Poupée de cire, poupée de son

Feel Good

Poupée : (nom féminin) Figurine humaine servant de jouet d’enfants. De manière plus familière, jeune fille, jeune femme. Toutefois, dans cette seconde définition la personne est réelle et jouer avec sa palette d’émotions peut abimer les sentiments, surtout s’ils sont troubles. Si elle doit être un jouet, elle le sera de la fortune.

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J’aime les histoires peu banales. Qu’elles soient réelles ou romancées. J’aime les questions qu’elles amènent à se poser, le regard que l’on peut leur porter, les réflexions qui s’en suivent et nous font avancer. Mais par dessus tout, j’aime les histoires d’A comme le chante Catherine Ringer. Et quand ces dernières sont passionnées avec tous les affres que cela suppose, je le savoure autant que je les subis. Que ce soit dans celle des autres ou dans ma vie.

J’ai été gâtée avec ma lecture du premier roman plus que réussi d’Agathe Ruga, Sous le soleil de mes cheveux blonds. On assiste le souffle coupé à ces années charnières que sont le passage de l’enfance à l’âge adulte. Ces rencontres qui nous vont devenir ce que nous sommes et celles qui laissent des séquelles, que le temps peinent à effacer.

La bande son de cette lecture aura sans conteste été France Gall, à qui j’associe toujours son talentueux époux qu’était Michel Berger. La jolie faute au titre et au chapitrage. Mais Gainsbourg ne s’est pas tenu bien loin. Et sa voix aura raisonné en écho, avec son initials BB. La mention du Shalimar peut être. Le prénom des protagonistes antagonistes surement.

Avant de vous en dire plus, je vous laisse prendre connaissance par ces quelques lignes de la tranche de vie qui a accompagné les dernières quarante huit heures de la mienne : « L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Ensemble, elles se le promettent, elles pourront tout vivre.Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, le moment est venu de comprendre ce qui s’est joué entre elles, ce qui les a unies puis séparées. D’autant que Brigitte, dont elle n’avait plus la moindre nouvelle, revient la hanter : dans ses rêves, elle aussi attend un enfant…  »

La narration est fluide, alternant vie passée et vie actuelle. Avec comme fil d’Ariane un rêve, doux amer. Qui nous amène à vouloir savoir, pour essayer de comprendre. Cette blessure encore à vif qu’est la perte de son double, soi même en un sens. Une sorte de narcissisme déformant. Cette rupture amicale qui selle les années les plus bouleversantes d’une vie. Les études et sa vie (ou son absence de vie). L’auteur envie d’ailleurs les « prépa L », j’enviais les « médecine ».  Il y a quelque chose de pourri au royaume des études aurait pu dire un Hamlet contemporain.

La vie est ainsi faite. Un mariage. Une naissance. Dans un choc des cultures et des idées. La liberté d’un côté avec la passion des sentiments exacerbées. La vie en un sens. L’étroitesse de l’autre. Avec une éducation bourgeoise étriquée, qui appelle à la rébellion dans les folles années pour rentrer dans un moule pré formaté, prêt depuis trop d’années. Une vie qui n’en est pas une. Faite de paraitre et dans laquelle on étouffe. Et surtout l’amour. Faire voler ces certitudes en éclat pour aimer inconditionnellement. Comprendre que la blonde n’est pas aussi angélique qu’elle laisse paraître mais qu’elle est un violent poison. Que la brune est un diamant à l’état brut, pris en étau par les amours de sa jeune vie.

La plume est belle, vraiment. La narratrice, ou peut être bien l’auteure, réussit à parler d’elle. L’exercice le plus compliqué selon moi. Parlez de soi, se dévoiler. Mais cette mise à nue se fait avec pudeur accompagnée de jolis mots.

Cette lecture ne laisse pas indemne,  et fait réfléchir sur les choix que nous même avons pu faire, ou subir. Les deux en même temps parfois. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher votre lecture et vous conseille vraiment de lire Sous le soleil de mes cheveux blonds, d’Agathe Ruga.

Sous le soleil de mes cheveux blonds d’Agathe Ruga est disponible aux Editons Stock – Arpège.

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