contre enquête de Julien Cernobori, sur la série de meurtres perpétuées dans les années 1980, dans l’Est Parisien, par Jean-Thierry Mathurin et Thierry Paulin. Le parti pris dans le traitement de l’information est à mes yeux parfaits : en faisant un travail de mémoire sur les victimes, on en apprend plus sur les deux assassins, de notre point de vue contemporain, mais également via le prisme de cette époque de presque quarante révolu.

Quel est rapport avec Né d’aucune Femme de Franck Bouysse me direz vous ? A vue de nez aucun. Si ce n’est que les pires horreurs ne sont pas toujours de l’ordre du fictif. Si ce n’est que les pires horreurs puissent être commises par le seul appât du gain. Certains sont prêts à vendre leurs âmes au Diable pour quelques deniers récoltés. Quelqu’en soit le prix à payer. Même si ce prix se paie en vie humaine.

« […]Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine. »

Rose. Ma fleure préférée, tant vantée par sa beauté et ses senteurs, qu’elle en est devenu un symbole de l’amour. Rose. Jeune fille à l’innocence ravie par sa condition nouvelle de jeune femme, dont le père en la vendant, à signer sa perte. Leur perte. Rose. Jeune femme à la pureté broyé par ceux qui ne voyaient en elle qu’un ventre, qui l’ont rabaissé à sa condition la plus primaire et primitive, celle de donner la vie. De forces s’il en faut. Rose ou la naissance du sentiment maternel, l’amour et l’espoir qui lui sont liés. Rose ou la folie ordinaire d’une femme à qui l’on a tout volé, jusqu’à sa liberté.

L’horreur connaît-elle des limites ? Il semblerait que non. J’ai vécu une aventure profondément gothique, dans une ambiance malsaine, qui n’a pas été sans me rappeler Rosemary’s baby d’Ira Levin. La violence est partout, et l’espoir se meurt au fil des pages, et pourtant on s’y accroche désespérément. Avec Né d’aucune Femme, Franck Bouysse signe un roman fort, voire gore. La mort comme ultime liberté.

Belle lecture à vous !

Né d’aucune femme de Franck Bouysse est disponible aux éditions Le livre de Poche

*dans le contexte du Roman

L’Étalon Péruvien Pâle

Horreur

Uberiser : (verbe transitif) modifier un marché en appliquant celui utilisé par l’entreprise Uber. Pourquoi pas l’appliquer au marché de la drogue après tout, à la livraison de vos sushis du vendredi se juxtapose celle de psychotrope à l’usage absolument  répréhensible et tout à fait illégal, cela va sans dire.

Allez tous vous faire foutre, d'Aidan Truhen

Du cinéma contemporain, j’affectionne particulièrement deux réalisateurs. Quentin Tarantino et Guy Ritchie. Ils ont un talent certain pour peindre des portraits de paumés au bord de la rupture couplé de dangereux sociopathes. Dont on se prend d’affection. Je n’irai pas jusqu’à dire auxquels on s’identifie. Quoique. Le tout sur une bande son rock et planante. Un cocktail hautement addictif;

J’ai retrouvé cette douce folie aromatisée d’hémoglobine sous la plume échevelée d’Anonyme. Point de drogue mais du Bourbon et de la bière en guise d’essence, pour un feu d’artifice de foutraque et politiquement incorrect. Le genre de lecture qui me fait éclater de rire seule dans les transports en commun. D’autant plus seule, que la couverture gracieuse d’Allez tous vous faire foutre d’Aidan Truhen est le meilleur moyen d’obtenir une place assise pour son sac à main : « Jack Price est à la cocaïne ce qu’Über est au transport. C’est un criminel en col blanc, parfaitement organisé, avec une force de vente décentralisée et un produit de marque. Quand sa voisine du dessous se fait tuer, façon exécution, Jack doit savoir pourquoi. C’est une simple question de business et de sécurité personnelle, mais quelqu’un n’aime pas qu’il la pose. La preuve : les Sept Démons, probablement les sept personnes les pires de la terre, ont été engagées pour le liquider. Grosse erreur. Énorme erreur. Parce que maintenant Jack n’est plus obligé de se contenir. Il n’a plus aucune raison de faire profil bas, aucune raison d’obéir aux règles. Cette histoire raconte donc ce qui se passe quand un groupe de mercenaires internationaux s’en prend à un type relax et du genre bavard qui est en fait complètement barje. »

Jack Price. L’anti heros élégant. Tout en discrétion et distinction. Un parangon de péchés en col blanc qui se mue en psychopathe quand sa vie est sous contrat d’exécution. Sept mercenaires aiguisés comme des lames de couteaux qui ont maille à partir avec ce fieffé gourgandin, qui sème le chaos par ses méthodes peu orthodoxes et très imaginatives. Le règlement de comptes prend ici toutes ses lettres de noblesse dans cet aventure des 7 méchants et du psychopathes en goguette.

Le traitement de l’intrigue est unique en son genre. Un récit d’une traite par un narrateur omniscient, aux phrases concises et à la ponctuation lapidaire. Une lecture haletante sans vraie fil directeur si ce n’est que découvrir pour quel raison un gougnafier à dessouder la paisible vieille voisine. Le postulat de base est littéralement improbable. et c’est ainsi qu’on rentre dans la tête d’un véritable barjo en littéral pétage de plomb au niveau de sa personne. Le pire dans tout cela ? C’est que je me suis amusée comme une petite folle.

Allez tous vous faire foutre d’Aidan Truhen est un ovni littéraire qui m’a ravie autant que régalée. Je n’avais pas autant ri d’absurde dans une lecture depuis longtemps. Amateur d’humeur noir, ce roman est fait pour vous. Âmes sensibles s’abstenir.

Bonne lecture barrée à vous !

Allez tous vous faire foutre, d’Aidan Truhen est disponible aux éditions 10/18

liberté chérie

Horreur

Taxidermie : (nom féminin) art de préparer, d’embaumer les animaux morts. Aux XIXe siècle, ces derniers étaient exposés dans des cabinets de curiosité ou servaient de modèles aux artistes peintres. Cet art permet d’insuffler de réparer un corps et de lui redonner une splendeur factice.

La fabrique de poupées, Elizabeth Macneal

Il y a quelques semaines, via l’intermédiaire de My Little Book Club, j’ai eu la chance de rencontrer Elizabeth Macneal pour la sortie de son roman La Fabrique de Poupées. Je me suis plu à l’écouter parler de son roman, d’une cheminement qu’à été l’écriture dans sa vie, et la tournure qu’a prise cette dernière. Le tout comté avec cet accent écossais, que je chéris, tant depuis mon Erasmus.

L’auteure nous entraîne dans la période historique qu’elle préfère, la fin du XIXe siècle. Celle d’un Londres crasseux et bruyant, aux proies en changement. Magnifiquement traduite par la place centrale de l’Exposition Universelle, au cœur de l’intrigue. Nous sommes dans le Londres digne de Sherlock Holmes : « Londres, 1850. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes dans le tout nouveau Crystal Palace, et les badauds se pressent pour venir admirer cette merveille. Parmi eux, Iris, modeste employée dans un magasin de poupées, à la beauté mâtinée de difformité, qui rêve de devenir artiste peintre. Et puis il y a Silas, taxidermiste amateur de macabre et de curiosités, désireux d’y exposer ses créatures. Ces deux-là se croisent, et leurs destins en seront à jamais bouleversés. Iris accepte bientôt de poser pour Louis Frost, un jeune peintre préraphaélite. Avec lui, le champ des possibles s’élargit, et le modèle, avide de liberté, découvre peu à peu l’art et l’amour. Mais c’est compter sans Silas, qui rôde non loin de là, tapi dans l’ombre, et n’a qu’une idée : faire sienne celle qui occupe toutes ses pensées, jusqu’à l’obsession... »

C’est l’histoire d’une émancipation. Celle d’une enfant devenue adulte, qui brave ses parents pour sa liberté. D’une sœur jumelle revendiquant son identité propre, peu importe ce que que l’autre peut penser d’elle. D’une jeune femme voulant vivre de son art, à l’égard de ses pairs masculins. C’est l’histoire d’un amour libre qui fait fi des conventions de l’époque. Mais c’est également l’histoire d’une fascination morbide, pour une image volée, une vie rêvée, un instant égaré.  Une ombre plane, tapi dans les recoins poisseux de la ville.

Ce chemin vers la liberté ne va pas sans embûches. D’une éducation stricte, aux jugements puritains à la vie de bohème et la muse d’un peintre et de son wombat, Iris au cheveux et tempérament de feu va faire faire éclater la cloche de verre qui la maintenait au statut de Poupée de porcelaine, pour se mettre à marcher et gagner le droit d’être celle qu’elle désire tant être.

Sur le papier, La Fabrique de Poupées d’Elizabeth Macneal a tout pour plaire. L’idée est belle et l’époque est plaisante à lire. Je me suis malgré tout un peu ennuyée, trouvant le style un peu trop ampoulé et certaine scène longue et inutile. Je vous laisse vous faire votre propre idée.

Belle lecture à vous !

La Fabrique des Poupées d’Elizabeth Macneal est disponible aux Éditions Presse de la Cité.