Sur la route de Memphis

2020, Rentree Litteraire

Epidémie : (nom féminin) Développement et propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent d’origine infectieuse, dans une population. Elle génère son lot de mystères et de peur, les hommes se tournant alors vers cet instinct primal de survie. L’homme redevient vulgairement animal. Imagine-t-on pareille situation dans notre monde contemporain ? Non vraiment, cela ne me parle absolument pas.

La fièvre, Sébastien Spitzer

L’année du bac, nous devions étudier un Roi sans divertissement de Jean Gionio. Afin d’avoir une vue plus exhaustive de son œuvre, nous devions lire d’autres ouvrages de sa plume. Etant dans ma période brun ténébreux – cette période s’est avérée être immuable – je me suis tournée vers Un hussard sur le toit, dont je me repaitrai de la version de Rappeneau par la suite, découvrant par là même la meilleure actrice française à mes yeux, Juliette Binoche. Je me souviens m’être fait la réflexion face à cette épidémie du choléra, d’avoir la chance d’en être loin et de ne jamais avoir à subir ce sort de peur, de décompte des morts, de sentiments d’abandon collectif. C’était il y quinze ans. C’est si loin et en même temps ci prêt. Je ne pensais pas me fourvoyer à ce point.

L’homme ramené à peu de choses face à la nature, c’est un sujet récurrent dans la littérature, notamment les dystopies ou autres œuvre de sciences fiction. Cette toute puissance qui nous anime s’avère parfois veine. La vanité, le pouvoir ne nous protègent en rien.

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’écouter une heure durant Sébastien Spitzer parlé de son dernier roman, La Fièvre. Nous étions en face d’un féru d’Histoire, historien même, qui nous a conté la génèse de son roman, basée sur une la réalité de ce que fut l’épidémie de la Fièvre Jaune qui sévit à Memphis au dix-neuvième siècle. Et qui me donnait plus envie encore de poursuivre ma lecture déjà bien entamée. « Memphis, juillet 1878. En pleine rue, pris d’un mal fulgurant, un homme s’écroule et meurt. Il est la première victime d’une étrange maladie, qui va faire des milliers de morts en quelques jours. Anne Cook tient la maison close la plus luxueuse de la ville et l’homme qui vient de mourir sortait de son établissement. Keathing dirige le journal local. Raciste, proche du Ku Klux Klan, il découvre la fièvre qui sème la terreur et le chaos dans Memphis. Raphael T. Brown est un ancien esclave, qui se bat depuis des années pour que ses habitants reconnaissent son statut d’homme libre. Quand les premiers pillards débarquent, c’est lui qui, le premier, va prendre les armes et défendre cette ville qui ne voulait pas de lui. Trois personnages exceptionnels. Trois destins révélés par une même tragédie.« 

C’est la construction du roman que j’ai particulièrement appréciée. Qui n’a pas été sans me rappeler en un sens la mécanique des films de Nolan, basées indéniablement sur trois temporalités, voire spatio-temporalités distinctes. Cette construction sur trois niveaux de narration, trois principaux destins croisés, qui représente à chacun leur manière un pan de la société hétéroclite de Memphis, qui représente une voix et un point de vue bien arrêté. Leurs convictions vont voler en éclat devant l’impuissance latente devant cette fièvre, cette épidémie dont on ne sait que peu de choses. Le sacrifice à titre personnel, pour espérer le salut au titre d’une ville, qui n’en porte plus que le nom. Laissée à l’abandon, jonchée de cadavres et de pillards. Malgré tout l’espoir est présent, bien que tapis dans l’ombre de l’horreur.

Amateurs de faits historiques romancés mais néanmoins documentés, je vous invite à vous plonger avec ferveur dans La Fièvre de Sébastien Spitzer.

Bonne lecture à vous !

La Fièvre de Sébastien Spitzer est disponible aux Editions Albin Michel

3 réflexions sur “Sur la route de Memphis

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