Lolita

2019, Feel Good, Rentree Litteraire

Nymphette : (nom féminin) désigne une jeune fille ou jeune femme adoptant une esthétique stéréotypée, basée généralement sur un décalage entre l’âge véritable de la personne, et son comportement, essentiellement dans ses aspects sexualisés. Synonyme, Lolita depuis le roman éponyme de Nabokov, en 1955. Par pudeur pour nos oreilles, nous passerons sous silence la version radio des années 2000.

Journal de L. (1947-1952), Christophe Tison

A douze ans, même si par certains aspects nous souhaitons être des adultes, nous restons des enfants. L’entrée dans l’âge ingrat commence, les centres d’intérêts évoluent. Les filles et les garçons se regardent, se parlent, se mélangent dans les cours de récréation. On joue encore à chat, peut être pas dans la cour du collège, mais en rentrant chez soi le soir. Il nous faut l’autorisation (voire la motorisation) parentale pour aller au cinéma les jours de grèves, avec une heure de retour bien établie. On gagne en autonomie, tout en étant protégé. Tout du moins, par ses parents. C’est comme cela que j’ai vécu mon année de cinquième, et l’entrée dans l’adolescence. Avec le recul, et quand je vois des collégiens sortir avec leur sac à dos plus gros qu’eux et leurs têtes pouponnes, je me dis que nous ne sommes plus que jamais des enfants.

A douze ans, c’est l’âge auquel Dolorès Haze a perdu sa maman, ses illusions, son innocence en bref son enfance. Par le fait de son beau père pédophile, le dénommé Humbert Humbert. Cet adjectif, pédophile, n’est pas utilisé dans l’œuvre originale de Nabokov. Tout comme les viols à répétition sur mineure ne sont jamais qualifiés comme telle. En donnant la voix à Lolita dans son journal intime imaginaire,  Journal de L. , Christophe Tison revient sur une enfance volée et permet à la bien trop jeune victime, de s’exprimer, de mettre de véritables mots sur ses maux, les sévices subies : « Ce roman est le journal intime d’un personnage de fiction. Plus d’un demi-siècle après la publication des carnets de son ravisseur par Vladimir Nabokov, Lolita se livre enfin. L’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 50, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille.  »

Le journal d’une ado. C’est cela que nous avons devant nos yeux. Si on le sait dans les premières pages, on l’oublie vite au fur et à mesure qu’elles filent sous nos doigts. Devant l’horreur quotidienne qu’elle subit. L’innocence est vite dérobée, et cela se ressent dans le vocabulaire,  plus étoffée au fil des ans, et le cynisme écœurant, dont aucun enfant ne devrait avoir à faire preuve. Ce journal relate cinq années d’une vie qui nous semble en compter cinquante. Ou plus exactement, ce journal relate la mort lente d’une enfant, devenue Femme malgré elle, mais qui n’en attendra jamais l’âge.

On ne sort pas indemne de cette lecture, d’autant plus quand on sait qu’elle fait écho à la vie de l’auteur, à ses blessures indélébiles. On reste sans voix devant celle de Dolorès, qui devient une survivante à l’orée de sa puberté. Et on se promet de faire tout ce qui est en son possible pour protéger son enfant, pour qu’il garde cette âme innocente dont il est doté à la naissance, dans la mesure du possible, jusqu’à ce qu’il devienne parent à son tour.

Merci aux Éditions de la Goutte d’Or de m’avoir permis de découvrir avant sa sortie cette pépite de la Rentrée Littéraire 2019, qu’est le  Journal de L. de Christophe Tison.

Belle lecture à vous !

Journal de L. (1947-1952) de Christophe Tison est disponible aux Éditions La Goutte d’Or

Comme l’a si bien dit Appollinaire

Feel Good

Guillaume Appollinaire : (nom propre) Poète de son état et père du surréalisme, tout du moins en littérature. Bien qu’adepte de ce mouvement, notamment en peinture avec les œuvres de Dali, je dois vous confesser que je ne connais que peu son œuvre. Que de lacunes à combler si on s’approche de trop près.

Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi

S’il y a bien un thème récurrent en littérature, c’est la famille. Elle peut être parfaite en façade, et pourrie en intérieur. Complètement morcelée mais fonctionnelle. En panne d’affect par manque d’intérêt ou à cause de noirs secrets. En bref, elle a été brossée et le sera encore de mille et une manières et par tant d’auteur.  Ce qui ne m’empêche pas de rester appétente face à ce sujet vaste et sans fin. Et il est vrai que mes dernières lectures tournent autour de la dissection de schémas familiaux divers et variés.

Une fois n’est pas coutume, je me suis fait violence avant de me décider à lire Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi. J’aime pourtant beaucoup la plume cette auteure, mais par je ne sais quelle raison, j’ai été prise d’un blocage. Pour au final l’acheter impulsivement entre deux rames de métros, et le lire en une journée. Tellement j’ai été subjuguée par cette famille hors norme mais si normale à la fois. « Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers. Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée. À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’amour. Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’il a quitté le navire. Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin. »

J’avais oublié je crois l’amour qui unit les personnages de chacun de ses romans. Celui si beau qu’il vous tire les larmes des yeux, vous créent des boules d’émotion dans la gorge et vous fait papillonner le ventre. Oui, lire Virginie Grimaldi est bon pour la santé et vous donne votre dose d’optimisme et de beauté du monde journalière.

Et à l’instar des personnages récurrents que l’on retrouve d’une intrigue à une autre, liant ainsi l’œuvre dans son intégralité, j’ai noté d’autres récurrences. Le personnage de la grand-mère bienveillante, extra lucide et attachante. Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec le recueil 2.0 Chère Mamie. Le couple de personnes âgées bravant les interdits pour vivre pleinement une vie qu’ils savent sur le déclin, et par la même jouir pleinement de chaque instant. Les adolescents torturés mais plein d’amour, qui ne savent pas dire je t’aime, dans un monde où ils ont peur d’être rejetés. Et enfin, l’héroïne qui traverse l’adversité la tête haute, dans une quête effrénée de bonheur et de plénitude, malgré les facéties jouées par la vie.

J’espère qu‘Il est grand temps d’allumer les étoiles de Virginie Grimaldi illuminera votre weekend comme il a illuminé cette trop courte journée passée en sa compagnie. Je le quitte avec quelques regrets, notamment celui de l’avoir lu trop vite, mais sans remords car j’ai mes propres étoiles à porter au firmament.

Belle lecture à vous !

Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi est disponible aux éditions Le Livre de Poche.

Passé (pas si) simple

Feel Good

Passé : (nom masculin) Vie passée, considérée comme un ensemble de souvenirs. Souvenirs qui s’estompent avec le temps, pour ne garder le plus souvent le meilleur, dans toute situation. Mémoire sélective quand tu nous tiens !

Mes étés sont propices à une douce nostalgie de mon enfance, les passant à Carantec, lieu de villégiature par excellence, depuis trois décennies déjà. J’aime à me remémorer mes après-midi au club Mickey, les glaces mangées avec mes cousins, les repas de famille en terrasse pluvieuse. En bref, tous ces petits moments qui font une vie heureuse, et dont on fait le choix de ne garder que le meilleur.

S’appesantir sur les aléas qui furent n’est pas ma tasse de thé, je préfère aller de l’avant, mûrir ou grandir, en fonction de l’âge. Ce n’est pas pour autant que j’idéalise mes souvenirs, quitte a les laisser s’estomper avec le temps. Je suis têtue et bretonne, euphémisme s’il en est. Et savoure ma vie à pleine dent, même si cette dernière savoir être parfois bancale. Elle est forgée de mes choix, dont je suis fière pour la plupart. Le regret ne passera pas par moi. Ou est-ce le remord ? Je les confond tout le temps, mais dans les deux cas je n’en ai cure.

Ce n’est pas vraiment le cas d’Avril, héroïne du Pacte d’Avril, de Sophie Astrabie, qui a trente-cinq subit en quelques sortes les vicissitudes de l’horloge biologique, ainsi que sa vie, gentil résumé de métro – boulot – dodo. « Avril fête ses 35 ans et se remémore la promesse de Jean, le jour de leur séparation. Se retrouver à 35 ans, si aucun des deux ne s’était encore marié. Avril est toujours célibataire, mais Jean ? Est-il marié ? Se souvient-il de leur pacte ? Mirza, la voisine octogénaire d’Avril tente de la détourner de ce premier amour pour la pousser à mordre la vie à pleines dents. Mais ce que Mirza ignore, c’est que le destin va la mettre elle aussi face à son propre premier amour perdu… Le pacte d’Avril, un roman tendre et émouvant autour de l’amitié improbable entre une trentenaire nostalgique et une octogénaire qui ne croit qu’en l’avenir. à travers le regard de deux personnages que tout oppose, Sophie Astrabie nous invite à être déraisonnable et à aimer passionnément, quel que soit notre âge.« 

Avril. Mois du renouveau, des Béliers et de l’arrivée des beaux jours. Mois que je chéris particulièrement. Joli choix de prénom pour une héroïne à l’aube de son bonheur en tant que femme. Parisienne étriquée dans sa routine glaçante (qui est nôtre malgré tout), elle envoie valser La conformisme de sa vie à mesure que ses œillères tombent.

Mais elle n’est pas seule dans son voyage initiatique. Guidée par Mirza, sa voisine à l’âge presque canonique. Cette dernière est appel au bonheur et à l’ode du temps qui passe. Avec un surnom pareil, on ne pouvait s’attendre à autre chose !

En bref, j’ai été agréablement surprise par le pacte d’Avril, la teneur est moins légère que ce qu’elle laisse présager. Sophie Astrabie nous amène à nous poser de vraies questions sur nos vies : les subissons nous sous l’égide de quelques pressions sociales ou les croquons nous à pleine dent ? Dure question s’il s’en est, mais jolie et optimiste en cet été ensoleillé.

Belle lecture à vous ! 🎈

Le pacte d’Avril de Sophie Astrabie est disponible aux éditions le livre de Poche

Le podcast La Page Blanche d’Emile Deseliene, qui a fini de me convaincre, est disponible ici