Another Love

Thriller psychologique

Obsession : (non féminin) Représentation, accompagnée d’états émotifs pénibles, qui tend à accaparer le champ de la conscience. Typiquement, moi et cette petite veste en cuir qui me fait de l’œil depuis le début des soldes. Je suis sûre qu’elle m’irait bien.

Parfaite de Caroline Kepnes

Je suis une victime de la mode, littéralement. Aussi quand tout le monde s’est enflammé au sujet de la série Netflix You, j’ai foncé tête baissée, tel le mouton moyen. Et grand bien m’a pris. Je bêle désormais d’allégresse. D’autant plus quand j’ai découvert que le plaisir allait être prolongé par la lecture. J’allais pouvoir rentrer un peu plus dans le psyché des personnages, me façonner une image plus fine.

Cette expérience de double lecture aurait pu être à double tranchant. Car il est souvent décevant de faire revivre des caractères et des personnages, que l’on a vu animé par l’esprit et le jeux d’autres personnes, par la perception qu’il avait de leur personnage. Par les partis pris de leur réalisateur.  Pourtant étonnamment, cela à fonctionner. Grâce à la musique. Non pas la bande son imposée, mais celle qui m’est propre.

Je crois bien que la musique tient une place tout aussi importante dans ma vie que la lecture. Bien que je tienne ici à préciser que je ne joue pas d’instruments et que j’ai la voix d’un chanteur punk. Aussi, il n’est pas rare que j’associe un morceau à une lecture, inconsciemment. Je le fredonne jusqu’à ce que je coupe les ponts avec ces personnages qui m’auront accompagnée de quelques heures à quelques jours. La bande son de Parfait de Caroline Kepnes a été Another Love de Tom Odell. Curieux choix n’est ce pas, mais la perception de l’amour et de sa désillusion y est la même à mon sens. Ce qui m’a inspiré le titre de l’article. Ne parlons pas d’odieux plagiat, restons courtois le voulez vous.

Pour que vous compreniez ce qui m’a séduite dans l’intrigue, je vous laisse prendre connaissance du quatrième de couverture : »Je sais tout de toi. Tu es parfaite. Je t’aimerai à la vie, à la mort. Tu es à moi pour toujours. Lorsque Beck pousse la porte de sa librairie, Joe est immédiatement sous le charme. Ravissante, effrontée, sexy, elle est tout simplement tout ce qu’il cherche chez une femme. Et quand Joe aime, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins… Quelques semaines plus tard, la vie de Beck n’a plus de secrets pour Joe. Il a trouvé son nom, son adresse, s’est procuré accès à ses emails, il la suit virtuellement sur les réseaux sociaux et physiquement dans les rues de New York. Avec un peu d’organisation, une  » vraie  » rencontre est vite provoquée, et comment résister à un garçon qui devance vos moindres désirs, semble deviner vos pensées les plus intimes ? Et lorsque des personnes de l’entourage de Beck sont victimes d’accidents macabres, c’est tout naturellement dans les bras de Joe que se réfugie la jeune femme. Mais si Beck ignore l’ampleur de l’obsession de son nouveau petit ami, Joe ne connaît pas non plus toutes les facettes de sa bien-aimée. »

Avec le personnage de Joe, qui est aussi le narrateur, nous avons clairement à faire à un psychopathe, qui ne recule devant rien pour vivre l’histoire d’amour dont il rêve. Malgré tout, à l’instar de Dexter, nous ne pouvons malheureusement pas toujours contredire ses raisonnements. Sa pathologie le pousse, pour se protéger, à analyser finement les comportements d’autrui. Dans lesquels il sait voir le plus souvent la partie la plus sombre.

Beck évolue dans un univers où le paraître est important. Sa vie étalée sur les réseaux sociaux sans filtres. Sa volonté d’être écrivain, d’embrasser ce mode de vie, sans se donner la peine de réellement écrire. Ses secrets pour se donner un air plus torturé qu’il n’y parait. Tout cela est faux, sonne faux. A contrario, son preu chevalier est à la recherche de la vérité. Enfin de sa vérité, biaisé par le prisme de son comportement, selon lui, rationnel.

Il y est d’ailleurs fait référence au film Closer, que je vous conseille fortement, dès la première page où Nathalie Portman (Alice) ment éhontément sur qui elle est, pour rester libre de toute entrave. Cette dernière préfère partir que d’avouer la vérité.  Cette comparaison au film est filée dans tout le roman.

J’ai aimé partager la vie et les points de vue de ces êtres torturés, esquintés par leurs vies antérieures. J’ai aimé être surprise par leurs frasques en tout genre. Et par dessus tout, j’ai aimé lire le livre après la série, car il rend ses lettres de noblesse à Joe. On a tendance à lui pardonner ses actes dans la série, alors qu’on va l’abhorrer dans la lecture.

Belle découverte à vous ! 🎈

Parfaite de Caroline Kepnes est disponible aux Editions Pockets. La saison 1 série You est disponible sur Netflix. 

New York I love you

Non classé

Odyssée : (nom féminin) Longue période pleine de péripéties, d’aventures extraordinaires. On pense au Ulysse d’Homère et à son incroyables épopée, mais également à Pénélope et son métier à tisser.

New York Odyssée de Kristopher Janma

Je mets un point d’orgue à ne lire, ou regarder dans le cas de films, que ce qui me permet de m’évader. Et non pas ce qui me ramène implacablement, voire cruellement, à une réalité triste et froide. Pas que je fasse l’autruche quant aux personnes ou au monde qui m’entourent, loin de là. Mais pour protéger ma sensibilité, j’ai besoin de cette évasion factice, ne serait ce que quelques heures. D’aucun me traiteront d’être superficiel. Peut être bien, mais dans ce cas précis j’assume totalement.

Je me suis fait violence une fois. Pour le film la Guerre est Déclarée. Le visionnage du film m’a fait l’effet d’un mauvais retour de manivelle, durant lequel j’ai pleuré.  Non pas ces larmes polies que l’on réserve pour les salles obscures, mais de rage, de mal être, de chagrin. Tant est si bien que l’amie qui m’accompagnait s’est excusée de m’avoir proposée cette séance de cinéma. Ce n’était pas de sa faute, bien évidemment. Depuis ce jour, je me suis promis de ne plus faire entorse à cette règle « loin du réel » dans mes moments d’évasion.

C’était sans compter la fortune, dont il m’arrive d’être le jouet. Comme tout à chacun me direz vous. Elle s’est présentée sous forme de choix restreint d’ouvrage sur un quai de gare. Avant un voyage dont je cherchai à meubler les trois longues heures de passivité qui m’attendaient. Grand mal m’a pris car j’ai jeté mon dévolu sur New York Odyssée de Kristopher Jansma. Dont voici le quatrième de couverture quelque peu mensonger : « Irene, Jacob, William, George et Sara, inséparables depuis l’université, viennent de s’installer à New York. Ils ont vingt-cinq ans, sillonnent la ville, naviguent entre fêtes et premiers jobs. Mais la maladie d’Irene bouleverse tout et donne une direction nouvelle à leur existence.
Avec New York Odyssée, Kristopher Jansma signe un magistral portrait de groupe avant de basculer vers le drame intime de chacun. Un roman ironique, juste et sensible sur le deuil et l’amitié. »

LCD Sound System a ce titre New York I love You, but you breaking me down.  Belle chanson au demeurant, pour regarder la pluie couler sur les carreaux. Il ne respire clairement pas la joie. Et c’est ce titre que j’ai eu en tête tout au long de la première partie de lecture.

Nous assistons effectivement à une lecture en deux parties distinctes. La première, quatre amis qui se font leur place à New York, pas comme ils le souhaiteraient mais peu leur chaut tant qu’ils sont ensemble.  Le groupe est un, tous pour un. Et ce même dans l’adversité. Le cancer est l’invité surprise de ce quadrille, qui vient le gangréner.  Au sens propre, autant qu’au sens figuré. Les descriptions en sont trop réalistes, pour ceux qui ont l’ont vécu de près ou de loin. J’ai essayé de m’en détacher, de ne pas les apprécier, ces personnages si fragiles et ne demandant qu’à être aimé. Mais au moment de l’inéluctable, la colère et le pourquoi ont pris le pas. J’étais à deux points de stopper ma lecture. Tout cela tenant du masochisme et altérant mon sommeil et mon humeur.

Mais j’ai tenu bon, pour espérer un peu de lumière, qui s’est faite. La seconde partie, L’Odyssée. Celle d’Ulysse, celle du un pour tous. Apprendre à vivre  pour soi et par moment malgré soi. Apprendre à faire son deuil. A l’instar du célèbre hélène elle ne durera pas trente longues années et heureusement pour nos amis. J’ai préféré cette partie je crois, celle où le sentiment d’impuissance s’estompe petit à petit, où l’on apprend à embrasser la vie pour ce qu’elle est, pour sa durée périssable.

C’est incontestablement bien écrit et j’y décèle une part de vécu. Toutefois, que vous soyez ou non moins sensible que moi ce n’est pas une lecture que je vous conseillerai. Elle laisse une amertume et un poids sur l’âme pesant en ces jours sans ensoleillement.

Belle journée à vous !

New York Odyssée de Kristopher Jansma est disponible aux Editions Livre de Poche,  sélection du prix des lecteurs 2018.

Les illusions perdues

Non classé

Illusion : (Nom féminin) perception fausse; apparence trompeuse, en dehors de la réalité. Ce qui caractérise le passage de l’enfance à l’adolescence, cet âge ingrat si propice aux écrits.

Le site Babelio est une de mes sources d’inspiration en termes de lecture depuis quelques temps déjà. Je m’y rend d’autant plus régulièrement maintenant que je m’essaie à l’exercice de la chronique littéraire. C’est ainsi qu’au détour d’une visite je me suis inscrite au challenge Masse Critique Babelio. Quelques échanges (et jours) plus tard, me voici en possession, en avant première qu’il plus est, du premier roman de l’allemande Julia Wolf, Tout est Maintenant.

J’avais deux attentes concernant cette lecture. Découvrir une nouvelle plume agréable. Et sortir de ce préjugé qu’est le mien, que la littérature germanique compte uniquement Goethe comme auteur. Avec le jeune Werther et son lot de souffrances. Mon amour pour le romantisme m’a tout de même munie d’œillères. J’ai été le jouet de la passion !

La couverture est traître, avec ces escarpins rose bonbon et ce titre, qui nous donne une impression d’immédiateté faste. Changement radical de perspective avec le quatrième de couverture, qui nous sort de ces fausses impressions, nous peignant une réalité autre, plus glauque : «  Ingrid, une jeune fille triste dans un monde violent. La cohabitation le jour dans un sombre appartement avec son frère dealer, le travail la nuit au sex-club – comme serveuse. Ses objectifs sont toujours à court terme ; par exemple, maintenir à flots sa relation avec Jenny. Si, pour Noël, son frère arrive à la persuader d’aller voir leur détestable mère alcoolique, ce voyage rouvre des plaies à peine fermées. Et fait resurgir du passé cette maison qu’elle avait fuie l’été de ses 18 ans pour partir vivre à Berlin, où elle avait perdu ses illusions et s’était mise en danger. Jusqu’au jour où, de retour à Francfort, elle rencontre Jenny. Après ce flash-back, Ingrid prend conscience de la brutalité de son quotidien, qui menace de l’engloutir. La veille du jour de l’an, elle s’envole pour New York. Là-bas, elle réalise qu’elle doit faire face à ses démons. Elle regagne alors l’Allemagne avec la certitude et la volonté de devenir une femme libre.C’est l’histoire d’une famille éclatée, c’est l’histoire d’un amour, c’est l’histoire d’une fille perdue dans les années 1990, qui traverse des épisodes trash pour finalement tenter de se réapproprier son histoire et son corps.« 

L’histoire d’Ingrid, c’est un peu celle de la Cendrillon de Jean Louis Aubert, dont le bel amant foutu le camp. C’est l’histoire d’un quotidien brutal dénué d’amour et de perspectives. C’est l’histoire d’une jeune femme dont la vie a totalement foiré. C’est l’histoire d’une enfance perdue, d’une adolescence volée, d’une vie violée.

Peu de personnages entourent Ingrid, mais malheureusement aucun n’est beau. La beauté n’a pas la place dans ce roman écorché vif. Les âmes sont laides et les gens égoïstes. Ingrid n’est d’ailleurs pas épargnée. Que ce soit dans sa relation à ses parents ou dans la description que le narrateur nous en donne. Elle n’a aucune aura, jeune fille invisible aux yeux de tous.

L’écriture de Julia Wolf est nerveuse, elle alterne phrase courtes, se résumant en un mot, et paragraphes de peu de ponctuation. La temporalité est aussi confuse, on alterne souvenirs et temps présent, mêlés de pensées fugaces. La vie nous est dépeinte comme une prison dont il est dur de s’évader.

Tout est maintenant est un roman qui met une claque, la même que celle que je me suis prise lorsque j’ai visionné Requiem for a Dream. Entre fascination et nausée. Amateurs de Virginie Despentes et Brett Easton Ellis, je ne saurai que fortement vous recommander ce roman. Quant aux autres, et bien, âmes sensibles s’abstenir.

Belle lecture à vous ! 🎈

Tout est Maintenant de Julia Wolf sera disponible aux éditions Le Castor Astral dès le 10 janvier prochain