L’Esprit de la forêt

Thriller psychologique

Forêt : (nom féminin) vaste étendue de terrain couvert d’arbres. Dans ma Bretagne chérie elles sont légions, et revêtent ce côté mystique propre aux légendes des Chevaliers de la Table Ronde, de la Dame du Lac ou encore des Korrigans. En m’y promenant, même adulte, j’aime à croire que ces légendes puissent avoir un fondement. Que la forêt possède une âme réelle.

Éden, Monica Sabolo

Les bruits de la ville me rassure, bien que je peste après la circulation. Les commerces de proximités en bas de chez moi me rassurent, dans le cas où il me manquerait quelque chose d’une importance capitale, même si je n’y mets jamais les pieds au moment opportun. Les terrasses qui fleurissent l’été à portée de main, trop bondée pour pouvoir y accéder. Pour toutes ces raisons contradictoires et hautement futiles, je suis une citadine. C’est un fait indéniable. Le silence des espaces vides tend à m’angoisser.

Pourtant, j’aime à me perdre dans la contemplation de l’océan, dans ces endroits connus que de peu de personnes. J’aime à courir en rase campagne, sur un parcours bien défini pour éviter de se faire croquer une fesse par un chien de ferme, mais c’est une autre histoire. J’aime le calme que la montagne procure en moi, majesté époustouflante qui n’a rien à prouver. J’aime à me perdre en forêt, et prendre le temps de contempler ce calme que nous offre la nature. Dans tous ces endroits, je me suis plus à imaginer mille histoires, de pirates, de chevaliers et j’en passe. Avec ce sentiment que quoiqu’il advienne, quoique l’Homme fasse, la Nature finira par régner.

Les Esprits de la Forêt. Gardien de ce temple sacré qu’est la Nature. La Forêt qui lie des destins entre eux, en défait d’autres, pétrie de mystères, de ce voile mystique qui la rend si désirable; ce lieu mais également ce personnage central du roman de Monica Sabolo, Eden. »Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : “Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt.” Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, qui rêve d’ailleurs. Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois. »

L’adolescence. Cet âge ingrat. Ingrat par cette mue opérée par nos corps que l’on ne reconnaît plus. Ingrat par cette préoccupation constante que devient le regard des autres : ceux des garçons du même âge, dont nous sommes en attente, et celui des jeunes femmes de quelques années nos aînées, dont on cherche l’approbation silencieuse. Ingrat par cet apprentissage de la vie, par des vérités que l’on voit voler en éclat en levant ce voile d’innocence de l’enfance. Avec comme voisine imposante, cette forêt qui nous aimante, enlevant les âmes des êtres aimés, peuplés de bêtes aussi somptueuses que cruelles. Cette forêt prête à nous livrer le secret, que dans les actes les plus inhumains, les plus abjectes, l’Homme est bien celui qui officie.

J’ai été transportée dans l’Eden de Monica Sabolo, qui n’a de Paradis que le nom. Elle nous compte avec force et douceur mélangées les instincts primaires et bestiaux dont peuvent être esclaves les humains, Sans nous enlever pour autant cette sensation que la lueur rédemptrice est à , défaut d’être à portée de main, à la portée de nos esprits. A l’instar d’un simple choix.

Belle lecture à vous !

Eden de Monica Sabolo est disponible aux éditions Le Livre de Poche

Fruit défendu

2021, Rentree Litteraire

Serpent : (nom masculin) Reptile à corps cylindrique très allongé, dépourvu de membres apparents. Caractérise également une chose dangereuse, une idée néfaste. N’est ce pas par la vilénie du serpent que le jardin d’Eden a été souillé. Par cette idée même qui germe, qui nous pousse à faire des actions que l’on sait dangereuses, interdites. Des actions qui par la force des choses n’ont jamais été aussi tentantes.

Les Bordes, Aurelie Jeannin

L’enfance. C’est âge d’or de l’innocence, où de petites personnes ne voient le monde qu’avec bonté et bienveillance, curieux de tout ce qui les entoure. Ouvrant de grands yeux béats devant toutes ces nouveautés qui peuplent leur journée. Ne voyant bien évidemment ni le mal ni le danger. L’enfance, c’est âge de la fragilité exacerbée.

La maternité. Etat de grâce et de béatitude, qui nous fait devenir mère avant d’être une femme. Qui nous fait revoir nos priorités. Devenir le seul réconfort de notre nouvelle raison de vivre. En théorie. La pratique est bien évidemment moins rose, emmenant avec elle son lot d’incertitudes, de peurs – rationnelles ou non ( je tiens à préciser que la peur des escargots est une phobie réelle) – de fatigue et de frustrations. Malgré, voire peut être, à cause de cet amour inconditionnel qui nous anime. Cet instinct primal qui nous guide.

C’est en mère en proie à ces mille tourments, sous pression et au bord de la rupture que Brune rejoint son enfer personnel aux Bordes, au sein de cette famille que sont les Bordes. « Les Bordes, c’est un lieu et c’est une famille. En l’occurrence, sa  belle-famille qui ne l’aime pas. Elle, Brune, le bouclier. Mère responsable,  tenant solidement sur ses deux jambes, un œil toujours fixé sur  le rétroviseur ou l’entrebâillement de la porte, qui guette, anticipe,  tente de maîtriser les risques. Ce week-end, comme chaque année en juin, elle prend la route  avec ses deux enfants pour rejoindre Les Bordes et honorer un rituel  familial. Pour celle qui craint chaque seconde l’accident domestique, Les  Bordes ressemblent à l’enfer. Trop de jeux extérieurs, trop de recoins,  de folles libertés. Trop de silence et de méchancetés à peine contenues. Trop de souvenirs. Aux Bordes, Brune saura-t-elle esquiver le pire ? Est-il possible pour  une mère de protéger ses enfants ? »

L’action se déroule sur une journée, égrainée en de longues heures poisseuses et ternes. Le temps s’étirant infiniment, comme pour donner plus de places aux monstres, cachés sous le tapis, qu’on a tant bien que mal tenté d’enfouir. Guettant le moment propice pour surgir. On sait d’avance qu’un drame se joue sur cette journée dilatée. Même si la teneur nous échappe.

Un drame qui fut. Un drame qui point. L’innocence volée d’enfants, liés par la mort et la terre. Liée par cette violence sourde qui nous entoure et dont on ne peut réellement être protégé. Se protéger. La douleur que d’être parent quand on a été incapable de protéger un enfant, de protéger son enfant. L’horreur de la vie dévoilée aux yeux d’un enfant, subitement. Qui le modèlera à tout jamais. La répétition d’un morbide engrenage, au même lieu, avec les mêmes protagonistes.

Les Bordes d’Aurélie Jeannin est un roman percutant, violent mais vrai, quant au rapport de la mère à ses enfants. Quant à l’impuissance dont nous faisons preuve face à cette vie facilement friable. Quant aux traces indélébiles que les drames laissent en nous. Quant à la noirceur dont le monde peut parfois faire preuve. Ames sensibles, s’abstenir.

Belle lecture à vous !

Les Bordes d’Aurélie Jeannin est disponible aux éditions Harper Collins – Traversée

Café Society

Biographie, Feel Good

Ennemi : (nom masculin) personne qui s’oppose à un autre. Et lui nuit. Deux sœurs, amies par essence peuvent elles se retrouver dresser l’une contre l’autre par une haine qui a consumé cet amour familial ? Deux hommes que tout opposent sont ils assez puissants pour mener ce tour de force ? Ou suffit il que la mauvaise fortune s’en mêle ?

Les sœurs Livanos, Stéphanie des Horts

La Grèce Antique. Berceau de la tragédie. De cette fortune qui s’abat sur soi, si tant est que l’on ait offensé les Dieux, qu’on se soit joué d’eux ou pis, qu’on se soit pris pour l’un deux. La Grèce. Berceau de la tragédie contemporaine que fut le destin des sœurs Livanos, qui se sont ôtées la vie à force d’amour. Berceau de la guerre des nerfs entre deux manias des mers. Bâtissant leur fortune au gré des flots et de la jalousie qu’ils attisent l’un envers l’autre.

La Grèce comme héritage. Deux sœurs qui avaient tout pour être érigées au statut de déesses, mais qui ont sombré dans leurs vies de paraître. Des maris absents et volages, à la main lourde et aux présents fastueux, qui n’ont eu de cesse de vouloir briller plus haut, plus fort, plus vite. Quitte à s’en brûler les ailes.

« Elles avaient tout : la beauté, l’intelligence, l’élégance, la fortune. En épousant les richissimes Onassis et Niarchos, elles ont cru atteindre leur idéal. Elles ignoraient que ces séducteurs, hommes d’affaires redoutables et ennemis jurés, ne vénéraient qu’un dieu : l’argent. L’amour n’était qu’une arme de plus au service de leur pouvoir. De New York et Paris aux somptueuses villas de la mer Egée en passant par Saint-Moritz, les sœurs Livanos illuminent les soirées de la jet-set. Elles se jalousent, s’adorent, se détestent tandis que leurs maris s’affrontent à coups de pétroliers, de palais, d’œuvres d’art, de manipulations politiques ou mondaines. Mais derrière les flashes des paparazzis et les sourires envoûtants de Jackie Kennedy, Maria Callas, Gianni Agnelli ou Marilyn Monroe, un drame se joue. Quatre fauves ont lié leur destin pour mieux se déchirer.« 

Ce n’est pas tant les sœurs Livanos qui nous sont comptés, qu’une époque fastueuse, où l’on croise des personnalité en mal de notoriété, d’argent, de paraître, de renommé. Où les sourires ne sont que de façades, quand des couteaux vous sont plantés dans le dos. Enfant, je regardais Dallas (en rediffusion) puis plus tard Gossip Girl. Je me dis alors que rien n’a été inventé. Que cette hallucinante vacuité ne pouvait être qu’exagérer. Il semblerait que mon innocence et moi-même étions bien loin du compte.

J’avais aimé découvrir la plume précise et documentée de Stéphanie des Horts en mars dernier avec la vie mouvementée – à l’amour, à la haine – des sœurs Bouvier. Il me tardait de la retrouver et c’est avec un plaisir non feint que je me suis délectée des courtes trajectoires abyssales des vies des Soeurs Livanos.

Bonne lecture à vous !

Les sœurs Livanos, de Stéphanie des Horts est disponible aux éditions Le Livre de Poche