Il y a de l’amour

Feel Good

Lettre : (nom féminin) Ecrit que l’on adresse à quelqu’un, afin de communiquer. Même si la correspondance écrite est un moyen de communication surannée, il garde ma préférence. L’écrit permet de libérer des vérités que la parole fait taire. Par manque de mots, par gêne, par pudeur.

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

Lors de ma Terminale Littéraire, j’ai eu le loisir d’étudier les romans épistolaires, de fiction ou réel. C’est un format que j’affectionne particulièrement depuis. Je me suis repue des lettres de Flaubert, Balzac ou encore Hugo, tombant amoureuse de leurs mots, de ces plumes si graves et en même temps si légères, qui en quelques lignes laissaient transparaître mille émotions à son lecteur.

A mes yeux, l’écrit revêt plus de profondeur que l’oralité, permettant de réfléchir à sa son propos et trouver le juste mots, la formule parfaite. Etre plus vrai, malgré certains artifices, qui mettent à nues fragilité et sentiments.

Sous la plume d’Amanda Sthers, dans Lettre d’Amour sans le dire, c’est Alice qui prend la plume pour s’adresser à son sauveur, cet homme qui lui a redonné le sourire et l’envie, qui lui a fait devenir femme à l’aube de la cinquantaine, qui l’a révélée à elle-même.

« Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux (origines modestes, native de Cambrai, séduite et abandonnée, fille-mère, chassée de chez elle, cabossée par des hommes qui l’ont toujours forcée ou ne l’ont jamais aimée). Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur. »

Alice va sublimer son cœur brisé en couchant sur papier ses sentiments, tout en non dits tellement parlant. Elle se livre, nue et entière, dans une longue lettre, dont elle ne sait si elle doit attendre une réponse. A l’aube de la cinquantaine, brisée par sa vie, elle va rencontrer son sauveur sur un malentendu. Une séance de Shiatsu impromptue. Un instant volé, figé dans le temps. Sans mots échangés, l’homme, Akifumi, va réparer cette femme, Alice. La rendre à sa vie de Femme, dont elle n’a su jouir. Celle qui lui a été volée dès l’enfance, et qui par son absence a empêché le bonheur d’entrer dans sa vie.

A travers cette rencontre muette et sensuelle, nous assistons à la rencontre de deux êtres, de deux cultures, de deux visions de voir le monde. La barrière de la langue comme obstacle invisible. Il lui parlera une fois un français impeccable pour qu’elle se résigne à lui répondre en Japonais, embrasser cette culture et cette langue inconnue, pour mieux lui répondre. Faute de temps, faute à la fortune capricieuse, ce moment n’aura pas lieu et donnera naissance à une superbe lettre d’amour, sans le dire.

A travers son roman Amanda Sthers nous livre un portrait émouvant d’une femme qui se plaît à croire à l’Amour, et qui se livre tout en pudeur et délicatesse à l’homme dont elle est tombé amoureuse. Il y a de l’amour et de l’espoir au bout de cette jolie plume.

Belle lecture à vous !

Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers est disponible aux Editions Grasset.

La Comédie Humaine

Feel Good

Festivité : (nom féminin) fête, réjouissance. Et qui de mieux que sa famille pour célébrer ces moments magiques et uniques, tels que les fêtes de fin d’année ou les anniversaires. Sur le papier, l’idée semble bonne mais cela peut malheureusement se transformer en règlements de compte à Ok Corral, faisant sauter le vernis écaillé de cette image d’unicité.

Vous prendrez bien un dessert ?, Sophie Henrionnet

Même si nous sommes à l’aube d’un été caniculaire, il me tarde d’être en hiver. Je fais partie de ses rares personnes qui préfèrent les courtes et froides journées, ourlées d’un soleil ras, trop paresseux pour briller à son zénith. Quand la ville se pare de ses plus belles lumières, à la nuit tombante, et que notre plaisir est alors de se réunir dans la chaleur d’un foyer aimant et boire un vin euh chocolat chaud. J’aime ces réunions de famille de Novembre en ma Bretagne tempêtueuse. Même si Noel prévaut en général pour ces moments en famille partagés.

C’est ainsi que la famille Labarre ne déroge pas à la règle et n’a que l’heureux choix de se retrouver autour d’un sapin bariolé pour célébrer, tous ensemble et à leurs corps défendant, ce moment de félicité. D’apparence tout du moins. De la matriarche acariâtre aux petits enfants transparents, Sophie Henrionnet ne nous épargne aucun travers de cette famille hautement dysfonctionnelle avec Vous prendrez bien un dessert. « Les fêtes de fin d’année, un temps propice aux joies simples des retrouvailles et aux petits bonheurs en famille ? Pas chez les Labarre. Alors que toute la famille est réunie pour célébrer à la fois Noël et l’anniversaire de Louis, le patriarche, chacun a ses propres raisons de redouter ce huis clos familial. Bientôt, la neige envahit la vallée et le luxueux chalet dans lequel les Labarre sont rassemblés se referme sur eux comme un piège. Tandis que le champagne coule à flots, les apparences se fissurent… et secrets comme vieux démons se joignent à la fête.« 

Un chalet dans la montagne enneigée. Une grande famille disséminée ca et là, en trois générations. Un weekend de quatre jours organisé au cordeau pour un fiasco final des plus magistrales. Nous rencontrons l’un après l’autre les membres de cette famille désunie, aux proies à leurs qui viennent à un à un à reculons dans cette réunion infernal. Un huis clos familiale, où les convenances et le bon goût vacillent. Où rien ne prévaut plus que de garder les apparences. Faire semblant et garder la tête haute malgré tout.

A travers la galerie des portraits des membres de la famille Labarre, on en apprend un peu plus sur chacun. Et au fur et à mesure que le réveillon bat son plein, le drame point le bout de son nez. L’argent comme moteur de cette jovialité forcée. La vérité quant au désamours de mères envers leurs enfants. Les conséquences tragiques de liaisons passées et cachées, afin de sentir vivants et aimés. Un patriarche aimé de tous, mais haïssable à souhait. Une vérité latente qui une fois dite renverrai à chacun le visage du misérable qu’il est réellement.

Avec son roman Vous prendrez bien un dessert, Sophie Henrionnet dresse un portrait au vitriol d’une famille bourgeoise à l’égoïsme individuel affligeant. C’est fin, drôle et caustique, je m’en suis délectée.

Belle lecture à vous !

Vous prendrez bien un dessert de Sophie Henrionnet est disponible aux éditions Charleston

Sweet Home Chicago

Feel Good

Émancipation : (nom féminin) Action d’affranchir ou de s’affranchir d’une autorité, de servitudes ou de préjugés. Ou quand une femme décide de sortir du carcan de son mariage et des ses idéaux bafoués, pour une vie de liberté exempte de contraintes et de peur. A la recherche de celle qu’elle est dans la ville de tous les possibles, de toutes les rencontres. La sulfureuse Paris.

J’ai découvert Gaëlle Nohant par hasard, au détour d’une librairie, lors de mes pérégrinations nantaises. Je ne connaissais pas l’auteure, ni ses œuvres, mais ma curiosité a été piquée par le titre de son denier roman, la Femme Révélée. Je me suis plu à l’écouter en parler, avec ferveur. De la genèse de l’ouvrage au cheminement de l’écriture, aux voyages dans la ville des vents, toutes les facettes de la création nous ont été présentées. Et cela m’a captivée. J’avais envie de connaître son héroïne à la double vie, à la double identité. Arrachée à ses racines et à sa chaire, son fils, pour survivre ? Mais comment survivre quand une de nos raisons de vivre nous a été subtilisée?

« Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre  ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie  ?
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices. »

Chicago. Associée dans mon esprit aux gangsters crapuleux, ainsi qu’à la comédie musciale The Bues Brothers, dont je dois connaître toutes les répliques et toutes les chansons. Nous sommes en 1950, bien qu’Al Capone ne soit plus, les truands à la petite semaine et autres vermines d’envergures règnent sur la ville. Imposant une ségrégation et un racisme abjectes. Ironiques quand ces même gougnafiers ont fait partis des GIs qui ont permis à la France de se libérer de l’oppression. Cette ville nous est dépeinte depuis Paris, des cafés bus au Flore aux whiskys sur les banquettes des clubs de Jazz germanopratins.

Nous découvrons une femme, en quête d’elle même, cachée derrière son appareil photo, son Rolleiflex. Les instants qu’elle vole aux autres sont sa manière de s’approprier le monde et les sentiments qui l’entourent. D’un hotel de passe à une maison de jeune fille, d’un mafieux irlandais aux bras d’un pianiste aveugle, des émeutes raciales aux émeutes anti pacifistes, Elitza – devenue Violette pour parer à la violence de sa vie – apprend à se battre pour ses convictions, qui lui tiennent à cœur. Et retrouver son fils, l’un des amours de sa vie.

A travers La Femme Révélée, Gaëlle Nohant peint le destin d’une femme battante en perspective deux de villes vivant des mutations clés : la Paris détruite d’après guerre qui ne demande qu’à réapprendre à vivre libre et la Chicago de 68, plus mûre et réfléchie, qui a fait table rase de cette gangrène mafieuse devenir un symbole de lutte pour la liberté. Un portrait de femme, de mère, d’amante. En bref d’une femme accomplie, en accord avec elle et les durs choix qu’elle a pu faire. Une pépite que ce roman.

Belle lecture à vous !

La Femme Révélée de Gaelle Nohant est disponible aux éditions Grasset