Caca’s Club

2020, Feel Good, Rentree Litteraire

Rire : (verbe intransitif) Exprimer la gaieté par un mouvement de la bouche, accompagné d’expirations saccadées plus ou moins bruyantes. Rire n’est jamais aussi salvateur que quand c’est spontané et naturelle, et que les larmes viennent d’elles-même, et ce en fonction de tout à chacun. Rire perdrai de sa splendeur si on en faisait un automatisme de bienséance policée. Cela signifierai en partie une fin de la liberté. Celle d’être soi même si différent des autres. 

L'homme qui pleure de rire, Frédéric Beigbeder

Il y a deux auteurs qui m’auront marqué à mon entrée dans l’âge adulte. Bret Easton Ellis et Frédéric Beigbeder. Mon premier, de l’autre côté de l’atlantique . Il dépeint les travers d’une jeunesse dorée dépravée, revenue de tout. De la côte est à la côté ouest. Il écorne, égratigne voire même écorche à vif l’image du rêve américain, vaste miroir aux alouettes sous psychotropes.  C’est cru, nauséeux et nauséabond. Un pur délice. Mon second quant à lui est un noctambule avéré, issu du Paris aisé et bourgeois. Il dépeint les mœurs françaises aux vitrioles, surtout les élites de la bien-pensance – dont il fait lui même parti – en revisitant avec un cynisme certain et une hauteur embrumée ses expériences professionnelles et personnelles.

La parution des romans de ses auteurs est toujours pour moi un moment d’allégresse, certaine que je vais passer un moment particulier et suspendu, dans une bulle désabusée du monde contemporain. C’est dans cet état d’esprit que j’ai entamé ma lecture de l’Homme qui pleure de rire, de Frédéric Beigbeder. « Octave Parango a travaillé dans la publicité durant les années 1990 et dans la mode durant les années 2000. Il est désormais humoriste à 8h55, le jeudi matin, sur la plus grande radio nationale de service public. L’homme qui pleure de rire clôt la trilogie d’Octave Parango sur les aliénations contemporaines : après la tyrannie de la réclame puis la marchandisation de la beauté féminine, Frédéric Beigbeder s’attaque à la dictature du rire. Une satire réjouissante des dérives de notre société de divertissement. »

Un smiley comme titre de couverture. C’est osé. Un affront à la beauté des mots d’un titre. C’est très bien pensé. Il y a quelque chose de pathétique dans ce petit personnage visage, impersonnel, de travers, les larmes aux yeux. Sans contexte aucun. Un smiley comme ponctuation finale. Un hommage 2.0 à l’Homme qui rit, de Victor Hugo.

L’histoire part de son éviction de France Inter, suite à une absence de chronique. Un suicide professionnel en direct, devant des collègues désabusés. Et un public … médusé ? habitué ? cela, nous ne le saurons pas. Nous investiguons sur la genèse de ce fiasco, heure par heure, dans la nuit parisienne. Fantôme de ce qu’elle a été, sa superbe envolée, sa liberté perdue. Sur fond de transmutation de l’ordre en place, la révolte des gilets jaunes en second plan. Des délinquants qui mettent la ville lumière à feu et à sang.

Frédéric Beigbeder revient avec nostalgie et quelques facéties, sur les cinquantes années de sa vie. Celui qu’il a été, jeune arrogant aux verbes hauts, à la blague potage et au menton comme étendard. Fondateur du Caca’s Club. Haute institution festive parisienne, basée sur l’entre soi. Ses nuits parisiennes. L’évolution des mœurs. Paris comme chimère de son passé de célibataire, flash-back en noir et blanc d’une époque révolue, mis en parallèle de sa vie de parent au bord de l’océan, qu’il compare à un dessin animé en technicolors pixelisé.

Avec L’Homme qui pleure de rire, Frédéric Beigbeder tire un majestueux point final (?) aux aventures de son double littéraire, Octave Parango, avec une plume plus acerbe et qui, je trouve, gagne en qualité au fil des années. La cinquantaine a cela de bon chez lui. Après tout.

Belle lecture à vous !

L’Homme qui pleure de rire de Frédéric Beigbeder est disponible aux Editions Grasset

De grands enfants

Feel Good

Grandir : (verbe intransitif) devenir plus grand, comprendre atteindre sa taille adulte. Mais ce mécanisme n’est heureusement pas que physique. Il s’accompagne souvent d’une mue. La maturité frappe à notre porte, et l’on devient petit à petit adulte. Sans pour autant oublier qu’un adulte reste un grand enfant.

Grandir un peu, Julien Rampin

Les grands-parents. Du point de vue d’un jeune enfant, c’est une extension de ses parents, en plus permissifs et plus promptes à céder aux petits caprices du quotidien. Ainsi quand faire un gâteau se transforme en ennuagement farineux de la cuisine, ça n’a aucune importance.   Ce sont aussi eux qui ont le temps de la transmission. Transmission des souvenirs, de ceux qui ont été et de ceux qu’ils ont été.

Les grands parents. Du point de vue d’un jeune adulte, ce sont ceux qui se sont occupés d’eux, aux vacances surtout. A l’instar des parents, ils voient toujours ce petit enfant, fragile et docile, qui trébuchent sur un obstacle, parfois imaginaire, lorsqu’il fait plus de cinq pas. Ce sont avec eux que sont forgés les souvenirs qui forgent une personnalité qui posent les fondements de qui nous sommes.

Etre grand parent, ça signifie de faite être un très grand enfant, comme Raymonde, la grand mère haute en couleur de Lucas dans Grandir un peu de Julien Rampin: « Vieille dame un peu loufoque loue appartement meublé à dame de bonne compagnie. Loyer modéré contre menus services. » Il suffit parfois d’une petite annonce dans un journal pour faire basculer une vie. Dans le sud de la France, Jeanne Jambon, jeune femme peu sûre d’elle, décide sur un coup de tête de fuir une existence qui ne lui ressemble pas. Elle va trouver refuge auprès de Raymonde, une vieille dame fantasque et rebelle et de son petit-fils, Lucas, garçon solaire, beau comme un astre.Tous les trois vont alors tenter de s’apprivoiser et vivre une parenthèse enchantée, à l’abri du monde, et apprendre les uns des autres. Jusqu’au jour où la vie va finir par les rattraper et les obliger à grandir un peu… Un roman sur la différence, les regrets et le temps qui passe, lorsque l’enfant qui sommeille en chacun de nous décide de revenir à la surface. »

C’est avant tout une histoire d’Amour. Celui qu’on ne reçoit pas, qui nous pousse à grandir sans tuteurs. Celui dont l’absence fait de nous des êtres tordus. Celui qu’on aspire à donner mais qui trouve porte close. Celui là même qui vous brise un peu plus. Et puis enfin, celui qu’on reçoit au détour d’un moment inattendu, et que l’on accepte de partager car il nous fait rayonner, nous et ceux qui nous le prodigue. C’est une histoire d’Amour qui nous aide à mûrir, et à avancer. A panser ses plaies et à ne plus se retourner. Ce livre c’est l’histoire d’amour d’une grand mère à son petit fils, d’un petit fils à son amie, d’une amie envers une vieille femme. C’est une histoire d’amour qui nous apprend à aimer et de ne plus avoir peur de le faire.

A travers son premier roman qu’est Grandir un peu, Julien Rampin nous dresse trois portraits intenses, de personnes qui avaient besoin d’un coup de pied du destin pour se prendre en main et embrasser pleinement leurs responsabilité, à savoir être de grands enfants heureux et épanouis. Une jolie lecture, pleine de promesse et surtout intemporelle, portée par une plume douce et délicate, que je vous conseille.

Belle lecture à vous !

Grandir un peu de Julien Rampin est un roman auto édité disponible dans toutes les bonnes librairies (online et physiques)

 

Les liaisons dangereuses

Feel Good

Correspondance : (nom féminin) relation par écrit entre deux personnes. La lettre manuscrite a été remplacée par les e-mails, mettant au rébus l’attente, qui se fait d’autant plus frustrante quand elle pointe malgré tout le bout de son nez.

Histoire d’@, Laure Manel

Les échanges écrits par courrier ont pour moi un charme suranné qui donne libre court à interprétation des lignes (et de ce qui est dit entre). Je pense ici à une certaine nuit orageuse et à un pupitre humide. Tout et rien peut être dit, compris, relu. L’attente d’une réponse, qui ne viendra que trop tard voire jamais, comme ultime torture.

Au vingt et unième siècle, les mails se suppléent à l’exercice de calligraphie. On peut ainsi choisir l’instantanéité ou la langueur, et créer une correspondance d’un genre nouveau. C’est ainsi que Laure Manel nous invite à lire dans son dernier roman, Histoire d’@. « Mathilde et Cyril étaient meilleurs amis, et leur relation fusionnelle semblait pouvoir résister à tout. Mais en partant pour New York sans se retourner, Cyril a laissé Mathilde dans l’incompréhension la plus totale. Douze ans plus tard, il réapparaît derrière son écran et espère reprendre leur amitié là où il l’a laissée. Lui donnera-t-elle une chance de renouer ? Quand le passé ressurgit, comment le présent pourrait-il ne pas être ébranlé ?« 

Deux lieux. Belle Ile et Paris. A la langueur de ma Bretagne chérie s’oppose le dynamisme de la vie citadine. A la trentenaire mariée, aux soirées copines et couple, s’oppose le trentenaire sans vraiment d’attache, à la vie personnelle débordant joyeusement du cadre. A la sagesse s’oppose la fougue. Une amitié déchue qui laisse des marques indélébiles. Un amour naissant, brisé dans l’œuf, avec des regrets chevillés au corps et une douzaine d’année à rattraper.

Sur presque une année, on se plait à lire les retrouvailles peu banales de ces deux amis, qui se sont quittés avant le cruel passage à l’age adulte. Celui qui nous raisonne et nous apporte quelque peu de maturité. Age auquel au final nous nous définissons, par la vie que nous menons. Le véritable amour peut-il triompher, à en croire Shakespeare, ce ne serait qu’après la mort, mais rien ne nous empêche d’essayer vivant.

Avec cette Histoire d’@, Laure Manel fait en partie mentir Catherine Ringer. On assiste au fil des pages aux retrouvailles de deux âmes sœurs, qui se pensaient perdu. C’est bon pour le moral, et c’est à lire sans modération !

Belle lecture à vous !

Histoire d’@ de Laure Manel est disponible aux Editions Le livre de poche