Un carnage babélien

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Carnage : (Nom masculin) massacre violent et sanglant de nombreuses personnes. Ou la propension à faire sauter les verrous et les convenances sociales, à faire se déchirer les hommes et leur promettre un chute certaine.

Carnage. C’est le titre du dernier film de Roman Polanski qu’il m’ait été donné de voir. Un huis clos qui écaille le vernis lisse de la petite bourgeoisie, écorche les conventions sociales entre personnes sensées et mène au final à un spectaculaire carnage dont aucun des quatre protagonistes ne sortira indemne. Les apparences ont volé, place aux vrais visages que l’on n’est pas certains de tolérer. Un bijou dans le genre. On reste bouche bée à la dernier scène. C’est ainsi que je rencontrai une pièce de l’œuvre (adaptée) de Yasmina Reza.

Puis après vint Babylone. Titre qui m’a fait penser à la musique reggae et au mouvement rastafari. Nous avons tous nos vices cachés, voilà le mien il y a quelques années. Puis, en secondes pensées vinrent quelques images d’effets papillon du film Babel. Et enfin une image de chaos absolu, après la félicité.

Le quatrième de couverture n’est guère éloquent quant à lui. Il nous offre un instant de vie volée, au détour d’une soirée, vue du point de vue de la narratrice Elisabeth. « Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable ».

Dans cet extrait, on lit toute la dualité qui parcourt ce roman. Les moments d’allégresse suivis inexorablement d’une chute, plus ou moins abrupte. La vieillesse et la solitude sont au cœur de l’histoire, et sont perçus comme une gangrène inextricable. A contrario de ma précédente lecture, assez nerveuse avec ses chapitres courts, on assiste ici à un morceau de vie, débité tout de go, sur deux cents pages environ. La temporalité est assez floue, et brouille les pistes.

A l’instar du Dieu du Carnage, Babylone tord le cou à la bien-pensance et à l’idée que l’on se fait de la famille et des amis. Nous ne sombrons pas aussi loin dans les abysses qu’avec Rebecca Lighieri, mais les rapports aux autres sont tout de même passés au vitriol. J’ai aimé, voire adoré. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu ce type de lecture, qui s’évertue à nous montrer que nous traversons la vie, seuls, et que cette dernière est bien trop courte pour se retourner.

Je crois qu’il y a encore quelques années, je n’aurais pas compris l’essence d’un tel ouvrage. Je dois mûrir certainement car même si je suis moins nihiliste que la narratrice, je la rejoins sur certains constats qu’elle peut poser quant à sa vie, quant à la vie.

J’espère vous avoir donné envie de vous intéresser de plus près à ce roman qu’est Babylone, et surtout à l’œuvre de son auteur, Yasmina Reza.

Bonne lecture à vous ! 🎈

Babylone de Yasmina Reza est disponible aux éditions Folio.

2 réflexions sur “Un carnage babélien

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