Moi vouloir être chat

Bandes Dessinées

Slowburn Gag : (anglicisme) Littéralement Gag à retardement, dont était très friand Gotlib.

Slowburn de Franquin et Gotlib

De Franquin on connaît essentiellement Spirou, reporter sans peurs et sans reproches, qui vit des aventures abracadabrantesque au quatre coin du globe, sans se départir de sa tenue de groom ni de son fidèle ami Fantasio. Ce dernier est d’ailleurs le trait d’union avec son autre série de Bandes Dessinées bien connues du grand public, j’ai nommé Gaston Lagaffe. Avec son inexistant mais pas vraiment Tome 5.

Ce qui est moins connu est ce sont ses Idees Noires, petit panflet d’humour noire et macabre, écrit avec force cynisme et second degré. Un chef d’œuvre d’humour noir.

De Gotlib, on connait ses Rubriques à Brac, sa passion pour Galilée et les Coccinelles. Et ces parodies de scénarios de films. Sa réécriture de l’enfant sauvage de Truffaut m’a d’ailleurs valu les railleries de mon petit frère qui n’a eu de cesse de m’appeler  Victor pendant 1 an, car il nous trouvait capillairement lié surtout au réveil.

Ce que l’on connait moins, tout du moins pour ma part, c’est le travail commun des deux hommes. Et c’est ce que nous explique le court livre Slowburn : « Slowburn, ce n’est pas juste une histoire de chats. C’est aussi la rencontre de deux maîtres qui marquèrent l’histoire de la bande dessinée : Franquin et Gotlib. »

L’histoire n’a rien de transcendante. Deux chats qui copulent, jusqu’à atteindre une chute ubuesque. Point. Mais le traitement de l’image est intéressante. Franquin produisait la matière brute que Gotlib distordait pour obtenir des planches fournis vivantes. On apprend un peu plus sur le passé commun des deux hommes facétieux et leur méthode de travail. Et je trouve cela intéressant de voir les coulisses de leurs œuvres.

Si vous êtes amateurs de Franquin et Gotlib, et que comme moi leurs ouvrages ont marqués tout ou partie de votre vie, ne passez pas à côté de Slowburn, un petit bijou de collection dans son genre.

Belle lecture à vous !

Slowburn de Franquin et Gotlib est disponible aux éditions Fluide Glacial

White Rabbit

Feel Good

Nostalgie : (nom féminin) Regret mélancolique d’une chose révolue ou de ce qu’on n’a pas connu. En d’autres mots, le spleen si cher à Baudelaire.

Perte et Fracas, de Johnatan Tropper

Si je ne devais retenir qu’une musique de la bande son du film Las Vegas Parano, ce serait White Rabbit des Jefferson Airplane. Si je ne devais retenir qu’une scène, ce serait celle où Benicio Del Toro se prend pour une Alice d’un autre genre et va courir le lapin. C’est loin d’être le meilleur film que j’ai vu mais cette scène aura eu le mérite de m’inspirer pour le titre de cet article.

Si je ne devais retenir qu’une série, de celles dont je me suis délectée non sans un certain plaisir coupable, pendant quelques années, je choisirais Desperate Housewives. Ce voisinage propret avec ces stéréotypes de femmes plus ou moins au foyer est un vrai bonbon addictif. J’ai d’ailleurs toujours imaginé les banlieues américaines sur ce modèle lisse et rigide.

Mélangez ces deux ingrédients aux antipodes et vous obtenez le décor de Perte et Fracas, de Jonathan Tropper, dans lequel évolue Doug, jeune veuf porté sur le bon vieux Jack en guise de petit déjeuner : « Doug a 29 ans et il est veuf. Depuis deux ans. Depuis que l’avion dans lequel voyageait Hailey a explosé en plein vol. Et depuis, Doug se noie dans l’autoapitoiement comme dans le Jack Daniel’s…Jusqu’à ce que sa petite famille débarque en force. Son beau-fils, Russ, en conflit avec l’humanité entière. Sa jumelle, enceinte, qui décide de s’installer chez lui. Et sa plus jeune soeur, qui s’apprête à épouser l’ex-meilleur ami de Doug… rencontré à l’enterrement de Hailey ! Sans oublier son père, qui commence à perdre la tête et lui demande régulièrement des nouvelles de sa femme, ou encore sa voisine qui s’obstine à lui susurrer des mots cochons à l’oreille… Et que dire de ses allures d’écrivain ténébreux qui lui attirent les faveurs de la gent féminine et des grands éditeurs, grâce à sa chronique hebdomadaire «Comment parler à un veuf» qui a fait de lui une star ! »

J’ai eu du mal à rentrer dans l’intrigue, le style de l’auteur, l’histoire. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais comme souvent, le problème avec les recommandations tient dans le fait que nous avons tendance à placer haute la barre de nos exigences. Déçu par essence donc. C’est long cinquante pages à ce demander ce qu’on fait là. C’est un coup à perdre quelque temps le goût de la lecture. En tous cas pour ma part.

Une fois l’histoire lancée par contre je n’ai plus pu m’arrêter. On évolue dans une famille bourgeoise hautement dysfonctionnelle, qui n’a plus vraiment pied avec la réalité, si ce n’est par le prisme du brouillard causé par l’alcool et autres psychotropes. On se prend d’affection pour ces doux dingues qui ont vécu les pires drames, et qui peinent à se relever.

La force de l’auteur réside dans sa capacité à rendre féroce et cynique des étapes telles que la reconstruction dans le deuil. Et en amenant le lecteur à se projeter sur ses propres blessures. L’intrigue est menée à bâton rompue comme celle d’un film hollywoodien, où nous serions derrière la caméra, et pour lequel nous n’aurions pas envie de lire le mot fin.

Même si je reste mitigée quant à celle lecture, si vous êtes amateurs de second degré, Perte et Fracas de Jonhatan Tropper est fait pour vous.

Belle lecture 🎈

Perte et Fracas de Jonathan Tropper est disponible aux éditions 10/18.

Modern Love

Feel Good

David Bowie : (nom propre) artiste anglais à l’œuvre fantasque ET parfaite, que j’écoute en boucle non stop depuis une quinzaine de jour et dont chaque titre est d’une modernité surprenante. Je ne suis pas allée bien loin pour mon titre d’article, je le chantonne en boucle soir au matin.

Les crevettes ont le cœur dans la tête, Marion Michau

Depuis ma plus tendre enfance, je cultive l’esprit de contradiction, bon gré mal gré. Ainsi je n’ai jamais regardé Amélie Poulain en entier, je suis allergique aux pommes et carottes crus, et j’ai une phobie des chiens si forte que je compte adopter un bulledog. Cela se passe de commentaires.

Ma nouveauté dans l’absurde ? Commencer un roman par sa fin. Enfin plus exactement son second volet. Je ne fais pourtant pas partie de ces personnes qui feuillettent la dernière page d’un Agatha Christine. Pour savoir sournoisement quel gourgandin au dessus de tous soupçons à fomenter l’odieuse tragédie qui fait friser la moustache parfaitement lissée de M. Hercule Poirot.

Je glisse dangereusement sur la pente de l’auto sabotage. Un peu comme Marion en quête de l’Amour avec un grand A, dans les crevettes ont le cœur dans la tête. Je vous donne un avant goût de ce qui vous attend avec le quatrième de couverture :« Je m’appelle Marion, je fais 1m70 (en talons) et 52 kilos (en rêve). Je suis née en 1980 – une année détestable pour le bordeaux et franchement pas terrible pour Joe Dassin qui est mort pendant les grandes vacances – et je suis célibataire, mais ça, vous oubliez, ça ne devrait pas durer : je suis enfin décidée à trouver l’homme de ma vie… seulement les mecs bien, c’est pas comme les métros, il n’en passe pas toutes les quatre minutes. »

Fan de Sex and the City, j’ai trouvé notre Carrie Bradshaw française. Alors on rit devant l’ardue tache qu’est de trouver le Prince Charmant. Paris ressemble ici à un marais infesté de crapauds. Plus baveux les uns que autres. Et nos princesses désabusées à des punkettes sur le retour attirées par les bads boys qui ne veulent pas grandir.

On suit avec délectation les péripéties de Marion sur deux années de sa vie, autant de cigarettes fumées que d’heures écoulées et de peines de cœur que de semaines passées. Cette amoureuse de l’amour se prend des claques, se relève de plus belle a chaque fois et nous offre une jolie fable moderne sur la recherche de l’âme soeur. En allant de la rencontre impromptue, à la drague 2.0 et au speed meeting. Toutes les méthodes sont passées au crible et c’est jubilatoire.

Avec la Saint Valentin qui approche à grands pas, si vous êtes sujets à des questions / angoisses / névroses existentielles que cette fête peut constituer, je vous conseille fortement la lecture du roman de Marion Michau. Que vous soyez parfaitement en paix avec vous même aussi d’ailleurs !

Belle lecture à vous ! 🎈

Les crevettes ont le cœur dans la tête de Marion Michau est disponible aux Editions J’ai Lu, tout comme la suite de ses aventures, Si le verre est à moitié vide, ajoutez de la vodka !