Stupeflip

Feel Good

Psychotrope : (nom masculin) Stupéfiant. Substance qui agit sur le psychisme et le système nerveux. Le psychotrope est généralement chimique et peut provoquer des modifications de l’humeur, des sensations, de la perception, voire de la conscience. On l’associe souvent aux drogues. Ces dernières bien que prohibées ont longtemps eu la côte auprès des artistes pour les désinhiber et révéler leur caractère profond. En bref leur permettre de créer à peu près tout et n’importe quoi, le génie n’étant pas l’apanage de tous. Prenons l’exemple de Stupeflip « qui a écrit des trucs stupéfiants avec autant de travail que pour un album d’Asterix ».

Je pense que Professeur de Français, en collège de surcroit, est un métier bien ingrat. Bien que la langue de Molière regorge de particularités, elle est souvent moquée voire séchée par les ados à peine pubères, lui préférant bien souvent des activités extra-scolaires. La faute aux hormones (ou pas). C’est pour cela que bien qu’aillant rapidement fait un tour en licence de Lettres Moderne, je ne m’y suis pas éternisée. De peur d’avoir un métier, qui m’aurait je pense passionné, mais qui m’aurait aussi fait sortir de mes gonds et du cadre légal. J’en aurai baffé des élèves.

Cette carrière tuée dans l’œuf est mon seule point commun avec notre héroïne au nez fréquemment repoudré, j’ai nommé Anna Jocelin, narratrice et personnage centrale de Success Story. Car des drogues, je n’affectionne que les films où les romans qui en font mention. Et surtout je n’ai jamais mis les pieds à Brie sur Marne. « Anna, célibataire de 31 ans, s’ennuie. Elle ne connaît ni l’amour, ni l’amitié, ne rend jamais visite à son grand-père. Professeure de français dans un collège de banlieue, elle n’aime pas son travail, n’apprécie pas ses collègues, déteste ses élèves, ne parvient pas à écrire le roman qu’elle rêve de publier. Puis un jour, Anna retrouve une amie d’enfance et découvre les paradis artificiels. S’ensuit une ascension fulgurante.  »

Je m’attendais à tout sauf à ce que j’ai lu. Depuis que j’ai remisé le club des cinq aux oubliettes pour la plume acide mais non moins géniale de Brest Easton Ellis, je pensais avoir tout « vu » en termes de drogués. Qu’à cela ne tienne, nous avons à faire à un mix de Vincent Vega et de Mia Wallace dans le style , mais version chamollow au cœur fondant d’amour grâce aux psychotropes qu’elle ingère à longueurs de journée. Nous assistons en direct sous nos yeux ébahis – et entre deux éclats de rire – à une mue d’une chrysalide inadaptée à la société à un papillon sous acide, qui ne l’est pas moins.

La drogue comme art de vie donc. Qui hérige en pleine conscience le moindre poulpe décérébré. La drogue comme norme sociale, tout du moins dans le milieu artistique. La drogue comme paradis réel d’un monde illusoire. Et surtout, qui est en quasi libre accès de sept à soixante dix sept ans à l’instar de Tintin. Le tout menant à la bienveillance envers autrui, au retour des valeurs familiales et patriarcales et à la volonté farouche d’aider son prochain. C’est beau et bisounours à souhait. Bienvenue dans une dystopie feel-good.

Amateur du troisième degré et même au delà, vous serez conquis par cet anti roman de l’été à dix mille lieux sur les étoiles de ce qui est politiquement correct. Personnellement, c’est tellement barré que j’ai adoré Succes Story de Romain Ternaux et Johann Zarca !

Belle lecture à vous ! 🎈

Sucess Story de Romain Ternaux et Johann Zarca est disponible aux éditions La Goutte d’Or.

Beauté figée

Non classé

Âge : (nom masculin) temps écoulé depuis qu’une personne est en vie. Il se lit sur nos corps, nos cheveux mais aussi notre âme. Fièrement énoncé par les enfants, il peut être caché ou maquillé par les adultes qui ne veulent pas voir se faner leur jeunesse. 

Enfant, je me rappelle avoir trouvé les âges au delà de quarante presque canoniques. En grandissant, voire plutôt vieillissant car ma croissance a été taquine, je n’ai plus cette perception et trouve les soixantenaires jeunes. C’est nos attitudes et notre état d’esprit qui nous définit, plus que quelques marques de sagesse sur le visage ou fil argenté dans les cheveux.

Mon âge n’est pas quelque chose qui me dérange. Je n’en ai jamais fait grand cas, même si j’aime le fêter chaque année. Car il est pour moi un joyeux prétexte à réunir mes amis et ma famille. A trente deux, on me dit souvent que j’en fait moins. Ce qui n’est pas pour me déplaire, voire même me flatte. Mais peut aussi me desservir, que ce soit professionnellement ou dans des situations face à l’administration. Longtemps, plus jeune, on me demandait de parler à mes parents alors que j’étais déjà « bien majeure ». Ce qui avait tendance à créer en ma petite personne un imposant courroux.

Je pars du principe que si on est heureux et aimé, l’âge n’a que peu d’importance. Mais malgré tout notre société n’a cesse de nous vendre divers cures de jouvence, jolis miroirs aux alouette s’il en est. Et c’est ainsi de fil en aiguilles de mes pensées sur le temps qui passe et des années qui défilent, que j’ai jeté mon dévolu sur La Femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt. « À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté; aucun cheveu blanc, aucune cerne; j’avais trente ans, désespérément. Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt.Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes.Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre.Et puis, il y a Betty. »

Betty, Martine de son prénom. Abîmée par son enfance marquée par l’absence de figure maternelle, emportée à trente cinq ans, en pleine fleur de l’âge, par une Ford chauffarde. Un renouveau dans un second baptême, un coup de foudre, une vie de femme accomplie. Mais aucun signe du temps qui passe sur un visage resté poupin, malgré les années qui lui glissent dessus. Un divin cadeau qui se veut un décevant fardeau.

Grégoire Delacourt nous dresse un magnifique portrait de femme(s), des apparences qui nous trompent et de l’acceptation de soit qui n’est pas toujours chose aisée, surtout si l’on vit à travers le regard que les autres choisissent de porter sur nous.

Ce roman, je l’ai dévoré. La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt m’a littéralement happée et amenée à réfléchir sur les attentes véritables d’une vie. Un petit bijou à mon sens, que je vous conseille ardemment.

Belle lecture à vous ! 🎈

La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt est disponible aux éditions Livre de Poche 

Un parfait petit précis

Feel Good

Précis : (nom masculin) petit manuel. Définition sobre, simple et efficace. Qui fait par la même de ce titre d’article un pléonasme. J’ai toujours été très à l’aise avec les figures de style littéraire, à mon corps défendant.

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Je suis une sportive (presque) accomplie. Sport et Yoga jalonnent mon quotidien, me donnant à loisir satisfaction et effroi, courbatures et apaisement. Je ne suis pas certaine que l’ambivalence soit lé résultat escomptée, mais soit, j’ai choisi de faire avec. Mais mon activité favorite devant l’Eternel reste l’apérobic*. Et le second degré. Cela va sans dire.

J’ai ainsi cru que Le secret est de boire un verre de vin* *avant (avant tout)  de Vania Pagano avait été fait sur mesure pour moi, comme un parfait précis. Jugez sur pièce : « 11 h 20. Je voudrais discuter 2 minutes avec ceux qui disent, quand t’as faim :  » Mange un fruit. « Vania Pagano est italienne et vit à Longwy, un petit patelin du Nord-Est de la France. Elle affronte le climat, sa quarantaine et ses trois filles avec une lucidité tranchante et un humour caustique décapants. »

J’aime que des pensées cyniques soient jetées en vrac, surtout lorsqu’elles sont drôles et clairvoyantes. A l’instar des auteurs des Manuels d’éducation Punk , Vania Pagano nous livre des bribes de réflexion tantôt acerbes, tantôt touchantes, très souvent vraies et surtout follement amusantes. Elle n’épargne aucun des aléas de la vie quotidienne, que ce soit elle, son rapport à ses trois filles ou aux autres tout simplement. Gentiment déjantée, l’auteure nous emmène aux fils des pérégrinations de ses pensées, pour notre plus grand plaisir. Elle ose dire tout haut ce que nous pensons honteusement tous bas. Et c’est frais, c’est vrai. Et surtout c’est très drôle.

Lu d’une traite, cet ouvrage va m’accompagner dans ma quête du bien être et de la relaxation (par le chablis). Cela me donnerai presque envie de dire Au diable Petit Bambou.

Si vous avez une folle envie de vous changez les idées, et que l’auto dérision est quelque chose avec lequel vous vous sentez relativement à l’aise, je vous enjoins à rire en compagnie de Vania Pagano et de son secret plus si bien gardé désormais !

Bonne dégustation … euh … lecture à vous !

Le secret est de boire un verre de vin avant (avant tout)  de Vania Pagano est disponible aux Editions First.

*cela va s’en dire, c’est uniquement vrai pour les besoins narratifs (ou pas)

**l’auteure m’a assurée que cela fonctionnait également avec le Spritz, me voilà sauvée !