Jamais tranquille

Feel Good

Tranquille : (adjectif) Où se manifestent un ordre et un équilibre qui ne sont affectés par aucun changement soudain ou radical (mouvement, bruit). D’où mon expression favorite, tranquille le chat !

Mémé dans les orties, d’Aurelie Valognes

Cette période de l’année est normalement, pour moi, et de loin, la meilleure. Car déjà, même si le soleil me manque, la Morticia que je suis, préfère les frimas de l’hiver à la chaleur accablante de l’hiver, les chocolats chauds au bord d’une cheminée emmitouflée sous une montagne de plaids plutôt que de faire la crêpe sur la plage avec le sable qui gratte. Je vous concède tout de même que je préfèrerai que le taux d’ensoleillement soit au maximal en ces journées de peu d’heures, car j’ai tendance au spleen lorsque la pluie accompagne la nuit.

Doublement même. Car là où l’esprit de Noël cher à mes cœur et âme d’enfant aurait dû me consoler, il n’en ait rien cette année. Je suis accablée par cette actualité grise comme ce ciel tempétueux de Décembre. A défaut d’un grand cru, j’ai choisi la littérature en chasse spleen, et me suis tournée vers une auteure que je ne connaissais pas, mais qui a mis du baume au cœur chez quelques unes de mes amies, j’ai nommé Aurélie Valognes.

Ses livres prêtent à sourire avant même leur lecture. La couverture vichy et l’expression poulaire Mémé dans les Orties en guise de titre ont été pour moi une invitation à la lecture. Le quatrième de couverture n’était pas en reste non plus : « Solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant… –, Ferdinand Brun, 83 ans, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur. »

Notre sympathique héros malgré lui n’est pas sans rappeler le centenaire belliqueux et anticonformiste du vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson. A ceci prêt que Ferdinand est dans la fleure de l’âge, du haut de ses quatre-vingt-trois ans. Ma rencontre avec cet homme ne s’est pas faite sans difficultés, il m’est difficile de m’attacher à quelqu’un d’avare, surtout en termes de sentiments.

J’ai aimé la manière dont l’auteure apprend à vivre à ce personnage, qui devient touchant et surtout vraiment attachant. J’ai adoré le fait qu’elle nous montre que l’amour n’a pas d’âge et que l’âge avancé n’empêche pas d’avoir une vie et d’en profiter pleinement. Et surtout, qu’importe les fatalités que l’on peut rencontrer, le meilleur reste toujours à venir. Une belle leçon de vie nous est ici livrée.

Je vous prescris donc Mémé dans les Orties comme le vrai remède anti morosité de ce début d’hiver, à prendre en cure courte ou longue en fonction du temps dont vous disposer !

Belle lecture à vous ! 🎈

Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes est disponibles aux éditions Le Livre de Poche.

La paresse est son péché

Feel Good

Paresse : (Nom féminin) une propension à ne rien faire, une répugnance au travail ou à l’effort. Considérée comme un péché dans la religion catholique, elle est élevée au rang de valeur par certains courants contestataires.Art de vie adopté par tant avec brio, mais qui ne me sied guère

belles ambitieuses de Stéphane Hoffmann

Je crois que le péché qui me caractérise le plus est la gourmandise. En cette période de fin d’années, je suis particulièrement gâtée, au grand dame de mes boutons de pantalons. Foutu sèche linge tiens. Mais la paresse, non, très peu pour moi.

C’est avec une certaine fascination que je vois embrasser ce mode de vie par Amblard Blamont – Chauvit, protagoniste principal du roman de Stéphane Hoffmann, Les Belles Ambitieuses. Il faut dite que c’est peu orthodoxe de se vouer à l’oisiveté quand on est X et énarque. Mais nous évoluons ici dans la bourgeoisie versaillaise décadente des années 70, et ces diplômes sont le minimum tolérés et tolérables.

C’est un peu par hasard que j’ai croisé le chemin d’Amblard, au détour d’un titre qui m’a plu, d’une couverture qui m’a faite sourire et d’un quatrième de couverture qui m’a convaincue : « La comtesse de Florensac veut avoir le salon le plus influent de Paris. La jeune Isabelle Surgères veut changer la vie. La douce Coquelicot veut faire plaisir à ceux qu’elle aime. Ce sont les belles ambitieuses. Elles s’activent autour d’Amblard Blamont-Chauvry qui, bien que polytechnicien, énarque, et promis à une brillante carrière, a décidé de s’adonner à la paresse, l’oisiveté, la luxure, la gourmandise et autres plaisirs. Que faire de sa vie ? Comment s’épanouir ? Doit-on être utile ? Peut-on être libre ? Faut-il être ambitieux ? À ces questions, chacun des personnages, entre Paris, Versailles et les États-Unis, à la ville comme à la campagne, répond à sa façon, et de manière parfois surprenante. »

J’ai aimé l’univers suranné qui se dégage de ce roman. Une sorte de nostalgie des valeurs et de la bourgeoisie d’antan. De la politique aussi, qui attire des jeunes intrigants carriéristes, qui deviennent au fil des pages de vieux opportunistes, dont les privilèges importent plus que leur propre bonheur.

Nous suivons trois destins de femmes liées à Amblard. Sa marraine d’abord, une sorte de bonne fée, qui tient salon et fait des ministres en poste ses amants du moment. On se croit à la cours du Roi Soleil, telle que montrée dans la série Versailles. Puis sa femme pendant deux ans, Isabelle Sugeres, jeune arriviste qui papillonnera tout au long de sa carrière d’un bord à un autre. Puis enfin Coquelicot, dont on ne connaît que la luxure dans la paresse. Ce joli petit monde vit dans un monde quasi onirique, en autarcie au sein d’une bourgeoisie sur le déclin.

Mon passage préféré reste la toute fin, que l’on pourrait apparenter aisément au lièvre et la tortue de Jean de La Fontaine. Jolie fable s’il en est.

En ces temps gris, je ne saurais trop vous conseiller cette lecture qui vous emmène dans un autre temps, que les gens de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Belle lecture à vous ! 🎈

Les belles ambitieuses de Stéphane Hoffmann est disponible aux éditons Albin Michel.

Love Rhapsody

Feel Good

Rhapsodie : (Nom féminin) Poème ou partie de poème contenant un épisode épique, spécialement emprunté aux poèmes homériques. Car oui l’Amour peut  se transformer en épopée, on se bat et c’est beau, même si ça blesse parfois. Mais quel intérêt y-a-t-il à vivre si on ne prend pas quelques risques parfois.

Amours Solitaires, Morgane Ortin

All you need is love, love is all you need (The Beatles)

Avant toutes choses, laissez moi vous expliquer ce titre abscons. Il fait référence non pas à mon groupe préféré depuis que je suis toute petite (même si je n’ai pas beaucoup grandi depuis) – Queen si vous n’aviez pas trouvé – , mais au titre Brandt Rhapsody de Benjamin Biolay. Et surtout à ce bel échange : »J’ai passé une nuit délicieuse // Même si j’ai un peu la migraine//Tu es belle quand t’es odieuse //Je te dis à dans une semaine« . Oui je radote quelque peu. Mais cette chanson a quelque chose de vraie. Et les sentiments se disent et se vivent par répondeurs interposés. Une sorte d’ode à l’amour 2.0.

J’ai découvert le compte Instagram Amours Solitaires un peu par hasard. Mais ce fut le coup de foudre immédiat. Des morceaux d’histoires, de passions, de pauses que des amoureux de l’amour se sont échangés dans l’attente d’une réponse ou juste par beauté du geste. Bienvenue dans les échanges épistolaires 2.0. Qui nous rappellent que l’amour est ce dont nous avons besoin, plus que tout. Et ce n’est pas cette période de l’année qui va me contredire. Plus que quelques jours pour pouvoir visionner en boucle Love Actually et The Holiday ! J’attends le 1er décembre pour succomber à la frénésie de Noël. Après cette date, je ne réponds de rien pendant un mois.

Morgane Ortin est la personne derrière ce recueil de messages, la tête pensante et le cœur vivant d’Amours Solitaires. Certains viennent d’elles, d’autres de contributeurs doués de jolis mots pour écrire leurs sentiments qui le sont plus encore. Son idée la plus géniale a été d’en faire un roman. Une histoire d’amour dont les messages sont échos de la vraie vie et des moments de partage. Pour les néophytes, je vous laisse découvrir le quatrième de couverture : « Autrefois, les amoureux échangeaient des lettres. Aujourd’hui, ils s’envoient des textos. La poésie n’a pas disparu entre temps. Depuis qu’elle a créé le compte Instagram Amours Solitaires, Morgane Ortin a recueilli des milliers de conversations intimes d’amoureux anonymes. Des mots doux, des mots crus, exaltés, érotiques, simples, drôles, sensuels, habiles, piquants. Elle en a sélectionné 278 pour composer l’histoire d’amour que vous vous apprêtez à lire. Une histoire que l’on pourrait introduire comme suit : des amours, il en a connu avant. Elle en a vu passer aussi. Ce livre raconte le leur. Celui qui tombe comme un couperet, ici et maintenant. »

J’ai littéralement englouti Amours Solitaires. J’ai aimé cette histoire, qui débute timidement sur des doutes, une fêlure, un manque de confiance en soi, en l’autre. Rassurez-vous, ce n’est pas la partie que j’ai préféré mais elle est souvent intrinsèque aux nouvelles histoires. En tous cas, elle l’était aux miennes. Puis la passion et la naissance du sentiment amoureux. Et surtout, ces mots pour en parler. La beauté de ces mots, ces phrases et même de ces silences. J’ai vécu ma lecture, eu mal au ventre, les larmes aux yeux, pour finalement la reposer sereine et heureuse.

A l’instar des romans / recueils épistolaires plus traditionnels, la date a son importance. Ici, au regard de l’instantanéité des échanges, l’heure en a encore plus. On en devine une urgence, une impatience. Mais également des moments volés, des moments vécus. En bref, une histoire d’amour actuelle, belle, inconditionnelle.

Je ne saurai trop vous conseiller d’offrir ou de vous faire offrir ce superbe roman pour les fêtes, il vous mettra du baume au cœur et vous fera vivre une histoire épique digne de Roméo et Juliette. Plus belle histoire d’amour s’il en est, à mes yeux tout du moins.

Belle lecture à vous ! 🎈

Amours Solitaires de Morgane Ortin est disponible aux Éditions Albin Michel. Vous pouvez également consulter son compte Instagram, Amours Solitaires.