Âmes sœurs

Feel Good

Culpabilité : (nom féminin) Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire. Sentiment qui me submerge à chaque fois que je mange un tiramisu après une pizza quatre fromages alors que les vacances s’approchent dangereusement. Et si on parlait un peu de la géniale théorie « du foutu pour foutu », qui est bien trop éphémère à mon goût. 

Si je devais choisir un style musical, ce serait le rock. Un courant, le punk. Suis-je « née trop tard dans un monde trop vieux » en grande partie parce que j’ai loupé les années soixante-dix (et que je ne suis pas anglaise), indéniablement oui. Les bracelets de force et la lourde frange rousse auraient été ma marque de fabrique. Et surtout, j’aurais eu une chance de faire carrière, étant donné que je chante plus faux que faux. 

De Scarlett Smith-Rivière j’aurais été une fan de la première heure. Je l’imagine ressembler à Taylor Momsen des Pretty Reckless, et rien qu’à l’idée d’entendre les premiers riffs, je suis déjà en train de sautiller. Une vraie rock star, qui fait partie du malheureusement fameux club des 27. D’Alice Smith-Rivière c’est sa douce folie, cachée sous une façade formatée, qui m’aurait plu. D’autant plus que son journal s’appelle Bruce Willis et qu’il ne peut malgré tout la sauver de ses tourments. Tout cela est doucement ironique. De ses deux sœurs j’auraient aimé partager l’amour qu’elles ont l’une pour l’autre. L’unicité et la complicité, le manque et l’amour, la jalousie un peu aussi, que seuls deux être proches comme les deux chaussettes d’une même paire peuvent vivre et ressentir. Qu’adviendrait-il alors si l’une d’elle venait à devenir orpheline. Le chaos, inélictablement : « En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface. Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ? »

Ce chaos est donc arrivé. Il est rendu plus fort par la construction narrative sur deux temporalités, qui est soit dit en passant un procédé littéraire que j’affectionne vraiment. Surtout quand se mêle la voix figée d’un journal intime à celle mouvante d’une jeune femme quelque peu perturbée. Et ce, chacune sur une année, nous livre des pans de sa vie, de ces préoccupations du moment, et surtout de son passé qui l’a construite. C’est de cette manière que se forment sous nos yeux le portrait des deux sœurs Smith-Rivière. Deux femmes soutenant respectivement les fêlures et les espoirs de l’autre, espérant que leurs rêvent antagonistes se concrétisent. 

Le projet de réunir les chaussettes esseulées est une idée de génie. Ne serait-ce que d’un point de vue pragmatique, car dans la vraie vie, en tous cas la mienne, elle me permettrait au moins d’en avoir une vraie paire. Je dois être maudite. Mais également car elle panse les âmes perdues et les cœurs brisés, de ceux qui ont perdu un être cher et qui souhaitent continuer de vivre malgré tout. Et cela fonctionne, pour notre plus grand plaisir, et mon petit cœur de romantique.

Chaque roman de Marie Vareille a pour moi la douceur d’une crêpe au caramel au beurre salé, et éveille toujours ce sentiment de bonheur – même si fugace. Elle a un petit quelque chose de complètement barré dans ses écrits, qui fait qu’on s’attache immédiatement aux personnages, et qu’on leur souhaite une seule chose, de trouver le bonheur. J’ai ainsi littéralement dévoré La vie rêvée des chaussettes orphelines, grignotant quelque peu sur mon capital sommeil (Vous savez bien, foutu pour foutu), pour vivre une belle histoire d’amour, de d’acceptation et surtout de pardon.

Belle lecture à vous ! 🎈

La vie rêvée des chaussettes orphelines de Marie Vareille est disponible aux Editions Charleston.

Stupeflip

Feel Good

Psychotrope : (nom masculin) Stupéfiant. Substance qui agit sur le psychisme et le système nerveux. Le psychotrope est généralement chimique et peut provoquer des modifications de l’humeur, des sensations, de la perception, voire de la conscience. On l’associe souvent aux drogues. Ces dernières bien que prohibées ont longtemps eu la côte auprès des artistes pour les désinhiber et révéler leur caractère profond. En bref leur permettre de créer à peu près tout et n’importe quoi, le génie n’étant pas l’apanage de tous. Prenons l’exemple de Stupeflip « qui a écrit des trucs stupéfiants avec autant de travail que pour un album d’Asterix ».

Je pense que Professeur de Français, en collège de surcroit, est un métier bien ingrat. Bien que la langue de Molière regorge de particularités, elle est souvent moquée voire séchée par les ados à peine pubères, lui préférant bien souvent des activités extra-scolaires. La faute aux hormones (ou pas). C’est pour cela que bien qu’aillant rapidement fait un tour en licence de Lettres Moderne, je ne m’y suis pas éternisée. De peur d’avoir un métier, qui m’aurait je pense passionné, mais qui m’aurait aussi fait sortir de mes gonds et du cadre légal. J’en aurai baffé des élèves.

Cette carrière tuée dans l’œuf est mon seule point commun avec notre héroïne au nez fréquemment repoudré, j’ai nommé Anna Jocelin, narratrice et personnage centrale de Success Story. Car des drogues, je n’affectionne que les films où les romans qui en font mention. Et surtout je n’ai jamais mis les pieds à Brie sur Marne. « Anna, célibataire de 31 ans, s’ennuie. Elle ne connaît ni l’amour, ni l’amitié, ne rend jamais visite à son grand-père. Professeure de français dans un collège de banlieue, elle n’aime pas son travail, n’apprécie pas ses collègues, déteste ses élèves, ne parvient pas à écrire le roman qu’elle rêve de publier. Puis un jour, Anna retrouve une amie d’enfance et découvre les paradis artificiels. S’ensuit une ascension fulgurante.  »

Je m’attendais à tout sauf à ce que j’ai lu. Depuis que j’ai remisé le club des cinq aux oubliettes pour la plume acide mais non moins géniale de Brest Easton Ellis, je pensais avoir tout « vu » en termes de drogués. Qu’à cela ne tienne, nous avons à faire à un mix de Vincent Vega et de Mia Wallace dans le style , mais version chamollow au cœur fondant d’amour grâce aux psychotropes qu’elle ingère à longueurs de journée. Nous assistons en direct sous nos yeux ébahis – et entre deux éclats de rire – à une mue d’une chrysalide inadaptée à la société à un papillon sous acide, qui ne l’est pas moins.

La drogue comme art de vie donc. Qui hérige en pleine conscience le moindre poulpe décérébré. La drogue comme norme sociale, tout du moins dans le milieu artistique. La drogue comme paradis réel d’un monde illusoire. Et surtout, qui est en quasi libre accès de sept à soixante dix sept ans à l’instar de Tintin. Le tout menant à la bienveillance envers autrui, au retour des valeurs familiales et patriarcales et à la volonté farouche d’aider son prochain. C’est beau et bisounours à souhait. Bienvenue dans une dystopie feel-good.

Amateur du troisième degré et même au delà, vous serez conquis par cet anti roman de l’été à dix mille lieux sur les étoiles de ce qui est politiquement correct. Personnellement, c’est tellement barré que j’ai adoré Succes Story de Romain Ternaux et Johann Zarca !

Belle lecture à vous ! 🎈

Sucess Story de Romain Ternaux et Johann Zarca est disponible aux éditions La Goutte d’Or.

Un parfait petit précis

Feel Good

Précis : (nom masculin) petit manuel. Définition sobre, simple et efficace. Qui fait par la même de ce titre d’article un pléonasme. J’ai toujours été très à l’aise avec les figures de style littéraire, à mon corps défendant.

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Je suis une sportive (presque) accomplie. Sport et Yoga jalonnent mon quotidien, me donnant à loisir satisfaction et effroi, courbatures et apaisement. Je ne suis pas certaine que l’ambivalence soit lé résultat escomptée, mais soit, j’ai choisi de faire avec. Mais mon activité favorite devant l’Eternel reste l’apérobic*. Et le second degré. Cela va sans dire.

J’ai ainsi cru que Le secret est de boire un verre de vin* *avant (avant tout)  de Vania Pagano avait été fait sur mesure pour moi, comme un parfait précis. Jugez sur pièce : « 11 h 20. Je voudrais discuter 2 minutes avec ceux qui disent, quand t’as faim :  » Mange un fruit. « Vania Pagano est italienne et vit à Longwy, un petit patelin du Nord-Est de la France. Elle affronte le climat, sa quarantaine et ses trois filles avec une lucidité tranchante et un humour caustique décapants. »

J’aime que des pensées cyniques soient jetées en vrac, surtout lorsqu’elles sont drôles et clairvoyantes. A l’instar des auteurs des Manuels d’éducation Punk , Vania Pagano nous livre des bribes de réflexion tantôt acerbes, tantôt touchantes, très souvent vraies et surtout follement amusantes. Elle n’épargne aucun des aléas de la vie quotidienne, que ce soit elle, son rapport à ses trois filles ou aux autres tout simplement. Gentiment déjantée, l’auteure nous emmène aux fils des pérégrinations de ses pensées, pour notre plus grand plaisir. Elle ose dire tout haut ce que nous pensons honteusement tous bas. Et c’est frais, c’est vrai. Et surtout c’est très drôle.

Lu d’une traite, cet ouvrage va m’accompagner dans ma quête du bien être et de la relaxation (par le chablis). Cela me donnerai presque envie de dire Au diable Petit Bambou.

Si vous avez une folle envie de vous changez les idées, et que l’auto dérision est quelque chose avec lequel vous vous sentez relativement à l’aise, je vous enjoins à rire en compagnie de Vania Pagano et de son secret plus si bien gardé désormais !

Bonne dégustation … euh … lecture à vous !

Le secret est de boire un verre de vin avant (avant tout)  de Vania Pagano est disponible aux Editions First.

*cela va s’en dire, c’est uniquement vrai pour les besoins narratifs (ou pas)

**l’auteure m’a assurée que cela fonctionnait également avec le Spritz, me voilà sauvée !