Une Amie Prodigieuse, mais pas que

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Amitié : (non féminin) Sentiment réciproque d’affection ou de sympathie qui ne se fonde ni sur la parenté ni sur l’attrait sexuel. Où quand ta meilleure amie décide vivre à Memphis (coucou Eddy Mitchell), que tu la vois deux jours par an, mais que rien n’a changé depuis vos quinze ans. En même temps, c’était hier, nos quinze printemps !

Oh le beau carrelage fissuré

Difficile de passer à côté de l’engouement qu’Elena Ferrante suscite. Depuis plus d’un an maintenant, que ce soit dans les transports, à la terrasse d’un café ou sur les réseaux sociaux, L’Amie Prodigieuse est omniprésente.

Par soucis d’honnêteté, sachez toutefois que j’ai eu du mal à rentrer dans le premier tome.  Mais passée la première moitié, j’étais plus que pressée de lire la suite de cette tétralogie.

Étrange titre s’il en est que l’Amie Prodigieuse, on sent déjà un équilibre précaire, prêt à se fissurer à chaque instant. Et c’est ce que confirme en filigrane le quatrième de couverture du premier opus de la saga : ‘ Naples, fin des années cinquante. Deux amies, Elena et Lila, vivent dans un quartier défavorisé de la ville, leurs familles sont pauvres et, bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila, la surdouée, abandonne rapidement l’école pour travailler avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. En revanche, Elena est soutenue par son institutrice, qui pousse ses parents à l’envoyer au collège puis, plus tard, au lycée, comme les enfants des Carracci et des Sarratore, des familles plus aisées qui peuvent se le permettre. Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s’entraident ou s’en prennent l’une à l’autre. Leurs chemins parfois se croisent et d’autres fois s’écartent, avec pour toile de fond une Naples sombre mais en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, après le passage par l’adolescence, à l’aube de l’âge adulte, non sans ruptures ni souffrances

J’ai donc appris à connaître Elena Greco et de Raffaella Cerullo, les deux protagonistes principales – dites Lena et Lila- , « amies » depuis l’enfance. Je les ai ainsi suivies au travers de leur vie, de leur enfance à leur inextricable vieillesse. Et j’ai visité l’Italie. Non pas l’Italie touristique telle que je la connaissais avec Rome, mais l’Italie pauvre et gangrénée par la mafia, l’après guerre et l’extrémisme.

La première chose qu’il faut savoir c’est qu’Elena Ferrante écrit sous pseudonyme. J’y vois, à titre personnel, une sorte de biographie romancée sous forme de saga. Je me trompe peut être, mais j’aime à le penser. Même si je laisse bien volontiers à son héroïne sa vie de résilience et de choix malheureux.

L’amie Prodigieuse relate donc l’enfance et l’adolescence de Lena et Lila, au cœur de leur quartier vérolé de Naples. Très vite, l’attention se cristallise sur Lila, qualifiée de plus intelligente, plus effrontée, plus révoltée aussi. L’amie prodigieuse donc.  Mais Lila va malgré tout abandonner les études pour travailler à l’usine, et se marier à l’orée de ses seize ans.  Lena, quant à elle va pouvoir s’élever par l’éducation scolaire, au détriment de son estime d’elle et de sa relation à son amie, de sa relation avec sa famille, se sentant supérieure aux siens.

Ce que j’ai trouvé relativement hallucinant c’est la promiscuité des enfants et des drames, dans ce Naples des années 50. Règlements de compte et chantage sont monnaies courantes dans le quartier. Et c’est avec ce prisme de ‘normalité’ qu’est narrée l’histoire.

Les surnoms jouent également un rôle crucial dans la narration. Ils permettent de jauger la déférence ou la promiscuité, qu’il peut y avoir. Ainsi Elena sera tour à tour Lena, Lenù, Lenuccia, en fonction de son interlocuteur et de la teneur du message délivré.

Je crois que j’ai d’emblée autant aimé Lena, que détesté Lila. Plus encore dans le Nouveau Nom, où j’ai trouvé cette dernière d’une perversité malsaine. Dans sa relation aux autres, surtout dans celle qu’elle entretient avec Lena. Ce second tome de la saga met à mal ces deux âmes sœurs, tant dans leurs vies d’amies que dans leurs vies de femmes ainsi que dans  Lila se sépare et Lena se marie.

Avec Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante ancre son histoire dans l’Histoire, avec les « années de plombs » en toile de fond. Lena pense trouver son équilibre en quittant Naples, là où Lila ne verra jamais rien d’autre de cette ville.  En quittant sa ville natale, que l’on ressent comme poisseuse et étouffante, Lena renverse le rapport de force établie tacitement avec Lila depuis leur plus jeune âge. Elle prend peu à peu l’ascendant.

Leur amitié, de fait, se distant de plus en plus. Mais l’autre cause du mal est liée à un personnage qu’elles connaissent depuis toujours : Nino Sarratore. Tour à tour amant, et père de leurs enfants, il a été le ciment mais également l’élément perturbateur de leur amitié. Il les aura fait se comparer, se dépasser, se déchirer, se retrouver, pour et malgré lui.

On finit la saga avec L’Enfant Perdue. Et l’éclatement en mille morceaux des derniers liens de Lila et Lena. Le titre métaphore symbolise bien des choses. Tout d’abord, la perte d’un enfant, mais également la perte de leurs illusions d’enfance. Le paraoxysme sera bien évidemment la fin de leur amitié. On est d’ailleurs en droit de ce demander si cette dernière a jamais existé, aux vues de la haine qui lie ces deux femmes.  On ne sort donc pas triste de cette lecture, mais avec un sentiment d’achèvement.

L’Amie Prodigieuse est donc pour moi Lena, pas tant dans ces talents d’auteur ou de professeure -métiers qu’ont été les siens- mais dans l’abnégation dont elle fait preuve tout au long de sa vie. Pour plaire aux autres, quitte à s’oublier et finir seule. Cette tétralogie m’aura également permis d’apprendre plus sur l’Italie, même si c’est son côté sombre et violent qui est le plus souvent dépeint.

J’espère n’en a voir pas trop dit pour ne pas tout vous dévoiler mais assez pour piquer votre curiosité. Belle lecture à vous !

Les 3 premiers romans de la saga sont disponibles aux éditions Folio, le quatrième et dernier, L’enfant Perdue, aux éditions Gallimard.

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