Lady Rose

Feel Good

« Il écrivait en abrégé ; sa fleur bien trop tôt s’est fanée, Et une mort prématurée a fait de lui un abrégé » Epitaphe (grinçant à souhait mais étant une personne de petite taille je me sens parfois moi-même abrégée et serais encline de le lui emprunter le temps voulu) de William Lawrence.

Les enquêtes de Lady Rose, MC Beaton

De mon Erasmus écossais, j’ai hérité de quelques petites choses. Un amour immodéré pour le roux, dont j’use et j’abuse sur ma chevelure corbeau. Une descente de verre(s) pas piquée des hannetons. Un sens de l’humour grinçant et cynique conjugué à un flegme à toute épreuve. De loin, ce portrait ressemble à s’y méprendre à Bree Van der Kamp. Il faudrait que je songe à une introspection à l’occasion.

Cynisme et Flegme donc seront les termes que nous choisiront de retenir. Ainsi lorsqu’une jeune femme de l’aristocratie fait tout pour s’émanciper du joug de ses parents au lieu de se marier et s’enfonce dans un pétrin sans commune mesure, cela ne pouvait qu’attirer mon attention et ravir le début des mes vacances estivales. Ainsi entra dans ma vie la Lady Rose de MC Beaton : « Belle et rebelle, telle est Lady Rose. Après s’être compromise avec les suffragettes, au grand désespoir de ses parents, la jeune fille de bonne famille fait une entrée désastreuse dans la haute société londonienne… Ce qui ne dissuade pas un Sir aux allures distinguées de lui faire les yeux doux. Très louche, selon le père de Lady Rose, qui charge le capitaine Harry Cathcart, aristocrate désargenté, d’en savoir plus sur le prétendant… En démasquant un imposteur, Harry se découvre des talents de détective privé. Et une petite fortune à se faire ! Lorsqu’au beau milieu d’une réception, un meurtre est commis, il propose à Lady Rose de faire équipe avec lui. L’occasion idéale pour l’indocile jeune femme d’échapper à la chasse au mari…« 

Depuis que j’ai lu ( et suis éperdue tombée en admiration de) Agatha Christie, j’aime à me plonger dans des enquêtes en huis clos. Dont les meurtres exécutés le sont souvent pour des raisons triviales et / ou pécunières. Je me fourvoie souvent dans la résolution, mais la chasse aux indices me plait et apporte du piquant à ma lecture. Et surtout, ce que je préfère par dessus tout, la dissection des mœurs des notables qui se croient au dessus des lois par expression divine ou toute autre faculté inhérente à la naissance.

J’ai aimé rencontrer Rose Summer et sa rébellion assumée. Sa dame de compagnie Daisy et son langage fleurie. Le détective privé Harry Cathcart, fervent adepte du « vivons heureux, vivons cachés (des scandales) ». Son valet Becket, intriguant de l’ombre. A eux quatre ces joyeux drilles révolutionnent allégrement leur monde, et se révèlent être de fins limiers.

Vous l’aurez compris, je ne saurais que chaudement vous recommander d’accompagner votre thé estival des Enquêtes de Lady Rose, de MC Beaton.

Bonne lecture à vous !

Les Enquêtes de Lady Rose – Meurtre & Séduction et Soupçons et Préjugés de MC Beaton sont disponibles aux éditions Albin Michel

Le disparu de Nantucket

Thriller

« J’ai entendu tellement d’histoires. Pas toujours belles mais pas forcément noires. Elles se terminent cependant toutes par le même point. Un point final. Il n’est jamais doux. Il est brut, irréversible et violent. Alors il va nous falloir vivre en essayant de faire de notre mieux pour combler ce qu’il se passera entre le début et la fin. » Cette citation d’Amélia Donovan – en incipit du Disparu de Nantucket – définit parfaitement le récit. Cette action attendu avec hâte au cœur d’un roman, dont l’auteur porte le poids sur ses épaules. En espérant que point final arrive avec un certain regret et non avec soulagement.

Le disparu de Nantucket, Laure Rollier

Rien de telle qu’une île comme décor parfait d’une énigme à résoudre. Pour cette idée d’enclave coupée du monde. Pour cette idée que tout le monde se connait, mais que sous le vernis propret peuvent se révéler de profondes fissures. Remarquez que cela fonctionne aussi pour une banlieue huppée aux barrières blanches et pelouses verdoyantes, où vos voisines vous accueillent à grand renfort de Muffins et Chardonnay. Pour cette idée que la fuite est impossible sans que quiconque ne soit au courant.

Rien de telle qu’une île pour planter un décor feutré, en huis clos, d’une intrigue policière, mêlant secrets domestiques et disparitions suspectes. Un cadre idyllique qui abrite de noirs secrets. Cela pourrait presque nous faire penser à un épisode d’Arabesque. Oui je connais les aventures de Jessica Fletcher sur le bout des doigts et j’assume (presque).

Rien de telle qu’une île pour faire disparaitre un homme et nous livrer ainsi une enquête à résoudre. Bienvenue dans L’intrigue du Disparu de Nantucket de Laure Rollier. « Alix, restauratrice franco-américaine installée avec sa famille sur l’île de Nantucket, voit sa vie bouleversée le jour où son mari, David, se volatilise dans la nature. Maxime, flic bordelais à la dérive, peine à se remettre de la mort brutale de son frère. Lorsque la police américaine retrouve le véhicule abandonné de David, elle découvre également à l’intérieur de celui-ci des traces d’ADN appartenant au frère de Maxime. Débute alors la course effrénée de Maxime et Alix, en quête de vérité, entre mensonges et révélations. »

Les premières pages en guise de révélations, qui brouillent les pistes et la temporalité. Des chapitres qui alternent les points de vue et la narration. Alix, restauratrice au passé sans nuages d’un côté, perdue et sans clé quant aux bouleversements subis. Maxime, flic sur la sellette de l’autre, plus brut et pétri de douleurs suite au deuil de son ainé. Un tandem improbable, en quête d’une vérité. Même si cette dernière peut être dure à entendre. A comprendre.

Laure Rollier quitte la littérature feel good pour entrer avec maestria dans le roman noir, emprunt de mystère et de faux semblants. Avant de me plonger à corps perdu dans Le Disparu de Nantucket, je n’avais pas été capable de lire plus de deux pages d’affilés et ce, depuis trois semaines. Temps rattrapé en une journée, où je n’ai pas été en mesure de refermer ce roman, avant de l’avoir terminé, avant de savoir quel dénouement attendait ses protagonistes. Et surtout ne pas être déçue. J’ai plongé dans cette intrigue qui m’a transportée. A vous de jouer désormais et de plonger sans modération dans ce « page turner » addictif !

Bonne lecture !

Le disparu de Nantucket de Laure Rollier est disponible aux éditions Moissons Noires

La Sourde Oreille

Feel Good

« Le clou qui dépasse appelle le coup de marteau » Ce proverbe japonais, il m’aura fallu le temps d’une lecture pour le comprendre et me l’approprier, a l’instar de Joséphine Ikeda, héroïne atypique privée en partie de ce sens qu’est l’ouïe. Etre soi-même quand on ne rentre pas dans les cases pré dessinées n’est pas toujours chose aisée, mais le faire malgré tout est une preuve de force incontestée.

La sourde oreille, Anne de Kinkelin

La restauration a longtemps été une vocation pour moi. L’une des nombreuses qui ne s’est pas concrétisée, mais celle ci à malgré toute cette place particulière dans un petit coin de ma tête. Pas de firmament ni d’étoiles en vue, mais juste le plaisir d’une table simple, où se réuniraient ceux qui aiment les plaisirs de la chair. Mais également, ceux qui s’aiment tout simplement. A défaut, j’aime en être cliente – du bistrot du coin de la rue au établissement plus huppé à nappes blanches. Une autre fois peut-être je vous parlerais de mon amour des cloches en argent.

Après avoir été privée comme tout à chacun plusieurs mois des joies d’un repas au restaurant, je me suis rattrapée dans mes lectures. Qui ont ravies mes papilles. Mais qui ont également fait montre parfois d’une violence derrière le rideau dont j’étais loin de me douter.

C’est ainsi que j’ai rencontré Joséphine Ikeda, cheffe de partie poissons dans un étoilé parisien, celle qui est devenue La Sourde Oreille : « Joséphine Ikeda était prête à tout pour réaliser son rêve  : travailler soixante-dix heures par semaine, gagner un salaire de misère, encaisser le mépris, les brimades, les moqueries. Cette fille de restaurateurs japonais exilés en Bretagne a gagné ses galons en devenant cheffe de partie poisson dans un étoilé parisien. Une spécialité peu prisée de la gent féminine, dans un monde à majorité masculine. En cuisine, comme partout ailleurs, il y a des codes. Quand ces codes sont prétextes à la violence, il y a un adage  : «  C’est le métier qui rentre.  » À l’issue d’un dîner où son chef lui fera payer cher son talent, ordonnant son renvoi, la jeune prodige atteint ses limites physiques  : perte partielle de l’audition. Les hommes, Joséphine Ikeda ne les entend plus. Passé l’effroi et dans l’espoir d’une guérison, une option  : tout changer. Et ça commence par un aller simple pour la Bretagne. »

Paris comme un traumatisme. La Bretagne comme un exil. Un sens partiellement amputé, qui renforce les quatre autres, et qui permet de se recentrer sur l’essentiel, à savoir la personne que nous sommes. Qui est-elle réellement Joséphine Ikéda ? C’est cela au final dont il est question. De la quête de sens de son existence. Du pouvoir de ses racines, de ses origines. De la violence que certain homme témoigne envers les femmes, sous couvert qu’elles ne sont que femmes. De se retrouver pour mieux avancer, et faire entendre sa voix à défaut de trouver celles des autres.

J’ai aimé retrouver la plume douce et délicate d’Anne de Kinkelin, qui m’avait tant séduite il va y avoir deux ans, avec L‘année du flamant rose. J’ai aimé retrouver sous ses mots une héroïne qui ne se sait pas forte, mais qui apprend à le devenir, pour finir par se transcender. J’ai aimé que chaque chapitre porte le nom d’un poisson, couplé de sa caractéristique propre. J’ai aimé cette lecture pour les sentiments et les gouts suscitée en moi. La Sourde Oreille a été pour ma part une belle lecture. A emporter dans vos valises cet été.

Belle lecture à vous !

La sourde oreille d’Anne de Kinkelin est disponible aux éditions Harper Collins Traversée.